Amphithéâtre des Trois Gaules
| Amphithéâtre des Trois Gaules | ||||
L'amphithéâtre des Trois Gaules restauré. Au premier plan à gauche, reconstitution de gradins avec le canal qui entourait l'arène. | ||||
| Lieu de construction | Lugdunum (Gaule lyonnaise) |
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| Date de construction | apr. J.-C. (1er état) | |||
| Sous le règne de | Tibère | |||
| Dimensions externes | 81 × 60 m (1er état) 143 × 117 m (2e état) |
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| Dimensions de l’arène | 67,6 × 42 m (1er et 2e état) | |||
| Capacité | 1 800 places (1er état) 20 000 places (2e état) |
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| Rénovations | vers / apr. J.-C. (2e état) | |||
| Protection | ||||
| Géographie | ||||
| Coordonnées | 45° 46′ 14″ nord, 4° 49′ 50″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : métropole de Lyon
Géolocalisation sur la carte : Lyon
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| Liste d'amphithéâtres romains | ||||
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L'amphithéâtre des Trois Gaules de Lugdunum (l'actuelle ville de Lyon) est un élément du sanctuaire fédéral des Trois Gaules dédié au culte de Rome et d'Auguste célébré par les soixante nations gauloises réunies à Lugdunum. Les vestiges de l'amphithéâtre font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le [1].
Premier amphithéâtre
[modifier | modifier le code]L'amphithéâtre se situe au pied de la colline de La Croix-Rousse au confluent du Rhône et de la Saône de l'époque. Une inscription gravée sur des blocs trouvés sur place en permet de le rattacher au sanctuaire de Rome et d’Auguste, et d’identifier son origine[2] :
« […]E TI(beris) CAESARIS AVG(vsti) AMPHITHEATR
[…]ODIO C IVL C[?] RVFVS SACERDOS ROM(ae) ET AVG(vsti)
[…]FILII F. ET NEPOS [-]X CIVITATE SANTON. D(e) S(ua). P(ecunia).FECERVNT »
Qui peut être complété ainsi :
« [… Pro salvt]/e Ti(beri) Caesaris Avg(vsti) amphitheatr[-…]
[……… cvm] pod/io C(aivs) Ivl(ivs) C(aii) f(ilivs) Rvfvs sacerdos Romae et Avg(vsti)
[…… C(aivs) Ivlivs C(aii) ?] filii f(ilivs) et nepos ex civitate Santon(orvm) d(e) s(va) p(ecvnia) fecervnt. »
« Pour le salut de Tibère César Auguste, C. Julius Rufus, citoyen de la cité des Santons, prêtre de Rome et d'Auguste, [et Caius Julius ?…] son fils et son petit-fils ont construit à leurs frais cet amphithéâtre et son podium »
La datation retenue pour ce don est de apr. J.-C. Les personnages qui financent la construction appartiennent à une vieille famille d'aristocrates gaulois de Saintes ayant reçu très précocement la citoyenneté romaine. La formule « filii f(ilius) » renvoie peut-être au désir d'affirmer l'ancienneté et la continuité de leur lignage, bien attestée sur l'arc de Germanicus de Saintes où une inscription fait connaître les ancêtres de Rufus.
D'autres pierres portant gravés les noms de nations gauloises (Arvernes, Tricasses, Bituriges) confirment l'attribution comme sanctuaire fédéral.
Les fouilles ont repéré un soubassement formé de trois murs elliptiques reliés par des murs de traverses et un canal entourant l'arène centrale ovale. Le terrain étant en légère pente, une voûte, aujourd'hui disparue, soutenait la partie sud de l'édifice. Les dimensions de l'arène, 67,6 × 42 mètres, sont analogues à celles des arènes de Nîmes ou celles d'Arles, en revanche le nombre réduit de gradins (probablement quatre niveaux) donnait à l'amphithéâtre des dimensions extérieures de 81 × 60 mètres, très inférieures à celles de l'amphithéâtre de Nîmes (133 × 101 mètres).
Le plus ancien amphithéâtre de Gaule ne sert, à l'origine, qu'aux délégués des soixante peuples qui se réunissent chaque année : il convient de leur offrir des distractions et, en politique prévoyant, Rufus tient à se faire bien voir. comme l'époque raisonne de plus en plus en termes de dynastie familiale, il associe son fils à cette œuvre[3].
L'amphithéâtre dans cette version sert aux jeux qui accompagnent le culte impérial, sa capacité réduite estimée à 1 800 places suffit pour les délégations des soixante nations gauloises.
