Aller au contenu

Économie du travail

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

L'économie du travail est une branche de l'économie appliquée à l'analyse du marché du travail et de la société.

Elle est apparue dès la fin du XVIIIe siècle avec les économistes classiques comme Adam Smith qui analysent la division du travail. Plus tard, Karl Marx étudie la valeur du travail ainsi que la répartition du revenu dans son livre Le Capital (1867[1]).

Durant le XXe siècle, ils s'intéressent plus particulièrement aux imperfections du marché du travail avec les frictions de ce dernier, les différentes institutions comme les syndicats (CGT etc.) ainsi que les inégalités et les discriminations[2] sur le marché du travail.


Cadre théorique

[modifier | modifier le code]

Approche macroéconomique

[modifier | modifier le code]

Analyse néoclassique

[modifier | modifier le code]

Sur le marché du travail, la confrontation de l’offre et de la demande conduit à déterminer deux grandeurs : le salaire et le niveau d’emploi. La théorie néo-classique utilise ce mécanisme de marché pour démontrer que le chômage ne peut être durable. Il suffit en effet de diminuer les salaires pour que la demande de travail des entreprises s’accroisse et fasse disparaître le chômage. Le salaire, qui est la variable stratégique, permet la réalisation de l’équilibre. Cependant de multiples rigidités (intervention des syndicats ou des entreprises monopolistiques par exemple), influencent les salaires (réels) qui s’éloignent du niveau d’équilibre, créant ce faisant un sous-emploi qui peut être important et durable[réf. souhaitée].

Article principal: Monopsone

Certains marchés du travail n’ont qu’un seul employeur et ne satisfont donc pas l’hypothèse de concurrence parfaite du modèle néoclassique présenté ci-dessus. Le modèle d’un marché du travail en situation de monopsone conduit à une quantité d’emploi plus faible et à un salaire d’équilibre plus bas que le modèle concurrentiel.

Analyse keynésienne

[modifier | modifier le code]

Les économistes keynésiens ont contesté le mécanisme du marché car une baisse des salaires réduit le pouvoir d'achat des travailleurs et donc la demande des biens et services qui s’adresse aux entreprises, ces dernières ne seraient plus incitées à embaucher pour accroître leur production en bien et services. Les keynésiens affirment qu’il n’existe pas un véritable marché du travail car les quantités de travail demandées par les entreprises ne sont pas liées à court terme au prix du travail (à savoir le salaire), mais au niveau de la demande effective c'est-à-dire au niveau des ventes attendues par les entreprises[réf. souhaitée].

Approches microéconomiques

[modifier | modifier le code]

A l'échelle microéconomique, l'économie du travail consiste à analyser individuellement les personnes et relever des estimations sur leur comportement. On parle tant des offreurs (les salariés disposés à travailler) que des demandeurs (entreprises ou employeurs qui ont besoin d'embaucher des travailleurs). Le but pour chacune des variables est de maximiser leur utilité U, des modèles pour les situations spécifiques sont pertinents.

Une utilité U intertemporelle représente les préférences dans la durée, si on note xt =(CT,Lt) le flux de panier de consommation-loisirs, on s'impose souvent a U les propriétés suivantes :

- Stationnarité : si U(x1...xn,...xF +1) préféré a U(x1'...xn',xF...xF +1) alors U( xF...xF +1) préféré a U(xF'...xF+1'). Les préférences entre deux flux de départ ne dépendent pas de la période de départ F.

-Séparabilité additive : Les préférences entre les flux de consommation aux dates ultérieures à F sont indépendantes des choix faits entre les dates 0 et F, et les préférences entre les flux de consommation aux dates postérieures à F sont indépendantes des choix faites après la date F.

L’économie du travail microéconomique repose sur la maximisation de l'utilité intertemporelle. Les hypothèses de stationnarité et de séparabilité additive assurent la rationalité des choix et simplifient l’analyse des préférences entre consommation, loisir et travail.

D'autres approches microéconomiques comment celle d'Orley Ashenfelter, qui étudie la manière dont les agents font leur choix entre loisir et travail dans les modèles microéconomiques de l'offre de travail où les individus choisissent leur offre de travail en fonction du salaire, du revenu non salarial et de leurs préférences[3].

Contrairement aux modèles macroéconomiques courants, l’approche microéconomique permet quant à elle d’identifier précisément les mécanismes comportementaux à l’origine des variations de l’offre de travail, particulièrement les effets de substitution et de revenu liés aux variations de salaire. Il souligne toutefois que les estimations empiriques de l’élasticité de l’offre de travail sont souvent faibles, notamment pour les travailleurs à temps plein, ce qui réduit l’impact des changements de salaires sur le volume total de travail offert[3].

