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László Krasznahorkai

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László Krasznahorkai
Lázló Krasznahorkai au Stadtgarten de Cologne en 2016.
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
Krasznahorkai LászlóVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Berlin (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
Période d'activité
Depuis Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Kata Krasznahorkai (d)
Ágnes Krasznahorkai (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Mouvement
Partenaire
Béla Tarr (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Genre artistique
Site web
Distinction
Œuvres principales

László Krasznahorkai, né le à Gyula, est un écrivain et scénariste hongrois, auteur de plusieurs dystopies. Il a signé les adaptations de ses romans, notamment Tango de Satan et La Mélancolie de la résistance, pour des films réalisés par Béla Tarr. Il est lauréat du prix Nobel de littérature en 2025, « pour son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art[1]. »

Les thèmes de ses œuvres sont plutôt sombres : solitude, pourrissement, faux messies, ambiances apocalyptiques. Elles se distinguent néanmoins par leur style ample, avec des phrases-paragraphes allant parfois sur plusieurs pages, non sans une certaine recherche du lyrisme et de la beauté. Il est souvent inscrit dans la continuité de Franz Kafka et Thomas Bernard, et comparé à son contemporain Mircea Cărtărescu.

Famille et formation

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László Krasznahorkai est né dans une famille juive de la classe moyenne[2],[3]. Son père, György Krasznahorkai, était avocat et sa mère, Júlia Pálinkás, était administratrice à la sécurité sociale[4],[5]. Son père a caché son ascendance juive et ne l'a révélée à son fils que lorsqu'il avait onze ans[2],[6],[7].

Diplômé du lycée Ferenc Erkel en 1972, spécialisé en latin, Krasznahorkai commence à étudier le droit en 1973 à l'université József-Attila, puis poursuit ses études à l'université Loránd-Eötvös à Budapest à partir de 1976, où il continue ses études de droit jusqu'en 1978[8]. En 1977, il publie une première nouvelle, intitulée Tebenned Hittem, dans le journal Mozgó Világ (hu) (« Monde mouvant »)[9],[10].

De 1978 à 1983, il étudie la langue et la littérature hongroise à la faculté des sciences humaines de l'université Loránd-Eötvös, où il a obtenu son diplôme. Sa thèse portait sur le travail et les expériences de l'écrivain Sándor Márai à la suite de son exil après la prise du pouvoir par les communistes en 1948[8]. Pendant ses études de littérature, il travaille à la maison d'édition Gondolat Kiadó (hu)[11].

Carrière littéraire

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László Krasznahorkai devient ensuite éditeur, mais abandonne ce métier pour se consacrer entièrement à l'écriture.

En 1985, il publie Tango de Satan (Sátántangó) qui obtient un important succès critique. À la même époque, il amorce, en tant que scénariste, une fructueuse collaboration avec le réalisateur Béla Tarr.

Sa première sortie d'Europe de l'Est date de 1987, à Berlin-Ouest, pour un séjour d'un an, à la Deutscher Akademischer Austauschdienst.

La consécration internationale lui vient en 1989 avec la parution du roman La Mélancolie de la résistance (Az ellenállás melankóliája). Son ami, l'écrivain et lauréat du prix Nobel de littérature Imre Kertész, affirme :

« Ses phrases longues et sinueuses m'enchantent. Et même si son univers peut sembler sombre par moments, on a sans cesse l'impression d'y percevoir cette transcendance qui, pour Nietzsche, représentait une forme de consolation métaphysique[12]. »

En 1990, il commence ses voyages dans l'est de l'Asie (Chine, Mongolie).

En 2000, il signe l'adaptation de son roman La Mélancolie de la résistance pour le film Les Harmonies Werckmeister, réalisé par Béla Tarr.

Reconnaissance

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Krasznahorkai reçoit le prix Kossuth en 2004 et le prix international Booker en 2015[13].

Régulièrement cité parmi les auteurs susceptibles de recevoir le prix Nobel de littérature[12], il l'obtient finalement en 2025[1].

