Lucie de Syracuse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sainte Lucie.
Lucía de Siracusa par Domenico Beccafumi.

Lucie de Syracuse ou Sainte Lucie, vierge et martyre dont le nom est illustre dans l'histoire de l'Église sicilienne, était issue d'une noble et très riche famille de Syracuse. Elle a souffert le martyre au début du IVe siècle, lors des persécutions de Dioclétien. Certains la font mourir en 303, d'autres en 304 ou même en 310.

Sainte Lucie figure d'ailleurs parmi les vierges martyres représentées sur les mosaïques de la Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne. Son nom figure toujours dans la liste des saints et des saintes de la Prière Eucharistique n° 1 de la liturgie romaine, dans la litanie des Saints, et dans la litanie des agonisants, de plus une commémoration lui était dédiée le 16 septembre. Le poète Dante, qui lui vouait une intense dévotion, la mentionne à plusieurs reprises dans sa Divine Comédie et la figure assise dans le Paradis juste à côté de saint Jean l'Evangéliste.

Fête : 13 décembre.

Nom[modifier | modifier le code]

Son nom est un dérivé du latin lux (lumière). Elle est également appelée Luce. Jacques de Voragine situe sa fête, dans La Légende dorée, juste avant celle de saint Thomas, soit à peu de choses près lors du solstice d'hiver. D'où le dicton disant qu'« à la sainte Luce, les jours croissent du saut d'une puce ». D'où aussi les nombreuses fêtes de la lumière auxquelles elle est associée en Europe du Nord, notamment en Scandinavie (et particulièrement en Suède). L'explication du dicton est assez simple, bien qu'il paraisse faux à première vue. Il est probable que la raison provienne du passage du calendrier julien au grégorien qui eut lieu en France le 9 décembre 1582. Le 13 décembre dans le julien correspond à notre époque au 26 décembre, date à laquelle la durée du jour commence à augmenter effectivement. Elle représente pour certains la sainte Lumière qui protège la vue comme les yeux.

Histoire[modifier | modifier le code]

Martyr : gorge tranchée (Chroniques de Nuremberg).

Les sources officielles reconnues par l'Église concernant sa vie sont par excellence le Bréviaire et le Martyrologe romain. Le récit de son existence est pour l'essentiel compilé à partir des sources anciennes dans La Légende dorée, de Jacques de Voragine[1]. Les Bollandistes, Dom Ruinart, Baillet, Tillemont, Fleury, Alban Butler traduit par l'abbé Godescard, Mesengui et Gouget, Les Vies des saints d'après le Missel et le Martyrologe romain, publiées avec approbation (1857) de Mgr Pie, évêque de Poitiers, donnent également le récit de la vie et du martyre de sainte Lucie.

L'Église enseigne donc que Lucie vivait à Syracuse avec sa mère Eutychie. Elle vénérait depuis son enfance le Christ et la vierge martyre sicilienne sainte Agathe. Sa mère souffrait d'une inflammation des entrailles et de pertes de sang, sans guérison depuis quatre ans. Lucie décida un jour de conduire celle-ci devant le tombeau d'Agathe, à Catane, et de lui demander la guérison. Sainte Agathe apparut la nuit suivante à Lucie et lui déclara : « Vierge Lucie, ma sœur, pourquoi viens-tu me demander ce que tu pourras bientôt accorder toi-même à ta mère ? Comme j'ai été établie gardienne de la ville de Catane, tu seras établie gardienne de la ville de Syracuse. ». Le lendemain, Eutychie recouvra la santé. À la suite de cette guérison, Lucie demanda à sa mère la permission de distribuer aux pauvres tout ce qui lui revenait de l'héritage de son père, ce qu'Eutychie accorda. Toutes deux se mirent alors à donner chaque jour aux pauvres tout ce qu'elles possédaient. De plus, Lucie annonça à sa mère qu'elle avait depuis l'enfance fait secrètement le vœu d'une virginité perpétuelle.

Mais avant d'avoir appris le vœu de chasteté de sa fille, Eutychie avait promis Lucie à un jeune homme. Il entra dans une violente colère quand il apprit que sa fiancée voulait rester vierge et qu'elle vendait toute la fortune qu'il avait convoitée, pour la distribuer aux malheureux. Il alla donc dénoncer sa fiancée au consul Pascasius, comme ennemie des divinités de l'Empire. La persécution de Dioclétien faisait alors rage et le juge accueillit avec joie cette dénonciation.

