Anni Albers

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Anni Albers
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 94 ans)
OrangeVoir et modifier les données sur Wikidata
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Galerie David Zwirner (en), Artists Rights SocietyVoir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Connecticut Women's Hall of Fame (en)
Women's Caucus for Art Lifetime Achievement Award (en) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Anni Albers, née Annelise Fleischmann le à Berlin en Allemagne et morte le à Orange dans le Connecticut aux États-Unis, est une artiste textile américaine d'origine allemande, designer et théoricienne de l'art, qui a participé au mouvement du Bauhaus et a enseigné au Black Mountain College.

Biographie[modifier | modifier le code]

Annelise Else Frieda Fleischmann est née à Berlin le , dans une famille aisée. Son père, Siegfried Fleischmann, est un fabricant et commerçant de meubles de qualité et sa mère, Toni Fleischmann-Ullstein, vient d'une famille riche[1]. Leopold Ullstein, son grand-père maternel, avait fondé la Ullstein-Verlag, une des plus importantes maisons d'édition allemandes. Bien que sa famille soit d'origine juive, elle est baptisée protestante[2].

Apprentissage et formation[modifier | modifier le code]

Elle suit l’enseignement du peintre impressionniste Martin Brandenburg puis s'inscrit à l'École d’arts appliqués de Hamburg, où elle ne reste que quelques mois[3]. En 1922, elle s'inscrit à l'école du Bauhaus à Weimar. Elle y suit les cours de couleur du peintre Paul Klee. Formée par Georg Muche, puis Johannes Itten, elle intègre l’atelier de tissage vers lequel les femmes étaient systématiquement dirigées.

Elle crée des tapisseries aux formes géométriques pour la résidence de Walter Gropius, dessine des rideaux pour le théâtre, des tissus d'ameublement, des tentures murales. Elle expérimente avec de nouvelles matières comme la cellophane ou la soie artificielle, un tissu qui absorbe les sons et améliore l’acoustique. À partir de la technique ancestrale du tissage, Albers crée un art d’avant-garde[3]. Sa première publication est un article dans la revue Junge Menschen (novembre 1924), intitulé Bauhausweberei. Pendant l'été, Gropius avait annoncé la fin du travail expérimental des ateliers, ces derniers devant se consacrer à la production en suivant les principes du Bauhaus. Dans son article, Albers propose une approche qui s'appuie à la fois sur l'expérimentation dans le tissage manuel et sur la production textile en série[4]. Le tissage manuel est essentiel pour comprendre la fibre et les techniques de tissage et pour arriver à une production industrielle de qualité. Elle concilie l'approche industrielle de Gropius et la production d'objets uniques utilisant les techniques du passé et destinés à une clientèle aisée[5]. En 1925, elle épouse l’artiste Josef Albers rencontré trois ans plus tôt au Bauhaus[6]. Elle passe son diplôme du Bauhaus en 1930[7].

Exil et carrière en Caroline du Nord[modifier | modifier le code]

Face à la montée du nazisme, le couple Albers quitte l'Allemagne en 1933. Ils partent enseigner au Black Mountain College en Caroline du Nord. En 1934, Anni Albers y crée un l’atelier de tissage. À partir de 1949, elle intervient dans de nombreuses écoles d’art comme spécialiste de l’art textile. La même année, le Museum of Modern Art (MOMA) lui consacre une exposition personnelle. Cela marque la reconnaissance de l'artiste et de l'art textile[8].

Elle étudie les tissages traditionnels sud-américains et s'intéresse particulièrement à l'art textile péruvien qui servait de moyen de communication[2]. En 1965, elle réalise Six prayers pour le Musée juif de New York à la mémoire des victimes de la Shoah : six panneaux sombres et contemplatifs représentent les six millions de victimes juives[2].

Abandonnant ensuite l'activité physiquement éprouvante du tissage, elle se consacre à la gravure et expérimente plusieurs techniques d’impression[2]. En 1975, son travail est exposé au Kunstmuseum de Düsseldorf, et au Bauhaus-Archiv, à Berlin[7], à la Tate Modern de Londres en 2018-2019[9].

Elle publie également deux livres importants : une courte anthologie d'essais intitulée On Designing en 1959 et un livre fondateur en 1965, On Weaving, sorte d'atlas visuel explorant 4 000 ans d'histoire du tissage dans le monde et décrivant les techniques employées[2].

