László Moholy-Nagy

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Dans le nom hongrois Moholy-Nagy László, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français László Moholy-Nagy, où le prénom précède le nom.
László Moholy-Nagy
Laszlo Moholy-Nagy - photography from NARA - 281845.jpg
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 51 ans)
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Hongrois, Américain (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
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Sibyl Moholy-Nagy (en) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata

László Moholy-Nagy (prononciation : /ˈlaːsloː ˈmohojnɒɟ/), né László Weisz le à Bácsborsód (alors dans l'Empire austro-hongrois) et mort le à Chicago, est un peintre, un photographe plasticien et théoricien de la photographie hongrois, naturalisé américain en 1944.

László Moholy-Nagy est connu pour sa participation à divers mouvements d’avant-garde dans l’entre-deux guerres, dans lesquels il côtoie notamment les membres du dadaisme, du constructivisme et du De Stijl. Il explore les nouvelles techniques de photographie en concevant des photogrammes. Sollicité par le fondateur et directeur de l’école du Bauhaus, Walter Gropius, l’artiste y devient enseignant en 1923 avec le titre de Maître. Il quitte l’établissement en 1928 et s’installe en 1934 au Royaume-Uni. Là-bas, il continue ses expérimentations artistiques et travaille dans la publicité. En 1937, il part aux États-Unis pour ouvrir l’école du New Bauhaus à Chicago.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, famille et études[modifier | modifier le code]

László Weisz nait le 20 juillet 1895. Il est issu d'une famille juive hongroise de Bácsborsód[1]. Son père, Lipót Weisz, est intendant dans une grande propriété agricole. Par sa mère Karolina Stein, il a un demi-frère ainé, Jenö né en 1891. Son père abandonne la famille en 1897, juste après la naissance de son plus jeune frère Akos[2]. C'est l'oncle maternel Gusztáv Nagy, un avocat nationaliste et progressiste, qui recueille la famille à Mohol[3] et qui subvient aux besoins de la famille[2].

Le jeune garçon adopte le patronyme de son oncle. En 1905, Il entre au Gymnasium de Szeged. László Nagy fait ses premières armes en publiant des poèmes dans le journal local Szegedi Napló en 1911[3],[4]. Après son baccalauréat en 1913, il entame des études de droit à l'Université de Budapest (Budapesti Tudományegyetem)[4]. Au début de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'armée austro-hongroise comme officier d'artillerie. Blessé au cours de l'année 1917, il commence à dessiner durant sa convalescence à l’hôpital d’Odessa[5]. László Moholy-Nagy s'implique dans la revue Jelenkor (« Le Temps Présent »), fondée par Iván Hevesy[4], puis dans la revue révolutionnaire d'avant-garde MA (« Aujourd'hui ») de Lajos Kassák[6]. Cette même année, il change définitivement son patronyme en Moholy-Nagy : Moholy en reconnaissance de Mohol, la ville de sa jeunesse et Nagy en l'honneur de son oncle[2].

Premières expositions[modifier | modifier le code]

Walter Gropius (1883-1969), fondateur et directeur du Bauhaus (1919-1928).

De retour à Budapest après sa démobilisation, il décide de se consacrer à la peinture[7]. Il fréquente l'école d'art privée de l'artiste hongrois Fauve Róbert Berény et participe à plusieurs expositions[8]. L’éphémère République des conseils de Hongrie lui achète quatre œuvres en 1919[6]. Après la chute du régime communiste en août 1919, il se retire à Szeged puis fuit le pays. Il gagne Vienne à la fin de l'année[9].

En 1920 László Moholy-Nagy emménage à Berlin début 1920. Là-bas il rencontre les Dadas Raoul Hausmann, Hannah Höch et Kurt Schwitters[10]. Il devient le correspondant pour la revue MA. La même année il rencontre et se marie avec la photographe et écrivaine Lucia Schulz[4]. À Berlin il découvre le constructivisme et le suprématisme incarné par les œuvres de Kasimir Malevitch. En 1921 l'artiste réalise l'un de ses premiers tableaux Composition 19[8]. En octobre 1921, la revue néerlandaise De Stijl publie un « Appel à l'art élémentaire. Aux artistes du monde entier » qu'il cosigne avec Jean Arp, Raoul Hausmann et Ivan Puni (Jean Pougny)[11].

Theo van Doesburg et Gerrit Rietveld, Intérieur de la maison de Bart De Ligt, 1919.

