Révolution iranienne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Révolution islamique)
Aller à : navigation, rechercher

La Révolution iranienne est la révolution de 1979 qui a transformé l'Iran en république islamique, renversant l'État impérial d'Iran de la dynastie Pahlavi.

Éléments précurseurs de la révolution[modifier | modifier le code]

En 1953, Mohammad Reza Pahlavi reprend le pouvoir en Iran, douze ans après le départ de son père Reza Chah Pahlavi, forcé à abdiquer en 1941 par l'invasion des Britanniques et des Soviétiques. Après une période d'interrègne civil, un coup d'État, appuyé par une OP clandestine de la CIA et le MI6, l'Opération Ajax renverse le gouvernement de Mohammad Mossadegh. Pahlavi maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gouvernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la SAVAK, ce qui provoque des protestations en Iran et suscite la condamnation de nombreux membres de la communauté internationale.

Une forte opposition politique se forme dans de nombreuses franges de la société pendant le règne du shah. À cet égard, les figures religieuses ont une importance particulière au sein de l'opposition en Iran. Depuis la révolte des Tabacs en 1891, le clergé acquiert progressivement une influence politique autant que religieuse. Alors que cette opposition augmente, le shah réprime fortement les dissidents.

L'Ayatollah Khomeiny est un des leaders de l'opposition religieuse, qui proclame que le règne du shah est une tyrannie. Après l'arrestation de Khomeiny, puis son exil d'Iran en 1964, les émeutes menées par les partisans du clergé augmentent. Le shah choisit fréquemment de répondre à ces émeutes par la violence, arrêtant et tuant les manifestants. On ne sait pas aujourd'hui combien cette campagne de répression a causé de victimes. Le gouvernement Pahlavi donne le chiffre de 86, alors que les exilés iraniens l'estiment en milliers.

En 1963 et 1967, l'économie de l'Iran croît considérablement, grâce à une augmentation des prix du pétrole ainsi qu'aux exportations d'acier. Mais l'inflation augmente au même rythme.

Faisant face à une opposition grandissante des leaders religieux, rejoints par les propriétaires de petites entreprises en 1975, le shah tente un nouvel effort pour reprendre le contrôle de la société iranienne. Cet effort consiste à essayer de minimiser le rôle de l'Islam dans la vie de l'empire, en louant à la place les réalisations de la civilisation Perse pré-Islamique. En 1976, le début du calendrier solaire iranien est donc déplacé depuis l'Hégire à l'ascension au trône de Cyrus le Grand. Dans le même temps, les publications marxistes et musulmanes sont fortement censurées.

Le programme de réformes du shah est connu sous le nom de Révolution blanche. Ce programme abolit aussi le système agraire inégalitaire existant jusque là (ayant par exemple pour conséquences de diminuer la taille des propriétés du clergé, diminuant par là leurs revenus), et accorde le droit de vote aux femmes, auquel le clergé s'oppose parce qu'il y voit une conspiration pour faire éclater la famille.

Conditions pré-révolutionnaires en Iran[modifier | modifier le code]

La frange la plus pauvre de la population iranienne est aussi la plus religieuse et la plus opposée à l'impérialisme étranger. Les pauvres sont majoritairement ruraux, ou habitent dans des quartiers pauvres des grandes villes, particulièrement à Téhéran. Beaucoup d'entre eux souhaitent un retour au style de vie antérieur. De plus, les réformes du shah entamées pendant la Révolution blanche ne tiennent pas toutes leurs promesses ; la réforme agraire a des ratés et mécontente fortement le clergé chiite et les autres grands propriétaires terriens.

