Rétroacronymie
La rétroacronymie est le fait d'interpréter un mot comme un acronyme, alors que celui-ci n'en est pas un à l'origine, ou alors de donner un nouveau sens à un acronyme existant.
MISC, un magazine abordant la sécurité informatique, tire son nom de l'abréviation de miscellaneous mais se veut aussi signifier Multi-System & Internet Cookbook. L'interprétation obtenue est nommée rétroacronyme. Nancy, ville de Lorraine connue pour sa Place Stanislas et l'histoire de ce roi de Pologne devenu aussi duc de Lorraine, a ainsi exploité l'abréviation patronymique STAN pour son réseau de transport. STAN signifie Société de transport de l'agglomération nancéienne.
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Utilisations [modifier]
On peut construire des rétroacronymes pour donner un sens à une expression qui n'en avait pas au départ mais semblait être un acronyme. Par exemple SOS a été choisi comme un signal de détresse facilement reconnaissable en code Morse, puis réinterprété en « secours ou sombrons » en français ou save our souls (« sauvez nos âmes ») et save our ship (« sauvez notre navire ») en anglais.
De nombreuses marques déposées connaissent également une forme longue.
C'est une technique courante utilisée pour nommer certaines études, par exemple en médecine et dans les projets européens, par exemple, CONSENSUS: COoperative North Scandinavian Enalapril SUrvival Study, ou AFFIRM: Atrial Fibrillation Follow-up Investigation of Rhythm Management.
Au nombre des phénomènes de ce type ayant donné lieu à diverses interprétations, on relève la formule A.E.I.O.U. (pour « Austriæ Est Imperare Orbi Universo » ou « Alles Erdreich Ist Oesterreich Untertan », « Il appartient à l'Autriche de commander tout l'Univers »), devise des Habsbourg, dont certains souverains, en particulier Frédéric III, ornaient des bâtiments publics. C'est aussi le nom adopté par une encyclopédie autrichienne : Annotatable Electronic Interactive Oesterreich Universal Information System[1].
De même, le genre musical RAP, qui vient de l'anglais (a rap : un coup sec), pourrait provenir de Rhythm And Poetry, ou encore Rock Against Police.
Le USA PATRIOT Act est un autre exemple, qui signifie : Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act, ou en français : Loi pour unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme. Des autres lois américaines comme la loi RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act (en), 'Rico' étant un gangster du film 'Little Caesar') et la loi CAN-SPAM (contre le "spam" ou le pourriel) emboîtent ce même pas.
Vers 1849, le nom du compositeur Giuseppe Verdi devint un signe de ralliement chez les patriotes italiens. « Viva Verdi » signifiait alors « Viva Vittorio Emanuele Re D‘Italia » (Vive Victor-Emmanuel Roi D’Italie). Verdi était certes un patriote, mais il avait également des idées républicaines, et il fut totalement étranger à ce rétroacronyme.
L'alerte AMBER est un système d'alerte enlèvement à grande échelle mis en place aux États-Unis et au Canada lorsqu'une disparition d'enfant est signalée. Or, AMBER est l'acronyme de l'anglais « America's Missing: Broadcast Emergency Response » (Disparition en Amérique : Réponse de diffusion d'urgence)[2] ou du français « Alerte médiatique, but : enfant recherché»[3]. Cette alerte a aussi été nommée ainsi en l'honneur d'une enfant de 9 ans, Amber Hagerman, qui fut kidnappée et assassinée au Texas en 1996[2].
Le mot avion, inventé par Clément Ader à partir du latin avis (oiseau), a été interprété comme « Appareil Volant Imitant l'Oiseau Naturel ».
En France, l'UMP (Union pour un mouvement populaire) est une rétroacronymie du nom initial de ce parti: Union pour la Majorité Présidentielle. En Belgique, le nom du parti ECOLO, diminutif « d'écologie politique », a été réinterprété comme Écologistes Confédérés pour l'Organisation de Luttes Originales, pour en faire un acronyme à l'instar des autres partis.
Applications humoristiques [modifier]
Construire des rétroacronymes est une forme de jeu de mots, souvent plaisante, utilisée comme satire des marques ou trait d'humour et de contestation, comme dans ces exemples :
- NTSC (« Never Twice the Same Color », dont les Américains requalifiaient leur National Television System Committee, version 1953 du système télé-couleur) ;
- PAL (« Phase Alternating Line » devenue « Payer l’Addition de Luxe ») ;
- SECAM (« SÉquentiel Couleur À Mémoire » devenue « Système Élégant Contre les AMéricains » ou « Surtout Eviter la Compatibilité Avec le Monde ») ;
- TVA (« Tout Va Augmenter » : acception classique de la Taxe sur la Valeur Ajoutée par les consommateurs) ;
- RATP (« Régie autonome des transports parisiens » devenue « Reste Assis T'es Payé ! », ou encore « Rentre Avec Tes Pieds », pour railler les grèves) ;
- SNCF (« Société nationale des chemins de fer français » devenue « Sans nous les cafés ferment », ou encore « Sur neuf cinq fainéants ») ;
- TER (« Transport express régional » devenue « Toujours En Retard ») ;
- DDE (« Direction départementale de l'Équipement » devenue « Dix Doigts Engourdis ») ;
- SPQR (« Senatus PopulusQue Romanus» devenue « Sono Pazzi Questi Romani » dans la traduction italienne d'Astérix (Ils sont fous ces Romains)).
