Rue de Berri

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8e arrt
Rue de Berri
Situation
Arrondissement 8e arrondissement
Quartier Faubourg-du-Roule
Début 92 avenue des Champs-Élysées
Fin 163 boulevard Haussmann
Morphologie
Longueur 548 m
Largeur 12 m
Historique
Création v. 1778
Dénomination 1852
Ancien(s) nom(s) Chemin de Chaillot au Roule ; Ruelle de Chaillot ; Ruelle de l'Oratoire ; Rue Neuve-de-Berri (1778) ; Rue de la Fraternité (1848)
Géocodification
Ville de Paris 0907
DGI 0904

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Rue de Berri

48° 52′ 23″ N 2° 18′ 18″ E / 48.872944, 2.305101

Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry. Miniature de Jean-Baptiste-Jacques Augustin.

La rue de Berri est une voie du 8e arrondissement de Paris. Elle commence no 92, avenue des Champs-Élysées et se termine no 163, boulevard Haussmann.

Histoire[modifier | modifier le code]

À partir de 1640, l'espace compris aujourd'hui entre les rues du Colisée et de Berri, l'avenue des Champs-Élysées et la rue du Faubourg-Saint-Honoré fut occupé par la pépinière royale, qui fournissait les résidences royales en arbres, arbustes et fleurs. Elle fut désaffectée sous la Régence pour faire place à une opération de lotissement projetée par John Law autour d'un nouvel hôtel des Monnaies. Le terrain fut affecté à Regnard, directeur de la Monnaie, mais le projet resta sans suite[1].

Le terrain de la pépinière devint en 1755 la propriété du comte de Saint-Florentin, Secrétaire d'État à la maison du Roi, qui le céda en 1764 à sa maîtresse, la comtesse de Langeac (1725-1778). Celle-ci le vendit en 1772 au comte d'Artois, frère cadet de Louis XVI, qui voulait y réaliser une vaste opération immobilière. En application de lettres patentes du 4 avril 1778, il fit ouvrir les rues de Ponthieu, d'Angoulême (partie de l'actuelle rue La Boétie) et Neuve-de-Berri. Les deux dernières rues citées furent nommées en l'honneur des fils du comte d'Artois : le duc d'Angoulême (1775-1844) et le duc de Berry (1778-1820).

La rue de Berri suivait le tracé d'un ancien chemin conduisant de Chaillot au Roule, mentionné dès 1672 sur le plan de Jouvin de Rochefort. On l'appela ensuite ruelle de Chaillot, ou encore ruelle de l'Oratoire parce qu'elle longeait le jardin des Oratoriens[2]. En 1778, le chemin fut pavé et élargi. La rue devint rue de la Fraternité en 1848 avant de prendre sa dénomination actuelle en 1852.

La rue de Berri n'allait à l'origine que jusqu'à la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Elle fut prolongée en 1864 jusqu'au boulevard Haussmann.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire[modifier | modifier le code]

  • no 3 : Hôtel particulier dans lequel, à la Belle Époque, Isabelle Davesne tenait un cabinet de voyance réputé et ne répugnait pas non plus à s'entremettre pour arranger des mariages[3].
  • no 7 : En 1889, le riche héritier d'une famille de planteurs anglo-cubains, Santiago Drake del Castillo, déjà propriétaire d'un hôtel particulier sur les Champs-Élysées (V. no 2, rue Balzac) et du château de Candé, acheta une partie du parc de la propriété du prince et de la princesse de Hénin (située no 20 rue Washington) pour y faire construire un nouvel hôtel particulier. Celui-ci fut racheté à ses héritiers en 1925 par l'hôtelier suisse Émile Wolf qui transforma la demeure en hôtel de voyageurs, l’Hôtel Lancaster, où Marlène Dietrich résida pendant trois ans.
  • no 12 : La célèbre comédienne Réjane (1856-1920) prit un appartement dans cet immeuble après avoir habité no 25, avenue d'Antin. La romancière féministre Gabrielle Réval (1870-1938) était sa voisine dans le même immeuble. Elle était à la fois la tante et l’épouse de Fernand Fleuret, l’érudit ami d’Apollinaire.
  • no 40 : Le compositeur Paul Vidal (1863-1931), Premier Grand Prix de Rome en 1883, habita dans cet immeuble.
  • no 48 : Immeuble où habita, autour de 1900, le comte de Schoenborn, « musicien de talent, délicat interprète de Schumann et compositeur sous le nom de Max Gus », selon André Becq de Fouquières[4].