En 1922, lors d'une exposition conjointe avec son compatriote hongrois Laszlo Peri à la galerie d'art Der Sturm de Berlin, il rencontre Walter Gropius[4]. Au premier "Congrès des artistes progressistes" organisé à Düsseldorf, du 29 au 31 mai, il représente le groupe MA et, à cette occasion, il rencontre El Lissitzky et Theo van Doesburg qui vient de publier dans De Stilj un article théorique sur les photogrammes intitulé « Production reproduction ». De son côté, Moholy-Nagy publie avec Kassák le « Livre des nouveaux artistes »[11]. Cet été-là, il part en vacances dans le massif montagneux de la Rhön avec sa femme. Celle-ci l'initie à la fabrication de photogrammes sur papier photosensible[4].

Ses premiers photogrammes sont influencés par les films de Walter Ruttmann, Viking Eggeling et Hans Richter. Il reproche cependant au cinéma abstrait de « privilégier les développements formels au détriment de la représentation du mouvement ». Dans un article publié en 1923 par la revue américaine Broom, Moholy-Nagy explique qu'il « vise à utiliser la lumière comme facteur formel primaire, qui crée l'espace et le mouvement, et élimine la perspective centrale de la photographie »[12]. En regard de cet article, Broom reproduit quatre photogrammes de Moholy-Nagy ainsi que quatre autres réalisés par Man Ray. Les photomontages des dadaïstes lui inspirent une nouvelle variante qu'il appelle « Fotoplastik ». À cette période il commence aussi à y esquisser des idées pour ce qui deviendra sa plus célèbre sculpture, le Modulateur-espace-lumière[4].

1919-1928 : les années Bauhaus[modifier | modifier le code]

Bauhausbücher numéro 8, 1925.

En février 1923, la galerie Der Sturm organise sa deuxième exposition personnelle où Moholy-Nagy présente ses Telephonbilder (« Tableaux téléphonés ») : œuvres sur porcelaine émaillée « dont les couleurs observent de subtiles variations en fonction de l'agrandissement ou de la réduction de la composition »[4].

La même année, Moholy-Nagy est invité à enseigner au Bauhaus de Weimar par son fondateur et directeur, Walter Gropius. Il y reprend le poste de Johannes Itten comme directeur du cours préliminaire. Il remplace également Paul Klee à la tête de l'atelier du métal[10]. Sa venue marque la fin de la tendance expressionniste de l'école. Il y promeut la vision constructiviste[4]. Ainsi, l’école amorce un rapprochement avec son but initial, celui d’être une école de design industriel[1]. Moholy-Nagy a été le premier artiste de l'entre-deux-guerres à proposer l'utilisation d'équipements scientifiques tels que le télescope, le microscope et la radiographie dans la fabrication de l'art[13].

Il joue également un rôle important dans la publication des Bauhausbücher (Livres du Bauhaus), dont il assure aussi la mise en page[14].

Ses toiles de cette période se présentent comme des organisations d’éléments géométriques, dans un espace tridimensionnel.

Les photogrammes[modifier | modifier le code]

En 1925, Moholy-Nagy publie le livre Malerei. Fotografie. Film (« Peinture. Photographie. Film »)[15], dans lequel il appelle photogramme ses « photos sans appareil ».

Passionné par les nouvelles techniques et toujours à la recherche de l’innovation, il devient l’un des plus grands photographes de son époque, réalisant de nombreux photogrammes et photomontages.

C’est aussi au Bauhaus que l’artiste conçoit et réalise un équipement destiné à la scène intitulé Licht-Raum Modulator (« modulateur d’espace lumière », 1922-1930)[16], sculpture en métal d’aspect technologique et qui utilise le mouvement électrique et la lumière artificielle.

1928-1937 : Exils européens[modifier | modifier le code]

László Moholy-Nagy est rédacteur en chef de la revue néerlandaise International Revue i 10 de 1927 à 1929[4]. L’artiste quitte le Bauhaus en 1928 et fonde son propre studio de design à Berlin[10]. Marianne Brandt reprend son rôle de chef de l'atelier de métallurgie[17]. Il se sépare de sa première femme Lucia en 1929[18]. Avec son studio, il réalise plusieurs décors[19] pour l’Opéra national de Berlin puis le théâtre d’Erwin Piscator. Il conçoit également des expositions et des livres, crée des campagnes publicitaires, écrit des articles et réalise des films. Son atelier emploie des artistes et des designers comme Istvan Seboek, György Kepes, et Andor Weininger.