Style et thèmes

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Le style de László Krasznahorkai se distingue par une prose ample, labyrinthique et exigeante, marquée par des phrases longues, sinueuses et une syntaxe implacable, souvent qualifiée de « réalité examinée jusqu’à la folie ». Son écriture, à la fois dense et hypnotique, plonge le lecteur dans des univers dystopiques et mélancoliques, où la frontière entre réel et imaginaire s’estompe. Krasznahorkai explore des thèmes récurrents de déliquescence sociale, de terreur apocalyptique et de désillusion, tout en créant une beauté singulière à travers la complexité et le vertige de ses récits. Son approche littéraire, souvent comparée à celle de Franz Kafka ou de Thomas Bernhard, se caractérise par un absurdisme et un excès grotesque, poussant l’expérience narrative à ses limites. Malgré la lourdeur apparente de son style, son œuvre laisse aussi transparaître une certaine légèreté et une grande beauté lyrique[14].

Parmi les thèmes récurrents dans l’œuvre de l'auteur hongrois, on trouve celui du « faux messie ». Aussi bien dans Tango de Satan (avec Irimias) que dans Le Baron Wenckheim est de retour (avec le baron), des personnages sont attendus comme des rédempteurs. Les "deux rédempteurs" se révèlent finalement affligés par le fait qu'on les prenne comme des rédempteurs, et leur retour se passe donc très mal[15]. Ce faux messie arrive dans le cadre du pourrissement général, qui existe dans tous les romans de Krasznahorkai : Guerre et Guerre raconte l'effondrement de civilisations et se passe à New York juste avant le 11 septembre 2001, La Mélancolie de la résistance montre une ville de zone rurale cédant à la panique à cause d'un cirque itinérant contenant un monstre[15].

Selon Marina Warner, présidente du jury du Man Booker Prince, l’œuvre de Krasznahorkai se divise en deux périodes. La première, dans les années 1980, est marquée par des récits apocalyptiques et sombres, centrés sur de petites villes et des personnages ordinaires broyés par le destin. Plus tard, son travail évolue vers une tonalité bien plus lumineuse[16].

Romans et récits

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Les œuvres de Krasznahorkai sont traduites en français par Joëlle Dufeuilly.

Recueils de nouvelles

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  • Kegyelmi viszonyok (1986)
    Publié en français sous le titre Sous le coup de la grâce : nouvelles de mort, Marseille, Éditions Vagabonde, 2015 (ISBN 978-2-919067-15-2)
  • Megjött Ézsaiás (1998)[28],[29]
    Publié en français sous le titre La Venue d’Isaïe, Paris, Cambourakis, 2013 (ISBN 978-2366240023) ; réédition, Paris, Cambourakis, coll. « Irodalom », 2018, 51 pages (ISBN 978-2-36624-329-1)
  • Állatvanbent (2010)
    Publié en anglais sous le titre Animalinside, New York, New Directions, 2010 (ISBN 0956509215)
  • Megy a világ (2013)

Autres publications

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  • A Théseus-általános (1993), essais et fictions
    Publié en français sous le titre Thésée universel, Marseille, Éditions Vagabonde, avril 2011, 96 pages (ISBN 978-2-919067-04-6)
  • Este hat; néhány szabad megnyitás (2001)
  • Nem kérdez, nem válaszol. Huszonöt beszélgetés ugyanarról (2012)

Adaptations à l'opéra

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Mélancolie de la résistance, opéra avec film, musique de Marc-André Dalbavie, livret de Guillaume Métayer avec le concours du metteur en scène David Marton, créé le 30 juin 2024 au Staatsoper Berlin[30].

Prix et distinctions

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Récompenses

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Notes et références

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  1. Résumé : Une personnalité renommée, bien que déchue, désormais plus habituée à fréquenter un bar hongrois d'une grande ville allemande, est surprise de recevoir une invitation de résidence en Estrémadure. Elle accepte finalement de s'y rendre, pour une semaine, avec presque comme seule indication le souvenir d'un article de journal concernant la mort du dernier loup d'Estrémadure ou d'Espagne, en 1985. Une « expédition » l'y entraîne, à la découverte d'autres vérités.