De plus, dans les années qui suivent sa restauration sur le trône en 1953, la position du shah devient périlleuse. Cela est dû dans une large mesure à ses relations étroites avec l'occident, aux réformes qui n'ont pas réussi pendant la Révolution blanche, à la corruption et à la nature autoritaire de son gouvernement, particulièrement à cause de sa police secrète connue sous le nom de SAVAK (remplacée après la révolution par la « VEVAK »). Une opposition nombreuse au régime du shah commence à se former, au sein de laquelle existe une opposition laïque et démocratique, composée de trois mouvements différents :

  • le Front National, composé de notables mossadeghistes et d'intellectuels libéraux urbains ;
  • l'extrême gauche urbaine (Organisation des moudjahiddines du peuple iranien), groupusculaire ;
  • le parti communiste iranien (Tudeh) qui avait une base au sein de la population ouvrière.

En octobre 1971, le shah organise la célébration du 2500e anniversaire de la fondation de l'Empire perse. Cette célébration se tient sur trois jours à Persépolis, avec plus de 600 invités étrangers. Les cérémonies en costumes d'époque achéménide sont grandioses, et les banquets qui les suivent mobilisent plus de 200 employés, spécialement venus de France à cette occasion. Une polémique dans la presse sur le coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah.

Premières protestations[modifier | modifier le code]

En 1977, à la suite de pressions du président des États-Unis Jimmy Carter (qui menace d'arrêter les livraisons d'armes) concernant les droits de l'homme et la liberté politique, plus de 300 prisonniers politiques sont libérés, la censure se relâche, et le système de justice est réformé. Carter fait surtout pression pour la liberté d'association, ce qui entraîne par la suite une multiplication des campagnes pour la liberté d'expression, de la part des intellectuels.

Ce début d'opposition est mené par Mehdi Bazargan et son « Mouvement pour la Liberté de l'Iran ». Ce groupe laïc, libéral, assez proche du Front National de l'Iran de Mohammad Mossadegh, connaît vite un soutien assez significatif en Iran et à l'étranger, notamment en Occident.

Ali Shariati est plus révolutionnaire : ce professeur et philosophe populaire et respecté cherche à obtenir la justice sociale et la démocratie à travers une interprétation moderne de l'Islam. Avant l'ascension de Khomeiny, Shariati est le plus célèbre opposant au shah. Son meurtre à Londres en 1977 contribue grandement à l'augmentation des tensions. Khomeiny devient alors la figure de proue de la révolution.

Le clergé se divise, certains s'alliant avec les libéraux laïcs, et d'autres avec les marxistes. Khomeiny, alors en exil en Irak, mène une petite faction de l'opposition qui se bat pour la fin du régime et l'établissement d'un état théocratique. Fin 1977, le fils de Khomeiny, Mostafa Khomeiny est retrouvé mort ; Khomeiny en blâme la police secrète du shah.

Les groupes d'opposants opèrent depuis l'extérieur de l'Iran, principalement depuis Londres, Paris, l'Irak et la Turquie. Les discours des leaders de ces groupes sont introduits clandestinement en Iran afin d'être diffusés à la population.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Face à la menace d'une révolution, le shah d'Iran cherche de l'aide auprès des États-Unis. L'Iran occupe alors une place stratégique de premier plan dans leur politique étrangère au Moyen-Orient. C'est un îlot de stabilité, et un tampon contre la pénétration soviétique dans la région. L'ambassadeur américain en Iran, William H. Sullivan se rappelle que le conseiller national à la sécurité, Zbigniew Brzezinski « assurait au shah que les États-Unis le soutenaient pleinement ».

Le 4 novembre 1978, Brzezinski appelle le shah pour lui signifier que les États-Unis le soutiendraient jusqu'au bout. Dans le même temps, certains officiels américains haut placés considèrent que le shah doit partir, sans considération pour son remplaçant. Zbigniew Brzezinski et le Secrétaire à l'Énergie James Schlesinger (ancien Secrétaire à la Défense sous la présidence de Gerald Ford), continuent à répéter que les États-Unis vont soutenir le shah militairement. Le soutien américain est donc apparemment total, cependant il n'ira pas aussi loin que lors du renversement de Mossadegh en 1953 que les États-Unis avaient organisé et financé dans l'Opération Ajax, alors même que le Shah était déjà en fuite.

Montée de la contestation[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1978, l'opposition au shah vient principalement de la classe moyenne urbaine, dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie constitutionnelle. Ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à rassembler de grandes masses contre le shah.

