Orpaillage en Guyane

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Table de séparation industrielle

L'or de Guyane est exploité depuis plus de 150 ans. Aujourd'hui, l'or est extrait: - soit de manière légale: les exploitations sont soumises au Code Minier. À présent la filière préfère évoquer le terme d'opérateur minier plutôt que d'orpailleur. - soit de manière illégale (d'origine principalement clandestine). On parle généralement d'orpaillage illégal.

À la fin de l'année 2012, environ une trentaine de sociétés (artisans et PME) exploitaient le sous-sol guyanais.

Du côté illégal, plusieurs milliers[1] de chercheurs d’or clandestins, venus principalement de régions défavorisées du Brésil ou du Suriname, les « garimpeiros », exploitent le sous-sol, avec tous les problèmes qui en découlent : saccage d’une des forêts tropicales uniques au monde, la moins fragmentée pour cette surface. Le mercure utilisé (produit utilisé pour agglomérer les petites particules d'or) contamine les populations amérindiennes, et un climat de violence de type Far West existe depuis les années 1990, dont les Brésiliens et orpailleurs eux-mêmes sont victimes.

Le Parc national du sud de la Guyane (ou Parc national amazonien de Guyane)[2] lui-même n'a pas échappé à l'orpaillage illégal. L'Office national des forêts a estimé fin 2005 qu'en Guyane 1 333 kilomètres de cours d'eau étaient directement impactés par les chantiers miniers, principalement illégaux, et 4 671 km de fleuves et rivières touchés par les pollutions, en aval de ces chantiers. De plus, de 2000 à 2005, les déboisements des orpailleurs sont passés de 4 000 à près de 11 500 hectares.

La Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement évalue chaque année le butin des clandestins entre 5 et 10 tonnes d’or. Au prix de l’once en 2008, cela représente entre un peu moins de 120 millions et 220 millions de dollars, comme l'indique le journaliste Axel May dans « Guyane française, l'or de la honte » [3]. En 2007, 113 opérations « Anaconda » ont été conduites contre les orpailleurs clandestins, n'ayant que freiné leur expansion, malgré une destruction de matériel pour une valeur de 23 millions d'euros, la saisie de 12 kg d'or et de 71 kg de mercure. Le GIR (Groupe d’intervention régional) avec la justice guyanaise ont mis en évidence des réseaux d’immigration clandestine, de proxénétisme, de contrebande. Un risque est de reporter la pression d'orpaillage sur le Suriname voisin, encore plus touché que la Guyane (voir Google Earth).

Depuis mars 2008, une opération d'envergure est enfin menée sous le nom d'opération « Harpie », et commence à porter ses fruits. Les opérations militaires se multiplient sur les sites clandestins, avec destructions systématiques de tout le matériel trouvé sur place et des contrôles renforcés, tant sur les routes que sur les fleuves. Mais la tâche à accomplir reste immense pour éradiquer ce fléau.

Les orpailleurs illégaux, bénéficiant parfois de la téléphonie moderne et du GPS et/ou encadrés par des réseaux mafieux et armés, se sont faits plus mobiles et discrets depuis les années 1990. Opérant parfois aussi de nuit, et sous le couvert des arbres, ils se rendent plus difficile à repérer. Le mercure et les carburants, ainsi que les armes, la drogue et l'alcool, font également l'objet d'un commerce caché, qui s'accompagne localement de prostitution et violences.

La recherche et la vente clandestines de ce métal génèrent aussi de graves conflits sociaux, médiatisés notamment par le film du documentariste Philippe Lafaix la Loi de la jungle, plusieurs fois primé. Ce film explique comment des milliers de clandestins travaillent en Guyane dans des conditions très difficiles, sans aucune couverture sociale ni sanitaire, souvent soumis à la violence (pots de vin, travail forcé, vols, torture, agressions, meurtres…).

Sommaire

Spécificité guyanaise [modifier]

L'or disponible est diffus en faible quantité. Les illégaux traitent de grandes quantités de terre directement dans la crique (circuit d'eau ouvert), avec des méthodes qui entraînent toutes d'importants impacts sur les écosystèmes et la santé humaine, en particulier à cause du mercure. Ce produit hautement toxique a des impacts plus durables et graves que les dégâts paysagers faits par l'extraction à l'eau sous pression. Les exploitation légales n'ont pas le droit d'utiliser le mercure et opèrent en circuit d'eau fermé. Elles en retrouvent parfois amalgamé à l'or en exploitant d'anciens chantiers (on parle de "repasse").

