Mehdi Meklat

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Mehdi Meklat
Image illustrative de l'article Mehdi Meklat

Naissance (25 ans)
Clichy (Hauts-de-Seine)
Nationalité française
Profession chroniqueur
Autres activités écrivain
Années d'activité depuis 2015
Médias
Média principal radio
Pays Drapeau de la France France
Radio France Inter (2010-2015)
Fonction ancien chroniqueur de A'live
Autres médias Bondy Blog

Mehdi Meklat, né le à Clichy (Hauts-de-Seine)[1], est un chroniqueur, blogueur, réalisateur et écrivain français, compagnon de plume de Badroudine Saïd Abdallah avec lequel il cosigne ses différentes activités[2].

En février 2017, il fait l’objet d'une polémique lors de la découverte d'une série de tweets, ouvertement racistes, antisémites, homophobes et misogynes, qu'il avait publiés pendant plusieurs années sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mehdi Meklat grandit à Saint-Ouen dans une famille modeste. C'est en , une fois entré au lycée, qu'il rencontre Badroudine Saïd Abdallah, avec lequel il formera le duo des Kids.

En , il commence sa collaboration avec Badroudine Saïd Abdallah en entrant au Bondy Blog, écrivant à quatre mains leurs chroniques sur la vie en banlieue. Le duo des Kids naît. Leur style choral leur permet d'être repéré par la journaliste Marie-Françoise Colombani[3] et par Pascale Clark, qui leur donne, en [4], une chronique radio dans son émission Comme on nous parle sur France Inter, devenue A'Live durant la saison -. Leur collaboration avec France Inter s'achève en .

Mehdi Meklat participe à l'organisation[5] de la manifestation « Banlieue is Beautiful » [la banlieue est belle] qui se tient au Palais de Tokyo du 16 au .

Avec Badroudine Saïd Abdallah, il réalise pour la chaîne télévisée Arte, les chroniques vidéos Vie Rapide[6] en , puis le documentaire Quand il a fallu partir consacré à la barre Balzac de la cité des 4000 de La Courneuve, détruite pour insalubrité en [7].

En , les deux amis coécrivent leur premier roman[8], Burn out, racontant la vie et les espoirs déçus de Djamal Chaar, qui s'était immolé devant une agence de Pôle emploi, le [9]. Ils y donnent la parole à sa famille, à ceux qui l'ont entouré dans sa descente aux enfers, mêlant l'empathie face à ce drame personnel à une critique d'une société du travail où le chômage devient la norme, insistant sur la déconnexion entre les solutions proposées et la réalité sociale[10].

Mehdi Meklat est proche de la réalisatrice Houda Benyamina. Il participe notamment à ses ateliers d’initiation à l’image au sein de l'association 1000 visages. En septembre 2016, Badroudine Saïd Abdallah et lui sont président et vice-président de l’association. La réalisatrice définit les deux journalistes comme ses « alter ego » et les décrit comme des «génies »[11]. En mai 2016, il monte les marches du festival de Cannes avec toute l'équipe du film Divines de la réalisatrice[12].

Avec le journaliste Mouloud Achour et son collègue Saïd Abdallah, Medhi fonde la revue annuelle Téléramadan, dont le premier numéro sort le [13],[11].

Le , Medhi Meklat et Saïd Abdallah font la une des Inrockuptibles avec une interview de Christiane Taubira[14].

Polémiques[modifier | modifier le code]

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Photo d'Isabelle Balkany[modifier | modifier le code]

En , Mehdi Meklat est l'objet d'une plainte déposée par Isabelle Balkany qui lui reproche d'utiliser sa photo pour son compte Twitter. La plainte est classée après un rappel à la loi, et il peut garder la photo sur son profil[15].

Affaire des tweets[modifier | modifier le code]

En février 2017, Mehdi Meklat se retrouve au cœur d'une polémique sur les réseaux sociaux, puis dans la presse[16],[17],[18], quand d'anciens tweets racistes, antisémites, homophobes et misogynes publiés entre 2011 et 2015 sous le pseudonyme de « Marcelin Deschamps »[19] sont ressortis et amplement relayés[20] après son passage dans l’émission La Grande librairie, sur France 5, le 16 février 2017.

