Révolution blanche

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Le Shah distribuant des titres de propriété.

La Révolution Blanche (en persan : انقلاب سفید , Enghelab-e-Sefid) est une série de réformes à grande portée lancée en 1963 par le dernier Shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi.

Le Shah voulait que ces réformes soient une régénération non-violente de la société iranienne à travers des réformes économiques et sociales, avec pour objectif à long terme de transformer l'Iran en une puissance économique et industrielle mondiale. Le Shah introduisit des concepts économiques novateurs comme la redistribution des profits aux ouvriers et initia des projets d'industrie lourde financés par le gouvernement, ainsi que la nationalisation des forêts, des pâturages et des ressources en eau. Le plus important, cependant, était la réforme agraire qui fit perdre aux grands propriétaires terriens la plupart de leur influence et de leur pouvoir. Socialement, la Révolution Blanche accorda plus de droits aux femmes, permit le développement du corps médical, et injecta des fonds dans l'éducation, particulièrement dans les zones rurales.

Genèse de la révolution blanche[modifier | modifier le code]

Après la chute de Mossadegh en 1953, l'Iran connait une période de répression politique, puisque le Shah a gardé le pouvoir entre ses propres mains. Le Tudeh était déjà banni depuis quelques années, et il a fait de même avec le Front national et d'autres partis, s'est arrangé pour museler la presse et renforcer les pouvoirs de la SAVAK. Les élections à la Majles de 1954 et 1956 ont été observées de près. Le Shah nomma à partir de 1955 Hossein Ala' puis d'autres Premiers ministres qui étaient à ces ordres.

Les tentatives qui ont été faites pour le développement de l'économie de l'Iran et la réforme au niveau politique du pays n'ont pas été appropriées. L'augmentation des entrées d'argent dues au pétrole ont permis au gouvernement de lancer le second plan de développement (1955-1963) en 1956 : des grands projets industriels et d'agriculture sont lancés, mais la reprise économique après la période de nationalisation du pétrole se fait attendre. De plus, l'influx de cet argent pétrolier crée rapidement une inflation qui fait augmenter le mécontentement de la population ; mécontentement qui augmente à cause du manque de liberté politique.

Le Shah met fin à la loi martiale en 1957 (elle avait été mise en place en 1953 après la chute de Mossadegh) et ordonne la création d'un système politique bipartite : les partis Melliyan et Mardom sont créés à cette époque ; cependant, ils ne satisfont pas les demandes populaires de représentation politique plus étendue. Les élections législatives de 1960 ont dû être annulées par le Shah qui ne pouvait plus nier les accusations de fraudes électorales. Jafar Sharif-Emami, un loyaliste, est nommé Premier ministre ; mais son gouvernement tombera en mai 1961 à cause des conditions économiques qui se détériorent et des conditions politiques qui elles, ne s'améliorent pas.

Mise en place de la révolution blanche[modifier | modifier le code]

Répondant aux demandes internes de réformes et à la pression du président Kennedy, le Shah nomme Ali Amini Premier ministre. Amini, un riche propriétaire terrien ainsi qu'un membre de l'administration de longue date est connu pour être un partisan de la réforme. Il reçoit des pouvoirs spéciaux de la part de Mohammad Reza Shah afin de dissoudre le Parlement et de légiférer par décrets pendant six mois.

Amini décide alors de desserrer le contrôle de la presse, de réautoriser le Front national et d'autres partis politiques, et ordonne l'arrestation d'un certain nombre de membres de l'administration accusés de corruption. Le gouvernement met aussi en place le troisième Plan de développement (1962-1968) ainsi qu'un programme de réorganisation du service civil. Enfin, en janvier 1962 intervient la mesure la plus importante du gouvernement Amini : une réforme agraire.

Cependant, le gouvernement Amini a rencontré de nombreux problèmes. Tout d'abord, la façon indépendante d'agir du premier ministre est ressentie comme un défi à l'autorité royale. De plus, les mesures d'économies et d'assainissement budgétaire nécessaires qui avaient été décidées intensifient la récession et font augmenter le chômage. Cette récession cause de nombreux mécontentements dans les communautés du bazar, qui sont la base du commerce en Iran. Le Shah refusant de réduire le budget militaire et les États-Unis arrêtant leur soutien au gouvernement, Amini doit alors justifier un important déficit budgétaire. Ces problèmes le feront démissionner en juillet 1962.

Consolidation des acquis du gouvernement Amini : la Révolution Blanche[modifier | modifier le code]

Amini est remplacé par Asadollah Alam, à qui Mohammad Reza Shah accorde toute sa confiance. S'appuyant sur la confiance acquise auprès de tous par le programme de redistribution des terres, le Shah organise un référendum en janvier 1963 par lequel il soumet six mesures à l'approbation du peuple :

  • la réforme agraire ;
  • le partage des profits industriels par les ouvriers du secteur privé ;
  • la nationalisation des forêts et des pâturages ;
  • un amendement de la loi électorale permettant une représentation plus large des employés et des fermiers ;
  • la vente de certaines usines nationalisées afin de financer la réforme agraire ;
  • la création du Sepah-e Danesh, un nouveau corps regroupant les hommes et les femmes faisant leur service civil qui sont destinés à aller dans les villages pour alphabétiser la population.

Le Shah appelle cet ensemble de réformes la Révolution Blanche et annonce une majorité en faveur de ce programme de 99 %. En plus de ces réformes, il annonce également en février 1963 l'extension du droit de vote aux femmes.

Ces mesures donnent au gouvernement un soutien considérable parmi certains secteurs de la population, mais elles ne traitent pas dans l'immédiat des raisons qui sont à l'origine des tensions sociales. Les conditions économiques sont toujours aussi difficiles pour les classes les plus pauvres. De plus, de nombreux chefs religieux s'opposent au droit de vote accordé aux femmes, à la réforme agraire et à l'extension du pouvoir royal qu'implique la réforme (le clergé était depuis longtemps un très grand propriétaire terrien et possédait un pouvoir certain en Iran, en particulier sur le plan judiciaire).

En juin 1963, l'Ayatollah Sayyid Rouhollah Mousavi Khomeini, un dirigeant religieux de Qom, est arrêté après un discours dans lequel il attaquait directement le Shah ; s'ensuivent trois jours d'émeutes dans tout le pays, les plus violentes depuis la chute de Mossadegh une décennie auparavant. Le Shah réprime violemment ces émeutes et le gouvernement en apparence tout du moins semble triompher de ses opposants.

Mais le puissant clergé chiite est mécontent de voir que les réformes du Shah leur enlèvent la plupart de leurs pouvoirs traditionnels dans les domaines de l'éducation et des lois familiales, mais aussi que leur forte influence dans le milieu rural se trouve diminuée.

Bilan[modifier | modifier le code]

Bien que la Révolution Blanche ait contribué grandement à l'avancement économique et technologique de l'Iran, les ratés du programme de réforme agraire et le manque de réformes démocratiques, ainsi que l'opposition à la révolution blanche du clergé et des propriétaires terriens, contribueront à la chute du Shah pendant la révolution iranienne en 1979.

Sources et Bibliographie[modifier | modifier le code]

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