Élections législatives algériennes de 1991

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Élections législatives algériennes de 1991
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Front islamique du salut – Abdelkader Hachani
Voix 3 260 359
47,3 %
Sièges obtenus 188
Chadli.jpg Front de libération nationale – Chadli Bendjedid
Voix 1 613 507
23,4 %
Sièges obtenus 15
Ait ahmed 1958.jpg Front des forces socialistes – Hocine Aït Ahmed
Voix 510 661
7,4 %
Sièges obtenus 25
Premier ministre d'AlgérieVoir et modifier les données sur Wikidata
Élu
Sid Ahmed GhozaliVoir et modifier les données sur Wikidata

Les élections algériennes à l'assemblée nationale de 1991 sont organisées dans le cadre du processus de démocratisation, par le président Chadli Bendjedid, à la suite notamment des événements du 5 octobre 1988. La hausse du prix de la vie et le chômage provoquent à l'époque d'importantes émeutes dans les villes algériennes, que l'ANP a durement réprimées (plus de 200 morts). Le président fait adopter l'année suivante, par référendum, une nouvelle constitution algérienne instaurant un régime parlementaire et respectant davantage les droits fondamentaux. Dès l’adoption de la nouvelle Constitution, il est prévu que durant le mandat de Chadli Bendjedid qui s’achève fin 1993, des élections communales, législatives et présidentielles auront lieu.

De nouveaux partis politiques et de nouvelles associations voient le jour pendant la période la démocratisation que connait l’Algérie. Le Front Islamique du Salut est légalisé le 10 mars 1989.

Les élections communales, premières élections libres dans l’histoire algérienne, sont organisées le 12 juin 1990. Elles sont massivement remportées par le FIS (57 % des voix) qui fait alors pression dans les villes qu'il contrôle pour l'instauration de règles islamiques (fin de la mixité, fermetures des débits d'alcool, obligation du port du voile). De nombreux actes de violences sont perpétrés sur ceux qui refusent de respecter les règles édictées par le FIS.

Les élections législatives de 1991 organisées en deux tours au scrutin majoritaire, sont une nouvelle victoire pour le FIS qui obtient près de 48 % de suffrages dès le premier tour et se prépare déjà à gouverner le pays.

Le second tour n'aura jamais lieu.

Devant le risque réel que représente le FIS (qui souhaite l’instauration d'un califat islamiste en Algérie), les généraux de l'ANP organisent un coup d’État et s'emparent du pouvoir le 11 janvier 1992.

L'armée est déployée à Alger et dans la plupart des grandes ville du pays. L’État d'urgence est instauré et le parlement est dissous. Une violente répression s’abat contre le FIS et les élections législatives sont annulées, après le premier tour, par le Haut Comité d'État (HCE) prenant la direction du pays, à la suite de la démission du président de la république Chadli Bendjedid.

Le pays va connaitre près de dix ans de guerre civile entre l’État et les groupes armées islamistes.

Les premiers résultats indiquent que le Front islamique du salut est en passe de remporter les 2/3 des sièges, permettant ainsi de modifier la constitution algérienne, et mettant fin à un règne de parti unique de près de trente ans (celui du Front de Libération National).

Sur les 430 sièges, 231 sont remportés avec une majorité des votes, dès le premier tour, sur les 199 restants. Le vote devait se faire au meilleur des deux candidats restants.

Contexte[modifier | modifier le code]

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Depuis la fin de la guerre d'Algérie (1954-1962), le FLN (Front de libération nationale) est le seul parti autorisé, comme le proclame la première constitution du pays en 1963. Ainsi, l'article 24 indique que « Le Front de Libération Nationale définit la politique de la Nation et inspire l’action de l’Etat. Il contrôle l’action de l’Assemblée nationale et du Gouvernement. »[1]. Dans le système en vigueur jusqu'aux élections législatives de 1991, « c'est le parti qui désigne le candidat à la Présidence et les candidats sur les listes uniques de députés. »[2]. Michel Hubert parle même d'un FLN « centre de la Constitution »[2].

Selon, Clément Henry Moore, le système du parti unique décline progressivement, principalement en raison de l'affaiblissement de sa légitimité, observable dans tous les pays du monde arabe qui ont adopté ce modèle politique[3]. Cette légitimité, du fait de la "guerre de libération nationale", comme l'appellent les Algériens, repose énormément sur l'armée, l'ANP (Armée nationale populaire) qui a succédé à l'ALN (Armée de libération nationale).