Le 18 novembre 2014, Mehdi Meklat tweete ainsi : « Qu'ils crèvent » à propos des journalistes de Charlie Hebdo. Le 24 février 2010, il tweete : « Faites entrer Hitler pour tuer les juifs. »

Le 18 février 2017, Mehdi Meklat se défend en précisant sur son compte Twitter que ces propos qu'en publiant ces propos sous le nom de « Marcelin Deschamps », il souhaitait faire parler un « personnage fictif », « honteux raciste antisémite misogyne homophobe », à travers lequel « [il] questionnai[t] la notion d'excès et de provocation[16]. » Cependant, le compte tweeter signé du nom même de l'auteur compte aussi, comme sous son pseudo, nombre de messages haineux, racistes, d'appels à la violence.

François Busnel, qui a invité Meklat dans son émission La Grande Librairie, découvre peu après les tweets de celui-ci les qualifiant d'« odieux » et d'« inacceptables ». Jugeant que ces tweets « discréditent totalement leur auteur », il dit regretter de l'avoir invité[21]. Le Bondy Blog réagit également en prenant ses distances vis-à-vis de Meklat[16] tout comme Pierre Siankowski, directeur de la rédaction des Inrockuptibles, qui demande des excuses[22].

En février 2017, à la suite de l'affaire des tweets de Mehdi Meklat, des tweets publiés de 2011 à 2012 par Badroudine Saïd Abdallah créent à leur tour la polémique. Il s'agit notamment d'un tweet où l'on peut lire « Sans les arabes nous n'aurions pas eu Mohammed Merah et Smaïm. RIP à eux », Merah étant l'auteur des attentats de mars 2012, ou encore d'un autre, dans lequel il déclare « Aïd Mabrouk à tous les moutons qui voteront Sarko l'année prochaine. Dommage, nous ne vous égorgerons pas[23]. »

Réactions[modifier | modifier le code]

Mehdi Meklat est soutenu par Pascale Clark selon laquelle à l'antenne celui-ci « ne fut que poésie, intelligence et humanité »[24], puis par le journaliste Claude Askolovitch qui ne voit dans ces tweets que les « blagues nazes » d'un « gamin »[25]. Alexandre Comte, journaliste aux Inrockuptibles, considère, quant à lui, que « l'outrance des tweets de Marcelin Deschamps / @mehdi_meklat, c'était la résonance de la violence de nos sociétés, qu'il régurgitait. Avec rage. Parfois avec une inconséquence immature. Souvent avec humour. Parce qu'il avait du mal à la digérer. Parce qu'il avait 20 ans[26]. »

À Claude Askolovitch, ainsi qu'à ceux qui défendent Meklat, Martine Gozlan dans Marianne répond : « On croit rêver, c’est à crever. La haine crève l’écran et ils ne veulent pas la voir[25]. » L'historien Guylain Chevrier[27] estime également grave de vouloir « banaliser totalement ces tweets »[28].

Tout en relevant la qualité littéraire de ses livres, l'ancienne garde des sceaux Christiane Taubira réagit de manière sévère : « Rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections […]. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire[29]. »

Xavier de La Porte, dans Les Matins de France Culture, s'efforce de comprendre ce « mystère » de « l’âme humaine » : pour lui, « il y a sans doute chez Mehdi Meklat une complexité qui nous échappe, et lui échappe aussi[30]. »

Sonia Devillers, sur France Inter, minimise l'affaire : « Cette affaire mérite-t-elle autant de battage médiatique ? Non. Les médias sont pris au piège des imposteurs du Net dont ils passent un temps dingue à contrer les propos. Tant d’infos tellement plus cruciales mériteraient d’émerger[31]. »

