Sainte-Lucie (fête)

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Sainte-Lucie
Procession de la Sainte Lucie en Suède, 2006
Procession de la Sainte Lucie en Suède, 2006

Autre(s) nom(s) Lucia
Type Célébration religieuse
Signification Célébration en l'honneur de Lucie de Syracuse et lié au solstice d'hiver.
Date 13 décembre
Lié à Avent

La Sainte-Lucie (Sankta Lucia en suédois, mais communément appelé Lucia) est une fête ayant lieu le 13 décembre en honneur de la fête de sainte Lucie de Syracuse. Elle marque, avec l'Avent, le début de la saison de Noël. Traditionnellement une fête importante dans toute la Chrétienté occidentale, elle est aujourd'hui célébrée en Scandinavie et en Europe méridionale, particulièrement en Suède, au Danemark, en Norvège, en Finlande, en Italie, en Islande.

Depuis la création du calendrier grégorien, qui a mis fin à la dérive du calendrier julien au XVIe siècle, la fête correspond au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille dans l'hémisphère nord [1]. Le dicton "à la sainte Luce, le jour augmente du saut d'une puce" correspond à cette observation.

En Suède, pays où la fête est la plus répandue, elle est originaire du Västergötland, dans le sud-ouest du pays, et s'est progressivement étendue à tout le pays, puis au XXe siècle aux territoires finlandais suédophones comme Åland, et dans une certaine mesure dans d'autres pays tels le Danemark et la Norvège.

Lucie est un prénom venant du latin lux, lucis, désignant la lumière, et la lumière est à l'honneur lors de ces célébrations. À cette fête, il n'y a pas de cadeaux comme au noël Canadien.

Célébration[modifier | modifier le code]

En Scandinavie[modifier | modifier le code]

En Suède, sainte Lucie (appelée Lucia) est vénérée le 13 décembre dans une cérémonie où une fille, élue « Lucia », marche devant une procession de femmes ; elles sont toutes parées de blanc avec ceinture de tissu rouge, la Lucia avec une couronne de bougies et les autres une bougie à la main. Les bougies représentent le feu qui refuse de prendre la vie de sainte Lucie au bûcher, et la ceinture rouge peut-être le martyre de la sainte. Les femmes chantent une chanson de Lucia en entrant dans la pièce ; la mélodie est celle de la chanson napolitaine Santa Lucia, mais où la version napolitaine décrit la belle vue depuis le quartier de Borgo Santa Lucia de Naples, les diverses versions scandinaves parlent de la lumière avec qui Lucia vainc le noir. À la fin de la chanson, la procession poursuit avec chants de Noël ou d'autres chants sur Lucia.

Quand les pays Scandinaves étaient encore catholiques, la nuit de Lucia était célébrée comme une fête parmi les autres. Toutefois, la tradition continua même après la Réforme protestante des années 1520 et 1530. Selon le calendrier julien la nuit de Lucia était la plus longue de l'année. C'est probablement pourquoi la fête persiste dans les pays nordiques, les nuits de novembre et décembre étant très longues et sombres avant les premières neiges ; l'idée de la lumière vainquant le noir est alors très bienvenue.

Suède[modifier | modifier le code]

Procession de Lucia en Suède, 2007

Certains tracent le renouveau des célébrations de Lucia en Suède à la tradition allemande protestante de vêtir les filles en Christ enfant (« Kindchen Jesus », « Christkindl ») et les faire distribuer des cadeaux de Noël. La variante suédoise de cela est le « Kinken Jes », qui commence à apparaître parmi la haute classe moyenne dans les années 1700 : la fille porte une couronne de bougies et distribue des bonbons et petits gâteaux aux enfants. Une autre théorie évolua des vieilles traditions suédoises des « garçons étoilés » (« stjärngossar ») et des anges vêtus de blanc qui iraient chanter des chants de Noël pendant l'Avent et Noël. Quoi qu'il en soit, la tradition présente, où une femme ou jeune fille parée de blanc et portant une couronne de bougies apparaît le matin de la fête, commença aux environs du lac Vänern vers la fin du XVIIIe siècle et se répandit lentement au reste du pays pendant le siècle suivant.

En 1893, le musée de Skansen remet au jour cette ancienne tradition, qu'il considère comme valant d'être préservée. La célébration sous une forme moderne est due à l'initiative en 1927 d'un quotidien stockholmois (Stockholms Dagblad), qui organise la première procession officielle de Sainte Lucie, avec l'élection d'une Lucia. La pratique se répand ensuite rapidement à travers tout le pays, grâce en particulier à l'influence de la presse locale. Aujourd'hui la plus grande partie des villes de Suède élisent une Lucia chaque année, les écoles élisent une Lucia et ses « tärnor » (demoiselles d'honneur) parmi les étudiantes, et une Lucia nationale est élue parmi les régionales. Les Lucias régionales visiteront des centres commerciaux, des églises et des institutions pour personnes âgées, chantant et répartissant des biscuits au gingembre. Il y eut débat sur la possibilité d'élire une Lucia nationale non-Blanche, qui finit en 2000 par l'élection de la première Lucia non-Blanche, une fille adoptée.

