Rationalité limitée

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La rationalité limitée est un concept utilisé en sociologie, en psychologie, en micro-économie ou encore en philosophie politique (par exemple chez Jon Elster). Il porte sur l'étude du comportement d'un individu (ici appelé acteur) face à un choix (l'achat d'un produit, le vote...). Il suppose que l'acteur économique a un comportement rationnel, mais que sa rationalité est limitée en termes de capacité cognitive et d'information disponible. Dès lors, l'acteur va généralement s'arrêter au premier choix qu'il jugera satisfaisant. Ce concept a été forgé par Herbert A. Simon et a ouvert la voie à la recherche au moyen de modèles informatiques et à l'intelligence artificielle ainsi qu'au large domaine d'enquêtes désigné sous le terme d'heuristique de jugement, développé notamment par Amos Tversky et le Nobel d'économie Daniel Kahneman.

En d'autres termes, l'acteur est rationnel (s'il préfère A à B et B à C, on peut en déduire qu'il préfère A à C). Cependant, lors d'un choix complexe, il cherche moins à étudier l'ensemble des possibilités qu'à trouver une solution raisonnable dans une situation d'incertitude, et ce en un laps de temps lui-même raisonnable. Il va s'arrêter généralement à la première option qui satisfera à la situation concrète, tout en évitant de prendre trop de temps pour effectuer son choix (voir Effet Tetris).

On s'écarte alors de l'un des postulats premiers de la micro-économie ou/et de la théorie du choix rationnel, qui veulent que l'acteur soit pleinement rationnel concernant la situation envisagée. Gerd Gigerenzer a toutefois souligné que pour Simon, la rationalité limitée ou bounded rationality n'était pas « mauvaise » en soi, c'est-à-dire moins bonne qu'une rationalité complète ou imparfaite: elle répond au contraire, selon lui, aux exigences de la situation, dans laquelle nos capacités de calcul sont limitées: c'est le caractère limité de la rationalité qui permet, in fine, le choix, et donc la possibilité d'agir à bon escient (et à temps).

Thèse de Simon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Herbert Simon.

Simon va développer à partir des hypothèses des courants néo-classiques une construction éthologique du processus de décision dans l’entreprise et focalise ce processus sur l’acteur et non plus sur l’hypothèse de la main invisible de la concurrence. Il propose deux "déblocages" de la conception de l’entreprise comme lieu privilégié de la décision rationnelle :

Premier déblocage[modifier | modifier le code]

Le comportement de l’homme est induit par l’information. L’acteur réagit aux stimuli informationnels.

Au sein de l’entreprise, le fonctionnement dépend de la position relative des acteurs. Le manager qui décide influe sur l’exécutant pour qu’il agisse de façon efficace et coordonnée. C’est un comportement qualifié d’administratif. C’est le résultat d’un choix des acteurs selon leur place dans l’organisation. Les choix ne sont pas raisonnés, mais procéduraux et choisir une action implique une renonciation à une autre action. C’est un processus de sélection dit «réflexe». Les actions ne sont pas guidées par une pensée rationnelle mais par l’habitude, l’ethos. L’homme n’est pas considéré comme un individu, un sujet, mais comme un acteur.

Deuxième déblocage[modifier | modifier le code]

Puisque la rationalité de l’individu est limitée, l’organisation doit aider et soutenir la pensée de l'individu.

  • L’acteur doit être immergé dans une boucle information/décision pour ne rien laisser passer et pour pouvoir décider ;
  • L’information doit être organisée car son accès est limité sur le marché.

La réflexion de l’acteur est limitée par son environnement qui conditionne sa décision. Le problème se construit en même temps que l’acteur le résout. Chacun se détermine en fonction de ce qu’il imagine être la stratégie de l’autre.

La connaissance de toutes les options étant impossible, l’acteur ne doit pas rechercher une solution optimale mais satisfaisante. La décision sera prise par rapport aux options connues, donc le résultat de la décision influencera l’environnement.

La rationalité individuelle est limitée par les habitudes et les réflexes, les valeurs, la perception du contexte, la conception des objectifs à atteindre, l’étendue des connaissances et informations. Il ne peut être rationnel au regard des buts de l’organisation que s’il est capable d’y arriver par sa propre voie, en ayant une connaissance claire des buts de l’organisation et une information claire des conditions de ses actions.

Conclusion[modifier | modifier le code]

La conclusion peut se résumer par cette équation : moyen + but + information = comportement

Cela implique que l’organisation détient une partie de la solution : c’est l’information car elle alimente la décision.

Notes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Crowther-Heyck, Hunther, Herbert A. Simon: The Bounds of Reason in Modern America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2005
  • Gigerenzer, G. & Goldstein, D. G. (en) (1996). "Reasoning the fast and frugal way: Models of bounded rationality". Psychological Review, 103, 650-669
  • Simon, Herbert, Models of Man: Social and Rational. Mathematical Essays on Rational Behavior in a Social Setting, New York, Wiley, 1957

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]