Ces considérations, conjuguées aux problèmes économiques, vont être mis en avant par les Algériens et surtout la jeunesse algérienne lors des émeutes d'octobre 1988. D'après Benjamin Stora, « les revendications portent sur la nécessité de réformes profondes du système politique, la fin du parti unique, la garantie des libertés démocratiques »[4].

Après ces événements, le régime algérien s'ouvre peu à peu à des fonctionnements démocratiques, sous l'impulsion du Premier ministre, Mouloud Hamrouche et du président de la République, Chadli Bendjedid. Les élections municipales de 1990 sont le premier grand test pour cette nouvelle architecture institutionnelle que tente d'instaurer l'exécutif, écoutant ainsi, les aspirations populaires. Elles voient la victoire du parti islamiste FIS (Front Islamique du Salut) qui remporte non seulement les élections au niveau national, mais également la très symbolique capitale, Alger.

Résultats des élections communales de 1990[5]
Voix Pourcentage
FIS 4 331 472 54,25%
FLN 2 245 798 28,13%

Le taux de participation est très important, 62,18% des inscrits, ce qui conforte l'assise populaire du parti islamiste, déterminante dans la compréhension des événements de la "décennie noire" (1991-2002).

Mais, il faut noter que les deux principaux partis perdent de nombreuses voix, près de 1,1 million pour le FIS.

L'Algérie se dote d'une nouvelle constitution[modifier | modifier le code]

Pour acter cette transition, une nouvelle Constitution est rédigée en 1989. Elle présente des différences par rapport à la Constitution de 1976[6],[1].

En effet, la nouvelle Constitution prévoit :

  • Une responsabilité du Premier ministre devant l'Assemblée Populaire Nationale, qui auparavant était uniquement responsable devant le Président de la République. Un régime plus parlementaire, mais avec un président encore puissant qui s'inspire largement de la Ve République.
  • La disparition du terme "socialiste".
  • L'introduction d'une vraie séparation des pouvoirs dans les différents titres, "Du pouvoir exécutif", "Du pouvoir législatif" et "Du pouvoir judiciaire" contre de simples "fonctions" dans la Constitution de 1976.
  • La fin du parti unique et l'introduction du multipartisme pour la première fois.
  • Une affirmation plus franche du libéralisme économique.

Contexte économique et social[modifier | modifier le code]

L'Algérie doit faire face à une grave crise économique, due à de multiples facteurs tant structurels que conjoncturels. Mais le principal facteur est la chute vertigineuse des ressources pétrolières en un laps de temps très rapide. Entre 1985 et 1986, les recettes « passent de près de 10 milliards de $ en 1985 à un peu plus de 5 en 1986 »[7]. Dès lors, la dette extérieure s'envole, passant de 47,9% du PIB, en 1990, à 65,3% du PIB, en 1991[8].

Le programme du gouvernement Bendjedid va consister en une large libéralisation de l'économie algérienne, dans une société où le poids de l'Etat est très important, caractéristique héritée des idées socialistes du parti unique.

Mais cette "perestroïka" algérienne, ne donne pas les effets escomptés puisqu'on observe une hausse généralisée des prix, qui favorise les événements d'octobre 1988.

Sans oublier les basculements qui ont cours dans le monde à cette époque et qui ont affecté l'économie mondiale: la chute du bloc communiste ou la Guerre du Golfe en 1991.

La campagne[modifier | modifier le code]

Les forces politiques en présence[modifier | modifier le code]

Il faut constater dans un premier temps une inflation très importante des partis politiques algériens puisqu'il y en a vingt et un officiellement reconnus[9]. Fawzi Rouzeik[9] remarque qu'il existe quatre différents types de partis:

  1. Ceux qui existaient durant le parti unique et qui sont légalisés, par exemple le FFS (Front des forces socialistes) de Ait-Ahmed
  2. Des nouveaux partis, principalement le FIS d'Abassi Madani ou le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) de Saïd Saadi. Ils "sont les continuateurs d'une lutte engagée antérieurement. Ils disposent d'une base populaire, d'une solide structure et de relais à travers le territoire national"[9]
  3. Les partis marginalisés, qui ne disposent pas des attributs des précédents.
  4. Le "parti-Etat" : le FLN

La campagne du FIS[modifier | modifier le code]

Les idées[modifier | modifier le code]

La rédaction du programme s'est faite en commun, avec un spécialiste pour chaque secteur, agriculture, économie... Mais la thématique fondamentale est la place de l'Islam dans la société algérienne, jugée "décadente" par les membres du FIS : "Sont ainsi dénoncées la « dépravation », la « mixité [comme] indice alarmant du déclin moral » ou encore les « manifestations [culturelles] bouffonnes et irrévérencieuses", comme les concerts, la crise des valeurs dont ces différents signes témoigneraient ne pouvant être résolue que « [dans] le cadre d’un sincère retour à l’islam »[10].

