Lupanar

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bordel (homonymie) et Maison close (homonymie).

Un lupanar, ou maison close, ou bordel, est un établissement offrant le service de prostituées.

Henri de Toulouse-Lautrec,
Au salon de la rue des Moulins, 1894,
musée Toulouse-Lautrec.
Forain, Le client, 1898

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « lupanar », emprunté directement au latin (première attestation en français en 1532[1]), est dérivé du latin « lupa », « louve », dont le sens de « courtisane, prostituée » est attesté avant même celui de « femelle du loup »[2]. Les prostituées de la Rome antique étaient appelées « lupas », « louves », possiblement parce qu'elles criaient la nuit pour appeler leurs clients[3], ou plutôt en référence à la « louve évocatrice de la bestialité sexuelle[4] » : la voracité de la louve contrairement à celle du mâle, principalement orale, « se manifeste également sur le plan sexuel : lorsqu'elle dévore, c'est avec l'autre bouche au cours d'accouplement aussi divers que stériles[5] ».

Synonymes[modifier | modifier le code]

Johann Robert Schürch,
Le Bordel, 1941
  • bordel, bordeau (vieux) : du francique (gaulois) borda, cabane de planche ; étymologie populaire : mot venu dit-on du Moyen Âge lorsque Saint Louis cachait des « femmes de petite vertu » (surnommées les bordelières) au bord de la Seine dans des maisons appelées bordeaux (bord d'eau)[6]
  • maison de passe
  • maison de tolérance (réponse célèbre de Paul Claudel à Jules Renard : « — Mais la tolérance ? — Il y a des maisons pour ça ! »[7])
  • maison close
  • maison publique
  • maison de plaisir(s)
  • maison de joie
  • maison de rendez-vous, différente de la maison close : lieu ouvert dans lequel la prostituée se met au service d’une patronne, avec qui elle partage son gain ou exerce pour son propre compte[8]
  • claque[9]
  • boxon
  • bateau de fleur (Chine)
  • bouic
  • foutoir
  • maison d'abattage
  • bobinard
  • bordel militaire de campagne, jargon militaire français abrégé en BMC
  • pouf, en argot militaire plus particulièrement établissement se situant à l'intérieur des casernements de la légion étrangère. Le mot vient de l'argot allemand puff de même signification.

En Grèce[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prostitution en Grèce antique.

Les maisons de prostitution (ou maisons closes) sont nées à Athènes. Solon (l'un des Sept Sages de la Grèce 640 - 558 av. J.-C.) les inaugure sous le nom de dicterions (en grec ancien / ), bordels étatiques tenus par les pornobosceions[10](en grec ancien πορνοϐοσκεῖα / pornoboskeîa) surveillés par des fonctionnaires et jouissant du privilège d'inviolabilité, d'abord établis dans les ports pour une clientèle de marins[11].

À Rome[modifier | modifier le code]

Des esclaves féminines sont destinées aux soldats. Les maisons de prostitution se trouvent à proximité des casernes, des remparts. Le relâchement des mœurs sous l'Empire favorisa l'extension de la prostitution. De tous côtés, des lupanars (lupanaria) ouvrent leurs portes. Ils sont signalés par des bougies allumées pendant les heures d'ouverture.

Les filles de joie portent des vêtements jaunes, le jaune étant la couleur de la honte et de la folie, mais leurs chaussures étaient d'un rouge vif.

Après Domitien, les filles se regroupent dans des maisons : les lupanars.

À Pompéi[modifier | modifier le code]

On a retrouvé les ruines d'un lupanar de dix chambres à Pompéi, dans la région VII des fouilles. C'est le seul destiné à cette activité, en sachant que les étages des tavernes remplissaient aussi souvent la fonction de lupanar. Près de l'entrée du rez-de-chaussée était peint, près d'un figuier, un Priape à deux phallus, dont il tenait chacun dans une de ses mains.

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En France[modifier | modifier le code]

Un client et deux prostituées pendant une prestation. Illustration d'Édouard-Henri Avril.