Pour le quotidien Libération, la polémique est utilisée par la « fachosphère » qui retourne « la tendance de Meklat à faire fréquemment le procès en islamophobie de journalistes, experts, artistes, militants, humoristes[32]… » Le site en ligne Mediapart dénonce également une « coalition numérique allant de la fachosphère au Printemps républicain […] à la manœuvre pour […] détruire tout ce qu’il est censé incarner[33]. » C'est aussi l'explication de l'intéressé qui estime qu'il est « la cible de la fachosphère »[34]. Hugues Serraf est moins amène et trouve « insupportable d'être assigné à cette fameuse fachosphère par le raisonnement crapoteux élaboré dans la panique par une équipe de pompiers pyromanes, qui transforme un appel au meurtre en naïveté adolescente[35]. »

L’hebdomadaire L'Obs invoque une affaire de « double maléfique » littéraire : « Pacôme Thiellement nous rappelle que la littérature adore les doubles maléfiques. On en trouve dans les nouvelles d'Hoffmann, de Poe, de Dostoïevski. "Cela touche souvent des personnes fragiles dans la position d’acceptation de ce qu’elles sont, qui ne se pensent pas complètement légitimes"[36]. »

Raphaël Enthoven, dans sa chronique sur Europe 1 du 22 février, considère que « le double de Mehdi Meklat ne cache que sa duplicité[37]. » Natacha Polony, dans sa revue de presse sur Europe 1, ironise sur l'humour supposé des tweets de Mehdi Meklat : « Le jeune homme plaide l'humour et la caricature. […] Pour ma part, je suis assez heureuse de savoir que, quand Medhi Meklat me traitait de grosse pute et expliquait qu'il ferait bien de moi son mouton de l'Aïd, c'était de l'humour[38]. »

Le journal Le Monde consacre son éditorial du 22 février à l'affaire Mehdi Meklat qui est, selon le quotidien, « révélatrice de deux sociétés qui ne se rencontrent pas » : « la société médiatique, artistique et politique, consciente des ratés de l’intégration des minorités issues de l’immigration, désireuse d’y dénicher des profils nouveaux, brillants, de « héros positifs », mais réticente à faire elle-même le lent et laborieux effort d’intégration accompli dans certains autres pays, et la société des quartiers, que ces difficultés d’intégration rendent de plus en plus rebelle et de plus en plus radicale dans l’expression de cette rébellion. »[39]

Pascale Clark, dans le journal de 13 heures de France inter, affirme que « tout le monde savait, ceux qui aujourd'hui semblent découvrir les tweets […] qu'ils ne prétendent pas qu'ils ne savaient pas puisque tout le monde le savait, à chaque fois qu'il y avait un papier sur les "kids" c'était rappelé[40]. »

Le politologue Laurent Bouvet s'étonne de « l'impunité dont Mehdi Meklat a pu bénéficier pendant toutes ces années […] de la part de ses collègues et amis du Bondy Blog », de la « complaisance médiatique rare pour un journaliste débutant » qui a fait qu'il a été « encensé par toute une partie de la presse », ceci étant révélateur d'un système médiatique « qui assure de toute sa force de frappe la promotion de certaines idées. » De cette manière, ce système médiatique a participé à « la rigidification identitaire que l'on vit depuis des décennies, où chacun n'est plus considéré qu'en raison de tel ou tel critère de son identité[41]. »

Sur sa page Facebook, Sylvain Bourmeau, ancien directeur adjoint de la rédaction des Inrockuptibles puis de Libération et ancien journaliste à Médiapart, considère que « l'affaire des abjects tweets antisémites de Mehdi Meklat est un événement grave. Très grave. » Il affirme être « frappé par la mollesse des réactions. À commencer par celle de l’éditeur de Meklat, Le Seuil, qui pourtant, espérons-le, n’avait pas connaissance de son compte Twitter avant le scandale. Ce qui, hélas, n’est assurément pas le cas de tous ceux qui ont fait la promotion d'un antisémite déjà avéré pour eux[42]. »

La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) a annoncé vouloir saisir immédiatement la justice[32]. Toutefois, il est probable que les faits soient prescrits[29],[43].

