Économie de l'attention

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L’économie de l’attention est une nouvelle branche des sciences économiques et de gestion qui traite l'attention comme une ressource rare en prenant appui sur les théories économiques afin de problématiser « le fonctionnement de marchés dans lesquels l’offre est abondante (et donc économiquement dévalorisée) et la ressource rare devient le temps et l’attention des consommateurs »[1]. Dans ce contexte, le niveau d'attention dont bénéficie un objet est une source de valorisation : les produits de la surabondance de l'offre (contenus numériques, radiophoniques, télévisuels, etc.) sont ceux qui, offerts à très peu de frais la plupart du temps, consomment l'attention désormais limitée par cette même surabondance, et les objets qui en sont investis prennent de la valeur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les enjeux de l'économie de l'attention se laissent entrevoir dès le début du XXe siècle[2]. Le sociologue Gabriel Tarde formule en effet, au début siècle dernier, les toutes premières réflexions autour d'une économie de l'attention, constatant que la surproduction industrielle nécessite des formes de publicités qui puissent « arrêter l'attention, la fixer sur la chose offerte »[3].

En 1969, le chercheur Herbert Simon formule le concept en des termes plus précis :

« Dans un monde riche en information, l'abondance d'information entraîne la pénurie d'une autre ressource : la rareté devient ce que consomme l'information. Ce que l'information consomme est assez évident : c'est l'attention de ses receveurs. Donc une abondance d'information crée une rareté de l'attention et le besoin de répartir efficacement cette attention parmi la surabondance des sources d'informations qui peuvent la consommer »

— Simon, H. A. « Designing Organizations for an Information-Rich World », [4]

En 1989, l'économiste et philosophe allemand Georg Franck propose formellement une première approche analytique dans le domaine de l'économie de l'attention[5],[6].

Plus récemment dans le grand public, l'avènement de l’économie de l’attention a été mise au jour à travers la polémique qui a suivi le discours de Patrick Le Lay qui, parlant du modèle d'affaire de TF1 affirma ceci : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible »[7].

Enjeux contemporains[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Musique et numérique : L’économie MySpace est-elle favorable à la création ? Daniel Kaplan, InternetActu 12/04/07
  2. Citton (2014), Pour une écologie de l'attention, p.20
  3. Cité dans Citton, Pour une écologie de l'attention, p. 20
  4. Simon, H. A. (1971), « Designing Organizations for an Information-Rich World », in Martin Greenberger, Computers, Communication, and the Public Interest, Baltimore, MD: The Johns Hopkins Press, ISBN 0-8018-1135-X
  5. Citton (2014), Pour une écologie de l'attention, p.22
  6. Un article de Franck à ce sujet est disponible en français dans Citton (dir.) sous le titre Économie de l'attention
  7. « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible », L'Expansion - L'Express, 9 juillet 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Citton (dir.), L'économie de l'attention : Nouvel horizon du capitalisme ?, Paris, Éditions La découverte, 2014 (ISBN 2707182966)
  • Yves Citton, Pour une écologie de l'attention, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La Couleur des idées », 2014 (ISBN 9782021181425)
  • Emmanuel Kessous, L'attention au monde : Sociologie des données personnelles à l'ère numérique, Paris, Éditions Armand Colin, coll. « Recherches », 2012 (ISBN 9782200280550)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]