La diffusion des idées[modifier | modifier le code]

On remarque la constitution d'un immense réseaux fait de connaissances, famille, voisins, collègues,... qui facilite et participe énormément à la progression du FIS. Ainsi, ils peuvent être nommés "réseaux préconstitués"[10]. Il y a un centre névralgique qui influence ces différents "réseaux constitutifs"[10]. Ce cœur qui regroupe les principaux chefs est le Madjliss Echoura, composé d'Ali Benhadj, Hachemi Sahnouni, Abassi Madani, Saïd Guechi, Abdelbaki Sahraoui, Kamel Guemazi.

Le répertoire d'action est divers : manifestations, meetings ou encore prêches dans les mosquées comme l'affirme un ancien membre, K. Guemazi : « Pendant des années, on a fait des prêches où l’on dénonçait le pouvoir, où l’on demandait la liberté d’expression. (…) On a même été arrêtés pour cela. (…) Il fallait franchir une étape, faire de la politique de façon libre pour être plus forts et efficaces. (…) Avant octobre 1988, on critiquait tout le temps Chadli dans nos prêches. On faisait donc de la politique même avant. Mais le grand changement a résidé dans le fait de faire de la politique de façon organisée et légale, dans un parti politique »[10]. Or d'après la circulaire établie par le ministère de l'Intérieur, les discours politiques dans les mosquées et dans les écoles étaient formellement prohibés.

Les médias télévisuels et radiophoniques ont aussi été un moyen efficace pour les islamistes de communiquer leurs idées aux électeurs. Enfin, le parti éditait son propre journal El-Mounkid face à la presse "traditionnelle".

Lors de son dernier grand meeting, le FIS sa capacité à mobiliser les foules et son assise populaire puisqu'il parvient à réunir près de 120 000 personnes[9] dans une enceinte sportive à Alger.

La campagne du FLN[modifier | modifier le code]

Le FLN est vu par la population algérienne comme le principal responsable de la crise économique qui touche le pays dans la décennie 80. Le parti ne peut plus compter sur un soutien franc et massif de l'appareil militaire, « depuis qu'elle s'est retirée du Comité central du F.L.N. en mars 1989, [elle se place] ainsi au-dessus des luttes partisanes pour veiller à la Constitution, a semblé observer, sans interférer, le déroulement chaotique de la démocratisation. » [11].

Le parti semble opter pour une division en deux blocs de la vie politique, une stratégie que l'on pourrait appeler "front contre front" qui installe, de fait, le FIS comme principale force d'opposition[12]

Les médias télévisuels et radiophoniques ont aussi été un moyen efficace pour les islamistes de communiquer leurs idées aux électeurs. Enfin, le parti éditait son propre journal El-Mounkid face à la presse "traditionnelle"[11] .

Lors de son dernier grand meeting, le FIS sa capacité à mobiliser les foules et son assise populaire puisqu'il parvient à réunir près de 120 000 personnes[12] dans une enceinte sportive à Alger.

Résultats par partis[modifier | modifier le code]

Parti Voix Pourcentage Sièges
Front islamique du salut 3 260 359 47,3 % 188
Front de libération nationale 1 613 507 23,4 % 15
Front des forces socialistes 510 661 7,4 % 25
Mouvement de la société pour la paix 368 697 5,3 % 0
Rassemblement pour la culture et la démocratie 200 267 2,9 % 0
Mouvement de la renaissance islamique 150 093 2,2 % 0
Mouvement pour la démocratie en Algérie 135 882 2,0 % 0
Parti du renouveau algérien 67 828 1,0 % 0
Parti national pour la solidarité et le développement 48 208 0,7 % 0
Parti social démocrate 28 638 0,4 % 0
Mouvement Algérien pour la Justice et le Développement 27 623 2,6 % 0
Autres partis 176 332 2,6 % 0
Indépendants 309 624 4,5 % 3
Total 6 897 906 100 % 231

Participation : 7 822 625 (59 %)
Votes exprimés : 6 897 906 (52 %)

Résultats du FIS par régions[modifier | modifier le code]

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Algeria elections 91 by province.svg
Inconnu
Non décidé
Majorité non-FIS
FIS 50 %
FIS

Les points d'interrogation indiquent les wilayas dans lesquels la répartition des sièges ne fut pas déterminée par le premier tour.