Agrandissement de l'amphithéâtre
[modifier | modifier le code]L'amphithéâtre est agrandi à une date inconnue (voir ci-dessous), deux galeries sont ajoutées autour de l’ancien amphithéâtre, portant ses dimensions à 143,30 × 117,35 m[4], ce qui est comparable a celles de l'amphithéâtre de Nîmes ou à celui d'Arles. Cette transformation porte sa capacité à environ 20 000 places et en fait un édifice ouvert à toute la population de Lugdunum et des environs. Les historiens situent ici le supplice de six martyrs de Lyon (sur 47), (dont Sainte Blandine et Saint Pothin) durant l'été apr. J.-C.
Ancienne hypothèse d'un agrandissement sous Hadrien
[modifier | modifier le code]L'amphithéâtre est, par convention, daté du règne d'Hadrien après la découverte d'une inscription en près du canal qui entoure l'arène. Selon Jules Guey et Amable Audin, cette inscription fait indirectement référence à Caius Julius Celsus, procurateur de la Gaule lyonnaise en poste entre et apr. J.-C. Ils reconstituent alors une inscription monumentale :
« [(vide) D]ILECTALORI•PER•AQUITANICAE XI(?)•POPULOS•CURATORI•VI]AE•LIGN[IARAE TRIOMPHALIS »
Critique de cette hypothèse
[modifier | modifier le code]Le faible nombre de lettres conservé rend l'interprétation délicate. Le rapprochement avec la carrière de Caius Iulius Celsus est audacieuse. Même si cette identification est juste, plusieurs points imposent la prudence. La réalisation du mur de podium en choin est datée - à juste titre ou non - dans la seconde moitié du Ier siècle. Il n'est pas sûr, par ailleurs, que Caius Iulius Celsus soit procurateur précisément sous Hadrien. Même si on lit Caius Iulius Celsus, rien n'indique que l'inscription commémore le financement de la réfection de l'amphithéâtre. D'autres inscriptions, monumentales ou non, peuvent célébrer les largesses d'un bienfaiteur. Une inscription mentionne ainsi un certain Caius Vlattius, membre d'une riche famille lyonnaise. En outre, un fragment de chaperon en choin, attribué indûment à la balustrade du podium de l'amphithéâtre, présente une inscription en lettres monumentales. Il ne reste que deux lettres, NV, et sans doute le début d'un S, mais leur hauteur est de 17,5 cm[5].
« [(...) D(...)]
[(...)AE•LIGN(...)] »
Selon Djamila Fellague, la pièce serait le chaperon d'un mur de parapet, mentionnant une évergesie ou des places réservées, avec la dernière ligne qui est probablement ajoutée dans un second temps[5].
L'édifice du IIe siècle
[modifier | modifier le code]Après son agrandissement par l’empereur Hadrien au début du IIe siècle ap. J.-C. (130-136), il devint le plus grand amphithéâtre de Gaule. Les habitants de Lyon et des quatre Gaules assistent à ces spectacles où s’affrontent gladiateurs et bestiaires, esclaves, condamnés et bêtes sauvages. Le podium massif d’origine est entouré d’une couronne composée de murs rayonnants et de voûtes, supportant des gradins d’une pente beaucoup plus accentuée que ceux de la première construction. Le mur bordant l’arène est surmontée d’une rambarde de protection en fer. Les passages radiaux, ou vomitoires, sont dissymétriques : dans la partie occidentale de l’amphithéâtre, les couloirs descendent juqu'aux gradins inférieurs sans donner accès directement à l’arène. En revanche, dans le quart nord du monument creusé dans la colline, plusieurs vomitoires, traversant le podium initial, débouchent sur l’arène. Le réseau de circulation de construction plus récente comprend deux galeries elliptiques, distantes de 10,50 m environ, qui supportent les gradins desservis par des passages voûtés[6].
Redécouverte de l'amphithéâtre
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Transformé en carrière après son abandon, le site est représenté dans un plan de Lyon du XVIe siècle qui indique la présence encore visible de quelques arcs (probablement des substructions) et d'un creux (l'arène) dit « Corbeille de la Déserte ».
Les érudits de la Renaissance et de l'époque moderne connaissent l'existence de l'amphithéâtre via plusieurs sources littéraires. Suétone fait allusion[7] aux jeux organisés dans l'amphithéâtre, Juvénal fournit[8] un élément topographique, Tacite rapporte[9] lors de son récit du passage de Vitellius à Lyon de l'exécution de l'insurgé boïen Mariccus et enfin Eusèbe de Césarée reprend une lettre des chrétiens lyonnais narrant le martyre de [10].
Les premières fouilles entre et révèlent le pourtour de l'arène. On rebouche en , et on laisse les aménagements urbains du XIXe siècle détruire la partie sud des vestiges de l'amphithéâtre.