Dans une interview donnée à Télérama, le 21 février 2017, Mehdi Meklat reprend l'explication du personnage de fiction : « J’ai toujours répondu aux accusations, mais je voulais qu’on m’accorde le crédit de la fiction. » Il se dit aussi « tiraillé par des courants politiques qui n’acceptent pas [s]es pensées et qui ont trouvé en cette affaire une aubaine pour [l]e catégoriser comme raciste, antisémite, homophobe. » « C’est facile : je suis un jeune, j’ai grandi en banlieue, j’ai 24 ans, je suis arabe. » Il présente également ses tweets comme « un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur en fait. » À la question du choix de ses « cibles » (femmes, juifs, homosexuels), il répond que « ces cibles, elles étaient les plus faciles. Qui cible-t-on aujourd’hui, dans le débat public ? Les femmes, les minorités, les gens qui croient…[44] »

Quelques jours après le déclenchement de la polémique, il affirme avoir décidé de quitter provisoirement la France[45].

Dans la presse étrangère, le Corriere della Sera[46] et The New York Times[47] se sont également fait l'écho de cette affaire. Le magazine de France 2, Stupéfiant ! consacre un reportage à cette affaire[48]. On y entend Mehdi Meklat réagir à la polémique en reprenant les explications qu'il a données à Télérama.

Les médias en question[modifier | modifier le code]

À mesure que le scandale enfle, l'affaire Mehdi Meklat devient aussi une affaire des médias. Les médias ayant encouragé et promu le blogueur sont embarrassés par la teneur des tweets[49].

Des messages entre des journalistes des Inrockuptibles, Pierre Siankowski, Alexandre Comte, et Marcelin Deschamps (Mehdi Meklat) sont révélés par des internautes, témoignant de la connaissance par ces journalistes des tweets de Mehdi Meklat depuis 2011[50],[51]. Un article paru sur le site des Inrockuptibles en 2012 mentionnant le profil Twitter de Meklat est également évoqué. "Ça peut aller trop loin, mais la plupart du temps, c'est drôle à mourir", écrit alors le journaliste Alexandre Comte[50].

La chanteuse Keren Ann publie sur son compte Twitter un article du 23 novembre 2012 du magazine "Elle" intitulé "Qui suivre sur Twitter ?" et recommandant le compte de Mehdi Meklat/Marcelin Deschamps. "Jamais on n'avait choqué avec autant de justesse" commente le magazine[52].

Des échanges remontant à 2012 entre Nassira El Moaddem, actuelle directrice du Bondy Blog, et Mehdi Meklat sont également relevés, tendant à prouver que la journaliste suivait le compte de Mehdi Meklat durant la période où celui-ci publiait les tweets incriminés[53],[54].

Philippe Val, dans une interview à Sud-Radio, vise les journalistes qui n'ont pas révélé la teneur des tweets de Mehdi Meklat plus tôt : "Que foutent les journalistes ? C'est leur boulot quand même ! [...] ça fait des années que ça dure, c'est ça qui est étrange." [55]

Sur sa page Facebook, Marie-France Etchegoin, auteur d'un article consacré à Mehdi Meklat publié en septembre 2016 dans le "Monde magazine", s'explique : "Dans cette enquête, cependant, je n’ai pas parlé de l’ensemble des tweets ignobles, notamment antisémites, révélés le 18 février dernier. Pourquoi ? Parce qu’au moment où je commençais mon enquête, Mehdi Meklat venait de supprimer "Marcelin Deschamps", le pseudo, largement éventé, sous lequel il tweetait jusque là. Un compte auquel je n’avais jamais été abonnée." [56]

Alors que leur parole est de plus en plus mise en doute, les médias qui l’ont employé et choisi parce qu'il était une « icône de banlieue », ont, selon Sonia Devillers, failli. Ils « auraient dû se montrer bien plus vigilants »[57]. Alain Finkielkraut reproche ainsi au Monde de ne pas avoir réagi alors que le quotidien n'ignorait en rien la présence de tweets disant qu'il fallait lui « casser les jambes » à ce « fils de p*** », relevant qu'aucune association antiraciste ne s'est manifestée[58]. Selon l'essayiste, Mediapart, Les Inrocks, Libération et Télérama « se régalaient d'entendre Mehdi et Badrou expliquer que “la stigmatisation du voile n'est rien d'autre que du racisme et la perpétuation du colonialisme” » au point de ne pas dénoncer l'autre face du blogueur[58].

