Événements de janvier 1992 en Algérie

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Alger, le 12 janvier 1992. Les blindés dans les rues de la capitale au lendemain de l'annonce de l’annulation des élections.

La démission de Chadli Bendjedid, président en fonction de l'Algérie a eu lieu le 11 janvier 1992.

La conséquence directe de cette décision est l’annulation des premières élections législatives libres et pluralistes que le régime avait lui-même organisées. L’armée, avec à sa tête les généraux « janviéristes », a décidé, le 11 janvier 1992, d'annuler le second tour prévu pour le 16 janvier, à la suite de la victoire, au premier tour, le 26 décembre 1991, des islamistes du Front islamique du salut (FIS) avec 188 sièges.

Une partie de la classe politique, regroupant des membres du régime et certains partis d’opposition, soutient cette décision tandis que le FIS et certains autres opposants voient en elle un coup d’État. Le pays s'enfonce dans une crise profonde, prélude d'une longue décennie de violence, la plus meurtrière de son histoire post-indépendance.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

De 1962 à 1988, l'Algérie vit sous le régime du parti unique [1], le Front de libération nationale (FLN).

Événements d'octobre 1988, « le printemps démocratique »[modifier | modifier le code]

En octobre 1988, le conflit ouvert entre les partisans d'un étatisme pur et dur et ceux d'une ouverture politique et économique libère l'espace public. Des émeutes éclatent à Alger et s’étendent à toute l'Algérie. Les jeunes descendent dans la rue dans toutes les villes du pays sous un ras-le-bol généralisé. Plus rien ne se passera plus « comme avant octobre 1988 » . Pour la première fois depuis 1962, l'armée prend position et tire. Le bilan est lourd : 500 civils perdent la vie, plusieurs centaines d'autres sont emprisonnés et soumis à diverses formes de torture dans les commissariats, les gendarmeries et les casernes[2]

Loi d'amnistie, retour des exilés, liberté d’opinion et l'instauration du multipartisme[modifier | modifier le code]

Face à une contestation émanant tant de l'intérieur du FLN que de l'opposition, le pouvoir algérien entame une ouverture du champ politique, dans l'espoir de garder la maîtrise du processus. Pendant trois ans, de l'hiver 88 à l'hiver 91, l'Algérie va vivre son « printemps », un printemps marqué par les intrigues de l'oligarchie militaire, l'incapacité des mouvements d'opposition à se rassembler autour d'une vision commune de l'État et de la démocratie, et la montée en flèche d'un islamisme radical.[réf. nécessaire]

Le président de la République Chadli Bendjedid décide de faire approuver par référendum, le 23 février 1989, une nouvelle Constitution qui abolit le rôle dirigeant du parti unique. Une loi portant autorisation des associations à caractère politique ouvre la voie au multipartisme. Différents partis sont légalisés, tel le Front des forces socialistes (FFS), le plus vieux parti de l'opposition de l'après indépendance, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), laïc majoritairement berbère, l'opposé de l'échiquier politique, des organisations islamistes, comme le Front islamique du salut (FIS). Pour la première fois, un pays arabe autorise un parti qui a pour but explicite l'instauration d'une « République islamique », alors que la constitution interdisait clairement la création de partis politiques sur une base religieuse. Le Front islamique du salut (FIS) est officiellement reconnu le 5 septembre 1989. La création anticonstitutionnelle du FIS ne provoque aucun remous. Dans l'euphorie des nouveaux droits démocratiques, aucun parti ne proteste contre la légalisation de ce parti. Les illusions sont alors nombreuses. Même un parti communiste comme le PAGS, qui sera le premier à réclamer ensuite l'interdiction du parti islamiste. Et malgré tout c'est le FIS qui parviendra à fédérer la rage et le désir de justice sociale d'une majorité d'Algériens.[réf. nécessaire]

Une autre loi présidentielle fut créée, elle a permis l'amnistie de nombreux démocrates et la possibilité de retour au pays des « exilés » comme Hocine Aït Ahmed, ancien opposant au régime et Ahmed Ben Bella, ancien président de la République renversé par le colonel Boumédiène en 1965. La loi fut aussi utilisée pour libérer des cadres intégristes qui avaient déjà été condamnés à l'époque pour des actes terroristes.[réf. nécessaire]

La presse écrite est également libérée. De nombreux journaux (les quotidiens El Watan, Le Matin, Liberté ou El Khabar), d'une liberté de ton sans précédent, voient le jour.