À partir de 1956, des fouilles sérieuses sont entreprises, suivies de campagnes de fouilles en -, - et -, pour obtenir les indications exposées ci-dessus. Les modestes vestiges qui subsistent (des murs de soutien pour une moitié de la superficie de l'amphithéâtre) sont intégrés au jardin des Plantes et se visitent.
En , la reprise des fouilles organisées par l'archéologue Amable Audin dégage la portion sud de l'amphithéâtre, sous la chaussée de la rue Lucien-Sportisse. Son conseil de la garder en l'état n'est cependant pas suivi.
En janvier 2026, de nouvelles fouilles archéologiques préventives autour de l’amphithéâtre des Trois Gaules, dévoilent des ossements d'animaux sauvages, ours et panthères[11], sangliers, chevreuils et lièvres, une sépulture émouvante et des structures enfouies, éclairant un site emblématique mais méconnu. Fouilles situées dans le Jardin des Plantes, en bordure des vestiges gallo-romains[12].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Amphithéâtre fédéral romain des Trois Gaules », notice no PA00117781, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Inscription latine des Trois Gaules, no 217 L'Année épigraphique, 1959, no 61.
- ↑ Jean Étèvenaux, Les grandes heures de Lyon, Paris, Perrin, , 576 p. (ISBN 978-2-262-07636-8), p. 40.
- ↑ « Le sanctuaire fédéral des trois Gaules à Lyon », sur archeologie.lyon.fr (consulté le ).
- Fellague 2016.
- ↑ Service archéologique de la ville de Lyon, « Le sanctuaire fédéral des trois Gaules à Lyon »,
- ↑ Caius, 20 et 35, I.
- ↑ Juvénal, I, 43-44.
- ↑ Histoire, II, 61.
- ↑ Le Mer et Chomer 2007, p. 288.
- ↑ "Entre 150 et 200 après J.-C., ces animaux étaient utilisés pour les jeux de chasse ou de combat de l'amphithéâtre", explique l'archéologue. (3 février 2026)
- ↑ Christian Conxicoeur, Tony Silvino, « Des fouilles archéologiques dévoilent des ossements d'ours et de panthères en plein cœur de Lyon », (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jules Guey et Amable Audin, « L'amphithéâtre des Trois-Gaules à Lyon : Rapport préliminaire aux fouilles. Première partie », Gallia, t. 20, no 1, , p. 117–145 (DOI 10.3406/galia.1962.2351, lire en ligne).
- Jules Guey et Amable Audin, « L'amphithéâtre des Trois-Gaules à Lyon : Rapport préliminaire aux fouilles. Deuxième partie », Gallia, t. 21, no 1, , p. 125–154 (DOI 10.3406/galia.1963.2384, lire en ligne).
- Jules Guey et Amable Audin, « L'amphithéâtre des Trois-Gaules à Lyon : Rapport préliminaire aux fouilles (Supplément : inscriptions, monnaies) », Gallia, t. 22, no 1, , p. 37–61 (DOI 10.3406/galia.1964.2188, lire en ligne).
- Amable Audin, « L'amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon : Nouvelles campagnes de fouilles (-, -) », Gallia, t. 37, no 1, , p. 85–100 (DOI 10.3406/galia.1979.1596, lire en ligne).
- André Pelletier (avec la collab. d'André Blanc, Pierre Broise et Jean Prieur), Histoire et Archéologie de la France ancienne, Rhône Alpes : de l'âge de fer au Haut Moyen-âge, Le Coteau, éditions Horvath, , 264 p. (ISBN 2-7171-0561-1 et 978-2-402-39552-6, lire en ligne).
- Pierre Gros, La France gallo-romaine, Paris, Nathan, , 200 p. (ISBN 2-09-284376-1).
- Maria Letizia Caldelli, « Inscriptions sur les gradins et fragments du mur du podium de l'amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon », Cahiers du Centre Gustave Glotz, no 12, , p. 275–286 (DOI 10.3406/ccgg.2001.1554, lire en ligne).
- Anne-Catherine Le Mer (dir.) et Claire Chomer (dir.), Carte archéologique de la Gaule : Lyon 69/2, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, , 883 p..
- « Amphithéâtre des Trois Gaules : Déterré après des siècles », La Ficelle, , p. 6–9 (lire en ligne
[PDF]). - Djamila Fellague, « La difficulté de datation des monuments : à propos des monuments de Lugudunum, en particulier ceux considérés comme hadrianiques », Revue archéologique de l'Est, t. 65, no 188, , p. 187–214 (ISBN 978-2-915544-36-7, DOI 10.4000/jghu, lire en ligne).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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