En janvier 1978, la presse officielle publie une rumeur destinée à faire du tort à Khomeiny. Des étudiants et des meneurs religieux protestent contre ces allégations dans la ville de Qom. L'armée est envoyée, dispersant les manifestants et tuant plusieurs étudiants.

D'après les coutumes chiites, un service religieux se tient en mémoire des morts après un deuil de 40 jours. Le 18 février, des groupes marchent donc dans nombre de villes en honneur aux morts, et en profitent pour manifester contre le régime du shah. Cette fois-ci la violence sévit à Tabriz, et plus de cent manifestants sont tués. Le cycle de deuil et de célébrations se répète, et à partir du 29 mars, de nouvelles protestations ont lieu dans le pays. Des hôtels de luxe et d'autres symboles du régime du shah sont détruits. Le cycle reprend le 10 mai.

Les dommages dus aux manifestations, en plus de l'inflation rampante, frappent de plein fouet l'économie iranienne. À cause de cela, le gouvernement impose des mesures d'austérité à l'été 1978 qui provoquent l'annulation de nombreux projets publics et le gel des salaires. Ces mesures aggravent le chômage et le ressentiment de la population. De plus en plus, la classe ouvrière se joint aux étudiants et à la classe moyenne contre le régime.

Chute du Shah[modifier | modifier le code]

En septembre, la nation se déstabilise rapidement ; les manifestations massives deviennent régulières. Le shah introduit la loi martiale, et interdit toute manifestation. Le vendredi 8 septembre, une manifestation massive a lieu à Téhéran. Défavorable à l'usage de la répression violente qui risque de dégénérer en bain de sang, le shah refuse dans un premier temps cette option proposée par les responsables de la SAVAK. Or, les forces de l'ordre ne disposent pas du matériel adapté (gaz lacrymogène, lances à eau, etc.) pour contrôler les débordements de foule, et il s'avère impossible de maîtriser les rassemblements de plusieurs millions d'individus autrement que par les armes. Le shah, dans une position délicate, accepte finalement que les soldats se déploient avec des tanks, des hélicoptères et des armes automatiques. Certains activistes armés profitent de la situation pour créer la confusion en tuant des centaines de manifestants supplémentaires, crimes attribués ensuite à la seule armée impériale. Ce jour reste connu sous le nom de Vendredi noir.

Le Vendredi noir contribue à réduire encore plus le soutien au shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à l'étranger. Une grève générale déclenchée en octobre paralyse l'économie, la plupart des industries étant fermées et les pétroliers étant bloqués dans le port d'Abadan.

Les protestations de 1978 atteignent leur paroxysme en décembre, pendant le mois saint de Muharram, un des mois importants pour les musulmans chiites. Des manifestants sont tués chaque jour, et chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur. Le 12 décembre, plus de deux millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du shah. Ce dernier, affaibli par la maladie et abandonné par les grandes puissances étrangères, vit retranché dans le palais de Niavaran. Face au chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de la SAVAK, le shah ordonne que l'armée cesse de tirer dans la foule. Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Shapour Bakhtiar au poste de Premier Ministre.

Pour calmer la situation, Shapour Bakhtiar demande au shah de quitter l'Iran pour une durée indéterminée. Le 16 janvier 1979, parti en hélicoptère du Palais de Niavaran, le couple impérial arrive à l'aéroport militaire, où les attendent leurs derniers collaborateurs et officiers restés fidèles. L'avion doit s'envoler à destination de l'Égypte où le président Sadate attend les souverains déchus. Quelques semaines plus tard, le shah et l'impératrice Farah partent pour le Maroc, puis peu après pour le continent américain. L'errance se poursuit aux Bahamas, à Panama, au Mexique, dans un hôpital de New York et sur une base militaire du Texas. La présence du shah aux États-Unis sert de prétexte pour la prise d'otage de l'ambassade américaine de Téhéran. Réclamé par Téhéran pour être jugé (et probablement exécuté, comme la plupart de ses anciens collaborateurs) le shah est de nouveau accueilli par l'Égypte où il subit une nouvelle et ultime intervention chirurgicale. Il meurt peu après.