Une course de vitesse commence alors entre un « pôle démocratique » et un « pôle islamiste » pour remplir le vide laissé par le parti unique du FLN.[réf. nécessaire]

Pour la première fois depuis 1962, l'Algérie s'engage dans un réel processus de démocratisation, cas unique dans le monde arabe. L'expérience est entravée par une série d'erreurs de calcul qui vont conduire à la crise.[réf. nécessaire]

Élections municipales du 21 juin 1990

Les élections locales du 21 juin 1990, sont les premières scrutin pluralistes de l'Histoire algérienne. Durant celles-ci, le FIS obtient 54% des suffrages exprimés, remporte la majorité dans les grandes villes et se pose en seul concurrent d'une armée dont la vitrine politique, le FLN, mord la poussière en ne recueillant que 28% des suffrages. Le FIS, dirigé surtout par des élites « arabophones » non cooptées par le pouvoir et bloquées dans leur ascension sociale, est ainsi parvenu à capitaliser l'immense frustration d'une majorité d'Algériens. Au lendemain de la victoire des élections, les islamistes ont procédé à débaptiser les frontons des mairies qu'ils ont gagné à travers tout le territoire national par l'inscription « Municipale islamique » à la place de la devise républicaine « Révolution par le peuple et pour le peuple »[réf. nécessaire]

Grève générale du FIS, l'affrontement avec l'armée et la démission du Premier ministre

A la veille des élections législatives prévues pour le 27 juin 1991 plusieurs partis politiques dénoncent le découpage et la loi électorale, et menacent d’une grève générale

Fin mai 1991 à l'initiative du Syndicat islamique du travail (SIT) que l'appel à une grève générale est lancée. « Grève sainte » destinée à édifier par la force un « État islamique ». La grève ne rencontre tout d'abord que peu d'écho dans les entreprises, contraignant les militants du FIS à encourager de façon parfois un peu musclée les travailleurs à abandonner leur poste. Mais bientôt, défIlés et manifestations de rue ne tardent pas à prendre l'allure d'un mouvement de désobéissance civile au développement d'un climat pré-insurrectionnel, le mouvement prend toute son ampleur au bout de quarante-huit heures. Alger se transforme en campement islamiste. Le gouvernement en place est débordé. Les places de la capitale ont l'aspect d'un camp retranché, où l'on se rend des quatre coins de la capitale. Alger offre le spectacle d'une ville passée aux mains de l'opposition islamiste. Les leaders du FIS Abassi Madani et Ali Belhadj exigent, outre l'annulation de la loi électorale, la tenue d'élections présidentielles anticipées. Pendant ce temps, le président du Parlement, Abdelaziz Belkhadem, de tendance « islamisante », joue les bons offices entre la présidence et le FIS. [réf. nécessaire]

Averti à son tour que l'armée se tient prête à intervenir, le Premier ministre Mouloud Hamrouche présente sa démission le 2 juin. Trois jours plus tard, le président Chadli Bendjedid annonce, dans un communiqué, l’instauration de l’état de siège[3],[4] et reporte les élections législatives prévues pour le 27 juin 1991.[réf. nécessaire]