Bâtiments détruits[modifier | modifier le code]

Le consulat général de Colombie occupe un étage du 12 rue de Berri
  • no 13 : L'hôtel particulier qui se dressait à cet emplacement au début du XXe siècle était la résidence d'un original fortuné, un peu mythomane, qui se faisait appeler Albert de Préverenges et se disait le fils naturel de l'actrice Cécile Sorel et de l'érudit et collectionneur Fernand de Mély (1852-1935)[7].
  • no 16 : À abrité une maison d'éducation dénommée Institution Sainte-Marie[15].
  • no 20[17] : Hôtel construit en 1781 pour Mme de Montesson (1738-1806), épouse morganatique du duc d'Orléans, Louis-Philippe « le Gros ». Elle le mit à la disposition de sa nièce, Mme de Genlis, lorsque celle-ci fut chargée de l'éducation des enfants du duc d'Orléans, futur Philippe-Égalité. L'hôtel fut ensuite habité par la petite-fille de Mme de Genlis, Rose de Valence, épouse du maréchal Gérard[18]. Il fut acquis par Auguste de Gramont (1820-1877), duc de Lesparre, et par la duchesse née Marie Sophie de Ségur (1824-1903), qui y vécurent avec leur gendre et leur fille, le vicomte Frédéric des Acres de L'Aigle (1839-1886) et sa femme née Marie de Gramont (1845-1918). Les Lesparre vendirent l'hôtel, pour une somme raisonnable, à la princesse Mathilde qui s'y installa en 1871 et y tint un célèbre salon. C'est là qu'elle mourut en 1904. Selon Boni de Castellane : « Sa maison de la rue de Berri, tapissée de peluche et meublée à la mode napoléonienne, était hideuse. » La biographe de la princesse Mathilde, Marguerite Castillon du Perron, note que : « L'ambition de la princesse, rue de Berri, fut de continuer la rue de Courcelles. On revit les coussins bariolés, les froufrous, les franges à glands, les potiches et les soies anciennes, les lampes de Chine qui avaient donné à son ameublement un caractère disparate. Comme aux beaux jours de 1868, on trouvait, après avoir traversé un premier salon où étaient réunis les bustes des Bonaparte, la princesse dans le second petit salon, devant son propre buste modelé par Carpeaux. Auprès d'elle se tenaient le général Chauchart [...], la générale Espinasse, Mme de Galbois, Pauline Zeller et Marie Abattucci. Assise sur un canapé bas, jonché de coussins de couleurs vives, elle fourrageait dans sa corbeille à tapisserie, feuilletait un livre. Une lampe de céladon éclairait une table ronde, recouverte de soie rouge, parsemée de revues, de flacons et de bibelots de toute sorte. Des tableaux en grand nombre donnaient à la pièce le même aspect d'intimité restreinte qu'autrefois dans un cadre plus vaste. Sur la cheminée de marbre blanc tournaient les aiguilles dorées d'un cartel Louis XVI. Ces deux pièces, tendues d'une soie cramoisie, préludaient au déploiement de rouge et d'or du grand salon ouvert chaque dimanche. Là, Mathilde avait regroupé les plus belles d'entre ses toiles : les Guardi lumineux, des Tiepolo, une tête farouche de l'école espagnole, un portrait de femme de Reynolds, un ravissant Danloux. Les portes de cette pièce s'ouvraient sur une serre construite sur l'emplacement du jardin de l'hôtel au milieu de laquelle s'élevait un groupe de palmiers entourant le buste de bronze de Napoléon Ier par Chaudet. De part et d'autre, des groupes de meubles capitonnés et des chaises dorées séparaient la pièce en six petites alcôves propices aux entretiens. C'était confortable et laid. Sur l'un des murs, la grande œuvre de Victor Giraud, une toile de sept mètres de long, le Charmeur de serpents, cherchait à dépayser les invités. La serre communiquait avec une salle à manger, prise elle aussi sur le jardin, car décidément l'hôtel était trop petit pour que la princesse pût y recevoir. Tous ceux qui ont été rue de Berri gardent le souvenir d'un impressionnante statuette en argent représentant Bonaparte à Brienne, qui s'élevait au milieu de feuillages, face à l'entrée de cette pièce. Les murs étaient entièrement garnis de tapisseries d'après des cartons de Jules Romain et de Jean d'Udine. Un aigle de bronze déployait ses ailes au milieu de la table. Le service était de Sèvres et la vaisselle de vermeil pour les grands dîners. »[19] De 1905 à 1936, l'hôtel abrita la légation de Belgique avant que celle-ci, devenue ambassade, ne s'installe rue de Surène. Mme Leghait, épouse du ministre de Belgique à Paris, y donna de brillantes réceptions[20]. L'hôtel fut ensuite remanié et défiguré avant d'être rasé, avec les maisons des no 18 et 22, et de céder la place à un ensemble de bureaux.
  • no 21 : Chapelle américaine Saint-Honoré, construite en 1849.
  • no 22 : Hôtel de la baronne de Berckheim[21].
  • no 24 : La princesse Mathilde habita brièvement à cette adresse avant de s'installer définitivement au no 20.
  • no 25 : Hôtel de la famille Riant. Au rez-de-chaussée se trouvait la galerie Wildenstein.
  • no 29 : Anciennement hôtel du marquis Alejandro de Casa-Riera, aristocrate espagnol très fortuné, qui y reçut la reine Isabelle II d'Espagne lorsque celle-ci dut s'exiler en France. Le peintre Pierre-Victor Galland (1822-1892) réalisa une partie de son décor notamment deux plafonds et une importante voussure. Le jardin, très vaste, s'étendait jusqu'à la rue d'Artois et la rue Washington. En 1904, un certain Pierre Riera, simple forgeron catalan, accusa le marquis de Casa-Riera d’usurpation d’état civil et revendiqua son énorme fortune, estimée à 150 à 180 millions de francs-or. La presse s'empara de l'affaire. On prétendit que M. de Casa-Riera n’était autre que le fameux et mythique Crawford de l’Affaire Humbert. « Déjà, écrit André Becq de Fouquières, nombre de ceux qui avaient défilé dans la grande loge entre colonnes du marquis à l’Opéra, nombre de familiers de la rue de Berri, se tenaient sur la réserve... Et puis le roman-feuilleton bien compliqué et aux rebondissements bien agencés s’effondra. La conspiration avait échoué. Le grand seigneur espagnol était le marquis de Casa-Riera comme devant. Il ne s’était pas troublé pour autant et, même lorsque le scandale menaçait son honneur, il n’avait rien perdu de son exquise urbanité. »[22] L'hôtel de Casa-Riera fut démoli après 1910 et loti.
  • no 30 : Anciennement hôtel de la marquise de Chaponay, née Constance Schneider (1865-1935). Après elle, il fut la résidence de ses filles, Mlle de Chaponay et Constance Zélie Eudoxie Marie Nicole de Chaponay (1890-1975), duchesse de Lévis-Mirepoix par son mariage avec le duc de Lévis-Mirepoix (1884-1981), membre de l'Académie française. Cette dernière organisait des bals rue de Berri pour les œuvres sociales de la noblesse française. L'hôtel existait encore en 1953[4].

