Ludwig Mies van der Rohe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Ludwig Mies van der Rohe
Image illustrative de l'article Ludwig Mies van der Rohe
Ludwig Mies van der Rohe (1912).
Présentation
Nom de naissance Ludwig Mies
Naissance
Aix-la-Chapelle, Allemagne
Décès (à 83 ans)
Chicago, États-Unis
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau des États-Unis États-Unis (1944)
Mouvement Bauhaus, Style International
Activités Architecte, designer, enseignant
Formation Bruno Paul et Peter Behrens
Œuvre
Réalisations Pavillon allemand de Barcelone
Appartements 860 et 880 Lake Shore Drive (Chicago)
Kluczynski Federal Building (Chicago)
Seagram Building (New York)
Neue Nationalgalerie (Berlin)

Ludwig Mies van der Rohe, né Ludwig Mies[N 1] le à Aix-la-Chapelle et mort le à Chicago, est un architecte allemand, naturalisé américain en 1944.

Les plans et projets de Mies van der Rohe sont caractérisés par des formes claires et l'utilisation intensive du verre, de l'acier et du béton. Ses travaux posent les bases pour la construction de grands bâtiments aux façades de verre (les gratte-ciel), souvent développées en murs-rideaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et débuts comme architecte[modifier | modifier le code]

Ludwig Mies naît le à Aix-la-Chapelle. Il est le fils de Michael, exerçant le métier de tailleur de pierre, et d’Amalie[1]. Il travaille d'abord dans l'entreprise familiale de tailleurs de pierre avant d'être engagé comme dessinateur dans le bureau d'architecture de Bruno Paul à Berlin, de 1906 à 1908. En parallèle, il étudie à l’école des arts appliqués ainsi qu’à l’école des beaux-arts de Berlin[2]. Dès 1906, il assume le suivi de son premier projet individuel dans le nouveau quartier de Babelsberg à Potsdam, où il conçoit la maison de Sofie et Alois Riehl dans un style prussien du XIXe siècle[3],[4]. Le couple est tellement satisfait du résultat qu’il n’hésite pas à recommander le jeune architecte dans leur entourage[5].

Peter Behrens, Patron de Ludwig Mies de 1908 à 1912.

Le succès de ce premier projet lui permet d’entrer au service de l’architecte Peter Behrens en 1908[6] et il travaille sous son patronage direct. Il commence à réaliser ses dessins innovants mêlant acier et verre, empruntant certaines idées à Karl Friedrich Schinkel[7]. C'est dans l'atelier de Behrens qu'il fera également la connaissance du Corbusier et de Walter Gropius, le futur fondateur du Bauhaus[8]. En 1910, Ludwig Mies conçoit la maison du marchand d'art Hugo Perls à Berlin-Zehlendorf[8]. L’architecte élabore plusieurs projets non réalisés. Son monument en l’honneur de Bismarck à Bingen am Rhein, imaginé avec son frère Ewald, n’est pas retenu par le jury du concours[N 2]. Plus tard, il est mis en compétition avec l’architecte néerlandais Hendrik Petrus Berlage pour concevoir la villa et le musée du couple d’industriels et mécènes Kröller-Müller. Là encore, son projet n’est pas retenu[9].

C'est au cours de cette période au sein de l’agence de Behrens qu'il rencontre Adele Bruhn, dite « Ada », la fille d’un riche industriel. Il l'épousera en 1913[10], et trois filles : Dorothea (connue sous le nom de Georgia), Marianne et Waltraut[11].

La confirmation[modifier | modifier le code]

En 1912, il fonde son propre cabinet d’architecture à Berlin. Puis, en 1915, il est appelé à servir sous les drapeaux, dans le conflit de la Première Guerre mondiale[10]. À l'issue de la guerre, beaucoup de changements touchent l’architecte, tant sur les plans professionnel que personnel. Mies van der Rohe collabore avec le mouvement d’avant-garde Novembergruppe, dont il organise les expositions d'architecture jusqu’au milieu des années 1920[12],[13]. Il se sépare de sa femme, sans pour autant divorcer officiellement. Il change son nom en « Mies van der Rohe », accolant au nom de son père (Mies) celui de jeune fille de sa mère (Rohe) en les reliant par une particule noble « van der »[14].