L'armée ressort de ses casernes, prend position dans Alger et les trois grandes villes du pays, décrète l'état de siège. Le 21 juin suite de la décision de l'armée de remplacer l'inscription « Municipalité islamique » du fronton des mairies par la devise républicaine, les affrontements entre manifestants islamistes et forces de l'ordre reprennent de plus belle. Tandis qu'il convie les « musulmans » à stocker des armes, Ali Benhadj appelle à la violation du couvre-feu. Les blessés affluent dans les hôpitaux de la capitale, dont certains sont entièrement contrôlés par les militants du parti islamiste. Décidés à reprendre une initiative qui leur échappe depuis près d'un mois, trois membres de la direction du parti hostiles à Abassi Madani interviennent à la télévision nationale et dénoncent les pratiques de leur président. Cet affront leur vaudra d'être exclus le surlendemain. [réf. nécessaire]

le 28 juin, stimulé par le soutien que lui manifeste sa base, Abassi Madani lance un ultimatum et donne quarante-huit heures à l'armée pour évacuer les villes sous peine de déclarer le Djihad. Allé trop loin, il est arrêté deux jours plus tard en compagnie d'Ali Benhadj et de cinq autres membres de la direction du parti. Les 2 leaders sont incarcérés, tandis que la répression s'abat sur des cercles de plus en plus larges de militants du FIS.[réf. nécessaire]

Un calme précaire s'instaure et les militaires avaient fait d'une pierre deux coups : décapiter le FIS et profiter de la crise pour exiger du président de la République la tête de son Premier ministre Mouloud Hamrouche et son remplacement par Sid Ahmed Ghozali. Ces événements, qui avaient placé le « processus démocratique » sous haute surveillance, avaient marqué le début de la fin de Chadli. Surtout que la réintégration dans l'armée de la Sécurité militaire l'ex-toute puissante police politique en principe dissoute, en réalité plus active que jamais finissait d'isoler le chef de l'État[5],[6].[réf. nécessaire]

Quatre mois plus tard, le 15 octobre 1991 au cours d'une intervention télévisée, le président Chadli Bendjedid annonce le coup d'envoi officiel de la campagne électorale pour les élections législatives qui auront lieu le 26 décembre 1991 et se déclare prêt à coopérer avec le gouvernement issu de la prochaine Assemblée nationale.[réf. nécessaire]

Législatives du 26 décembre 1991


C'est à la veille du 26 décembre 1991 que le président Chadli scellera son sort en affirmant être « prêt à cohabiter » avec le FIS. Une accusation sérieuse peut s'ajouter aux critiques portant sur sa « faible capacité de travail » et son « absence de la scène politique » : sa compromission présumée avec les islamistes. Pourtant, trois semaines avant le scrutin, Chadli avait consulté son nouveau Premier ministre sur l'opportunité de reporter à nouveau les élections si celles-ci devaient aboutir à une « catastrophe ». Et Sid Ahmed Ghozali l'en avait fermement dissuadé, soutenu en cela par le général Khaled Nezzar.[réf. nécessaire]

Reportées, les premières élections législatives pluraliste de l'Algérie indépendante, sont organisées le 26 décembre 1991, au terme d'une campagne menée par Sid Ahmed Ghazali contre son propre parti, campagne que certains n'hésitent pas à inscrire dans le cadre d'une volonté de faire du FIS le vainqueur des élections et par conséquent le parti « à abattre » après celles-ci. [réf. nécessaire]

Abdelkader Hachani, numéro 3 du FIS et leader de la tendance « pragmatique » du FIS, parvient à éviter le basculement dans la violence en arrachant à ses troupes la participation aux élections, sans toutefois empêcher les plus radicaux de faire d'ores et déjà le choix de l'option armée[7].