L'auteur conclut que l’approche microéconomique est primordiale pour comprendre le fonctionnement du marché du travail et juger les politiques publiques, mais qu’elle doit être complétée par des analyses empiriques fines et par la prise en compte des institutions du marché du travail[3].

Analyse néoclassique en concurrence parfaite

[modifier | modifier le code]

Dans l'analyse néo-classique du marché du travail, l'offre de travail est constituée par les ménages qui font un arbitrage entre le travail et le loisir. La courbe d'offre de travail associe à chaque taux de salaire la quantité d'heures maximum qu'un travailleur est prêt à offrir aux employeurs pour une période de temps donnée.

La demande de travail est le résultat d'un calcul de maximisation de la fonction de profit du producteur.

L'équilibre sur le marché du travail est alors défini comme le point où la courbe d'offre agrégée rencontre la courbe de demande agrégée.

Rendements de l'éducation sur le marché du travail

[modifier | modifier le code]

Depuis les travaux de Gary Becker sur le capital humain et de Michael Spence sur la théorie du signal, de nombreux travaux empiriques cherchent, à la suite du travail pionnier de Jacob Mincer à estimer les rendements privés de l'éducation et de l'expérience sur le marché du travail.

Discriminations sur le marché du travail

[modifier | modifier le code]

Gary Becker a appliqué la microéconomie pour comprendre les phénomènes de discrimination sur le marché du travail (Becker 1971).

Empiriquement, la méthode de la décomposition de Blinder-Oaxaca permet de mesurer la part de la différence de salaires entre deux groupes qui n'est pas explicable par des facteurs observables comme le niveau d'éducation ou le nombre d'années d'expérience.

Les discriminations sur le marché du travail peuvent revêtir des formes indirectes ou structurelles lorsque certaines règles, pratiques ou modes d’organisation conduisent à des effets différenciés entre groupes d’individus, sans qu’une intention discriminatoire explicite soit nécessaire. Ces mécanismes ont notamment été étudiés à travers l’analyse des institutions du marché du travail et de leur rôle dans la production d’inégalités persistantes[4].

La ségrégation professionnelle constitue une dimension centrale des discriminations sur le marché du travail. Elle se caractérise par une répartition inégale des individus entre les secteurs d’activité, les professions ou les niveaux de qualification. La littérature distingue généralement la ségrégation horizontale, correspondant à la concentration de certains groupes dans des métiers spécifiques, et la ségrégation verticale, qui renvoie à un accès différencié aux niveaux hiérarchiques les plus élevés.

Les travaux empiriques ont également mis en évidence l’existence de plafonds de verre, expression utilisée pour désigner les obstacles limitant l’accès de certains groupes aux postes de responsabilité et de direction, malgré des niveaux de qualification et d’expérience comparables. Ce phénomène a été observé dans de nombreux contextes nationaux et sectoriels.

Enfin, les discriminations sur le marché du travail font l’objet de politiques publiques spécifiques. Les cadres juridiques nationaux et internationaux, ainsi que les dispositifs de prévention, de contrôle et de sanction, visent à réduire les traitements différenciés entre individus. Plusieurs organisations internationales, dont l’Organisation internationale du travail, publient régulièrement des analyses et des rapports comparatifs sur ces questions[5].

Effet du salaire minimum

[modifier | modifier le code]

L'analyse néo-classique du marché du travail en concurrence parfaite laisse penser qu'une hausse du salaire minimum a pour conséquence d'exclure du marché du travail les personnes dont la productivité est inférieure au salaire minimum[6].

En 1994, les économistes David Card et Alan Krueger ont publié une étude empirique qui remet en question cette évidence. Leur étude compare l'évolution de l'emploi dans le secteur des fast food dans l'état du New Jersey et en Pensylvannie avant et après la hausse du salaire minimum dans le premier état en utilisant la méthode des doubles différences. Les auteurs montrent que la hausse du salaire minimum n'a pas eu d'effet négatif sur l'emploi[7].

Effet de l'immigration

[modifier | modifier le code]

Plusieurs travaux cherchent à mesurer l'effet de l'immigration sur le marché du travail. En 1990, David Card utilise l'expérience historique de l'exode de Mariel comme une expérience naturelle pour mesurer l'effet d'une arrivée massive de travailleurs sur le marché du travail à Miami. Son étude montre qu'il n'y a pas d'augmentation du taux de chômage lié à l'arrivée des travailleurs cubains[8]. Dans leur ouvrage[9]sur l'effet de l'immigration sur le marché du travail, Hubert Jayet, Lionel Ragot et Dominique Rajaonarison démontrent empiriquement et théoriquement que l'immigration n'a pas d'effets négatifs quantifiables et que la crainte des dits effets n'est fondée sur aucun raisonnement scientifique valide, et ce, après de multiples études menées dans différents pays du monde. Il convient de noter que toujours selon eux, le recours à l'immigration massive dans le demi-siècle qui vient ne semble pas permettre de quantifier plus d'effets positifs qu'il a été possible de quantifier les effets négatifs liés à l'immigration massive pour le marché du travail au siècle dernier.