Il y a des garçons dans les processions, jouant un rôle différent associé avec Noël. Certains, les « stjärngossar », sont parés de blanc comme les filles, mais portent un chapeau conique décoré d'étoiles dorées ; d'autres se déguisent en « tomtenissar », portant des lanternes, et d'autres encore peuvent se déguiser en bonhomme de pain d'épices (« Pepparkaksgubb »). Ils participent aux chants et ont un chant ou deux pour eux-mêmes, le plus souvent Staffan Stalledräng, qui raconte l'histoire d'Étienne s'occupant de ses cinq chevaux.

Brioches au safran de Sainte Lucie (« lussekatt »)

On mange traditionnellement des brioches au safran[2] (« lussekatt » ou « lussebulle »).

Bien que la Sainte-Lucie ne soit pas un jour férié officiel en Suède, c'est une fête très aimée des Suédois. Le soir et la nuit peuvent être très bruyants, les lycéens en particulier profitant de l'occasion de faire la fête. Aux universités les étudiants tiennent de grands dîners formels, leur dernière chance de ce faire avant que la plupart ne partent retourner en famille pour Noël.

Les paroles suédoises de la chanson napolitaine Santa Lucia sont traditionnellement soit « Natten går tunga fjät » (« La Nuit marche à pas lourds »), ou « Sankta Lucia, ljusklara hägring » (« Sainte Lucie, brillante illusion »). Il existe également une version moderne à paroles plus faciles, pour les enfants : « Ute är mörkt och kallt » (« Dehors il fait noir et froid »).

Danemark[modifier | modifier le code]

Lucia au Danemark, 2005

Au Danemark la Sainte-Lucie, appelée « Luciadag », est célébrée pour la première fois le 13 décembre 1944. La tradition fut directement importée de la Suède par Franz Wend, secrétaire de Föreningen Norden, dans un essai « d'apporter de la lumière en ces temps noirs ». C'était implicitement un acte de protestation passive contre l'occupation du pays par les troupes allemandes nazies, mais la tradition continua au-delà de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quoique la tradition fut importée de la Suède, au Danemark elle diffère en étant beaucoup plus centrée sur la religion ; les processions et célébrations se font au sein de l'église locale en conjonction avec Noël. Les écoles et les maternelles fêtent également le jour, mais l'impact de Lucia sur le reste de la société danoise est minime.

Quoique pas très répandu encore, il existe plusieurs traditions particulièrement danoises : la nuit précédente on allume des bougies en éteignant toute lumière électrique, et le dimanche le plus proche du 13 décembre les Danois vont à l'église.

Les versions danoises de la chanson napolitaine reflètent clairement les liens plus étroits avec le Christianisme dans ce pays. « Sankta Lucia » de Holger Lissners, datant de 1982, est la version la plus connue.

En Italie[modifier | modifier le code]

Lucie est la sainte patronne de Syracuse (Sicile), sa ville natale. La célébration principale se déroule le 13 décembre, mais aussi en mai. En Sicile et parmi la diaspora sicilienne on mange du cucciá pour rappeler du miracle où Lucie écarta la famine.

Sainte Lucie est également populaire parmi les enfants du nord-est de l'Italie, particulièrement Trente, Lombardie orientale (Bergame, Brescia, Crémone, Mantoue), Vénétie (Vérone), et Émilie-Romagne (Parme, Plaisance et Reggio d'Émilie). Elle donne des cadeaux aux enfants sages et du charbon aux méchants. Les enfants lui laissent quelque chose à manger (un sandwich ou tout ce qu'ils auraient sous la main), ainsi que pour son âne volant qui l'aide à distribuer ses cadeaux. Ils ne doivent pas voir la sainte, qui leur jettera des cendres aux yeux s'ils essaient.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis l'Église évangélique luthérienne en Amérique, à la tête de centaines de congrégations scandinaves et allemandes, commémore sainte Lucie le 13 décembre avec cérémonies où on se pare de rouge. Le dimanche le plus proche du 13 est réservé aux processions traditionnelles scandinaves.

En France[modifier | modifier le code]

En France, Lucie de Syracuse est généralement peu connue, hors quelques régions comme la Corse. La ville de Montbéliard, tous les ans, fête cette Sainte lors du traditionnel défilé des Lumières, le 13 décembre. Dans la ville de Lyon, la Fête des lumières le 8 décembre est dédiée à la Vierge Marie (Immaculée Conception) et non à sainte Lucie.