Des résultats inattendus[modifier | modifier le code]

Résultats des élections législatives algériennes de 1991
  •      Inconnu.
  •      Non décidé
  •      Majorité non-FIS
  •      FIS 50%
  •      Majorité FIS

Le premier tour des législatives, organisé dans des conditions déplorables est marqué par 5 000 000 d'abstentionnistes et confirme l'effondrement du FLN qui obtient seulement 15 sièges en tout et perdant un million de voix, le FIS frôle la majorité absolue avec 3 260 000 de voix soit 47,54% des suffrages exprimés et décroche 188 des 430 sièges de l 'Assemblée nationale. Les « indépendants », le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) parti laïc de Saïd Saadi et les islamistes « modérés » ont été balayés par les urnes. La seule formation politique à émerger est la bête noire du pouvoir, le Front des forces socialistes (FFS) de Hocine Aït Ahmed, qui se situe clairement dans l'opposition avec seulement 510 661 voix remporte 25 sièges, avec ce résultat il se retrouve en ballottage avec le FIS à Alger.[réf. nécessaire]

Au fil des heures, l'humeur des plus hauts responsables politiques et militaires de l'Algérie s'est assombrie au soir de ce 26 décembre. Pris d'une vraie panique, pour nombre d'entre eux, le choc est énorme. Il s'achève moins de quinze jours plus tard, le 11 janvier à 20 heures, quand, livide, le président Chadli Bendjedid lit une lettre de démission devant les caméras de la télévision nationale, au moment où les blindés prennent position aux points stratégiques de la capitale. La victoire électorale du FIS vient de sceller l'aboutissement d'un coup de force commencé en juin 1991[7]. [réf. nécessaire]

Le compte à rebours qui va mener l'Algérie à la crise a commencé.

Historique de la crise[modifier | modifier le code]

Le pays est en état de choc. « La République vacille » titre, le lendemain, le quotidien « Alger Républicain ». le pays, divisé, s'interroge : « que faut-il faire maintenant? . S'opposer au suffrage universel, laisser faire ou partir? Est-ce qu'une démocratisation précoce en terre d'Islam ne peut conduire qu'à la victoire des partis islamistes? Quelle place accorder aux ennemis déclarés de la démocratie? Faut-il les accepter en tentant de les maîtriser au risque de les voir s'emparer du pouvoir et d'instaurer une théocratie?, Peut-on les tenir à l'écart du champ politique en interdisant leurs organisations? »[réf. nécessaire]

Le raz de marée électoral du FIS sera quoi qu'il en soit interprété par l'état major de l'armée algérienne (ANP) comme « porteur de germes de guerre civile », « de la destruction de l'État et d'une fracture dans une armée restée jusque-là monolithique ». La société est déchirée : d'un côté, la détermination de ceux qui veulent aller au bout du processus électoral, les islamistes bien sûr, mais aussi le FFS et le FLN, de l'autre, la peur que le FIS inspire à une partie de la population. [réf. nécessaire]

Bien réelle, cette peur est largement exploitée par plusieurs membres du gouvernement et par certains partis politiques, qui savent après leur échec au premier tour que le second consacrera définitivement leur disparition de la scène politique. Le leader du RCD Saïd Saadi appelle ainsi à « empêcher le second tour par tous les moyens », et si besoin à « bloquer les carrefours et les aéroports ». Un « Comité national de sauvegarde de l'Algérie » est créé par le RCD, les communistes du Parti de l'avant-garde socialiste (PAGS), qui ne se sont même pas présentés aux élections, et la direction de l'UGTA, la centrale syndicale. La fièvre anti-électoraliste est relayée par la presse francophone qui multiplie les « unes » catastrophistes, alors que les journaux en langue arabe gardent leur calme. L'objectif est clair: montrer que la « société civile » appelle de ses vœux l'interruption du processus électoral[8].[réf. nécessaire]

Redoutant un coup d'État militaire, le FFS, le FLN (toujours emmené par les « réformateurs ») et d'autres partis d'opposition organisent une vaste manifestation le 2 janvier 1992, pour exiger la tenue du second tour, une véritable marée humaine de 3 000 000 millions de personnes déferle dans les rues d'Alger avec les cris de : « Ni État intégriste, ni État policier ». « Rien n'est perdu », crie Hocine Aït Ahmed à la foule qui l'acclame. Il voit dans ce déferlement le « sursaut » qui peut amener une grande partie des cinq millions d'abstentionnistes à voter en masse au second tour pour empêcher les « intégristes » d'obtenir la majorité absolue au Parlement. Le pouvoir, soutenu en cela par l'éphémère Comité national de sauvegarde de l’Algérie (CNSA), préfère présenter la marche comme un rejet massif du « projet intégriste ». Les dés sont jetés. [réf. nécessaire]

