Agota Kristof

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Dans le nom hongrois Kristóf Ágota, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Ágota Kristóf, où le prénom précède le nom.
Agota Kristof
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Kristóf Ágota Emléktábla Szombathely.JPG

Plaque commémorative sur le mur du lycée Kanizsai Dorottya à Szombathely.

Kristof tomb Kőszeg.JPG

La tombe d’Agota Kristof à Kőszeg.

Agota Kristof, née le à Csikvánd (Hongrie) et morte le (à 75 ans) à Neuchâtel[1] (Suisse), est une écrivaine, poétesse, romancière et dramaturge suisse. Elle a écrit la plus grande partie de son œuvre en français, qui est sa langue d'adoption, cette langue qu'elle appelle « ennemie »[2], au lieu du hongrois, sa langue maternelle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Agota Kristof naît et grandit en Hongrie. Fille d’un instituteur Kalman Kristof et de Antonia Turchànyi enseignante en arts ménagers[3], elle étudie d'abord à Kőszeg, où sa famille s’installe en 1944[4], puis à Szombathely, où elle obtient un baccalauréat scientifique en 1954.

À l'âge de 21 ans, en 1956 Agota Kristof quitte la Hongrie[4], alors que la révolution des Conseils ouvriers de 1956 est écrasée par l'armée soviétique. Kristof, son mari et leur fille âgée de quatre mois seulement s'enfuient vers Neuchâtel en Suisse où elle travaille dans une usine d’horlogerie à Fontainemelon, tout en écrivant des poèmes le soir. Son œuvre littéraire est alors marquée par cette migration forcée, et est écrite dans sa langue d'adoption, le français.

Dramaturge à ses débuts, elle va surtout connaître un grand succès avec « La trilogie des jumeaux », traduite dans de nombreuses langues. Elle a ainsi reçu le Prix littéraire européen d'ADELF pour le premier tome, Le Grand Cahier, en 1986[5]. Ensuite, le deuxième tome La Preuve est publié en 1988. Le Prix du Livre Inter couronne le dernier tome, Le Troisième Mensonge, en 1992. De plus, elle reçoit en 2008 le Prix de l'État autrichien pour la littérature européenne pour l'ensemble de son œuvre. Enfin, Agota Kristof obtient le Prix Schiller en 2005[6].

Elle est la mère de trois enfants et est par deux fois divorcée, mais Kristof parle très peu de sa vie familiale et personnelle dans l'ensemble de ses productions. Elle décède en Suisse le , à l'âge de 75 ans, et ses cendres ont été transférées dans son pays d'origine, la Hongrie, dans la ville de Kőszeg[4], où elle a vécu une partie de sa jeunesse.

Le fonds d'archives d'Agota Kristof se trouvent aux Archives littéraires suisses à Berne.

Le Grand cahier et « l'affaire d'Abbeville »[modifier | modifier le code]

Malgré un grand succès planétaire, le premier tome de ce que l'on surnomme « la Trilogie des jumeaux » s'est également fait connaître à cause d'une affaire judiciaire.

Le 23 novembre 2000, des policiers de la ville d'Abbeville interpellent un jeune professeur de collège. Cette arrestation a eu lieu à la suite de plaintes de quelques parents d'élèves d'une classe de troisième avec laquelle l’enseignant étudiait le roman en question. Les parents d’élèves considéraient que l'œuvre d'Agota Kristof était pornographique. Pourtant, Le Grand cahier était déjà jugé comme étant un classique de la littérature et de nombreuses classes de collège et de lycée l'avaient déjà étudié.

Grâce au soutien d'un large groupe de personnes, cette affaire fut vite classée sans suite. Cependant, elle est un nouvel épisode du débat de la censure de la littérature ainsi que celui du débat quant à l'acte de lecture et de compréhension d'un ouvrage littéraire. Annie Rolland à consacré un chapitre à l'affaire dans son essai nommé Qui a peur de la littérature ado ? [7] en 2008.

Les langues (hongroises et françaises) et les identités[modifier | modifier le code]

Agota Kristof, en arrivant en Suisse francophone, adopte la langue de ce territoire, le français. Ses œuvres littéraires ne sont donc pas écrites dans sa langue maternelle, le hongrois, mais dans sa langue d'adoption, le français. Le français n'a donc pas été délibérément choisi par l'écrivaine, mais cette dernière a dû apprendre cette nouvelle langue, en arrivant par hasard dans la partie francophone de la Suisse. En effet, les exilés étaient arbitrairement placés dans les différentes villes et villages.

L’autrice explicite son lien douloureux avec les langues qu’elle côtoie tout au long de sa vie, notamment au sein de son œuvre autobiographique nommée L’Analphabète. De nombreuses études sur l'écrivaine se sont penchées sur cette question du choix de la langue écriture dans les écrits d'Agota Kristof. Aux yeux de cette dernière, le fait d’avoir quitté la Hongrie signifiait d’abord perdre sa langue maternelle, le hongrois, et en faire ainsi le deuil. C’est notamment ce que développe Valérie Petitpierre dans son ouvrage D’un exil l’autre : les détours de l'écriture dans la Trilogie romanesque d'Agota Kristof[8]. Ainsi, le passage d’un pays à un autre est significatif quant à la transition d’une manière de s’exprimer à une autre. Comme Agota Kristof associe sa langue et son identité, la langue française (langue inconnue jusqu’à son arrivée en Suisse) peut difficilement permettre de parler de soi, puisqu’elle n’est pas maîtrisée et parce qu'elle ne deviendra jamais tout à fait sa langue maternelle. Le français est d'ailleurs qualifié de « langue ennemie » dans L'Analphabète[9]. Cette vision négative du français est principalement dûe à l'acharnement ressenti par l'écrivaine pour pouvoir s'exprimer dans sa langue d'adoption. Ce que Kristof regrette principalement, c'est que sa lutte pour réussir à parler correctement français détruisait son souvenir du hongrois. Le français est donc perçu comme l'ennemi de l'autrice puisqu'il la rend analphabète.