Entre temps, Shapour Bakhtiar tente de rétablir la situation. Il ordonne la dissolution de la SAVAK et la libération des prisonniers politiques. L'ayatollah Khomeiny, depuis son exil de Neauphle-le-Château, est celui qui appelle depuis longtemps à mener la grève générale. Shapour Bakhtiar croit pouvoir encore gagner le soutien des partisans de Khomeiny, et donc rester au pouvoir. Cependant, les discussions afin de trouver un compromis avec l'Ayatollah n'aboutissent pas et Khomeiny délivre un message à ses partisans après la manifestation à Arba'in leur promettant d'être bientôt avec eux en Iran. L'aéroport de Téhéran demeure fermé plusieurs jours à cause de manifestations et de blocages organisés par l'opposition. Ce laps de temps permet aux partisans de s'organiser pour préparer la venue de Khomeiny. Le 1er février 1979, l’ayatollah arrive à Téhéran où des milliers de personnes l’attendent. Il se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra (le Paradis de Zahra en persan) où il fait un discours livrant sa vision du futur de l’Iran.

L'ayatollah Khomeiny élit alors résidence à l'école Alavi dans le centre de Téhéran. L'école devient le quartier général des révolutionnaires. Il dit vouloir créer un gouvernement provisoire dès que possible, puisqu'il estime que celui de Shapour Bakhtiar n'est pas légitime. Cependant, Shapour Bakhtiar ne peut accepter l'idée de se retrouver avec deux gouvernements en Iran. L'ayatollah Khomeiny nomme tout de même Mehdi Bazargan premier ministre, et lui demande de former un gouvernement. Le gouvernement de Bakhtiar est sous pression à cause des appels à manifester faits par Khomeiny, appels suivis particulièrement à Esfahan. En réponse, les partisans de Bakhtiar manifestent en signe de soutien au Stade Amjadiyeh à Téhéran. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Khomeiny rejette les appels qui lui sont faits d'appeler au conflit armé et essaie plutôt de lier l'armée à son mouvement. Cependant, les dirigeants de l'armée respectent les derniers ordres du shah, d'éviter à tout prix de faire couler plus de sang.

Par ailleurs, certains sous-officiers se sont déjà joints à la révolution, particulièrement parmi les cadets de l'armée de l'Air. Le 9 février 1979, les tensions internes à l'armée ne pouvant plus être contenues, un conflit armé éclate à la garnison Doshan Tappeh entre la Garde Impériale et les cadets.

Les nouvelles de combats au sein de l'armée ramènent les gens dans la rue, et le couvre-feu n'est plus respecté par la population, qui continue à manifester la nuit. De nouveaux combats éclatent dans la nuit du 10 février après la rencontre de Shapour Bakhtiar avec des chefs de l'armée. Shapour Bakhtiar reste dans ses quartiers sous les ordres du Général Qarabaghi. Au matin du 11 février, l'armée décide de rester neutre dans le conflit. Peu après, l'ayatollah Khomeiny fait faire à l'Ayatollah Moussavi Ardabili une déclaration à la radio, annonçant la victoire de la Révolution.

Le soir du 11 février 1979, l'Ayatollah Khomeini est au pouvoir et Mehdi Bazargan est son premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire d'Iran, et la chute du gouvernement de Shapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios.

Khomeyni prend le pouvoir[modifier | modifier le code]

Ayatollah Khomeyni arrive à l'Aéroport international Mehrabad le 1er février 1979 après 14 ans passés en exil.

La destitution du shah provoque une grande jubilation en Iran, mais de nombreux désaccords quant au futur du pays apparaissent. Khomeyni est la figure politique la plus populaire, mais il existe des dizaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vision de l'avenir de l'Iran, des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, et également une bonne variété de groupes religieux cherchant à modeler le futur de l'Iran.