« Ces élections n'étaient ni aussi propres ni aussi honnêtes que je l'avais souhaité », affirme le 5 janvier 1992 Sid Ahmed Ghozali quelques jours après s'être félicité du contraire sur Antenne 2. [réf. nécessaire]

Démission du président Chadli[modifier | modifier le code]

Chadli Bendjedid, président de la République de 1979 à 1992.


Le président Chadli signe la dissolution de l'Assemblée nationale. Celle-ci crée un vide constitutionnel en excluant Abdelaziz Belkhadem, son président, qui, aux termes de la Constitution, devait assurer l'intérim de la présidence pendant quarante-cinq jours.[réf. nécessaire]

Dans une atmosphère chargée, accablante, les rumeurs les plus folles ébranlent un pays plongé dans une profonde inquiétude: coup d'État, pétition des officiers « janviéristes » de l'état-major et des régions militaires exigeant l'annulation du scrutin. L'Algérie traverse une zone de fortes turbulences. Alors que le FIS tente de réparer sa désastreuse image en alternant propos rassurants en direction de la population et menaces à l'encontre du pouvoir, le Comité national de sauvegarde de l’Algérie (CNSA) intensifie la pression sur les décideurs. Puissamment relayé par la presse indépendante et les intellectuels, il multiplie les initiatives pour inciter l'armée à intervenir. S'appuyant sur l'émoi suscité par la victoire du FIS et la mobilisation d'une partie des algériens, les courants anti-islamistes de l'intérieur du pouvoir passent à l'offensive en sommant Chadli de prononcer le report du deuxième tour des élections législatives. Ce dernier refuse, invoquant le respect de la légalité constitutionnelle. Chadli résiste, mais le rapport de forces bascule en faveur de ses opposants.[réf. nécessaire]

Journée du 11 janvier 1992[modifier | modifier le code]

Le 11 janvier, le président Chadli présente sa démission à des Algériens déroutés par l'accélération des événements. Il s'en explique longuement sur la chaîne unique de télévision algérienne. Dans une lettre remise, auparavant, au Président du Conseil Constitutionnel, Chadli rappelle d'abord sa contribution à la démocratisation de l'Algérie, avant de regretter que la pratique démocratique pluraliste soit caractérisée aujourd'hui, par de nombreux dépassements qui « ont atteint une limite qu'il n'est plus possible de dépasser sans porter gravement préjudice - devenu imminent - à la cohésion nationale, la préservation de l'ordre public et l'unité nationale… » avant de conclure : « Devant ces graves développements...conscient de mes responsabilités, j'estime que la seule solution à la crise actuelle réside dans la nécessité de me retirer de la scène politique. Pour cela ... je renonce, à compter de ce jour, à mes fonctions de président de la République... » Chadli quitte définitivement la scène politique mais son gouvernement reste en place. Son départ ne signe ni la fin de la crise, ni l'échec du compromis d'une partie du système avec les islamistes. Soumis à d'énormes pressions, il n'avait, en fait, d'autre choix que celui de partir, entérinant par conséquent son retentissant échec dans la gestion de l'islamisme, un échec qui lui est totalement imputé par les factions anti-islamistes qui n'ont pas oublié que le président leur a maintes fois forcé la main sur le sujet[9].[réf. nécessaire]

Les élections sont reportées sine die et n'auront jamais lieu[10],[11].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Création d'un Haut Comité d'État (HCE) et l'appel à Mohamed Boudiaf[modifier | modifier le code]

Mohammed Boudiaf en tournée dans le pays durant les premiers mois de sa présidence.