À la fin de sa vie, l’autrice s’est rendue compte que la langue française ne lui permettait pas de dresser un autoportrait satisfaisant, et considérait qu’elle se construisait une identité toujours fausse et déviante. Agota Kristof a alors choisi de cesser d’écrire en français et par conséquent d'abandonner ce qu’elle pense être un mensonge identitaire. Elle retrouve ainsi sa langue maternelle, le hongrois, et sa véritable identité[10]. En plus d'avoir laissé de côté sa langue d'adoption, Kristof ne ressent plus le besoin d'écrire, sans qu'elle n'explique pourquoi. Ses productions la laissent alors indifférente, puisqu'elles sont artificielles, c'est pourquoi elle vend aux Archives littéraires suisses l'ensemble de ses manuscrits, sa machine à écrire ainsi que son dictionnaire bilingue hongrois-français. Seul son journal a été brûlé par ses soins car il ravivait trop de souvenirs douloureux qu'elle ne souhaitait pas partager.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • John et Joe (1972) Création Neuchâtel, 1975
  • La Clé de l'ascenseur (1977) Création 1990
  • Un rat qui passe (1972, version définitive 1984) Création 1993
  • L'Heure grise ou le dernier client (1975, version définitive 1984) Création Neuchâtel, 1990
  • Le Monstre
  • La Route
  • L'Épidémie
  • L'Expiation
  • Line, le temps (2006)

Recueils :

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

Poèmes[modifier | modifier le code]

Adaptation de son œuvre au cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • ALFARO AMIEIRO, Margarita, « Gémellité, dédoublement et changement de perspectives dans la trilogie d'Agota Kristof : Le Grand cahier, la Preuve, Le Troisième mensonge », Cédille. Revista de estudios franceses, monographie 2, 2011, pp. 284-306 (lire en ligne)
  • CUTCAN, Simona, Subversion ou conformisme ? La différence des sexes dans l'œuvre d'Agota Kristof, Oxford, P. Lang, 2004
  • DEL CARMEN GARCIA CELA, Maria, « Pour une didactique de la cruauté. Le savoir-faire de l'écriture chez Agota Kristof », Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, volume 28, 2013, pp. 141-156
  • FURCI, Guido et DUVERNOIS, Marion, Figures de l'exil, géographies du double : notes sur Agota Kristof et Stephen Vizinczey, Rome, G.P. editore, 2012
  • GIANOTTI, Silvia Audo, « Agota Kristof. L'écriture ou l'émergence de l'indicible », Synergies Algérie, numéro 6, 2009, pp. 125-133 (lire en ligne)
  • PAULIN, Martine, « Langue maternelle et langue d'écriture », Hommes et migrations, 1288, 2013, pp. 118-128 (lire en ligne)
  • PETITPIERRE, Valérie, D'un exil l'autre : les détours de l'écriture dans la Trilogie romanesque d'Agota Kristof, Carouge - Genève, Zoé, 2000
  • RICCI LEMPEN, Silvia, « Simona Cutcan : Subversion ou conformisme ? La différence des sexes dans l'œuvre d'Agota Kristof », Nouvelles Questions Féministes, volume 34, 2015, pp. 139-144 (lire en ligne)
  • ROLLAND, Annie, « Le visage étrangement inquiétant de la censure », Qui a peur de la littérature ado ?, Paris, éditions Thierry Magnier, 2008
  • YOTOVA, Rennie, La Trilogie des jumeaux d'Agota Kristof, Bienne-Gollion/Paris, ACEL-Infolio, collection Le Cippe, 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Littérature : Agota Kristof est décédée à Neuchâtel », sur tsr.ch, Radio télévision suisse, .
  2. Agota Kristof, L'Analphabète, Genève, Zoé, 2004, p. 24
  3. Notice nécrologique dans Le Monde daté du , p. 19.
  4. a, b et c « Agota Kristof, l’absente qui est toujours à Köszeg », article journal La Croix, du 28 août 2014.
  5. « Grand Prix Littéraire Européen », sur adelf.info, Association des écrivains de langue française,
  6. « La romancière Agota Kristof est morte », sur tdg.ch, Tribune de Genève, .
  7. Annie Rolland, Qui a peur de la littérature ado ?, Paris, Thierry Magnier,
  8. Valérie Petitpierre, D'un exil l'autre : les détours de l'écriture dans la Trilogie romanesque d'Agota Kristof, Carouge - Genève, Zoé,
  9. Agota Kristof, L'Analphabète, Genève, Zoé, , p. 24
  10. Silvia Audo Gianotti, « Agota Kristof. L'écriture ou l'émergence de l'indicible », Synergies Algérie numéro 6,‎ , pages 125 à 133 (lire en ligne)
  11. « Preis der SWR-Bestenliste », sur swr.de, Südwestrundfunk
  12. « Kristof Agota », sur bibliomedia.ch, bibliomedia
  13. « A Kossuth- és Széchenyi-díjasok névsora », sur index.hu, index
  14. « Les clous semés par Agota Kristof », Le Temps,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]