Les relations étrangères, économiques et militaires de la nation sont perturbées. Les premières années voient le développement d'un gouvernement bipolaire. Mehdi Bazargan devient premier ministre, et le mouvement pour la liberté travaille à établir un gouvernement libéral laïc. Les religieux menés par Khomeiny forment un pôle séparé du pouvoir, le parti républicain islamique. Les groupes essaient de coopérer, mais les tensions grandissent entre les deux factions.

Les théologiens sont les premiers à rétablir l'ordre dans le pays : les cellules révolutionnaires deviennent les comités locaux. Connus sous le nom de Gardiens de la Révolution à partir de mai 1979, ces groupes prennent vite le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l'Iran, et récupèrent ainsi la plupart des pouvoirs locaux. Ils prennent aussi le contrôle des tribunaux qui rendent des jugements sur les anciens responsables des services de sécurité et des militaires du régime du shah : plusieurs dizaines d'officiers généraux et supérieurs ainsi que de hauts fonctionnaires sont ainsi sommairement exécutés pour bien montrer qu'il n'y a plus qu'une seule source de pouvoir en Iran.

En juin, le mouvement pour la liberté publie son projet de constitution, qui déclare l'Iran République Islamique, mais sans donner aucun rôle aux Oulémas ni à la loi islamique. La constitution est soumise au vote de la législature nouvellement élue pour approbation, législature dominée par les alliés de Khomeiny. La chambre rejette la constitution, en accord avec Khomeiny : le nouveau gouvernement doit être « entièrement » basé sur l'islam.

Une nouvelle constitution est rédigée ; elle crée le puissant poste de Guide Suprême, chargé de contrôler l'armée et les services de sécurité, et pouvant mettre son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la république. Un président de la république est élu tous les 4 ans au suffrage universel, mais seuls les candidats dont la candidature a été approuvée par le Conseil des gardiens de la constitution ont le droit de se présenter aux élections. Khomeiny lui-même devient « Guide de la Révolution ». Se sentant sans pouvoirs et en désaccord avec la direction que prend le pays, Bazargan démissionne de son poste de premier ministre en novembre 79.

Opposition à la révolution[modifier | modifier le code]

Relations entre l’Occident/les États-Unis et l’Iran[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise iranienne des otages.

La colère commence à gronder contre les États-Unis à la suite de leur décision, en octobre 1979, d'accepter le shah dans leur pays pour y soigner son cancer. Réfugiée alors au Mexique, la famille impériale est traquée, et les plus extrémistes réclament l'extradition du shah pour le condamner à mort. En réponse, le 1er novembre 1979, Khomeiny exhorte la population à manifester contre les États-Unis et Israël, avec sa rhétorique anti-américaine, appelant alors les États-Unis le « Grand Satan » et les « ennemis de la Révolution ». Des étudiants rassemblés près de l'ambassade américaine prennent le bâtiment d'assaut et ses occupants en otage, puis mettent au jour le travail de la CIA par l'intermédiaire de l'ambassade. Khomeiny est très loin de l'image de « Saint Homme », que lui a attribuée un peu trop vite le président Carter. Il n'est pas non plus le « Gandhi iranien » dont parle le journal français Le Monde et utilise les méthodes oppressives qui avaient été dénoncées sous la dictature du shah. La prise d'otage durera 444 jours.

Coup d'État manqué « Nojeh »[modifier | modifier le code]

En juillet 1980, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski rencontre le roi Hussein de Jordanie à Amman, afin de discuter d'une opération visant à amener Saddam Hussein à sponsoriser un coup d'État en Iran contre Khomeiny. Le roi Hussein est alors le plus proche confident de Saddam dans le monde arabe, et sert d'intermédiaire pendant la préparation de ce coup d'État. L'invasion de l'Iran par l'Irak se ferait sous prétexte d'un appel à l'aide d'officiers loyalistes iraniens ayant préparé leur propre soulèvement le 9 juillet 1980 (nom de code Nojeh, d'après le nom de la base aérienne Shahrokhi/Nojeh à Hamedan). Les officiers iraniens sont coordonnés par Shapour Bakhtiar, qui a fui en France lors de la prise de pouvoir par Khomeini, mais opère depuis Bagdad et Sulaymaniyah au moment de la rencontre entre Brzezinski et Hussein. Cependant, Khomeiny est informé de l'opération Nojeh par des agents soviétiques en France et en Amérique latine.