L'historien Emmanuel Debono juge que l’affaire Meklat est un « puissant symptôme » des ambiguïtés et des sympathies qu’il soulève dans l’intelligentsia. Cette sympathie a pour conséquence que « lorsque la haine raciale ou antisémite provient d’individus appartenant à des catégories dites  “dominées” , une grande partie de l’antiracisme contemporain la minimise ou la dénie[59]. » Alexandre Devecchio, ancien du Bondy Blog, estime que les tweets de Meklat « expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance. » Pour lui, « s’il faut condamner quelqu’un dans cette affaire, ce sont ceux qui l’ont nourri, instrumentalisé, exacerbé[60]. »

Gilles-William Goldnadel s'en prend également davantage aux médias (Les Inrocks, Libération, Pascale Clark à France Inter, le journal Elle) qu'à Mehdi Meklat, considérant que les médias lui ont fait croire « que les Français, principalement les chrétiens et les juifs étaient tous des salauds racistes dont il était la première victime. » Il dit trouver « piquant de constater que ceux qui aujourd'hui tentent par tous les moyens, même les plus comiques, de minimiser l'invraisemblable racisme qu'ils avaient toléré, incarnent la caste médiatique antiraciste la plus intolérante, la plus vétilleuse, la plus fureteuse, la plus soupçonneuse, lorsque le racisme, souvent imaginaire et fantasmé, est reproché à une population autochtone à laquelle il prête depuis toujours sans barguigner un racisme consubstantiel[61]. »

Le Printemps républicain publie sur sa page Facebook un billet intitulé "Ce que nous dit l'affaire Mehdi Meklat" qui met en cause la responsabilité des médias qui ont "embauché, soutenu, promu, encensé" Mehdi Meklat. L'auteur du billet considère que soit ces médias ne savaient pas qui était Mehdi Meklat, et alors "leur crédibilité est profondément mise en cause", soit "ils le savaient mais ont fait comme si de rien n'était, ce qui pose des questions sur leurs intentions et sur la manière dont ils conçoivent leur rôle dans la restitution de ce qui est à l’oeuvre dans la société française. D'autant, circonstance aggravante, que l’on peut constater ici le gouffre béant du deux poids deux mesures de donneurs de leçon professionnels en matière d’antiracisme et de lutte contre les discriminations."[62]

Le président de la LICRA, Alain Jakubowicz, pointe la "précipitation dans la miséricorde et le relativisme qui pose problème, notamment parmi ceux qui ont élevé Mehdi Meklat au pinacle médiatique durant des années [...] Si tous condamnent le racisme, l’antisémitisme et le terrible cortège de leur égérie, beaucoup se contorsionnent pour fournir des explications qui deviennent rapidement des excuses [...] Dans cet exercice, Mediapart a supplanté tous les autres dans le retournement consistant à transformer le coupable en victime..."[63]

Pascal Bruckner, dans une interview au Figaro, considère que "l'affaire du Bondy Blog est le Titanic de la gauche branchée". Il vise notamment M le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, Télérama qui "ont encensé la formidable vitalité de ce kid des banlieues, si cocasse, si futé qui se proposait, par la voix de son «double maléfique» de tuer des Juifs..." Dans cette interview, il qualifie également le journal en ligne Médiapart de "site frérot salafiste"[64].

Quelques jours après cette interview, la Société des journalistes de Médiapart publie un billet intitulé "Mises au point de Mediapart à ses détracteurs"[65]. Les journalistes répondent à diverses accusations portées contre le journal, notamment celle d'être un site "fréro salafiste" mais aussi celle d'avoir "couvé", "promu" et "soutenu" Mehdi Meklat.