C'est durant cette période qu'il commence à envisager l'utilisation de matériaux plus maniables comme l'acier et le verre afin de répondre aux conditions économiques de l'après-guerre, et au souci de créer des espaces intérieurs les plus souples possibles dans les constructions. Entre 1921 et 1924, il imagine une série de cinq projets non-réalisés, mais qui feront date dans la philosophie architecturale moderniste[14]. Le premier édifice, surnommé nid d’abeilles, est un immeuble élevé de bureaux sur la Friedrichstraße à Berlin. Sa conception est inhabituelle tant par sa forme que sa structure[15]. Sur une empreinte triangulaire au sol, un îlot central est flanqué de trois tours au formes anguleuse. Avec la structure, Ludwig Mies van der Rohe invente le concept de « peau et os » avec une charpente en acier supportant des sols en porte-à-faux et des façades entièrement vitrées[16]. Un second projet imaginé l’année suivante reprend le concept structurel et cristallin de la tour nid d’abeilles avec cette fois-ci des formes organiques. Le troisième édifice proposé en 1923 est un imposant monolithe de béton abritant des bureaux[17]. Les deux derniers projets de l’architecte sont des villas de campagne, l’une en brique et l’autre en béton[18]. Durant cette période, il contribue à la revue d'avant-garde G: Material zur elementaren Gestaltung (de) (« G : Matériel pour une conception élémentaire »), lancée en juillet 1923[19].

Appartements Am Weißenhof, 1927.

En 1925, le Deutscher Werkbund, association pour la promotion de l'innovation dans les arts appliqués et l'architecture, confie à Ludwig Mies van der Rohe la direction artistique de l’exposition Die Wohnung (« L’habitation ») qui doit se tenir dans le quartier du Weissenhof à Stuttgart en 1927. Il y réunit les grand noms du courant Neues Bauen tels Le Corbusier, Mart Stam, Bruno et Max Taut et Walter Gropius. Ludwig Mies van der Rohe y réalise un bloc d’appartements[20]. Il en conçoit également le mobilier avec Lilly Reich. C’est à l’occasion de cette exposition que les deux créateurs nouent une relation professionnelle et intime[21]. Parmi leurs créations communes pour ce projet, la chaise cantilever MR20 est restée dans les annales. Elle se compose d’une structure en porte-à-faux faite de tubes d'acier chromé et d’une assise cannée[22]. Le couple a conçu au préalable le pavillon numéro 4 de l’exposition, dit « Glassraum ». Celui-ci permet à Ludwig Mies van der Rohe de solliciter des mécènes spécialisés dans le matériau verre dans l’optique de construire l’immeuble Weissenhof[23].

De 1930 à 1933, il dirige l'école des arts Bauhaus à Dessau puis à Berlin. Il est alors membre de l'association des artistes allemands Deutscher Künstlerbund. Il réalise le pavillon allemand de l'Exposition internationale de 1929 de Barcelone.

Directeur du Bauhaus[modifier | modifier le code]

Directeur du Bauhaus de 1930 à 1933, il fait expulser par la police les étudiants communistes et négocie sans succès avec les nazis pour obtenir la réouverture du Bauhaus. En 1933, son projet moderniste pour la Reichsbank n’est pas retenu. Il signe une déclaration de soutien à Hitler et adhère à la Chambre de la culture du Reich. Il dessine le pavillon de l'industrie minière à l'exposition “Peuple allemand-Travail allemand” et propose un pavillon pour l’Exposition internationale de Bruxelles de 1935, rejeté par Hitler, qui piétine la maquette[24].

Exil aux États-Unis[modifier | modifier le code]

De 1925 à son départ pour les États-Unis, Mies van der Rohe crée, avec sa compagne Lilly Reich, du mobilier qui est conçu pour être en harmonie avec les espaces intérieurs que l'architecte propose. C'est ainsi qu'ensemble ils dessinent plusieurs chaises, l'une des plus connues étant la Chaise Barcelone, présentée dans le pavillon allemand dessiné par Mies pour l'Exposition internationale de 1929 à Barcelone. On peut aussi mentionner la chaise Brno ou encore la chaise MR20, mentionnée plus haut.

1938 migration aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Appartements 860 et 880 sur Lake Shore Drive à Chicago, construits entre 1949 et 1951.

Confronté à la montée du nazisme en Allemagne, Mies s'exile: en 1938, il émigre aux États-Unis. À son arrivée, on lui reconnaît déjà une certaine influence comme designer. Directeur du Bauhaus, il a aussi gagné de nombreux concours pour différents projets architecturaux, bien que de 1907 à 1932 on ne puisse mettre à son actif que treize édifices, de dimensions réduites, construits.

Mies van der Rohe s'installe à Chicago où il s'occupe du département d'architecture du Chicago's Armour Institute of Technology (renommé plus tard Illinois Institute of Technology ou IIT). Il accepte ce poste à la condition qu'il puisse réaménager le campus de l'université. Certaines de ses réalisations les plus célèbres s'y trouvent encore dont le Crown Hall (siège de l'école d'architecture de l'IIT). Il demeure à la tête de l'institution jusqu'en 1958.

En 1958, il construit ce qui est considéré comme l'ultime expression du Style international en architecture : le Seagram Building à New York. Il s'agit d'une vaste réalisation en verre, à laquelle Mies a adjoint une grande place, avec une fontaine en face de la structure, créant un espace ouvert sur Park Avenue. D'autre part, Mies conçoit et réalise de nombreux immeubles à Chicago et ailleurs.

En 1981, le polémiste et critique d'art Tom Wolfe souligne dans From Bauhaus to Our House que, pour satisfaire au Règlement des constructions, notamment aux normes de prévention d'incendie, certains éléments de structure métallique durent être protégés par du béton, puis recouverts d’acier, compromettant l'expression directe et claire de la structure voulue par Mies van der Rohe[25].

Mies van der Rohe meurt le 17 août 1969 à Chicago. Les immeubles IBM Building 330 North Wabash et Kluczynski Federal Building sont alors encore en construction ; ils seront achevés (respectivement en 1973 et 1975) par son agence, The Office of Mies van der Rohe.

Conceptions architecturales[modifier | modifier le code]

Mettant en œuvre et appliquant ses formules célèbres Less is More »[26] et Gott steckt im Detail[27] (« Moins, c'est plus » et « Dieu se cache dans les détails »), Mies cherche à créer des espaces neutres et contemplatifs, grâce à une architecture basée sur l'honnêteté des matériaux et l'intégrité structurale. Ses réalisations témoignent de son intérêt prononcé pour le rapport intérieur-extérieur. L'espace extérieur est en effet considéré comme un prolongement de l'espace intérieur. Son architecture est aussi marquée par la dissociation de l'enveloppe et de la structure. À Chicago, il fera sienne la conception de l'École de Chicago, celle de l'ossature sur laquelle s'appuie toute la construction car cette technique permet d'une l'utilisation de murs-rideaux qui créent des intérieurs lumineux, et elle laisse d'autre toute liberté pour l'aménagement des espaces intérieurs. Durant les vingt dernières années de sa vie, Mies parvient à matérialiser sa vision d'une architecture fine et élancée. Ses dernières réalisations sont le résultat d'une vie dédiée à la poursuite d'une architecture universelle simplifiée.

Analyse[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de Peter Behrens, Ludwig Mies développe une approche de design basée sur des techniques de construction avancées et sur le classicisme prussien. Son projet, dessiné en 1921, de gratte-ciel entièrement en verre sur la Friedrichstraße à Berlin, constitue un des projets majeurs de l'expressionnisme en architecture. Mies éprouve aussi une certaine sympathie pour les choix esthétiques du constructivisme russe et du groupe néerlandais De Stijl.

Réalisations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Timbre de la poste allemande pour le centième anniversaire le la naissance de Mies van der Rohe, en 1986. A l'arrière-plan, la Neue National Galerie de Berlin.

Le travail de Mies van de Rohe a été récompensé par de nombreuses distinctions, dont la Presidential Medal of Freedom en 1963.

En 2001, le Mies van der Rohe Award est devenu le prix officiel d'architecture de l'Union européenne[28],[29].

En 2012, à l'occasion du 126e anniversaire de naissance de Mies, le moteur de recherche Google utilise le Crown Hall de l'Illinois Institute of Technology comme doodle[30].

À Düsseldorf, un parc porte son nom[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 1921, il accole au nom de son père (Mies) celui de jeune fille de sa mère (Rohe) en les reliant par un « van der » artistique.
  2. La guerre ne permettra pas de construire le projet retenu

Références[modifier | modifier le code]

