Zodiaque de Dendérah

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Zodiaque (homonymie).

Le zodiaque de Dendérah est un bas-relief de l'Égypte antique. L'original du zodiaque de Dendérah, découvert par le général français Desaix de l'expédition d'Égypte, et apporté en France par Claude Lelorrain en 1821, est exposé au musée du Louvre.

Il était à l'origine au plafond d'une chapelle dédiée à Osiris élevée sur le toit du temple d'Hathor à Dendérah qui fut construit sous Pépi Ier[1] et restauré plusieurs fois par la suite jusqu'aux derniers Ptolémées.

Sommaire

Arrivée à Paris [modifier]

Contrairement à ce qu'on on peut lire[2], ce n'est pas le général Desaix qui ramena le Zodiaque de Denderah en France, puisque Desaix est mort le 14 juin 1800.

Après avoir extrait le zodiaque de pierre à coups de poudre à fusil du plafond du temple, Claude Lelorrain, l'ayant dérobé aux Anglais le ramena à Paris, le 15 janvier 1821[3]. Sébastien Louis Saulnier, qui avait chargé son homme de main Lelorrain de ramener ce zodiaque, avait orchestré une véritable mise en scène pour l'arrivée du zodiaque à Paris, au point que la foule s'était rassemblée comme si elle attendait la visite d'un monarque. Mais il est vrai que depuis l’expédition en Égypte par Napoléon, Paris a eu un tel engouement pour la culture de l'ancienne Égypte, que l'on attendait l'arrivée du zodiaque avec impatience[4]. Le zodiaque égyptien fut vendu par Saulnier à Louis XVIII, pour la somme de 150 000 francs, une somme sans précédent pour un artefact qui n'était pas catholique.

Charles Émile de Laplace récupéré par Louis XVIII rassemble pour un dîner, le soir même de l'arrivée du Zodiaque à Paris en 1821, plusieurs des plus brillants scientifiques français, dont François Arago, Jean-Baptiste Biot, Claude Louis Berthollet et Joseph Fourier, ainsi que le chimiste anglais et théoricien atomique John Dalton, afin de discuter des diverses manières astronomiques et mathématiques pour déterminer l'âge véritable du zodiaque. Ce dîner qui devait être suivi par d'autres, était en fait, un prétexte à renverser ou du moins à diminuer le pouvoir de l’Église qui, avec le retour du roi Louis XVIII, avait repris son habitude de censurer les nouvelles théories comme par exemple celle de Charles Darwin.

D'abord exposé à la bibliothèque royale à Paris, le fonds égyptien fut déplacé au musée du Louvre en 1922 avec la Chambre des Ancêtres de Karnak qui elle fût ramenée en France par Émile Prisse d'Avesnes.

Le Zodiaque egyptien y est exposé Salle 12 Bis de la Salle Sully.

Datation [modifier]

Ce zodiaque de Dendérah exposé au Louvre, que l'on croyait, lors de son arrivée à Paris, daté du Nouvel Empire, serait plutôt de l'année 50 avant notre ère, c'est en tout cas, ce que semble indiquer la disposition des corps célestes, en particulier la position des conjonctions et oppositions des planètes, et la possible représentation d'une éclipse solaire[5] et d'une éclipse lunaire[6].

Mais cette indication astronomique même si elle a été vérifiée officiellement par Eric Aubourg et d'autres, ne démontre pas que le zodiaque date de cette année-là, en effet, il faut plus d'une journée pour sculpter un bas-relief aussi complexe et en général, on ne date pas un artefact en fonction de la carte du ciel qu'on y trouverait. Selon certains auteurs en égyptologie dont Antoine Gigal[7] : « Il est courant de retrouver des éléments beaucoup plus anciens dans les structures de l'Égypte antique car chaque dynastie procédait à de scrupuleuses restaurations. » L'année 50 avant notre ère est donc pour l'instant théorique.

Représentation astronomique [modifier]

Éclipse solaire du 7 mars 51 avant notre ère (-50 en calendrier astronomique) indiqué sur le zodiaque de Dendérah

Selon l'indication du musée du Louvre : « Deux éclipses ont été représentées à l'endroit précis où elles se sont produites. L'éclipse solaire du 7 mars 51 est figurée sous l'aspect de la déesse Isis retenant un animal par la queue, c'est-à-dire empêchant la lune, de cacher le soleil. L'éclipse lunaire du 25 septembre 52 est un œil-oudjat (qui signifie être intact), car une éclipse lunaire a toujours lieu à la pleine lune ».

Les éclipses solaire et lunaire clairement identifiées sur ce zodiaque indiquent une certaine maîtrise de l'astronomie par les anciens Égyptiens : en effet c'est seulement à partir de Claude Ptolémée que l'on a vérifié le phénomène d'une éclipse après que celle-ci avait eu lieu. Car pour prédire une éclipse, il aurait fallu effectuer de fastidieux calculs, le plus souvent en vain, lors de chaque nouvelle lune.