Elle décède de causes naturelles en 1994, dans sa maison d'Orange[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

Station de tramway Anni-Albers-Straße à Munich.

Dans la nécrologie du New York times, l’influent artiste textile Jack Lenor Larsen (en) lui rend hommage en soulignant le caractère innovateur du travail et des créations d’Albers : « Dès ses débuts dans les années vingt comme étudiante puis enseignante, Anni Albers explora et transforma les arts textiles. (...) Et en Amérique, elle continua son rôle de prophète, enseignante et artiste innovatrice.»[11],[10].

Albers inspire des générations d'artistes, par exemple Sheila Hicks qui découvre l'art textile dans son atelier dans les années 1950[3].

Une rue et une station de tramway porte son nom à Munich.

Une mini-série allemande créée par Lars Kraume, Bauhaus - Un temps nouveau (Die Neue Zeit), est diffusée en France (Arte) et en Allemagne (ZDF) en 2019. Elle retrace l'histoire du Bauhaus. Anni Fleischmann (de son nom de naissance) y est interprétée par l'actrice Julia Goldberg[12].

Récompenses et distinctions[13][modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • 1959 : On Designing, Wesleyan University Press
  • 1959 : Pictorial Weavings, M.I.T.
  • 1965 : On Weaving, Wesleyan University Press
  • 1970 : Pre-Columbian Mexican Miniatures: the Josef and Anni Albers Collection, Anni Albers, Ignacio Bernal et Michael D. Coe, Praeger, New York

Articles (liste partielle)[modifier | modifier le code]

  • 1926 : Bauhausweberei, dans Junge Menschen, n° 5
  • 1941 : Handweaving Today: Textile Work at Black Mountain College, The Weaver, janvier-février 1941
  • 1944 : One Aspect of Art Work, dans On Designing, décembre 1944
  • 1969 : On Walter Gropius (nécrologie de Gropius), dans Craft Horizons, septembre–octobre 1969

Expositions[modifier | modifier le code]

Expositions personnelles de son vivant[14] :

