Louise Contat

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Contat.

Louise ContatContat aînée

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Louise Contat dans le rôle de Suzanne,
pastel anonyme attribué à Greuze (v. 1786).

Naissance 17 juin 1760
Paris
Décès 9 mars 1813
Paris
Activité principale Actrice
Lieux d'activité Paris, Comédie-Française
Années d'activité 1776-1809
Formation Conservatoire de Paris

Louise-Jeanne-Françoise Contat, dite Contat aînée, est une actrice française née le 17 juin 1760 à Paris où elle est morte le 9 mars 1813.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Jean-François Contat, soldat de la maréchaussée et marchand de bas privilégié dans le quartier des Halles et de Madeleine-Françoise Leroy, elle naît le 17 juin 1760 et baptisée le lendemain à la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle débuta à la Comédie-Française à seize ans le 3 février 1776 par le rôle d'Atalide dans Bajazet. Protégée par Madeleine-Angélique-Michelle Drouin dite Mme Préville, cliente de la mercerie de son père dont elle devint l'élève, la jeune fille « ne causa d'abord de sensation, dit-on, que par sa ravissante figure : ce dont le parterre, beaucoup plus exigeant alors que depuis, ne se contenta pas ». La Harpe a d'ailleurs dit à ce sujet : « Mlle Contat a débuté avec une charmante figure, mais pas de voix et peu de talent. »

Loin d'être découragée par l'échec qu'elle avait éprouvé dans Bajazet, elle se fit donner des cours de déclamation et redoubla d'efforts. On lui confia un nouveau rôle dans Zaïre, puis celui de Junie dans Britannicus. Reçue 171e sociétaire en 1777, la belle actrice était courtisée par le fils du ministre Maupeou qui, dit-on, avait fortement appuyé sa rapide réception à la Comédie française, malgré son « faible talent ». À la fin des années 1780, elle avait déjà son petit hôtel, qu'elle partageait avec sa sœur cadette Émilie, actrice comme elle, élevait deux enfants naturels de Maupeou et menait grand train. Toujours à court d'argent, la « Vénus aux belles fesses » – ainsi la nommait-on dans les nouvelles à la main –, se fit remarquer du comte d'Artois qui délaissa la duchesse de Guiche pour lui consacrer quelques semaines. Au mois de décembre 1780, on déclara la naissance d'un enfant, Charles-Louis Philippe, qui fut doté d'une pension de 8 000 livres au capital de 100 000 livres. L'intérêt que lui manifesta dès lors le frère du roi fut surtout bénéfique pour la carrière de l'actrice à qui on offrit enfin les rôles qu'elle convoitait.

Tout en se laissant guider par Mme Préville, comédienne expérimentée, Louise Contat, joua de sa physionomie piquante, et fit surtout valoir son naturel qui respirait la malice et la gaieté. Le premier rôle dans lequel elle se fit remarquer fut celui de Cécile, dans le Père de famille, mais c'est dans Le Vieux Garçon, de Dubuisson, 16 décembre 1782, dans les Courtisanes de Palissot, qu'elle obtint, pour la première fois, les applaudissements dont on n'avait guère été guère prodigue envers elle jusqu'à ce jour. Dans la première de ces deux pièces, on remarqua sa « sensibilité », et dans la seconde, on retint sa grâce et de sa finesse. Elle se fit particulièrement apprécier dans le rôle des ingénues, que lui procura la retraite de Mlle Doligny. Elle incarna à merveille La Coquette corrigée, rôle sur mesure, et où son jeu fit oublier les faiblesses de la pièce.

La consécration vint avec la création du rôle de « Suzanne », dans Le Mariage de Figaro. Lorsque le bruit s'était répandu dans les coulisses que Beaumarchais confierait ce rôle à Louise Contat, Mlle Faniez sa collègue avait proposé le 11 octobre 1781 sa propre candidature. Beaumarchais qui savait pouvoir compter sur l'appui du favori du comte d'Artois, le comte de Vaudreuil – qui avait donna lecture à Gennevilliers de cette pièce décriée –, fit preuve de diplomatie en annonçant qu'il confierait le rôle de Suzanne à la protégée du prince. Or le comte d'Artois était dans les meilleurs termes avec sa belle-sœur, Marie-Antoinette qui, véritablement, était la seule en état de fléchir Louis XVI alors défavorable à la représentation de cette pièce. Ce jeu d'influence, habituel à la cour et également dans les coulisses des théâtres royaux, auquel la duchesse de Polignac prit part elle aussi, eut raison des dernières hésitations du roi.