La première prédiction d’éclipse solaire établie de manière certaine, dont on possède le calcul, est celle du 16 juillet 1330, réalisée par Nicéphore Grégoras à Byzance.

Éclipse lunaire du 25 septembre 52 avant notre ère (–51 en calendrier astronomique) indiquée sur le zodiaque de Dendérah

Contrairement à ce qui a été souvent affirmé à la suite d’une erreur, ce que les Chaldéens appelaient « Saros » n’a rien à voir avec les éclipses et ne permettait en aucun cas de prédire une éclipse solaire visible dans le monde connu de l’époque antique.

La fameuse prédiction d’éclipse solaire de Thalès relatée par Hérodote, est probablement exagérée. Cette éclipse s’est bien produite le 28 mai -585 et était visible dans cette partie du monde mais une prédiction d’éclipse suppose des outils théoriques et mathématiques très avancés, qu’on estime n’avoir été élaborés qu’au IIe siècle avant notre ère par Hipparque grâce à sa théorie de l'épicycle.

Mais une fois ces outils élaborés, il faut encore dresser des tables très précises. On ne sait pas avec certitude quand les premières tables permettant des calculs d’éclipses ont vu le jour mais elles sont antérieures à Claude Ptolémée, qui les a perfectionnées, et elles n’existent pas en Grèce avant Hipparque.

Les deux éclipses du Zodiaque de Denderah ne sont donc pas le fruit du hasard, la prévision astronomique de celles-ci s'avère juste, ce qui indique que les anciens Égyptiens maîtrisaient l'astronomie bien avant Hipparque, du fait des calculs et des outils ainsi que du temps d'étude nécessaire à de telles prévisions.

Article détaillé : Sciences dans l'Égypte antique.

Études [modifier]

Jean-François Champollion ne s’intéresse pas vraiment à ce zodiaque. Il indique seulement que, selon certains hiéroglyphes trouvés sur les murs du temple, le zodiaque daterait de l'époque romaine, vers le IV siècle de notre ère ; il se fie à un hiéroglyphe qu'il traduit en grec par autocrata qui signifie, selon lui, empereur mais au IVe siècle, il était d'usage d'écrire en latin et non en grec et si on avait voulu écrire le mot empereur en latin, on aurait écrit imperator[8]. Champollion n'étant pas enseigné à la discipline de l'astronomie ni à l'histoire, il se contenta selon ses lacunes de situer approximativement la date du zodiaque.

Mais le pape Léon XII fut si reconnaissant à J.F. Champollion qui avait appris tout seul à lire dans un missel dès l’âge de cinq ans et qui ensuite fut suivi par son précepteur l’abbé Jean-Joseph Calmels, d'avoir contribué à conserver la chronologie biblique, qu'il envoya un cardinal pour la cérémonie de mariage de l’égyptologue[9].

Un des piliers : le pilier sud ouest

Jacques-Joseph Champollion, était en désaccord avec la datation de son frère, il rédigea une thèse sur le zodiaque égyptien dont le titre Égypte Ancienne fut publié aux Éditions Firmin Didot, en 1839.

Jean-Baptiste Biot, astronome et égyptologue, quant à lui, étudie en détail le zodiaque circulaire égyptien. Il publie plusieurs ouvrages dont Recherches sur plusieurs points de l'astronomie égyptienne appliquées aux monuments astronomiques trouvés en Égypte en 1823, et démontre que la disposition céleste remonte bien au-delà de l'époque romaine.

Selon Sylvie Cauville, égyptologue, auteur de nombreux ouvrages dont L'Œil de Ré, la charte de fondation du temple de Dendérah fait partie des écrits anciens de la bibliothèque de Khéops.

Ce zodiaque souleva une profonde polémique qui ébranla le monde de la chrétienté. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on chargea Lelorrain de le rapporter en France. En effet, les nombreuses et diverses théories de datation du zodiaque de la part des égyptologues mais aussi des astronomes du XIXe siècle, remettaient en question la datation de la création du monde fixée par la Bible.

L'abbé Testa, soutenu par Ennius Quirinus Visconti, archéologue fondateur du musée du Vatican, fut un fervent opposant à l'étude du zodiaque égyptien et menaça d'excommunication tous ceux qui refusaient de maintenir la version biblique. C'est ainsi que deux groupes furent créés, dont l'un devait devenir le précurseur de la laïcité selon le décret de séparation de l'Église et de l'État voté par la Commune de Paris (1871).

Description [modifier]

Le zodiaque de Dendérah est un planisphère représentant le ciel étoilé en projection plane, avec les douze constellations de la bande zodiacale, les constellations formant les 36 décans et les planètes. Ces décans sont des groupes d’étoiles de premier ordre dans le ciel nocturne. Ils sont utilisés dans le calendrier égyptien, fondé sur les cycles lunaires d'environ trente jours et la récurrence annuelle du lever héliaque de l'étoile Sothis (Sirius).

Cette représentation d'un zodiaque circulaire est unique dans l'Égypte antique. Un autre zodiaque rectangulaire orne le plafond du pronaos du temple.