Divers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une nouvelle pépinière fut créée en 1720 au nord du Grand Égout, dans un rectangle délimité par les actuelles rues de Courcelles à l'ouest et La Boétie (alors chemin de la Pépinière à la Pologne) à l'est, l'angle nord-est de ce rectangle se situant à peu près au niveau de l'actuelle place Saint-Augustin. Cette seconde pépinière fut supprimée en 1826. V. rue de la Pépinière.
  2. qui se trouvait entre les actuelles rue de Berri et rue Washington
  3. a et b Source : Rue de Berri sur le site Mon village : le faubourg du Roule et ses environs (consulté le 31 janvier 2009)
  4. a et b Becq de Fouquières, Op. cit., p. 54
  5. frère d'Antoine Joseph Santerre
  6. Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 316-318, citant quelques anecdotes.
  7. a et b Source : Rue de Berri sur le site Mon village : le faubourg du Roule et ses environs (consulté le 1er février 2009)
  8. Source : Gérard Rousset-Charny, in : Rue du Faubourg-Saint-Honoré, coll. Paris et son patrimoine, Paris, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, 1994, p. 324
  9. Source : Félix de Rochegude, Op. cit., p. 35
  10. commune de l'Aube dont le nom s'orthographie aujourd'hui Essoyes
  11. no 5 selon Lefeuve
  12. Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 318. Le bâtiment a été gravé par Krafft et Ransonnette (façade principale, coupe sur la longueur de la grande Salle d'exercices, coupe de la maison ancienne, coupe sur la largeur de la grande Salle d'exercices).
  13. Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 318
  14. ibidem
  15. a et b Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 320
  16. alors no 4
  17. autrefois no 12, selon une hypothèse émise par Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 319. On note par ailleurs une hésitation des différentes sources entre le no 20 et le no 22.
  18. Charles Lefeuve, Op. cit., tome I, p. 319
  19. Marguerite Castillon du Perron, La Princesse Mathilde, Paris, Amiot Dumont, 1953, p. 227-228
  20. Becq de Fouquières, Op. cit., p. 49
  21. en 1910. Source : Rochegude, Op. cit., p. 35
  22. Becq de Fouquières, Op. cit., p. 53
  23. Source : Mémoires inédits de la comtesse de Genlis

Sources[modifier | modifier le code]