Cette circonstance fut fort heureuse pour Louise Contat dont la brillante réputation doit beaucoup au Mariage de Figaro. Elle fut, paraît-il, « remarquable de verve, de gaieté et d'entrain ». Jamais encore la Comédie-Française n'avait vu une soubrette si piquante et si délurée. « Impossible d'être plus délicieusement coquine, plus coquette, plus amoureuse, plus honnêtement rouée. » À l'issue de la première représentation, Préville, enchanté, vint embrasser l'élève de sa femme, en disant : « Voilà la première infidélité que je fais à Mlle Dangeville. »

La renommée de Louise Contat qui avait enfin conquis l'assurance qui lui manquait, s'accrut rapidement, et c'était, parmi les auteurs, à qui lui offrirait des rôles. Pendant vingt-quatre ans, sa carrière ne fut qu'une série de triomphes publics : pour se faire une idée de la qualité de son jeu, il fallait (selon les critiques du temps) l'avoir vue dans Julie du Dissipateur ; dans Mme de Volmar, du Mariage secret, et dans Mme Évrard, du Vieux Célibataire. Au fur et à mesure des années, Louise Contat remplit successivement les trois emplois consacrés des femmes de théâtre, les amoureuses, les grandes coquettes et les jeunes mères.

Ses succès l'avaient, dit-on, rendue vaniteuse et parfois désagréable. le dramaturge Alexandre Duval lui avait ainsi attribué le rôle de la duchesse d'Athol, dans son drame, Édouard en Écosse, et au cours d'une répétition, elle avait sciemment négligé les observations très justes de l'auteur, finissant par lui lancer ses papiers au visage et quitter la scène. Alexandre Duval reprit flegmatiquement son manuscrit au souffleur, et sortit du théâtre, emportant son œuvre. Pour finir, la comédienne dut s'excuser de son geste déplacé mais Duval, blessé dans son amour propre, rapporta son drame.

Louise Contat, à qui, en qualité de comédienne ordinaire du Roi, une pension était accordée sur le trésor royal, depuis14 janvier 1785, ne cessa pas d'être dévouée à l'Ancien Régime. En 1789, Marie-Antoinette ayant témoigné le désir de voir La Gouvernante[1], fit savoir qu'elle serait bien aise que cette actrice y remplît le rôle principal, qui n'était ni de son âge ni de son emploi. Afin de satisfaire la volonté de Marie-Antoinette, Louise Contat devait apprendre près de cinq cents vers. Elle promit de faire l'impossible et tint parole : « J'ignorais écrivait-elle à la personne qui lui avait transmis les ordres de la reine, où était le siège de la mémoire : je sais à présent qu'il est dans le cœur. » Pensée délicate et d'autant plus méritoire que déjà, à cette époque, il n'était pas sans quelque danger d'exprimer des sentiments de dévouement à la famille royale. Aussi cette lettre, publiée par ordre royal, faillit-elle devenir, plus tard, fatale à Louise Contat.

La Révolution renforça Louise Contat dans les principes qui avaient été ceux de toute fa vie. Elle prit résolument position contre la Révolution et contre les réformes, à commencer par celles initiées par Talma au Théâtre français. Hostile aux auteurs « libéraux », elle était entichée d'aristocratie, et avec les « Noirs », c'est-à-dire ses camarades royalistes Fleury, Dazincourt et Raucourt, elle se signala à l'attention publique par son mépris de la Révolution. Maîtresse d'Amalric de Narbonne, elle évoluait dans les salons monarchiens et intriguait contre ses camarades Talma, Mme Bellecourt, Mme Vestris et ceux qui prétendaient ouvrir le répertoire aux idées du jour. Quoique protégée par Fabre d'Eglantine et quelques auteurs républicains après le 10 août, elle fut une des premières victimes de la loi des suspects (17 septembre 1793). Visée à la suite de la représentation de la pièce Paméla, de François de Neufchâteau, qui avait déplu à Barère de Vieuzac qui y voyait une allusion à ses liens d'argent avec le duc d'Orléans – il était le tuteur pensionné de Mlle Paméla, fille naturelle du prince –, Contat et les « Noirs » du Théâtre de la nation furent envoyés les hommes aux Magdelonnettes, les femmes à Sainte-Pélagie. L'affaire des comédiens devait être instruite fin juin 1794, à la demande répétée de Barère et Vadier. Mais, au moment de le transmettre à Fouquier-Tinville, le Comité de sûreté générale se montra incapable de retrouver le dossier des comédiens. on dit que les pièces principales sur lesquelles devait se fonder l'accusation avait été retirées et détruites par un ancien acteur, La Bussière, qui occupait alors en effet une fonction subalterne à l'hôtel de Brionne, siège de la police politique.