En 1931, il rencontre l'actrice et scénariste Sibyl Pietzsch[4]. Ils se marient en 1932 et ont deux filles, Hattula (née en 1933) et Claudia (1936-1971)[20].

Immeuble Isokon, résidence de plusieurs collaborateurs de la société, dont László Moholy-Nagy.

Après l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne en 1933, en tant que citoyen étranger, il n'est plus autorisé à y travailler. Il s’exile tout d’abord aux Pays-Bas en 1934 (principalement dans le commerce) avant de déménager avec sa famille à Londres en 1935[1]. En Angleterre, László Moholy-Nagy fait partie du cercle des artistes et intellectuels émigrés qui se sont installés à Hampstead. Il est engagé par Jack Pritchard pour créer du contenu publicitaire pour sa société Isokon[18]. Il y retrouve Walter Gropius. Walter Gropius et László Moholy-Nagy prévoient d'établir une version anglaise du Bauhaus mais ce projet ne voit pas le jour faute de soutiens.

László Moholy-Nagy gagne sa vie à Londres en acceptant divers emplois dans le design commercial, comme chez Imperial Airways[21]. Il photographie l'architecture contemporaine pour la revue The Architectural Review dont le rédacteur en chef adjoint est John Betjeman. Celui-ci lui commande des photographies pour illustrer son livre An Oxford University Chest[21]. Il est commissionné pour réaliser les films Lobsters (1935) et New Architecture and the London Zoo (1936). Il commence également à expérimenter la peinture sur plastique transparent, tel que le Polyméthacrylate de méthyle[4].

En 1936, il est chargé par le producteur de films hongrois Alexander Korda de concevoir effets spéciaux pour le film Les Mondes futurs (Things to Come) d'après le roman de H. G. Wells[22]. László Moholy-Nagy crée des sculptures cinétiques et des effets de lumière abstraits, mais ils ne seront pas utilisés par le réalisateur du film William Cameron Menzies[4],[3]. À l'invitation de l’architecte britannique Leslie Martin, il donne une conférence à l’école d’architecture de Kingston upon Hull[23].

Pendant ce temps, en Allemagne, ses œuvres d'art ont été incluses dans l’exposition Art dégénéré organisée à Munich en 1937 par les nazis[4].

1937-1946 : Les États-Unis[modifier | modifier le code]

À l’automne 1937, László Moholy-Nagy fonde le New Bauhaus dans la ville de Chicago à l'invitation de l'Association des arts et de l'industrie de la ville[24]. Cette école de design reprend les concepts créatifs du Bauhaus allemand. En raison de problèmes financiers, l’école ferme brièvement en 1938. Cependant grâce à des soutiens, il rouvre l'école sous le nom de Chicago School of Design[25]. En 1944, cet institut devient l'Institute of Design et en 1949 l’école est intégrée au nouveau système universitaire de l'Institut de technologie de l'Illinois[26]. L’établissement est le premier établissement aux États-Unis à proposer un doctorat en design. Il conserve le poste de directeur jusqu’en 1945.

En avril 1946, László Moholy-Nagy obtient la nationalité américaine[4]. László Moholy-Nagy meurt le 24 novembre 1946 à Chicago d'une leucémie diagnostiquée un an auparavant[26].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 2005, l'Université hongroise d'arts appliqués de Budapest (Magyar Iparművészeti Egyetem) est renommée Université d'art appliqué Moholy-Nagy (Moholy-Nagy Művészeti Egyetem), en hommage à l'artiste.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Peintures, affiches et collages[modifier | modifier le code]

Photographies[modifier | modifier le code]

  • Le Pont transbordeur, 1937, planche de contact[28]

Sculptures[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Moholy-Nagy a consigné dans différents ouvrages l’ensemble de ses réflexions sur les nouveaux moyens d’expressions dont il a été l’un des pionniers, de la typographie au film, en passant par la sculpture cinétique et la photographie :

  • Buch Neuer Künstler, 1922, avec Lajos Kassák.
  • Malerei. Fotografie. Film, 1925.
  • Von Material zu Architektur, Munich, 1929.
  • The New vision, New York, 1946.
  • Vision in motion, Chicago, 1947.