Philippe Lançon, l'une des victimes survivantes de la fusillade de Charlie Hebdo, écrit dans sa chronique hebdomadaire : « […] s'il y a une chose que cette histoire nous rappelle, c'est que certains médias ont tant de mépris pour eux-mêmes (et pour les autres) qu'ils perdent jusqu'à la mémoire de ce qu'ils ont publié[66]. » Et il conclut : « Quand on me parle du "lynchage" de Mehdi, je souris donc un peu : il est vivant, il a sa mâchoire[67], ses bras, ses jambes, et, s'il a quelque force et du talent, il surmontera ses obscénités et les réactions plus ou moins sincères qu'elles provoquent. […] je fais […] confiance à l'oubli. D'ailleurs, Mehdi n'est pas un héros de Kafka : sa conscience ou son inconscience survivra à la honte, qu'il l'éprouve ou non[66]. »

Le 1er mars, les sociétés des journalistes de Mediapart, BFM TV, TF1, France Inter, RMC, la société des journalistes et personnels de Libération, ainsi que les journalistes SUD de Presse-Océan et la rédaction d'Explicite affirment leur soutien à l'ancien journal de Mehdi Meklat, le Bondy Blog, qui selon eux "subit des attaques et des mises en cause dans plusieurs médias" depuis qu’a éclaté l’affaire des tweets. Le billet intitulé "En soutien au Bondy blog" est publié sur Médiapart[68] et sur le site de Libération[69].

Revenant sur l'affaire des tweets de Mehdi Meklat dans l'émission "Polonium" de Natacha Polony, le 1er mars, Alain Finkielkraut déclare : "Toute cette presse qui nous bassine avec le journalisme d’investigation (...) s’est abstenue d'aller y voir, elle avait son nom, elle avait ses tweets, tout était là, il a fallu une internaute obstinée [pour que les tweets soient révélés] (...) Les journalistes n'ont absolument pas voulu regarder car Mehdi et Badrou étaient à leurs yeux les porte-parole de cette diversité rayonnante."[70]

Dans Le Point du 2 mars, Bernard-Henri Lévy[71],[72] et Brice Couturier reviennent sur cette affaire. Brice Couturier l'analyse comme le résultat de l'aveuglement et de la complicité d'un gauchisme culturel qui avait "élevé [Mehdi Meklat] au rang de chantre semi-officiel de la «  culture de banlieue  »"[73]. Caroline Fourest, dans sa chronique à Marianne, critique, quant à elle, « une gauche indigéniste et branchée, traquant l'"islamophobie" partout, mais aveugle aux propos violemment sexistes, homophobes et racistes de ses protégés »[74].

En réaction aux commentaires de ses lecteurs, le 3 mars 2017 Télérama publie un texte justificatif sous son interview de Mehdi Meklat affirmant ne pas avoir eu connaissance des tweets incriminés : « Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. »[34]

Publications et réalisations[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Avec Badroudine Saïd Abdallah, Quand il a fallu partir, 2015

Série[modifier | modifier le code]