Les populations amérindiennes semblent être les plus touchées par les séquelles de l'orpaillage (en particulier les Wayanas). Le barrage EDF de Kourou recueille du mercure. Ce mercure pourrait à terme avoir des effets jusque dans l'estuaire du Sinnamary et au-delà. Plusieurs études de l'InVS ont montré que le taux de mercure ne cesse de croître chez les Amérindiens vivant près des fleuves et consommant du poissons, et que ces taux dépassent souvent le seuil de risque pour la santé.

Devenus de plus en plus nerveux en raison des opérations militaires, les orpailleurs clandestins n'hésitent plus à tirer sur les Amérindiens du Haut-Maroni. Les morts sont nombreux mais les médias nationaux restent silencieux. Deux gendarmes ont été tués par des bandits lors d'une intervention Harpie durant l'été 2012.

Techniques [modifier]

Mine industrielle exploitant l'or primaire en filon et l'or alluvionnaire en paillettes
Construction d'une barge d'orpaillage à Albina (rive surinamaise du fleuve Maroni), utilisée pour l'orpaillage illégal

En Guyane, l'or peut avoir plusieurs origines différentes :

  • L'or primaire provient directement de la roche mère. Il est alors concentré dans des filons de quartz aurifères qu'il faut identifier lors de la prospection au moyen de sondages. L'extraction s'effectue en creusant le sol avec des moyens industriel de type pelles hydrauliques et tombereaux (mine à ciel ouvert). Le minerai doit être ensuite mis en pulpe (lance-monitor), concassé (broyeur à marteaux) pour extraire l'or de sa gangue. Il est ensuite centrifugé pour séparer les éléments de différentes densité, et obtenir un concentré de minéraux lourds. L'or est séparé dans une dernière étape grâce à une table à secousse, il peut ensuite être fondu.
  • L'or alluvial provient des sédiments issus de l'érosion de la roche contenant originellement l'or qui se trouve concentré dans le lit des rivières sous forme de pépites et des paillettes (200 microns pour la granulométrie moyenne récupérable). Il est libre et diffus (de l'ordre du gramme/m3 de gravier). Le rythme d'exploitation est d'environ 6 ha/an pour une mine artisanale moyenne qui exploite l'or alluvial sur une autorisation d'exploitation de 1km² en 4 ans. Une fois la présence d'or confirmée par la prospection, les opérateurs détournent temporairement le cours des criques en bordure de chantier, et peuvent alors extraire le gravier qui contient l'or libre grâce à des pelles hydrauliques. Les alluvions sont mis en pulpe par un jet d'eau à haute pression au moyen de « lances monitor ». Cette pulpe est:

-soit aspirée par une pompe à gravier et répandue en flux homogène sur un "sluice" (systèmes de tables inclinées recouvertes de métal déployé posés sur des moquettes spécifiques qui perturbent le flux de la pulpe) -soit directement criblée à travers une grille, la pulpe s'écoule ensuite sur le sluice. L'or, plus lourd (densité d'environ 19), se trouve piégé par gravité grâce une multitude de minis vortex créé par le sluice .(On utilisait à l'origine des tapis de paille pour cette opération, ce qui est à l'origine du mot « orpaillage »). Un concentré est ainsi obtenu et traité de la même manière que dans les sites d'or "primaire". En sortie de "sluice", la pulpe est mise à décanter dans 3 à 5 bassins connectés: les « barranques ». L'eau décantée est ensuite réutilisée en circuit fermée par les lances monitor.

Conséquences environnementales [modifier]

Mercure [modifier]

L'utilisation du mercure est interdite depuis le 1er janvier 2006. Seuls les systèmes de récupérations gravimétriques sont employés. (exemple: sluice, trommel, concentrateur, jig, table à secousse, table à vagues, batée).