Au Moyen Âge et à l'époque moderne[modifier | modifier le code]

Après avoir décrété la prohibition de la prostitution, Louis IX fait machine arrière et proclame la tolérance. Des établissements se spécialisent dans le commerce charnel (de la maison d'abattage à la maison de luxe). Alors que leurs volets sont clos, ils sont signalés par une lanterne rouge que vient allumer la sous-maîtresse de la maison pendant les heures d'ouverture. Les prostituées n'avaient le droit d'en sortir que certains jours de la semaine, accompagnées par ces sous-maîtresses.

Pendant la régence de Philippe d'Orléans et durant le règne de Louis XV, les maisons closes connaissent un éclat particulier.

L'âge d'or[modifier | modifier le code]

Mais l'âge d'or des maisons closes se situe sous la IIIe République, comme en témoigne le Guide rose, qui les recensait chaque année : l'édition 1936, vendue sous le manteau, fait état de 700 adresses avec de nombreux commentaires[12]. Cet âge d'or concerne également la prostitution coloniale, le Sphinx d'Alger étant à cette époque « la plus grande maison de tolérance d'Afrique du Nord »[13]. L'État, et notamment le fisc profitait de ce commerce en prélevant 50 à 60 pour cent sur les bénéfices. Tout au long du XIXe siècle, les préfets délivrent des « certificats de tolérance » aux tenancières de ces maisons (les mères maquerelles, les hommes n'ayant pas le droit d'être patron de ce type d'établissements), les maisons closes prennent alors le nom de « maison de tolérance »[14]. Les maisons, signalées par un numéro ou un éclairage rappelant la lanterne rouge médiévale, sont souvent des immeubles spéciaux, aux fenêtres à verre dépoli.

Les maisons furent fermées le 13 avril 1946, à la suite de la loi Marthe Richard.

Les placeurs[modifier | modifier le code]

Les placeurs (ou placeuses) s'occupaient du recrutement des maisons closes. Ils parcouraient les petites pensions de province et les hôpitaux (notamment le service des maladies vénériennes) et charmaient des femmes en leur promettant une bonne place et de l'argent. Les femmes ainsi placées dans des pensions parisiennes ou de grandes villes (Rouen, Bordeaux, Reims, etc.), les placeurs recevaient un dû assez conséquent (cinquante francs) au début du XXe siècle[15]. D'autres femmes y entraient par besoin (notamment les filles mères) ou parce que ne sachant rien faire d'autre. En effet, à cette époque peu de femmes pouvaient occuper un réel emploi contrairement aux hommes. Les filles mères étaient de surcroît le plus souvent rejetées de la société.

Le règlement[modifier | modifier le code]

Chaque maison avait son règlement intérieur. Les clients payaient 5 francs 25 en 1929. Sur cette somme 2 francs étaient destinés à la maison et 2 francs 50 à la femme. On payait 25 centimes pour la serviette.

Les femmes devaient aussi payer les frais de la maison (nourriture, blanchisserie, etc.) à raison de 30 francs par jour, ainsi que la visite du médecin[15].

L'aspect sanitaire est pris en compte (peur des maladies vénériennes) comme le précise l'article 29 du Règlement des maisons closes : « Toute fille reconnue malade y sera immédiatement séquestrée pour être conduite à l'hospice[16] le plus tôt possible afin d'être soumise aux traitements qu'exigera sa maladie »[14].

Les femmes travaillaient tous les jours. Elles dormaient le plus souvent dans un établi ou dans le grenier[15].

Le One-Two-Two et le Sphinx[modifier | modifier le code]

Dès 1939, les maisons closes connaissent la pénurie de clients. Pour attirer la population masculine et aisée, une nouvelle sorte de maisons fait son apparition : le One-Two-Two[17], cabaret bordel, où de grands noms se croisent, tels que Colette, Marlène Dietrich, Jean Gabin, Sacha Guitry et d'autres. La maison est composée de dix salons, vingt-deux chambres, et abrite une soixantaine de pensionnaires[15].