S'attendant à être guillotinée, Louise Contat aurait composé ces vers qu'elle prévoyait de prononcer sur la charrette :

Je vais monter sur l'échafaud,
Ce n'est que changer de théâtre.
Vous pouvez, citoyen bourreau,
M'assassiner, mais non m'abattre.
Ainsi finit la Royauté,
La valeur, la grâce enfantine...
Le niveau de l'égalité,
C'est le fer de la guillotine.

Échappée, comme par miracle, à la guillotine, elle se réunit d'abord à quelques-uns de ses anciens camarades, placés sous la direction de Sageret. Lors de la reconstitution de la Comédie-Française en 1799, elle vint prendre rang dans la nouvelle troupe et retrouva ses succès d'autrefois. Bien qu'on lui ait reproché une préférence marquée pour le théâtre de Marivaux, elle prouva que Molière avait en elle une interprète à la hauteur de ses « immortelles conceptions ».

Depuis longtemps, après une carrière de trente-trois années, Louise Contat, interpréta des rôles d'un caractère plus grave, dans lesquels elle conserva son aisance naturelle et son amabilité. Sa représentation de retraite eut lieu, le 6 mars 1809, et se composa d'Othello et des Deux Pages. Elle y remplit le rôle de l'Hôtesse avec la grâce, la finesse et le talent qui l'avaient rendue chère au public. Tous ses camarades acteurs se firent un point d'honneur de figurer dans le cortège du roi, afin de rendre hommage à la femme célèbre qui allait s'éloigner : tant il est vrai, qu'au moment de la séparation définitive, toutes les mesquines rivalités de coulisses s'évanouirent pour ne faire place qu'au seul sentiment du regret.

Louise Contat était à peine âgée de cinquante ans lorsqu'elle quitta la scène, où elle s'était fait un nom parmi les plus éminents du théâtre, et laissait, ainsi que l'a dit Geoffroy : « la réputation d'une actrice pleine de finesse et d'agrément, qui avait porté au plus haut point l'art du débit et la magie du jeu théâtral. »

Le salon de Louise Contat, qui avait épousé, le 26 janvier 1809, le chevalier Paul-Marie-Claude de Forges de Parny, un neveu du poète élégiaque Évariste de Parny, avait pris de l'importance depuis le Directoire. À Ivry et à Paris, il devint bientôt le centre de la meilleure compagnie selon ceux qui le fréquentèrent. Appartenant à l'élite de la société du XVIIIe siècle, elle avait le goût de la mondanité, de l'esprit et un penchant naturel à l'ironie qui, selon un contemporain, « ne blessait pas, parce qu'elle était bonne et que sa raillerie ne dépassait jamais l'épiderme ».

Atteinte d'un cancer, elle ignora d'abord la nature de son mal que Corvisart, le médecin de Napoléon, lui dissimula. Venue à l'improviste chez Corvisart, on la fit attendre dans le cabinet où, sur le bureau, une lettre ouverte à Hallé, le célèbre confrère de Corvisart, indiquait l'état de sa malade. Elle apprit ainsi qu'elle avait encore quatre mois à vivre. Corvisart qui était entré, aperçut la lettre. Ne sachant si elle l'avait lue, il trouva la comédienne si enjouée, si maîtresse d'elle-même, qu'il fit comme si le mal dont elle souffrait n'était que passager, un rien dont elle serait remise avant peu. Et il lui prescrivit quelques calmantes potions, avant de la congédier, satisfait.

Sa contemporaine Sophie Gay a prétendu que, trois mois avant sa mort, « jamais Louise Contat ne fut plus gaie, ne parut plus heureuse, le soir, en son salon, au milieu de ses amis. Jamais avec une liberté d'esprit plus grande, elle ne présida à la conversation, lançant les mots piquants avec plus d'à-propos ». Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (20e division)[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. comédie en cinq actes et en vers, de La Chaussée, représentée pour la première fois le 18 janvier 1747, à la Comédie française
  2. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 222-223

Sources[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, L'Amour à Paris au temps de Louis XVI, Paris, Perrin, 2003. (ISBN ISBN[à vérifier : ISBN invalide] et 9782262017163)
  • Edmond Denis de Manne, Frédéric Hillemacher, Galerie historique des portraits des comédiens de la troupe de Voltaire, Lyon, N. Scheuring, 1861, p. 305-11.
  • Émile Gaboriau, Les Comédiennes adorées, Paris, E. Dentu, 1878, p. 179.
  • Gilbert Stenger, La Société française pendant le consulat, 4e série, Paris, Perrin et cie, 1905, p. 416.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :