Palais Gallien

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Amphithéâtre de Bordeaux
Le « Palais Gallien »
Le « Palais Gallien »

Lieu de construction Burdigala (Gaule aquitaine)
Date de construction début du IIe siècle[1]
Dimensions externes 132 m × 111 m
Dimensions de l’arène 70 m × 47 m
Capacité 22 000 places
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)[2]
Géographie
Coordonnées 44° 50′ 52″ nord, 0° 34′ 59″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Bordeaux

(Voir situation sur carte : Bordeaux)
Palais Gallien

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Palais Gallien
Liste d'amphithéâtres romains

L'amphithéâtre de Bordeaux, dit « Palais Gallien » selon la tradition locale, est une arène romaine datant du début du IIe siècle[1] et dont il ne reste plus aujourd'hui que des vestiges. Il fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1840[2].

Description de l'édifice[modifier | modifier le code]

Le « Palais Gallien » était une arène romaine en forme d'ellipse située aux portes du Bordeaux de l'époque, sur le côté sud du grand chemin du Médoc, l'actuelle rue Fondaudège. Il a subi de graves mutilations au fil des siècles. Il ne reste aujourd'hui que peu de choses du grand amphithéâtre d'origine dont la majeure partie de l'assiette est aujourd'hui recouverte de maisons d'habitation. Seules, quelques travées et arcades, enserrées dans le tissu urbain sont encore visibles. Une partie bien dégagée du monument apparaît depuis les rues du Docteur Albert-Barraud, Émile-Fourcand, du Colisée, ou du Palais Gallien. Elle montre la porte du couchant et la courbure d'un mur attenant (2e ellipse depuis l'extérieur, côté nord-est). Elle présente une élévation en arcades sur deux niveaux et une belle technique de construction alternant briques et pierres. Les vues aériennes et le cadastre permettent de visualiser une bonne partie de l'ellipse originelle, le bâti ayant épousé ses formes et recyclé une partie de son enceinte, qui subsiste invisible « au fond des cours, dans les maisons, au-dessus des toits[3] ».

L'empreinte de l'arène se lit sur le cadastre.

Les vestiges subsistants ont permis de déterminer que l'arène intérieure mesurait 70 mètres sur 47 mètres. Le pourtour de l'édifice était de 132 mètres sur 111 mètres, une hauteur de 25 mètres, ce qui en faisait un amphithéâtre de taille imposante pouvant accueillir jusqu'à 22 000 spectateurs. L'ossature du monument était constituée de ellipses concentriques, nervurées en 64 travées[4], donnant sur autant d'arcades extérieures. Vingt d'entre-elles se prolongeaient jusqu'à l'arène. L'amphithéâtre était doté de deux portes, une à chacune des extrémités de l'ellipse (nord-ouest et sud-est). Les portes dégageaient une entrée centrale (vomitoire) flanquée de couloirs latéraux ouvrant sur les carceres. L'ensemble traversait les 5 enceintes extérieures puis débouchait dans une cour à ciel ouvert ouvrant sur l'arène[4]. En partie supérieure se trouvait une arcade encadrée par deux niches, le tout surplombé par une corniche à modillons. La porte était mise en relief par des pilastres, toscans au rez-de-chaussée et doriques à l'étage[2]. Vu l'absence de tout vestige de voûte intérieure de soutien comme on en trouve dans les autres ruines d'amphithéâtres et au regard des trous carrés observés dans les parois, on en a déduit que les gradins étaient en bois, soutenus par des poutres horizontales. La part importante du bois dans cette construction rend cet amphithéâtre assez singulier[4].

Histoire de l'édifice[modifier | modifier le code]

La ville gallo-romaine de Burdigala pourrait avoir construit cet amphithéâtre à l'occasion du passage de Caracalla en Aquitaine. Les vestiges de mur sont en opus mixtum, alternant avec régularité de petits moellons de pierres blanches et des lits de briques, appareil employé entre la fin IIe et le IIIe siècle. Les fouilles de 2010-2011 ont permis d’affiner la datation proposée au début du IIe siècle[1].

On présume que l'amphithéâtre fut incendié lors des grands raids des Francs sur la Gaule en 275/276. Les chroniqueurs indiquent qu'il aurait brûlé pendant deux jours, ce qui est compatible avec la présence de gradins en bois. Il fut ensuite laissé à l'abandon.

Au début du XVIIe siècle, il avait encore ses deux entrées axiales ainsi qu'un quart de la cavea[2]. Il constitua un refuge de truands et de prostituées, puis devint de 1789 à 1793 « dépotoir des boues et bourriers » de la ville de Bordeaux[4].