Citation[modifier | modifier le code]

« L'analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l'écriture, mais celui qui ignore la photographie. »[29]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (en) Ian Chilvers et John Glaves-Smith, Dictionary of Modern and Contemporary Art, Oxford, Oxford University Press, , 776 p. (ISBN 9780199239658), p. 471-472.
  2. a b et c Alain Findeli 1995, p. 21.
  3. a b et c (en) « Biography », sur moholy-nagy.org, Moholy-Nagy Foundation (consulté le 21 septembre 2019).
  4. a b c d e f g h i j k l m n et o (en) « Chronology », sur moholy-nagy.org, Moholy-Nagy Foundation (consulté le 21 septembre 2019).
  5. Alain Findeli 1995, p. 22.
  6. a et b Alain Findeli 1995, p. 23.
  7. Laurent Le Bon 2005, p. 754.
  8. a et b Joyce Tsai 2018, p. 15.
  9. Oliver Arpad Istvan Botar 2006, p. 10-15, 18-20, 163-169.
  10. a b et c « László Moholy-Nagy :1923–1928 Bauhaus master », sur bauhaus100.com,  Bauhaus Kooperation 2019 (consulté le 28 mars 2019).
  11. a et b Achim Borchardt-Hume 2006, p. 81.
  12. « Light a medium of plastic expression », cité dans Le Bon, op. cité.
  13. Oliver Arpad Istvan Botar 2006, p. 525-556.
  14. (en) « Bauhaus Books - Walter Gropius, Farkas Molnár, László Moholy-Nagy, Paul Klee, Adolf Meyer, Herbert Bayer, 1925–28 », sur bauhaus100.com (consulté le 2 octobre 2019)
  15. Achim Borchardt-Hume 2006, p. 73.
  16. Voir art cinétique.
  17. (en) « Metal - 1919–1933 (from 1929 fitting-out workshop) », sur bauhaus100.com (consulté le 26 septembre 2019)
  18. a et b (en) David Burke, The Lawn Road Flats: Spies, Writers and Artists, vol. 3, Boydell & Brewer Ltd, , 271 p. (ISBN 9781843837831), p. 61.
  19. « Esquisse pour le décor des « Contes d'Hoffmann » de Jacques Offenbach, premier acte (Olympia) », sur collections.mnbaq.org (consulté le 2 mai 2019)
  20. (en) « Sibyl Moholy‐Nagy, Architectural Critic, Is Dead », sur nytimes.com, (consulté le 2 octobre 2019)
  21. a et b Achim Borchardt-Hume 2006, p. 166.
  22. Achim Borchardt-Hume 2006, p. 89.
  23. Achim Borchardt-Hume 2006, p. 89-90.
  24. Achim Borchardt-Hume 2006, p. 92.
  25. Achim Borchardt-Hume 2006, p. 174.
  26. a et b Achim Borchardt-Hume 2006, p. 167.
  27. 96,5 × 86,2 cm. Reproduction dans "L"Œil" no 605, septembre 2008, page 4
  28. Direction des Musées de Marseille. Reproduction dans "Beaux Arts magazine", no 92, juillet 1991, p. 111
  29. « Fotografie ist Lichtgestaltung », Bauhaus, vol. II, no 1, janvier 1928, p. 5 ; voir Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie, 1931 [PDF]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andréas Haus (texte), Moholy-Nagy. Photographies, photogrammes, Paris, Chêne, 1979, ill.
  • Laszlo Moholy-Nagy (« Série des catalogues du Centre de Création Industrielle, Centre Georges Pompidou », 5), Centre national d'art et de culture, 1976 (ISBN 9782858500147)
  • Laurent Le Bon, Dada, Paris, Éditions du Centre Pompidou, , 1200 p. (ISBN 9780520290679), p. 754.
  • Corinne Pencennat, « Le Monde selon Moholy-Nagy », Beaux Arts Magazine, no 92,‎ , p. 110-111.
  • (en) Joyce Tsai, Laszlo Moholy-Nagy : Painting After Photography, vol. 6, University of California Press, coll. « The Phillips Collection Book Prize Series », , 248 p. (ISBN 9780520290679).
  • Alain Findeli, Le Bauhaus de Chicago : l'oeuvre pédagogique de László Moholy-Nagy, Les éditions du Septentrion, coll. « Hors Collection Klincksieck », , 465 p. (ISBN 9782894480380).
  • (en) Oliver Arpad Istvan Botar, Technical Detours : The Early Moholy-Nagy Reconsidered, City University of New York, , 207 p. (ISBN 9781599713571).
  • (en) Achim Borchardt-Hume, Albers and Moholy-Nagy: From the Bauhaus to the New World, Yale University Press, , 190 p. (ISBN 9780300120325).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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