Références

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  1. a et b « Le prix Nobel de littérature 2025 attribué à l'écrivain hongrois Laszlo Krasznahorkai pour son œuvre "fascinante et visionnaire" », sur Franceinfo, (consulté le ).
  2. a et b (en-US) AFP and ToI Staff, « Hungarian writer Laszlo Krasznahorkai, whose father hid Jewish roots, awarded Nobel prize », The Times of Israel,‎ (ISSN 0040-7909, lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  3. (en-GB) « Hungarian author László Krasznahorkai wins Nobel Prize for Literature » Accès libre, sur BBC News, (consulté le ).
  4. « Krasznahorkai, Laszlo 1954– », dans Contemporary Authors, New Revision Series, vol. 158, (lire en ligne Accès payant) (consulté le ).
  5. Larry Rohter, « László Krasznahorkai's Novels Find a U.S. Audience », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « He was born into a middle-class Jewish family (his father was a lawyer, his mother an employee of the social welfare ministry). »

  6. (en) « Laszlo Krasznahorkai Is Awarded Nobel Prize in Literature », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. (hu) « Krasznahorkai László (1954-) egybegyűjtött beszélgetései » [« recueil de conversations de László Krasznahorkai (1954-) »], Copie de plusieurs entretiens de 1998 à 2004 [archive du ], sur terebess.hu (consulté le ).
  8. a et b « krasznahorkai biography » Accès libre, sur krasznahorkai.hu (consulté le ).
  9. « László Krasznahorkai : podcasts et actualités » Accès libre, sur Radio France, (consulté le )
  10. (hu) « Krasznahorkai László kapta az irodalmi Nobel-díjat » Accès libre, sur HVG, (consulté le )
  11. András Görömbei, « László Krasznahorkai, Hungarian writer » [archive du ], université de Vienne (consulté le ).
  12. a et b Valérie Marin La Meslée, lire en ligne « Nobel de Littérature ; et si c'était László Krasznahorkai ? », Le Point, .
  13. Alison Flood, « Man International Booker prize 2015 won by 'visionary' László Krasznahorkai », sur the Guardian, (consulté le ).
  14. Le Journal de Montréal (avec AFP), "Le Nobel de Littérature décerné au hongrois László Krasznahorkai", 9 octobre 2025, lire en ligne
  15. a et b Clément Alfonsi, "Qui est László Krasznahorkai ? Portrait du Nobel de littérature 2025", Le Grand Continent, 9 octobre 2025, lire en ligne
  16. The Guardian, "Man Booker International prize 2015 won by 'visionary' László Krasznahorkai", 19 mai 2015, Man Booker International prize 2015 won by 'visionary' László Krasznahorkai lire en ligne
  17. « Note de lecture : « Tango de Satan » (László Krasznahorkai) », sur Charybde 27 : le Blog, (consulté le ).
  18. « Livres », sur lacauselitteraire.fr (consulté le ).
  19. Nils C. Ahl, « Prophète de malheur. « Guerre et Guerre », de László Krasznahorkai », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  20. « Guerre et guerre : voix sans issue », sur actualitte.com (consulté le ).
  21. « Au-delà de l'effondrement, 47 : Guerre et Guerre de László Krasznahorkai », sur juanasensio.com (consulté le ).
  22. « La Venue d'Isaïe// Guerre & Guerre », sur noosfere.org (consulté le ).
  23. « László Krasznahorkai : L’archiviste et le labyrinthe », sur linternaute.com, (consulté le ).
  24. « Guerre & Guerre », sur Guerre & Guerre (consulté le ).
  25. « Guerre et guerre : l'Apocalypse selon Lázló Krasznahorkai », sur Unidivers.fr, (consulté le ).
  26. « László Krasznahorkai, un virtuose visionnaire - Le Courrier d'Europe centrale », sur Le Courrier d'Europe centrale, (consulté le ).
  27. Nicolas Weill, « Krasznahorkai ou l’insoutenable beauté de l’art », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  28. Ingannmic, « La Venue d'Isaïe - László Krasznahorkai », sur blogspot.com, Blogger, (consulté le ).
  29. « La venue d'Isaïe de László Krasznahorkai », sur juanasensio.com (consulté le ).
  30. « MELANCHOLY OF RESISTANCE | Staatsoper Berlin », sur www.staatsoper-berlin.de (consulté le )
  31. (en) « László Krasznahorkai Receives Prestigious International Literary Award », sur Hungary Today,

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Liens externes

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