  • Avec Mouloud Achour et Badroudine Saïd Abdallah, Vie rapide, 2015

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sabrina Champenois, « Les kids, l'oral et l'hardi », sur liberation.fr, (consulté le 19 février 2017).
  2. Aline Leclerc, « Le côté vert de l’éponge », Le Monde, no 22014,‎ , p. 17 (lire en ligne).
    La version en ligne est titrée « Mehdi et Badrou, denses avec les mots ».
  3. « Le grand remplacement c'est nous » sur nrgui.com.
  4. « Les Kids : les passe-murailles de France Inter », sur lesinrocks.com, .
  5. Sabrina Champenois, « Les Kids, l'oral et l'hardi », sur liberation.fr, .
  6. Vie Rapide by Mehdi & Badrou.
  7. Alain Constant, « Balzac, 1964-2011 », sur lemonde.fr, .
  8. Laurence Houot, « Avec "Burn out", les Kids passent au roman : noir et stylé », sur culturebox.francetvinfo.fr, .
  9. « Nantes : un homme s'immole devant Pôle emploi et meurt », sur tempsreel.nouvelobs.com, .
  10. Caroline Constant, « Un roman social sur un chômeur immolé », sur humanite.fr, .
  11. a et b « Mehdi et Badrou du Bondy Blog : “Le grand remplacement, c’est nous” » sur lemonde.fr du 30 septembre 2016.
  12. « L’affaire Mehdi Meklat - Stupéfiant ! », sur YouTube,
  13. Elvire Camus, « “Téléramadan”, la revue qui veut “Grand Remplacer” les idées nauséabondes », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
  14. « Gauche, Macron, Présidentielle: Christiane Taubira dit tout », lesinrocks.com, 31 janvier 2017.
  15. « Un internaute obtient le droit de garder une photo d'Isabelle Balkany sur son profil Twitter », sur francetvinfo.fr, .
  16. a, b et c D'anciens tweets injurieux d'un chroniqueur du Bondy Blog provoquent un tollé, lefigaro.fr, 20 février 2017
  17. « Mehdi Meklat, icône des banlieues ou antisémite haineux ? », lepoint.fr, 21 février 2017.
  18. Le chroniqueur Mehdi Meklat rattrapé par ses tweets haineux, lemonde.fr, 21 février 2017
  19. « Le double alibi de Mehdi Meklat » sur lemonde.fr du 24 février 2017.
  20. « Mehdi, le copain antisémite et anti-Français de Christiane Taubira », valeursactuelles.com, 19 février 2017.
  21. « Invité de La Grande Librairie, Mehdi Meklat rattrapé par des messages de haine », actualitte.com, 19 février 2017.
  22. L’édito de Pierre Siankowsi : « @mehdi_meklat », lesinrocks.com, 20 février 2017.
  23. « Polémique Mehdi Meklat : des internautes s'indignent aussi de tweets de son ex-collègue Badroudine », RT en Français,‎ (lire en ligne)
  24. « Le chroniqueur Medhi Meklat mis en cause pour d’anciens tweets haineux », sur SudOuest.fr (consulté le 21 février 2017)
  25. a et b « Derrière le chouchou médiatique Mehdi, l'abominable Meklat sur Twitter », marianne.net, 20 février 2017. En 2011, le « gamin » en question était un adulte de vingt-et-un ans.
  26. « Tweets du 18 février 2017 » (consulté le 4 mars 2017)
  27. Ancien membre de la mission laïcité au Haut Conseil à l'intégration.
  28. « Antisémites, homophobies, anti-blancs : pourquoi le cas Mehdi Meklat n’est malheureusement pas un “dérapage” isolé », Guylain Chevrier, atlantico.fr, 21 février 2017.
  29. a et b Alexandre Hervaud, « Tweets haineux : qui se cache derrière Meklat ? », liberation.fr, (consulté le 22 février 2017).
  30. « Mehdi Meklat : Internet est un lieu encore plus compliqué pour les gens complexes », franceculture.fr, 21 février 2017.
  31. « L’affaire Mehdi Meklat : une affaire de média », sur France Inter,
  32. a et b « Tweets outranciers : l'étrange cas du Dr Meklat et de M. Deschamps », liberation.fr, 20 février 2017.
  33. « L’affaire Mehdi Meklat revue et corrigée par les conspirationnistes », marianne.net, 21 février 2017.