Le One-Two-Two s'essoufflant, le Sphinx fait son apparition boulevard Edgar-Quinet à Paris. Cette maison est même protégée par le ministre de l'Intérieur de l'époque Albert Sarraut. On peut y rencontrer Mistinguett et Marlène Dietrich.

En 1941, pendant l'Occupation, L'Étoile de Kléber ouvre ses portes. Édith Piaf y vient chanter à partir de 1943. Ce cabaret-bordel est un des lieux favoris de la Gestapo et des officiers supérieurs de la Wehrmacht.

Liste de quelques adresses parisiennes[modifier | modifier le code]

(Source[18])

Jeton à l’effigie d’un coq de la maison close « Aux Belles Poules », maison célèbre au nom évocateur
Jeton « Léa - Arts d'agrément », maison close, 3 rue des Quatre-Vents

Ailleurs qu’à Paris[modifier | modifier le code]

  • L'Étoile bleue : 15, rue du Champ-de-Mars à Tours, peut se visiter, fresques érotiques, mosaïques (actuellement siège de la Jeune Chambre économique).

Beaucoup de ces immeubles ont été conservés, mais présentent des façades très neutres.

Jeton « Terminus - Arts d'agrément », 16 rue de la Charrière à Châlons-sur-Marne.

Loi Marthe Richard[modifier | modifier le code]

En 1946, la loi Marthe Richard impose la fermeture de toutes les maisons closes.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, les lupanars sont officiellement interdits, mais en pratique ils sont tolérés. Ces établissements appelés « privés » attirent aussi les prostituées et les clients français, chassés par la répression qui s'est durcie en France après 2003. Ils se multiplient particulièrement dans la zone frontalière avec la France[19]. Il en existe aussi à Bruxelles, Anvers, Charleroi.

En Suisse[modifier | modifier le code]

Ces établissements existent en Suisse et sont appelés « salons érotiques ». Leur existence est légale depuis que le délit de proxénétisme a été rayé du Code pénal suisse en 1992. Ils sont pour une bonne partie implantés dans des appartements ou des locaux commerciaux. Leur taille et le nombre de prestataire sont très variés, allant de deux chambres à une dizaine de chambres, avec un nombre de prestataires allant de deux jusqu'à une cinquantaine.

Les méthodes de fonctionnement sont variées, mais en général le client se présente à la porte, et une fois entré, choisit une ou des filles avec lesquelles il consomme la passe dans une chambre pour une durée de dix minutes à une ou plusieurs heures. Le prix de la passe dépend tant des prestations offertes (fellation naturelle ou complète, sodomie, etc.) que de la durée.

Certains salons érotiques proposent des jacuzzis, d'autres des salles spécialisées dans le sado-masochisme. Ces prestations font l'objet de suppléments de prix. Les prestataires des salons érotiques ne sont pas des employées, mais des indépendantes travaillant en tant que profession libérale dans le cadre d'un contrat (écrit ou tacite) de prestations de service. Elles encaissent le prix de la passe du client et rétrocèdent une somme définie au salon. Ces rétrocessions peuvent être calculées de différentes manières, les plus courantes étant un prix payé à la journée de travail, ou au pourcentage du prix encaissé (dans ce cas les taux usuels vont de 30 à 50 %).

Des cantons ont édicté des règlements spécifiques concernant ces établissements. Dans certains, les prestataires doivent être enregistrées auprès de la police, dans d'autres l'exploitant de l'établissement, s'il est locataire, doit fournir une preuve que le propriétaire de l'immeuble accepte que les locaux loués le soient dans le but de l'exploitation d'un salon érotique.

Ces établissements ont pignon sur rue, et la publicité pour ceux-ci est acceptée par de nombreux médias (presse, affichage, radio, etc.). Certains quotidiens tirent par ailleurs de la prostitution de fortes recettes publicitaires.

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Eros-Center (en), des établissements contrôlés par l'État sont actuellement parmi les plus grands de ce genre en Europe.