Lucie fut alors sommée de renoncer à sa foi chrétienne. Devant le refus de la jeune vierge, le consul lui déclara :

« Tu changeras de langage, lorsque tu seras torturée.
— Mon langage ne changera pas, répondit Lucie, le Seigneur lui-même a fait cette recommandation aux serviteurs de Dieu : "Quand vous serez devant les rois et les juges, ne vous mettez pas en peine de ce que vous devrez dire ; ce n'est point vous qui parlerez, mais le Saint-Esprit qui est en vous."
— Le Saint-Esprit est donc en toi ?
— Oui, répondit Lucie, ceux qui vivent dans la piété et la chasteté sont les temples du Saint-Esprit.
— Eh bien, s'exclama alors Pascasius, je vais te faire conduire dans un lieu de débauche, afin que ta virginité perdue, le Saint-Esprit ne trouve plus d'asile dans son propre temple et t'abandonne…
— Si vous me faites violer, ma chasteté n'en sera que doublement récompensée dans le ciel. »

Irrité de ce courage, Pascasius donne l'ordre de traîner Lucie dans un lupanar afin de la faire violer par des débauchés. Mais le Saint-Esprit intervient, et rend le corps de Lucie parfaitement immobile et intransportable. Même avec un attelage de mille hommes et mille paires de bœufs, on ne peut la déplacer. Pris de fureur, Pascasius fait alors verser sur elle de la poix, de la résine et de l'huile bouillantes, puis la fait entourer d'un bûcher auquel on met le feu. Mais les flammes ne lui font rien et elle continue à chanter dans le feu les louanges du Christ. Alors on lui enfonce une épée dans la gorge, mais elle ne meurt pas tout de suite. Un prêtre vient lui porter la communion, après quoi seulement elle rend l'âme.

D'autres sources précisent qu'on lui aurait arraché les yeux, ou encore que, pour toute réponse à son fiancé qui menaçait de la dénoncer, elle se les soit arrachés elle-même, et les lui ait envoyés dans une boîte. À la suite de quoi, la Vierge serait venue lui en apporter de plus beaux encore. C'est la raison pour laquelle elle est fréquemment invoquée pour guérir les maladies oculaires, et représentée par les peintres portant ses yeux sur un plateau ou dans une coupe. D'autres ont cependant recours à elle contre les maux de gorge.

Reliques de sainte Lucie dans l'église San Geremia de Venise

Les reliques de sainte Lucie, après avoir été transportées à Constantinople par les Byzantins, sont depuis la chute de la ville, à Venise, dans l'église San Geremia. Quelques fragments ont été rapportés à Syracuse.

Le culte de sainte Lucie s’est également développé à Metz après qu’une partie de ses reliques fut rapportée en l’église Saint-Vincent.

Iconographie[modifier | modifier le code]

L'iconographie de Lucie provient de ce que la tradition retient des circonstances de son martyre. La plus ancienne représentation est une mosaïque à Ravenne du VIe siècle, consacrée aux vierges, où elle figure sans attributs.

Les représentations de son jugement et de son immobilisation par le Saint-Esprit sont nombreuses (exemple le retable de Sainte Lucie de Lorenzo Lotto).

Le motif des yeux portés sur un plateau n'apparaît pas avant le XIVe siècle, période à laquelle les malvoyants l'invoquent pour retrouver la vue. Par exemple, l'œuvre de Pietro Lorenzetti dans l'église Santa Lucia Frole Rovinate à Florence. Au XVIIe siècle, Francisco de Zurbarán la représente porteuse d'une palme et d'un plateau avec une paire d'yeux (Chartres).

L'opercule du coquillage nommé le Turbo Rugueux que l'on trouve sur les rivages méditerranéens symbolise les yeux de sainte Lucie. En porter un, éloigne, dit-on, le mauvais œil et favorise la chance. En Corse également, l'œil de s ainte Lucie est considéré comme un porte bonheur.

Patronage[modifier | modifier le code]

Sainte Lucie de Syracuse est invoquée contre les maladies des yeux et les hémorragies. Elle est la patronne des aveugles, des électriciens et des oculistes.

L'île de Sainte-Lucie, dans les Caraïbes, a été nommée ainsi en son honneur.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Noël, Vie de Sainte Lucie vierge et martyre de Syracuse, suivie de l’histoire de son culte et de sa translation à Metz, Rousseau–Pallez, Metz, 1869, XIV-126 p.
  • George Goyau, Sainte Lucie, Paris, Laurens,‎ 1924, 64 p. (lire en ligne)
  • J.B. Pelt, « Le culte de sainte Lucie à Metz », A.M.I., 1934, pp. 21-29.
  • Pierre-Édouard Wagner, Culte et reliques de sainte Lucie à Saint-Vincent de Metz, Académie nationale de Metz, 2002, 24 p (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques de Voragine, La Légende dorée, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2004, publication sous la direction d'Alain Boureau, chapitre 4, p. 37-40. Voir aussi Jacques de Voragine (trad. Téodor de Wyzewa), La légende dorée, Paris, Perrin,‎ 1910 (lire en ligne), p. 27ss.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Les Siciliens fêtent la Sainte-Lucie avec un plat typique : la Cuccìa

Lien externe[modifier | modifier le code]