La Constitution prévoit que le président du Conseil constitutionnel assure l'intérim de la présidence de la République. Le titulaire, Abdelmalek Benhabyles, se récuse. L'Algérie n'a plus de responsable officiel, et pourtant il lui en faut un. Le Haut conseil de sécurité, organisme consultatif simplement chargé de donner son avis, désigne un Haut Comité d'État de cinq membres[12], doté des pouvoirs du président de la République. Ce HCE se trouve au Maroc, en la personne de Mohammed Boudiaf, l'homme historique est méconnu du grand public de la génération post-indépendance, il est l'un des grands chef historiques du déclenchement de la Toussaint rouge et le porte-drapeau de prestige nécessaire au pays. Opposant incorruptible, adversaire irréductible de Ben Bella et de Boumédiène pendant les années soixante[13] vit en exil à Rabat depuis 1963. [réf. nécessaire]

Ayant accepté la charge de président du HCE, soit donc de plus haut personnage de l'État, Mohammed Boudiaf débarque le 16 janvier 1992 vers quatorze heures à l'aéroport Houari Boumédiène d'Alger, animé de bonnes intentions. Il s'annonce conciliateur : [réf. nécessaire]

« Il faut mettre les compteurs à zéro, s'attaquer aux causes et aux conséquences de la crise. Je ne veux pas que le sang coule à nouveau dans mon pays. Je tends la main à tous. »

Appelé à la présidence par les « janviéristes » en mal de « légitimité » après l'interruption du processus électoral, Mohammed Boudiaf n'aura pas eu plus de 170 jours - du 16 janvier au 29 juin 1992 pour tenter de peser sur destin de l'Algérie. Tout indique qu'il entendait faire bouger les choses, et surtout qu'il ne s'accommoderait pas d'un rôle de « potiche ». Une volonté qui risquait de bouleverser, à terme, le système occulte du pouvoir en Algérie. En exil depuis plus d'un quart de siècle, Mohamed Boudiaf en connaissait mal les rouages du système. Dès son arrivée à la présidence, il a donc multiplié les contacts et les rencontres. La présence en ces lieux d'un homme réputé « incorruptible » suscitera revendications et espérances. On vient se plaindre auprès de lui, on lui apporte des documents. « Plus de quatre mille dossiers s'entassaient », raconte un proches, il écoute, pose des questions et conclu souvent : « Je ne peux rien faire pour le moment » Avec le temps, l'aveu d'impuissance tourne imperceptiblement à la promesse : « Un jour, quand j'aurai les moyens... »[14]

L'état d'urgence sera proclamé le 9 février 1992. Le Front islamique du salut (FIS) dissous, le 4 mars 1992 et la transition s'annonce difficile.[réf. nécessaire]

Assassinat[modifier | modifier le code]

Mohamed Boudiaf sera assassiné cinq mois plus tard, le 29 juin 1992, lors d'une conférence des cadres qu'il tenait à la maison de culture de Annaba et dans des conditions qui restent encore obscures à nos jours pour la majorité de l'opinion du peuple Algérien. L'intermède Boudiaf est terminé. L'espoir de tous les algériens n'a duré que cent soixante-dix jours.[réf. nécessaire]

Ali Kafi nouveau président du HCE[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet, le HCE s'offre un autre président, Ali Kafi, ancien commandant de la wilaya II pendant la guerre d'Algérie et présentement secrétaire général de la puissante organisation nationale des Moudjahidines. À côté de lui, un Conseil consultatif national de soixante membres est censé remplacer l'Assemblée dissoute le 4 janvier. Mais ce Conseil n'est là que pour avis et les titulaires ont été soigneusement sélectionnés. Le vrai pouvoir appartient toujours aux « janviéristes ».[réf. nécessaire]

Le pays bascule dans l'engrenage de la violence[modifier | modifier le code]