Littérature et art[modifier | modifier le code]

Les écrits sur la maisons closes devinrent importants pendant cet « âge d'or » du XIXe siècle. On peut citer notamment Guy de Maupassant avec La Maison Tellier et L’Ami Patience ; J.K. Huysmans et Marthe, histoire d’une fille ; Gustave Flaubert et L'Éducation sentimentale, etc.

Les peintres ne sont pas en reste : Constantin Guys célébré par Baudelaire dans Le Peintre de la vie moderne ; Edgar Degas et La Fête de la patronne ou encore La Fille assise ; Toulouse-Lautrec et Femme tirant sur son bas ou Le Divan ; Van Gogh et Le Lupanar d'Arles, etc.

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. TLFi
  2. Le Robert historique
  3. André Morali-Daninos, ed. Presses Universitaires de France, 1980, Collection Que sais-je? n° 1074, p. 21, Histoire des relations sexuelles (ISBN 2130365612)
  4. Christine Bard, Prostituées, Presses Universitaires du Mirail, Lire sur Google livres (ISBN 2858166633 et 9782858166633)
  5. Sophie Bobbé, L'Ours et le Loup : essai d'anthropologie symbolique, Ed. de la Maison des sciences de l'homme, Paris, 2002 (ISBN 2735109364 et 9782735109364)
  6. André Guillerme, Le testament de la Seine, Revue de géographie de Lyon, Volume 65, N° 65-4 , 1990, pp. 242-243
  7. Jules Renard, Journal, 13 février 1900
  8. Daniel Grojnowski, Eugénie Guillou, religieuse et putain - textes, lettres et dossier de police, Pauvert,‎ 2013, 175 p. (ISBN 978-2-7202-1532-2)
  9. Abréviation de claque-dent ou claque-bosse, « maison de jeu, maison de prostitution ». Définition de claque sur patrimoine-de-france.org.
  10. (en) William W. Sanger, History of prostitution : its extent, causes, and effects throughout the world, Harper & brothers,‎ 1858, 685 p.
  11. Martine Costes-Péplinski, Nature, culture, guerre et prostitution : le sacrifice institutionnalisé du corps, L'Harmattan,‎ 2001, 215 p. (lire en ligne), p. 103
  12. Claire Bommelaer, « Les maisons closes à livres ouverts », sur le Figaro,‎ 6 octobre 2010 (consulté le 21 octobre 2010)
  13. Germaine Aziz, Les Chambres closes : Histoire d'une prostituée juive d'Algérie, Nouveau Monde éditions,‎ 2007, 221 p. (ISBN 978-2847362497)
  14. a et b Les maisons closes émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter le 20 octobre 2010
  15. a, b, c et d Alphonse Boudard & Romi L'âge d'or des maisons closes, édition Albin Michel
  16. À Paris, il s'agit de l'hôpital Saint-Lazare
  17. One Two Two
  18. Apophtegme.com
  19. Sexe sans frontière, Le Journal du Dimanche, 28 octobre 2007, résumé d'un reportage de 66 minutes sur M6, 11 novembre 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Romi, Maisons closes, L'histoire, l'art, la littérature, les mœurs, Michèle Trinckvel, Paris, 1979
  • Alphonse Boudard et Romi, L'Âge d'Or des maisons closes, Albin Michel, Paris, 1990
  • Laure Adler, La Vie quotidienne dans les maisons closes de 1830 à 1930, Hachette, 1990
  • Natacha Henry, Marthe Richard, l'aventurière des maisons closes, Punctum, 2006.
  • R. Radford, La Prostitution féminine dans la Rome antique, Lulu, 2007. 168 p. ISBN 978-1-4303-1158-4
  • Henri Sauval : Traité des bordels, Éditions À rebours, 2008.
  • Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier, Le Roman des maisons closes, Éditions du Rocher, 2010.
  • Paul Teyssier : Maisons closes parisiennes. Architectures immorales des années 1930, Édition Parigramme, 2010.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]