Sous la Révolution, le monument devint une carrière publique et le terrain fut vendu par lots[5] le . On démolit des parties d'ouvrage monumentales (porte Est notamment) pour permettre un accès aisé aux lots en créant deux voies en croix traversant le site.

Le 14 vendémiaire IX le ministre de l'intérieur Lucien Bonaparte demande au préfet de faire cesser la dégradation de l'édifice ; l’arrêté préfectoral du 25 vendémiaire interdira toute nouvelle mutilation. Confortées en 1864, les murailles subsistantes furent classées monument historique en 1911.


Controverse sur le nom[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, la tradition populaire fait de Galiène, reine légendaire de Bordeaux, la femme de Charlemagne[6]. Celui-ci était si amoureux qu'il lui aurait fait construire un palais grandiose. C'est ainsi qu'en 1367, l’impressionnante ruine des arènes se voit attribuer le nom de « Palais Galien[7] ». Cette attribution est aujourd'hui reconnue comme erronée, l'édifice étant bien un amphithéâtre romain.

Au XVIe siècle, Élie Vinet se rend compte que le « palais » était en fait un colisée romain mais se laisse abuser par la paronymie entre Galien et Gallien et en attribue la paternité à l'empereur romain. Cette thèse reste défendue. Cependant, la technique de construction semble antérieure au règne de cet empereur. Des monnaies de Gallien, Tetricus et Postume ont été découvertes dans les fouilles de l'édifice, ainsi que des tessons de céramique du IIIe siècle, mais on y a aussi découvert un bronze du règne de l'empereur Trajan, ce qui suggère qu'il était opérationnel au IIe siècle[8]. Un programme de fouilles, en 2010-2011 a permis de dater plus précisément le monument[1]. La plaque de rue de la place Galiène conclut ainsi : « La femme était une chimère, le palais un mythe, l'empereur Gallien un imposteur malgré lui ».

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Ad Arenas!, Histoires du palais Gallien de Bordeaux, p.6
  2. a, b, c et d « Restes de l'amphithéâtre dit Palais Gallien », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Plaque descriptive de la rue du Colisée.
  4. a, b, c et d http://www.paysdecernes.org/PDF/Palais%20Gallien.pdf Fouilles archéologiques 2010 du palais Gallien, dossier de presse.
  5. 35 lots délimités par l'ingénieur architecte Bonfin. 23 emplacements seront vendus du 2 au 6 mars.
  6. Du IXe au XIIe siècle l'imagination populaire fait naître des légendes qui vont influencer toute la littérature du Moyen Âge ; les plus célèbres sont inspirées par le personnage de Charlemagne, véritable héros du monde de la chrétienté. Une première légende (carolingienne) mêle les péripéties (imaginées) de jeunesse de Charlemagne et les récits de Rodoric, archevêque de Tolède au XIIIe siècle ; Charlemagne, très jeune, ayant été chassé par son père Pépin, se serait réfugié chez le roi Galafre à Tolède, l'aidant à guerroyer contre le roi de Saragosse. À la mort de Pépin, Charlemagne revient en France avec la belle Galienne, fille du roi de Tolède, qu'il épouse après qu'elle eut embrassé la religion chrétienne. En Aquitaine Charlemagne aurait fait bâtir pour Galienne le palais de Bordeaux.

    Une seconde légende, peut être moins connue, nous est parvenue par le Livre des Bouillons qui raconte l'histoire de Cenebrun, comte du Médoc, fils de Gualienne et de Cenebrun, roi de Bordeaux. Gualienne est la fille aînée de l'empereur Titus et Cenebrun le deuxième fils de l'empereur Vespasien. « Ici est l'histoire contenant le mariage de Cenebrun, seigneur de Lesparre et de la fille du sultan de Babylonie. La ville de Bordeaux fut fondée, longtemps avant la naissance de J.-C., par Titus et Vespasien, Empereurs de Rome. Elle reçut pour roi Cenebrun, second fils de Vespasien et gendre de Titus. La domination de ce prince s'étendit sur tout le midi de la Gaule. Les Piliers de Tutelle furent construits par lui et Galliene, sa femme fit bâtir le palais qui dans son temps passait pour le plus noble et le plus beau qui fut sous le ciel. Son second fils Cenebrun devint comte du Médoc. Galienne, qui ne pouvait vivre sans son fils, fit faire, à travers les bois épais qui la séparaient du Médoc, un chemin uni et droit comme une corde, qui allait de son palais jusqu'à la mer, qu'elle parcourait dans son char d'or. »
  7. Plaque descriptive « La disparition d'un monument » disposée par la mairie devant la porte du couchant.
  8. Un petit bronze de Trajan pouvait toutefois circuler encore sous Gallien.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]