  1. Franz Schulze 1985, p. 10.
  2. Claire Zimmerman 2017, p. 7.
  3. Claire Zimmerman 2017, p. 19.
  4. Odile Benyahia-Kouider, « L'enchanteur de Berlin », sur Télérama.fr, (consulté le 8 octobre 2019)
  5. Jean-Louis Cohen 1996, p. 15.
  6. Charlotte Fiell, Peter Fiell 1999, p. 471-475
  7. Claire Zimmerman 2017, p. 8.
  8. a et b Jean-Louis Cohen 1996, p. 16.
  9. Claire Zimmerman 2017, p. 20-21.
  10. a et b Claire Zimmerman 2017, p. 9.
  11. Franz Schulze 1985, p. 97.
  12. Franz Schulze 1985, p. 104.
  13. (en) « Ludwig Mies van der Rohe - Bauhaus director, 1930 – 1933 », sur bauhaus100.com (consulté le 13 octobre 2019)
  14. a et b Claire Zimmerman 2017, p. 10.
  15. Franz Schulze 1985, p. 96.
  16. Claire Zimmerman 2017, p. 23.
  17. Claire Zimmerman 2017, p. 25.
  18. Claire Zimmerman 2017, p. 27.
  19. Livia Plehwe, « G-Material zur elementaren Gestaltung », sur journals.openedition.org, Trajectoires, (consulté le 17 octobre 2019).
  20. Claire Zimmerman 2017, p. 28.
  21. Claire Zimmerman 2017, p. 11.
  22. (en + de + fr) Charlotte Fiell et Peter Fiell, 1000 chairs, Taschen, , 624 p. (ISBN 3822836443), p. 112.
  23. (en) Jurjen Zeinstra, « Glasraum StuttgartLilly Reich and Ludwig Mies van der Rohe », sur dash-journal.com (consulté le 17 octobre 2019).
  24. Xavier de Jarcy, « Ces artistes du Bauhaus qui ont flirté (ou pire) avec les nazis », Télérama.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 3 décembre 2018)
  25. (en) Tom Wolfe, From Bauhaus to Our House, Picador, , 128 p. (ISBN 978-0312429140), p. 58-59.
  26. Mies n'est pas l'auteur de cette phrase (devenue une sorte de devise du minimalisme). C'est Robert Browning qui l'a écrite en 1855 dans son recueil de poèmes # Hommes et femmes (Men and Women). Il s'agit de la traduction d'un proverbe allemand né quelques décennies plus tôt, de:Weniger ist mehr.
  27. God is in the details
  28. (en) « Background », sur Miesearch.com.
  29. (en) Jessica Mairs, « Five finalists revealed for Mies van der Rohe Award 2017 », sur Dezeen.com, .
  30. (en) « Mies van der Rohe's 126th birthday marked with a Google doodle », sur Telegraph.co.uk, .
  31. (de) Norbert Stirken, « Club-Atmosphäre für den Business-Park », sur Rp-online.de.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Charlotte Fiell, Peter Fiell, Design of the 20th Century, Cologne, Taschen, (ISBN 3-8228-5873-0)
  • Paolo Amaldi, Mies Van der Rohe, Espace et Densité, Gollion, in-folio,
  • (en) Peter Carter, Mies Van der Rohe at work, New-York, Phaidon,
  • Werner Blaser, Mies van der Rohe (meubles et intérieurs), Electa Moniteur, Paris, 1982
  • Jean-Louis Cohen, Mies van der Rohe, Paris, Hazan, coll. « Architecture », , 1re éd., 143 p. (ISBN 2-85025-3340 et 978-2-85025-334-8, OCLC 416776846, notice BnF no FRBNF35690378)
  • (en) Jean-Louis Cohen, Mies van der Rohe, Taylor & Francis, , 143 p. (ISBN 9780419203308).
  • John Gelder, Loiseau Benjamin, Less is too much ? Vertige du vide chez Ludwig Mies van der Rohe et prolégomènes insurrectionnels urbains, Bagnolet, Échappée Belle Édition,
  • Phyllis Lambert, Mies Van der Rohe : l'art difficile d’être Simple, Montréal, CCA,
  • Giovanni Leoni, Ludwig Mies Van der Rohe, Arles, Actes Sud,
  • Fritz Neumeyer, Mies Van der Rohe : réflexions sur l’art de bâtir, Paris, Le Moniteur,
  • (en) Claire Zimmerman, Mies van der Rohe : 1886-1969 - The Structure of Space, Taschen, coll. « Basic Art », , 96 p. (ISBN 978-3-8365-6042-9).
  • (en) Franz Schulze, Mies van der Rohe : A Critical Biography, University of Chicago Press, , 355 p. (ISBN 9780226740607).
  • (en) Franz Schulze, Mies van der Rohe : A Critical Biography, New and Revised Edition, University of Chicago Press, , 493 p. (ISBN 9780226756004).
  • Knoll International France, catalogue de l'exposition Ludwig Mies van des Rohe à Paris en mai 1970

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]