  • 1941 : « Anni Albers and Alex Reed: Exhibition of Necklaces », Willard Gallery, New York.
  • 1943 : « Painting, Prints, and Textiles by Josef and Anni Albers », North Carolina Museum of Art, Raleigh.
  • 1949 : « Anni Albers: Textiles », Museum of Modern Art, New York (puis en itinérance dans vingt-six musées à travers les Étas-Unis et le Canada).
  • 1953 : « Josef and Anni Albers: Paintings, Tapestries and Woven Textiles », Wadsworth Atheneum, Hartford.
  • 1954 : « Josef and Anni Albers: Painting and Weaving », Honolulu Academy of Art, Honolulu.
  • 1959-1960 : « Anni Albers: Pictorial Weavings », MIT New Gallery, Cambridge (puis en itinérance).
  • 1969 : « Anni Albers Lithographs and Screenprints 1963–1969 », Retina Gallery, Cambridge.
  • 1970 : « Anni Albers », Earl Hall Gallery, New Haven.
  • 1971 : « Anni Albers: Lithographs and Screenprints », University of Bridgeport, Bridgeport.
  • 1973 : « Anni Albers: Drawings, Prints, Pictorial Weavings », Pollock Gallery, Toronto.
  • 1975 : « Anni Albers: Bildweberei, Zeichnung, Druckgrafik », Kunstmuseum Düsseldorf, Düsseldorf (puis transféré au Bauhaus-Archiv à Berlin).
  • 1977 : « Anni Albers », Lantern Gallery, Ann Arbor.
  • 1977 : « Anni Albers: Drawings and Prints », Brooklyn Museum, New York.
  • 1977 : « Anni Albers: Prints », Zabriskie Gallery, New York.
  • 1978 : « Anni Albers: Graphics », Katonah Gallery, New York.
  • 1978 : « Anni Albers: Recent Work », Pollock Gallery, Toronto.
  • 1979 : « Graphic Work by Anni Albers », Joseloff Gallery, Hartford.
  • 1979 : « Anni Albers: Prints », Monmouth Museum, Lincroft.
  • 1979 : « Anni Albers: Graphics », Paul Klapper Library, New York.
  • 1980 : « Anni Albers: Prints », Alice Simsar Gallery, Ann Arbor.
  • 1980 : « Anni Albers: Evolving Systems », Morris Museum of Arts and Science, Morristown.
  • 1980 : « Anni Albers: Prints and Drawings », University of California Riverside, Riverside.
  • 1980 : « Anni Albers: Prints », Mattatuck Museum, Waterbury.
  • 1982 : « Anni Albers: Prints », Silvermine Gallery, New Canaan.
  • 1983 : « Anni Albers: Printmaker », University of Bridgeport, Bridgeport.
  • 1984 : « Anni Albers: Silkscreen Prints », Artists Signature Gallery, New Haven
  • 1985 : « Anni Albers: Prints; Ella Bergmann: Drawings; Ilse Bing: Photographs », Arts Club, Chicago
  • 1985 : « The Woven and Graphic Art of Anni Albers », Renwick Gallery, Washington D.C..
  • 1989 : « Anni und Josef Albers: Eine Retrospektive », Villa Stuck, Munich (puis transféré au Josef Albers Museum à Bottrop en 1990).
  • 1990 : « Gunta Stölzl, Anni Albers », Museum of Modern Art, New York.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Frances Brent, « Anni Albers’ Fabric of Belief at the Tate », sur https://www.tabletmag.com/, (consulté le 15 novembre 2019).
  2. a b c d et e (en-GB) « Anni Albers - Exhibition guide (11 October 2018 – 27 January 2018) », Tate Modern, 2018-2019.
  3. a b et c « A Londres, Anni Albers, l’artiste qui inventa la tapisserie moderne », sur Télérama.fr (consulté le 8 décembre 2018)
  4. T'ai Smith 2014, p. 45.
  5. T'ai Smith 2014, p. 47.
  6. Connaissance des arts, novembre 2017, n°764, page 46
  7. a et b Catherine Gonnard, « Anni Albers », in Dictionnaire universel des créatrices,‎ (lire en ligne)
  8. (en) « Josef and Anni Albers Foundation », sur albersfoundation.org (consulté le 6 décembre 2018)
  9. (en-GB) Tate, « Anni Albers – Exhibition at Tate Modern », sur Tate (consulté le 6 décembre 2018)
  10. a et b Nécrologie d'Anni Albers, (en) Rita Reif, « Anni Albers, 94, Textile Artist And the Widow of Josef Albers », sur The New York Times, (consulté le 15 novembre 2019).
  11. Texte original : « From her earliest days as a student and master at the Bauhaus in the 1920's, Anni Albers was an explorer and form giver in textiles. (...) And in America, she continued in her role as a prophet, teacher and innovative weaver.»
  12. (en) « Bauhaus - Un temps nouveau (2019– ) Full Cast & Crew », sur imdb.com (consulté le 15 novembre 2019).
  13. Chronologie, (en) « Chronology », sur https://albersfoundation.org (consulté le 15 novembre 2019)
  14. (en) « Anni Albers Solo », sur albersfoundation.org (consulté le 10 novembre 2019).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Centrée[modifier | modifier le code]

  • (en) Collectif, Anni Albers, Guggenheim Museum, , 181 p. (ISBN 9780892072729).
  • (en) Ann Coxon, Anni Albers, Yale University Press, , 192 p. (ISBN 9780300237252).
  • (en) Virginia Gardner Troy, Anni Albers and Ancient American Textiles : From Bauhaus to Black Mountain, Ashgate, , 190 p. (ISBN 9780754605010).

Généraliste[modifier | modifier le code]

  • Charlotte Fiell et Peter Fiell, Design du XXème siècle, Cologne, Tashen, , 768 p. (ISBN 978-3836541091).
  • Magdalena Droste (trad. Sara D. Claudel), Bauhaus : 1919-1933 - réforme et avant-garde, Hong Kong, Cologne, Paris, Taschen, coll. « Petite collection », , 96 p. (ISBN 978-3-8365-6013-9).
  • Nicholas Fox Weber, La Bande du Bauhaus, Fayard, , 624 p. (ISBN 9782213688565).
  • (en) Elizabeth Otto et Patrick Rössler, Bauhaus Women : A Global Perspective, Bloomsbury Publishing, , 192 p. (ISBN 9781912217977).
  • (en) Ulrike Müller (trad. Emer Lettow et Sarah Kane), Bauhaus Women, Paris, Flammarion, , 152 p. (ISBN 9782080301208).
  • (en) T'ai Smith, Bauhaus Weaving Theory, from Feminine Craft to Mode of Design, Minneapolis, University of Minnesota Press, , 272 p. (ISBN 9780816687244).

Liens externes[modifier | modifier le code]