Dans les pays voisins[modifier | modifier le code]

Les leaders de l'Irak, du Koweït, de l'Arabie saoudite et des autres États du golfe Persique sont eux aussi dérangés par la révolution iranienne, car elle exalte les minorités chiites de leurs pays (sauf en Irak et à Bahreïn où les chiites sont déjà majoritaires) contre l'hégémonie sunnite, ce qui crée une situation susceptible de mener à une guerre interconfessionnelle. L'Iran de Khomeiny appelle à la justice sociale au Moyen-Orient et à la fin de la corruption parmi les gouvernements de la région et dans le monde en général. Les nouveaux gouvernements d'Iran apportent leur soutien à la population noire d'Afrique du Sud, aux nations en voie de développement en Afrique, à Cuba et à l'OLP. Les livraisons de pétrole en direction d'Israël et de l'Afrique du Sud sont coupées dès le début de la Révolution. L'Iran se déclare pays non aligné, s'opposant à la fois à la domination américaine et à la domination soviétique. L'émergence d'une théocratie radicale dominée par des chiites effraie nombre de ses voisins arabes sunnites. En 1980, l'Irak, soutenu financièrement et militairement par les autres pays arabes, puis par les États-Unis et les pays occidentaux envahit l'Iran avec l'espoir de détruire la révolution naissante. Ceci marque le début de la Guerre Iran-Irak qui fera perdre énormément de vies humaines et de ressources aux deux pays. L'Iran bénéficie de l'appui direct de la Syrie et de la Libye et indirect de l'URSS qui coupe temporairement ses livraisons d'armes à l'Irak dès le début de l'agression.

L'Iran est nettement plus fort et organisé que ce que pense Saddam Hussein. L'invasion par l'Irak aide à rassembler les Iraniens derrière le nouveau régime, et les différends passés sont oubliés face à la menace extérieure. La même année, une nouvelle constitution est approuvée par référendum à une très large majorité. Pour ceux qui restent opposés au nouveau régime, principalement les groupes d'extrême gauche, la guerre est un prétexte pour les soumettre à des traitements très durs comme la torture et les emprisonnements illégaux, comme au temps du shah.

Alors que l'Irak, à l'issue de la guerre Iran-Irak, ne réussit pas à défaire la révolution islamique, celle-ci ne parvient pas non plus à s'exporter. La guerre atteint donc une partie de ses objectifs puisque les populations chiites d'Irak et des pays du golfe Persique n’embrassent pas le nouveau modèle, même s'ils sympathisent avec lui.

C'est lors de la guerre civile au Liban que se développe l'influence iranienne. Le Hezbollah devient un allié proche des Iraniens, ne se mêlant pas des combats entre factions libanaises pour consacrer la majorité de ses efforts à se battre contre les Israéliens. Le soutien de l'Iran à un groupe considéré comme terroriste est à l'origine de la mise à l'écart de la République islamique par la communauté internationale.