En Alsace, la célébration de la fête de sainte Lucie qui avait lieu le 23 décembre avant la réforme du calendrier grégorien en 1582, a probablement entrainé son incorporation dans le folklore de Noël à travers le personnage du Christkindel. Deux personnages accompagnent la visite du Saint Nicolas : le Père Fouettard (Hans Trapp, qui selon la légende représenterait le chevalier Hans von Trotha) qui fait la liste des mauvaises actions passées de l'enfant, et le Christkindel, une femme vêtue de blanc et qui porte une chandelle, qui liste les bonnes actions de l'enfant. Les deux débattent afin de décider si l'enfant est puni ou récompensé par des cadeaux. Le personnage du Christkindel est à l'origine du nom alsacien du Christkindelsmärik, le marché de Noël de Strasbourg.

En Hongrie[modifier | modifier le code]

Il existait en Hongrie, en plus de la sainte, une figure féminine mauvaise, jeteuse de sorts, une sorcière de l'ancienne mythologie hongroise associée à ce jour de la lumière renaissante, la Luca-asszony (« dame Lucie », nom ancien différent du prénom moderne Lúcia). C'est ainsi que ce jour est connu en Hongrie comme le jour de l'année lié au plus grand nombre de superstitions et sortilèges.

  • Selon la croyance ancienne, les jeunes filles et les femmes ne pouvaient pas travailler ce jour-là, et risquaient d'être victime des sorts si elles violaient cette interdiction.
  • Le blé de la Sainte-Lucie (Luca-búza) : les femmes faisaient germer près du four, sur de larges plats, des grains de blé qui verdissaient autour de Noël, et on en déduisait la récolte de l'année suivante. Plus tard cette habitude s'est mélangée d'un élément chrétien : l'autel de la messe de Noël était décoré de ce blé de la Sainte-Lucie.
  • Le calendrier de la Sainte-Lucie (Luca-naptár) : on surveillait le temps qu'il faisait pendant les 12 jours de la Sainte-Lucie à Noël, car on pensait que chaque jour indiquait le temps d'un mois de l'année suivante.
  • En Transdanubie méridionale, les petits garçons faisaient le tour des maisons pour réciter, agenouillés sur de la paille ou du bois volés, leurs souhaits de bonne récolte et d'accroissement du cheptel, dont le premier vers, kity-koty-kity-koty ([kickockickoc]), imitait les poules (kotyolás). La maîtresse de maison leur jetait de l'eau et du maïs, donnés ensuite aux poules. Les jeunes garçons aussi faisaient de même mais masqués (alakoskodás), menés par celui qui avait le masque de la sorcière Luca-asszony, et tout en récitant les vers nécessaires au sortilège de fécondité, ils devaient houspiller les poules pour qu'elles pondent bien.
  • La chaise de la Sainte-Lucie (Luca széke) : l'une des habitudes les plus connues aujourd'hui, à travers l'expression proverbiale « se faire aussi lentement que la chaise de la Sainte-Lucie » (lassan készül, mint Luca széke) ; cette chaise devait en effet être fabriquée en taillant les morceaux un peu chaque jour à partir du jour de la Sainte-Lucie, et en ne terminant que le soir de Noël. Selon certaines traditions, sa forme devait être celle d'un pentacle magique, et elle devait être faite de neuf sortes de bois précis. Elle permettait de reconnaître qui jetait des sorts[3]. On pouvait ainsi rechercher les sorcières à la messe de minuit, debout sur la chaise apportée en cachette en morceaux et assemblée au fond de l'église[4].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Référence[modifier | modifier le code]

  1. le 1er janvier étant le premier jour où il se lève plus tôt que la veille
  2. Cuisines des terroirs : la Suède, sur le site de la chaîne Arte.
  3. (hu) Endre Szoboszlai, « Luca nap, avagy karácsony előtti népszokások », sur Csillagászattörténet [« Histoire de l'astronomie »], Association astronomique hongroise,‎ 1er décembre 2005 [« La Sainte-Lucie, les traditions d'avant la Noël »]
  4. (hu) János Bocz, « Készül a dombóvári Luca-szék »,‎ 11 décembre 2008 [« Fabrication de la chaise de la Sainte-Lucie à Dombóvár »]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • La Sainte-Lucie
  • (sv) Lucia ; Nordisk familjebok ; 1912
  • (en) Stig A. Eriksson ; Christmas traditions and performance rituals: a look at Christmas celebrations in a Nordic context ; Applied Theater Researcher No. 3. 6/3 ; 2002
  • (no) J. Nygaard ; Teatrets historie i Europa ; volume 1 ; Oslo ; Spillerom ; 1992
  • (no) O. Bø ; Vår norske jul ; Oslo ; Samlaget ; 1993
  • (no) NRK radio ; Språkteigen ; décembre 2002

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]