Wilaya Sièges au FIS Total des sièges
Adrar 0 3
Aïn-Defla 8 8
Alger 16 16
Annaba  ?  ?
Batna 8 8
Bechar  ?  ?
Bejaia 0 11
Biskra 4 4
Blida 9 9
Bordj-Bou-Arreridj 4 4
Bouira 6 7
Boumerdes 6 6
Chlef 9 9
Constantine 8 8
Djelfa 5 5
El-Taref 0 1
El-Oued 3 4
Ghardaia 1 5
Guelma  ?  ?
Illizi 0 3
Jijel 7 7
Khenchela 0 1
Laghouat 1 2
Mascara 7 7
Médéa 9 9
Mila 8 8
Mostaganem 1 1
M'Sila 9 10
Naama 1 1
Oran 11 11
Ouargla 4 4
Oum-El-Bouaghi 4 4
Relizane 8 8
Saida 1 2
Setif 13 14
Sidi Bel Abbes 2 2
Skikda 1 1
Souk Ahras  ?  ?
Tamanrasset 0 2
Tebessa  ?  ?
Tiaret 4 4
Tindouf  ?  ?
Tipaza 3 3
Tissemsilt  ?  ?
Tizi Ouzou 0 12
Tlemcen 7 8

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après la publication des résultats et la majorité absolue qui se dégageait pour le FIS, le processus électoral est arrêté et le pays repris en main par les militaires (les janviéristes), le "coup d'Etat" du 11 janvier 1992 l'illustre.

Certains, comme Hocine Ait Ahmed s'opposent à l'arrêt du processus.

A la suite de cela, une direction collégiale est assurée par l'ancien combattant Mohamed Boudiaf qui se résidait au Maroc.

Le pays s'enfonce ensuite lentement dans la guerre civile, entre d'une part le gouvernement FLN et les islamistes se sentant lésés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Les textes fondataurs de la République », sur www.el-mouradia.dz (consulté le 7 mars 2017)
  2. a et b Michel Hubert, « Les institutions de la République Algérienne », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée,‎ (lire en ligne)
  3. Clément Henry Moore, « Raisons de la faillite du parti unique dans les pays arabes », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée,‎ (lire en ligne)
  4. (fr) « Octobre 1988: une nouvelle histoire commence en Algérie », Club de Mediapart,‎ (lire en ligne)
  5. Brulé Jean-Claude et Fontaine J, « Géographie de l'islamisme politique en Algérie : essai d'interprétation à partir des élections de 1990 et 1991 », Bulletin de l'Association de géographes français,‎
  6. Dirk Beke, « La constitution algérienne de 1989: une passerelle entre le socialisme et l'islamisme ? », Afrika focus,‎ , p. 241-272 (lire en ligne)
  7. Georges Mutin, « Le contexte �économique et social de la crise alg�érienne », HAL,‎ (lire en ligne)
  8. « Evolution de la dette extérieure de l'Algérie (1990-1999) »
  9. a, b, c et d (fr) Fawzi Rouzeik, « Algérie 1990-1993 : la démocratie confisquée ? », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, vol. 65, no 1,‎ , p. 29–60 (DOI 10.3406/remmm.1992.1554, lire en ligne)
  10. a, b, c et d Myriam Aït-Aoudia, « La naissance du Front islamique du salut : une politisation conflictuelle (1988-1989) », Critique internationale,‎ janvier-mars 2006 (lire en ligne)
  11. a et b (fr) Fawzi Rouzeik, « Algérie 1990-1993 : la démocratie confisquée ? », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, vol. 65, no 1,‎ , p. 29–60 (DOI 10.3406/remmm.1992.1554, lire en ligne)
  12. a et b (fr) Fawzi Rouzeik, « Algérie 1990-1993 : la démocratie confisquée ? », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, vol. 65, no 1,‎ , p. 29–60 (DOI 10.3406/remmm.1992.1554, lire en ligne)