Impact post-révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Haleh Afshar, Iran : A Revolution in Turmoil, Albany, SUNY Press, 1985, (ISBN 0-333-36947-5)
  • (en) Günter Barthel, Iran : From Monarchy to Republic, Berlin, Akademie-Verlag, 1983
  • Serge Bricianer Serge, Une étincelle dans la nuit – Sur la révolution iranienne 1978-1979, Ab irato éditions, 2005, (ISBN 978-2-911917-48-6)
  • (en) Daniel, Elton L., The History of Iran, Westport (CT), Greenwood Press, 2000, (ISBN 0-313-30731-8)
  • Daniel Clairvaux, Iran la contre-révolution islamique, Paris, L'Harmattan, 2013.
  • (en) John L. Esposito, The Iranian Revolution : Its Global Impact, Miami, Florida International University Press, 1990, (ISBN 0-8130-0998-7)
  • (en) David Harris, The Crisis : The President, the Prophet, and the Shah -- 1979 and the Coming of Militant Islam, New York & Boston: Little, Brown, 2004, (ISBN 0-316-32394-2)
  • (en) Dilip Hiro, Holy Wars : The Rise of Islamic Fundamentalism, New York, Routledge, 1989, (ISBN 0-415-90208-8) (Chap. 6 : Iran: Revolutionary Fundamentalism in Power.)
  • Ryszard Kapuściński, Le Shah ou la démesure du pouvoir, traduit de l'anglais par Dennis Collins, Éditions 10-18, 1994. (ISBN 2-264-02086-5)
  • (en) Ryszard Kapuściński, Shah of Shahs. traduit du polonais par William R. Brand et Katarzyna Mroczkowska-Brand, New York, Vintage International, 1992.
  • Marc Kravetz, Iranonox Grasset, 1982.
  • (en) Charles Kurzman, The Unthinkable Revolution. Cambridge, MA & Londres, Harvard University Press, 2004.
  • (en) Habib Ladjevardi, Memoirs of Shapour Bakhtiar, Harvard University Press, 1996.
  • (en) Colin Legum, et al., Middle East Contemporary Survey vol. III : « 1978-79 », New York, Holmes & Meier Publishers, 1980.
  • (en) Abbas Milani, The Persian Sphinx : Amir Abbas Hoveyda and the Riddle of the Iranian Revolution, Mage Publishers, 2000, (ISBN 0-934211-61-2)
  • (en) Henry Jr. Munson, Islam and Revolution in the Middle East, New Haven, Yale University Press, 1988.
  • (en) Ali-Reza Nobari, Iran Erupts: Independence: News and Analysis of the Iranian National Movement. Stanford: Iran-America Documentation Group, 1978
  • Houchang Nahavandi, La révolution iranienne. Vérité et mensonges, L’Age d’Homme, Lausanne, 1999
  • Bahman Nirumand, Iran : vers le désastre ?, trad. de l'allemand par Olivier Mannoni, Actes Sud, 2007
  • (en) Mohammad Reza Pahlavi, Response to History, Stein & Day Pub, 1980, (ISBN 0-8128-2755-4)
  • (en) Saeed Rahnema & Sohrab Behdad, Iran After the Revolution : Crisis of an Islamic State, Londres, I.B. Tauris, 1995.
  • (en) Gary Sick, All Fall Down : America's Tragic Encounter with Iran New York, Penguin Books, 1986
  • (en) William Shawcross, The Shah's last ride : The death of an ally, Touchstone, 1989, (ISBN 0-671-68745-X)
  • (en) Smith, Frank E. The Iranian Revolution. 1998
  • (en) Society for Iranian Studies, Iranian Revolution in Perspective. Special volume of Iranian Studies, 1980, vol. 13, no 1-4
  • (en) Time magazine, 7 janvier 1980. Man of the Year. [Ayatollah Khomeini]
  • (en) Département d'État des États-Unis, American Foreign Policy Basic Documents, 1977-1980. Washington, DC: GPO, 1983. [JX 1417 A56 1977-80 REF - 67 pages on Iran]
  • (en) M.E. Yapp, The Near East Since the First World War : A History to 1995. Londres, Longman, 1996, chap. 13 : « Iran, 1960-1989 »
  • Iman Ansari, Patrick Germain, « Entretiens avec le prince Gholam-Reza Pahlavi » Éditions Normant, 2004 (ISBN 2-915685-06-1)
  • Adreba Solneman, Du 9 janvier 1978 au 4 novembre 1979, Belles Emotions, 1991 présentation en ligne
  • Ramine Kamrane, Iran, l’islamisme dans l’impasse, Buchet-Chastel, Paris, 2003, 159 p. (ISBN 2-283-01976-1)
  • François Thual, Géopolitique du Chiisme, Paris, Arléa, 2002.