Tous les sympathisants islamistes sont arrêtés. La condamnation d'Abassi Madani et d'Ali Belhadj le 15 juillet à douze ans de réclusion, active les haines. Le FIS passe à l'action. Les mouvements armés sont créés, l'un d'eux, le Groupe islamique armé (GIA) qui instaura la terreur dans tout le territoire national, se lance dans les attentats et le terrorisme les plus meurtriers depuis 1962. En six mois, le pays a basculé dans une guerre civile ouverte. assassinats d'intellectuels, de magistrats ou de policiers, des personnalités de renom, mais aussi des dizaines de journalistes et des enseignants, ainsi que des ressortissants étrangers. L'armée et le DRS allaient désormais reprendre les choses en main. Arrestations en masse de militants islamistes qui seront emprisonnés dans les camps d'internement dans le Sud algérien., procès et condamnations se succèdent. [réf. nécessaire]

Progressivement, à partir de 1993, l'ensemble des forces de sécurité de l’État (gendarmerie, armée, police) sera engagée dans la lutte antiterroriste, soit plus de 300 000 hommes. À ces forces considérables se joignent celles des milices civiles à partir de 1996, ce qui portera les forces engagées par l’État contre les islamistes à 500 000 hommes. Ces forces seront accusées de nombreux abus envers les populations civiles.

À partir de 1995, le pays connait ses premiers massacres de masse contre la population, massacres qui culmineront en 1996 et 1997, justifiant la création par l'armée de milices civiles "contrôlées" par l’État.

La crise se prolongera par l'engrenage de la violence de 1992 à 2002 sous le nom de la « décennie noire » et qui a fait plus de cent mille morts, des milliers de disparus, un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d'exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts[15],[16].

Article détaillé : Guerre civile algérienne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. http://www.numilog.com/package/extraits_pdf/e212403.pdf
  2. .El Watan-Numéro spécial -5 octobre 1988-2008, Le rêve brisé, " Le cris des suppliciés ", page 9, El Watan du 5 octobre 2008.
  3. Décret présidentiel n°91-196 du 5 juin 1991 portant proclamation de l’état de siège, dans les lois juridiques de la répression, page 6
  4. Extraits de la lettre circulaire de l’état major en date du 18 juillet 1991 relative à l’application de l’état de siège, dans les lois juridiques de la répression, page : 41
  5. Le drame algérien - Un peuple en otage. La Découverte. 1997
  6. Abed Charef, Algérie, le grand dérapage. Édition de l'Aube. 1994
  7. a et b Smail Goumeziane, Algérie en contrechamp « Une crise peut cacher une autre », no  70-71, janvier-juin 1995. p. 115-123
  8. Frederic Volpi, Islam and Democracy: The Failure of Dialogue in Algeria, éditeur : Pluto Press (5 décembre 2002)
  9. Benjamin Stora, La guerre invisible: Algérie, années 1990, Français, Éd. Presses de Sciences Po., Paris, 2001, (ISBN 2-7246-0847-X).
  10. Arrêt du processus électoral de décembre 1991 : une décision illégale et anticonstitutionnelle, dans les lois juridiques de la répression, page 14
  11. Décret présidentiel n° 91-488 du 21 décembre 1991 relatif à la participation de l’armée à des missions de sauvegarde de l’ordre public en dehors des situations d’exception, dans les lois juridiques de la répression page 12
  12. Ce HCE, outre Boudiaf, comprendra un religieux modéré, le ministre des droits de l'homme, un représentant des anciens combattants et le général Khaled Nezzar, le véritable homme fort du régime.
  13. Voir la Crise de l'été 1962
  14. * Salah Chekirou, Le grain de sable : exploration dans les mystères de l'assassinat du président Mohamed Boudiaf, Publisud, Alger, 2000 (ISBN 2-86600-992-4).
  15. Le Monde - Dossiers & documents, sous le titre : Algérie embourbée face à l'islamisme. N° 307, mars 2002, page : 1.
  16. Luis Martinez, La guerre civile en Algérie. Recherches internationales. Une collection du CERI. Éditions KARTHALA. 1998. (ISBN 9-782865-378326)

Articles internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]