  34. a et b « Mehdi Meklat : “Avec Marcelin Deschamps s’est joué quelque chose de l’ordre de l’autodestruction” », entretien de Mehdi Meklat avec Lucas Armati, telerama.fr, 21 février 2017.
  35. « Medhi Meklat, comédien et martyr de l'info alternative », Hugues Serraf, atlantico.fr, 21 février 2017.
  36. « Mehdi Meklat prétend que c'est son double maléfique qui tweetait », sur L'Obs,
  37. « Le double de Mehdi Meklat ne cache que sa duplicité », sur Europe 1, .
  38. « Revue de presse », sur Europe 1,
  39. « L’affaire Mehdi Meklat, révélatrice de deux sociétés qui ne se rencontrent pas », sur Le Monde,
  40. « Journal de 13 heures », sur France Inter,
  41. « Réflexions sur la sidérante affaire Mehdi Meklat », Laurent Bouvet, lefigaro.fr, 21 février 2017.
  42. « Publication Facebook », (consulté le 4 mars 2017)
  43. Mehdi Meklat: des infractions malheureusement prescrites, Oudy Ch. Bloch, causeur.fr, 22 février 2017
  44. « Mehdi Meklat parle à “Télérama” : “Avec Marcelin Deschamps s’est joué quelque chose de l’ordre de l’autodestruction” », sur Télérama,
  45. Jérôme Vermelin, « Mehdi Meklat quitte la France : "Je suis la cible de la fachosphère qui menace ma vie" », lci.fr, 22 février 2017.
  46. « La caduta del ragazzo della banlieue «Il prodigio» era fan dei terroristi », sur corriere.it,
  47. « Secret Life of Tweets Undoes Celebrated Voice of French Suburbs », sur New York Times,
  48. « L’affaire Mehdi Meklat - Stupéfiant ! », sur You tube - Stupéfiant !,
  49. L'embarras des médias après l'affaire Mehdi Meklat, Eugénie Bastié, lefigaro.fr, 23 février 2017
  50. a et b « Tweets haineux de Mehdi Meklat: Les Inrocks au coeur d'une controverse », sur L'Express,
  51. « Affaire Mehdi Meklat : Pierre Siankowski (les Inrocks) ment et devient complice de l’antisémite et du raciste Meklat »,
  52. « Tweet du 22 février 2017 » (consulté le 4 mars 2017)
  53. « Tweet du 22 février 2017 » (consulté le 4 mars 2017)
  54. « Tweet du 22 février 2017 » (consulté le 4 mars 2017)
  55. « Interview de Philippe Val », sur Sud-Radio,
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  57. L’affaire Mehdi Meklat : une affaire de média, franceinter.fr, 22 février 2017
  58. a et b « Alain Finkielkraut : l'affaire Meklat ou “la convergence des haines” », Alain Finkielkraut, lefigaro.fr, 24 février 2017.
  59. « Affaire Mehdi Meklat : “Aucun de ses Tweets n’a semblé assez dur pour qu’il soit ostracisé ou mis en demeure de cesser” », lemonde.fr, 23 février 2017.
  60. « Bondy blog, territoire perdu du journalisme », entretien avec Alexandre Devecchio, causeur.fr, 23 février 2017.
  61. « Jours fériés musulman et juif : quand Terra Nova fait le jeu des Frères musulmans », lefigaro.fr, 24 février 2017.
  62. « Ce que nous dit l'"affaire Mehdi Meklat" », sur Page Facebook Printemps républicain,
  63. « Mehdi Meklat : la haine et la complaisance »,
  64. « Pascal Bruckner : «L'affaire du Bondy Blog est le Titanic de la gauche branchée» », sur Le Figaro,
  65. « Mises au point de Mediapart à ses détracteurs », sur Médiapart,
  66. a et b Philippe Lançon, « Dans le jacuzzi des ondes », « Mehdi dans l'urinoir », Charlie Hebdo n° 1284, 1er mars 2017.
  67. Philippe Lançon a eu la mâchoire arrachée lors de la fusillade.
  68. « En soutien au Bondy blog », sur Médiapart,
  69. « En soutien au Bondy blog », sur Libération,
  70. « Finkielkraut face à l’actu dans Polonium »,
  71. « Mehdi Meklat : lettre volée », sur La Règle du jeu,
  72. « Mehdi Meklat, lettre volée », sur Le Point,
  73. « Mehdi Meklat, l'enfant gâté du gauchisme culturel », sur Le Point,
  74. « Mehdi Meklat : Divine comédie », sur Marianne,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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