La voûte céleste est représentée par un disque soutenu par quatre piliers du ciel sous forme de femmes qui symboliseraient les quatre points inter-cardinaux, entre lesquelles sont intercalés quatre paires de génies à tête de faucon qui eux symboliseraient chaque point cardinal.

Ces directions cardinales[10] liées aux « oiseaux » du zodiaque sont confirmées par la fête de Min du Ramesséum qui se déroulait suivant un certain nombre d’étapes rituelles dont le lâché de quatre oiseaux (oies ou faucons), volant vers les quatre points cardinaux.

Représentation fidèle en couleurs du Zodiaque de Denderah

Au Nouvel Empire, ils sont associés aux décans dans les plafonds astronomiques.

Sur la première circonférence, trente six génies semblent symboliser les 360 jours de l’année égyptienne du calendrier nilotique à différencier du calendrier civil égyptien, qui lui comptait 365 jours, mais cette dénomination de "génies" n'est due qu'au manque d'étude approfondie de ce zodiaque égyptien, en effet, en y regardant de plus près, on observera la représentation de divinités, telles que Sobek, Anubis,Horus adulte et enfant et d'autres aussi célèbres, ces divinités sont bien majeures en Égyptologie tandis que le terme "génie" s'adresse plutôt à des divinités mineures, telles que Bès qui lui ne figure pas sur le Zodiaque.

Sur le cercle intérieur, on trouve l'écliptique, lequel reprend les signes du zodiaque dont la représentation est proche de leur désignation actuelle comme le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer,le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion,le Capricorne et les Poissons, par contre le Sagittaire et le Verseau sont représentés par une iconographie plus égyptienne mais n'indique pas le style ptolémaïque : le Verseau est représenté comme le dieu de l’inondation Hâpy, tenant deux vases d’où jaillit de l’eau.

Les autres personnages préfigurent les constellations, dont on a pu identifier avec certitude 34 en plus des 12 Constellations de l'écliptique, tels que Orion, Draco, Lupus, Aquila, Cassiopea, Equuleus, Ursa Major, Ursa Minor, ..., leur iconographies sont rattachées à la mythologie et à la culture égyptiennes mais leurs formes astronomiques évoquent bien nos actuelles constellations[11].

Copies du zodiaque [modifier]

Copie en plâtre bitumé posée en 1920 à la place de l'original

Une copie en plâtre du zodiaque fut faite en 1920 afin qu'elle prenne la place de l'original du plafond de la chapelle à Dendérah[12].

Une autre copie du zodiaque se trouve au musée égyptien de San Jose fondé par Harvey Spencer Lewis, en Californie, aux États-Unis[13].

Il en va de même pour le British Museum qui lui expose non pas le moulage du zodiaque, mais une copie en marbre élaborée par Jean-Jacques Castex sur base du dessin des ingénieurs Édouard de Villiers du Terrage et Jean-Baptiste Jollois[14].

Notes et références [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Sébastien Louis Saulnier, Claude Lelorrain, Notice sur le voyage de M. Lelorrain en Égypte, Éditions Sétier, 1822.
  • Nicolas B. Halma, Examen et explication du zodiaque de Denderah comparé au globe céleste antique d'Alexandrie, Éditions Merlin, 1822.
  • J. Chabert, L. D. Ferlus, Mahmoud Saba, Explication du zodiaque de Denderah (Tentyris), Éditions Guiraudet", 1822.
  • Charles de Hesse, La Pierre Zodiacale du Temple de Dendérah, Éditions André Seidelin, 1824.
  • Franz Joseph Lauth, Les zodiaques de Denderah, Éditions C. Wolf et Fils, 1865.
  • Letronne Antoine-Jean, Analyse critique des représentations zodiacales de Dendéra et d'Esné, Imprimerie Royale, 1855.
  • Jean Saint-Martin, Notice sur le zodiaque de Denderah, Éditions C.J. Trouvé, 1822.
  • Jean Baptiste Prosper Jollois, René Édouard de Villiers du Terrage, Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens, Éditions Carilian-Goeury, 1834.
  • Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Égypte ancienne, Editions Firmin Didot, 1832.
  • Buchwald, Jed Z. et Diane Greco Josefowicz, Le zodiaque de Paris : controverse au sujet d'un artefact égyptien antique qui a suscité un débat Moderne entre la Science et la Religion, Editions Princeton University Press, 2011.
  • Éric Aubourg, La date de conception du temple d'Hathor à Dendérah, BIFAO, 1995 ; disponible en ligne.
  • Sylvie Cauville :
    • Le temple de Dendérah, IFAO, 1995,
    • Le temple d'Isis à Dendéra, BSFE 123, 1992,
    • Le zodiaque d'Osiris, Peeters, 1997.
    • L'Œil de Ré, Pygmalion, 1999.
  • Jean Baptiste Biot, Recherches sur plusieurs points de l'astronomie égyptienne appliquées aux monuments astronomiques trouvés en Égypte, Firmin Didot, 1823

Liens externes [modifier]