Le chômage

[modifier | modifier le code]

Le chômage constitue un objet central de l’économie du travail. Il désigne la situation des individus en âge de travailler qui sont sans emploi, disponibles pour travailler et engagés dans une recherche active d’emploi. Son analyse vise à comprendre les mécanismes qui empêchent l’ajustement entre l’offre et la demande de travail, ainsi que les facteurs économiques, institutionnels et sociaux qui influencent le niveau de l’emploi dans une économie donnée. L’économie du travail distingue plusieurs formes de chômage selon leurs causes. Le chômage frictionnel résulte du temps nécessaire à la recherche d’un emploi en raison de l’imperfection de l’information sur le marché du travail et des délais d’appariement entre travailleurs et employeurs. Le chômage structurel apparaît lorsque les caractéristiques de l’offre de travail ne correspondent pas à celles de la demande, notamment en raison d’inadéquations de qualifications, de transformations technologiques ou de rigidités institutionnelles telles que la réglementation de l’emploi ou le salaire minimum. Le chômage conjoncturel, quant à lui, est lié aux fluctuations de l’activité économique et résulte d’une insuffisance de la demande globale en période de ralentissement ou de récession. L’analyse keynésienne du chômage, développée par John Maynard Keynes dans La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), remet en cause l’idée classique d’un ajustement automatique du marché du travail par les salaires. Selon cette approche, le chômage peut être involontaire et persister même en présence de salaires flexibles, en raison d’un niveau insuffisant de la demande globale, ce qui justifie une intervention de l’État par des politiques budgétaires ou monétaires visant à soutenir l’activité et l’emploi. À l’inverse, les analyses monétaristes et néoclassiques, notamment celles de Milton Friedman et Edmund Phelps, introduisent la notion de taux de chômage naturel, correspondant au niveau de chômage compatible avec les structures du marché du travail, telles que la mobilité de la main-d’œuvre, les institutions et l’imperfection de l’information. Selon cette approche, les politiques économiques ne peuvent réduire durablement le chômage en dessous de ce niveau sans provoquer une accélération de l’inflation, ce qui conduit à une remise en cause de l’arbitrage inflation-chômage suggéré par la courbe de Phillips à long terme. Les modèles contemporains de recherche d’emploi et d’appariement, développés notamment par Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides, expliquent la persistance du chômage par l’existence de frictions sur le marché du travail. Ces modèles montrent que le chômage peut coexister avec des offres d’emploi vacantes en raison du temps de recherche, des coûts d’embauche et de l’imperfection de l’information, le chômage résultant alors d’un processus d’appariement incomplet entre travailleurs et emplois. L’économie du travail analyse également le rôle des institutions du marché du travail, telles que l’assurance chômage, la protection de l’emploi et la négociation collective, dont les effets sur le chômage font l’objet de débats théoriques et empiriques. Enfin, les politiques publiques de l’emploi, qu’elles soient passives, comme l’indemnisation du chômage, ou actives, comme la formation professionnelle et l’accompagnement des demandeurs d’emploi, constituent un champ important d’analyse visant à évaluer leur efficacité sur le retour à l’emploi et la réduction du chômage de long terme.

Revues spécialisées

[modifier | modifier le code]

Sociétés savantes

[modifier | modifier le code]

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. https://www.universalis-edu.com/encyclopedie/le-capital/
  2. La Richesse des nations (1776)
  3. 1 2 3 Ashenfelter, O. (1984), Macroeconomic Analyses and Microeconomic Analyses of Labor Supply, NBER Working Paper n°1500.
  4. (en) « Employment », sur OECD (consulté le )
  5. (en) « Convention C111 - Discrimination (Employment and Occupation) Convention, 1958 (No. 111) » [archive du ], sur normlex.ilo.org (consulté le )
  6. Stéphanie Ménia, « La hausse du salaire minimum conduit-elle à un accroissement du chômage ? », sur Éconoclaste (consulté le )
  7. (en) David Card et Alan B. Krueger, « Minimum Wages and Employment : A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », American Economic Review, vol. 84, , p. 772-793
  8. (en) David Card, « The Impact of the Mariel Boatlift on the Miami Labor Market », Industrial and Labor Relations Review, vol. 43, , p. 245-257
  9. « Lionel Ragot » « Hubert Jayet » « Dominique Rajaonarison », « L'immigration : quels effets économiques ? » Accès limité [PDF], sur Cairn Info, (consulté le )

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]