Cette reconstruction humoristique peut d'ailleurs se faire dans une autre langue que celle de l'acronyme originel. C'est en particulier un exercice auquel se prêtent beaucoup les latinistes français :
- IRPP (Impôt sur le revenu des personnes physiques) devient ainsi « Inuenit Rapitque Pecuniam Populi » (« il trouva et vola l'argent du peuple ») ;
- TGV (Train à grande vitesse) devient ainsi « Transit Galliam Velocissime » (« il traverse la Gaule très rapidement »).
Les rétroacronymes peuvent parfois devenir grossiers, voire vulgaires. Ainsi SIDA (Syndrome d'immunodéficience acquise) devient « Souvenir Intime D'un Ami » ou « Sauvagement Introduit Dans l'Anus »[4]. Plus récemment, l'affaire DSK en 2011 donna au terme « FMI » (Fonds Monétaire International) les rétroacronyme de « Fellation Mal Introduite » et « Femme de Ménage Incluse »[5].
On peut également noter la marque FIAT, signifiant en italien « Fabbrica Italiana Automobili Torino », détournée en anglais en « Fix It Again Tony! » (« Répare-la encore, Tony ! »), censé évoquer des pannes fréquentes sur les voitures FIAT ; dans le même contexte sémantique, en français : « Ferraille Invendable A Turin », et même « Ferraglia Invenduta A Torino » en italien, même chose avec la marque américaine Ford qui peut être vue, en anglais, comme "Fix Or Repair Daily" et, en français, comme « Ferraille, Ordure, Rebut, Déchet », « Fabrication ordinaire, Réparation dispendieuse » ou encore « Ferraille oxydée, réparation difficile »[6].
Les compagnies aériennes sont fréquemment la cible d'un tel jeu, comme la SABENA (Société anonyme belge d’exploitation de la navigation aérienne) qui a de nombreux rétroacronymes dont le plus connu est : Such A Bad/Bloody Experience Never Again (Une aussi mauvaise/sanglante expérience, plus jamais ça !), ou encore Alitalia devenu « Always Late In Take-off Always Late In Arrival » (« Toujours en retard au décollage, toujours en retard à l'arrivée »), de même pour TWA qu'il devient plaisant de lire « Transport Without Arrival » (« Transport sans arrivée ») ou LUFTHANSA: Let Us Fuck The Hostess, As No Steward Available (« baisons l'hôtesse, puisqu'il n'y a pas de steward de disponible »). La compagnie portugaise TAP est de venue "Take Another Plane" (prends un autre avion).
Toujours dans le domaine aéronautique, la réglementation ETOPS: Exended Twin OPerationS qui régit les vols au-dessus des territoires inhospitaliers, donc en grande partie océaniques, revient régulièrement en « Engine Turning Or Passengers Swimming » (« les moteurs tournent ou les passagers nagent »).
Les drames subis par la navette spatiale américaine de la NASA ont également donné naissance aux rétroacronymes « Need Another Seven Astronauts » et « Need Another Shuttle Also » (« Il nous faut sept nouveaux astronautes » et « Il nous faut aussi une nouvelle navette»), ou en français « Nous Avions Sept Astronautes ».
Dans le domaine des marques sportives, ASICS est bel et bien l'acronyme de « Anima Sana In Corpore Sano » (« un esprit sain dans un corps sain », en latin). Contrairement à cela, l'appellation Adidas provient du nom de son fondateur, Adi Dassler. Les phrases supposément explicatives telles que « All Day I Dream About Sports » (« Je rêve de sport toute la journée ») ou, avec une pointe d'ironie, « Argent Dépensé Inutilement Dans Achat Sportif » sont autant d'exemples de rétroacronymie.
VSOP, apposé sur certaines bouteilles de cognac, d'armagnac ou de calvados et signifiant « Very Superior Old Pale », a été détourné en « Verser sans oublier personne », ou encore « Vieille saloperie offerte par le patron ».
Emacs, signifiant « Editing MACroS running on TECO », c'est-à-dire « macros d'édition pour TECO », a été détourné durant la guerre d'éditeurs en : « Eight Megabytes And Constantly Swapping » ou encore « Emacs Makes A Computer Slow » par les adeptes de Vi pratiquant le flaming.
BING, moteur de recherche lancé par Microsoft pour concurrencer Google, a été détourné en « Bing is not Google ».
Enfin nombreux sont les étudiants ayant eu des difficultés avec LISP à s'être consolés disant qu'il s'agît d'un "Langage Idiot Saturé de Parenthèses" (ou en anglais "Lots of Insipid and Stupid Parentheses").
Notes et références [modifier]
- Encyclopédie AEIOU
- (en) Police Provincial de l'Ontario, « L’Alerte AMBER - Ontario AMBER Alert Programme ». Consulté le 6 octobre 2012
- (fr) (en) Service de Police de la Ville de Montréal, « Alerte Amber ». Consulté le 6 octobre 2012
- Nicolas Paquien, « Dictionnaire partial illustré », Collection Plumes au bout des doigts, TheBookEdition, 2010 (ISBN 9782746619128), p. 89
- (fr) Henri Dalbos, « Sigles, majuscules et initiales », sur lequotidien.re, Le Quotidien (Réunion), p. Opinion: Le courrier des lecteurs. Mis en ligne le 17/06/2011 - 04h20
- (fr) Ryan LaFlamme, « Est-ce que Ford peut construire des voitures fiables? », Accueil - Être propriétaire, sur blogue.ford.ca, Ford Motor Company. Mis en ligne le 1 mai 2012, consulté le 6 octobre 2012