Avant 2006, on utilisait le mercure pour amalgamer l'or (l'or particulaire se dissout et s’amalgame dans le mercure, métal liquide et volatil). Il ne reste plus qu'à chauffer l'amalgame pour que le mercure s'évapore et que ne reste plus que l'or. Un simple alambic permettrait de récupérer une grande partie du mercure par condensation, pour le réutiliser, mais sur de nombreux sites, en particulier dans le cas de l'orpaillage illégal, l'opération se fait au chalumeau et à l'air libre. Les vapeurs de mercure sont alors inhalées par l'homme et surtout libérées dans l'environnement proche.

Pour des raisons géologiques, le sol guyanais est naturellement riche en mercure (huit fois plus en moyenne qu'en France métropolitaine). Le mercure libéré par le traitement du sol aux lances à eau, très volatil en climat équatorial et tropical, est également source de pollution de l'air, des brumes, des pluies et de l'eau et des sédiments. Ce mercure « naturel », libéré par l’homme, s'ajoute aux importantes quantités évaporées par les orpailleurs. Jusqu'à 80 % du mercure inspiré passe dans les poumons et le sang, intoxicant les orpailleurs eux-mêmes.

Enfin, ces techniques causent une forte turbidité de l’eau en exploitation illégale et une re-sédimentation qui favorise la production par les bactéries de méthyl-mercure, beaucoup plus toxique encore que le mercure pur. Ce méthyl-mercure est de plus très bioassimilable, et il se concentre dans les muscles et non préférentiellement dans le foie ou les reins comme le mercure pur.

Les eaux rendues turbides par les rejets et bloquées par les embâcles naturels, criques ou en barrage de Petit-Saut constituent des « réacteurs chimiques et biochimiques » favorisant la réduction d'une faible partie du HgII en Hg0 volatil (processus photochimiques, chimiques et bactériens) et surtout à la production de méthyl-mercure MMHg dans la couche anoxique de la colonne d'eau (absence quasi-totale d'oxygène au-delà de 5 m de profondeur et jusqu'à 35 m dans le barrage). Dans ces zones, les bactéries sulfato-réductrices méthylent le mercure et le rendent plus toxique et très biodisponible. Ainsi, le CNRS a montré qu'en profondeur, et en aval du barrage, le mercure est présent sous sa forme méthylée la plus dangereuse à des taux d'environ 25 % du mercure total (0,3 à 0,5 ng/L), soit 25 fois plus qu'en amont de la retenue où le MMHg dépasse rarement 1 % du mercure total. Ce mercure est emporté par le Sinnamary jusqu'à l'océan Atlantique.

Cyanure [modifier]

Le cyanure a été utilisé une seule fois dans les années 1990 en Guyane à la mine d'or de Changement. Grâce à la méthode de "cyanuration en tas", un taux de récupération moyen de 85 % fut obtenu. Dans ce cas on peut alors considérer le gisement comme quasiment stérilisé et éviter l'exploitation de "repasse".

L'avis défavorable du commissaire-enquêteur (CE) sur le dossier ICPE du projet Cambior en Guyane a été essentiellement motivé par « certaines zones d’ombre » non éclaircies par le pétitionnaire, notamment concernant les risques liés aux cyanures.

En Guyane, l'utilisation du Cyanure ne serait techniquement envisageable que pour les exploitation primaires industrielles.

Déforestation [modifier]

Camp d'orpaillage (illégal ?) dans le secteur de la crique Ipoussing

Une autre conséquence de l'exploitation de l'or alluvionnaire est la déforestation qui résulte du remaniement des sols. Ces exploitations étant souvent situées dans les lits mineurs ou majeurs des cours d’eau, qui sont aussi des corridors biologiques naturels, elles contribuent à la fragmentation écologique des écosystèmes. Les sols tropicaux sont toujours fragiles. Sur les sites orpaillés illégalement ils sont totalement détruits : la couche fertile superficielle contenant la matière organique est décapée, et lessivée vers les fleuves ou recouverte de « stériles » (déchets miniers). La loi impose en fin de l'exploitation une réhabilitation. Les sociétés minières remettent en état le site après l'exploitation. Les travaux d'aide à la re-végétalisation réalisées depuis les années 2000 offrent des résultats encourageant.

Dégâts écologiques collatéraux [modifier]

L'exploitation aurifère génère de nombreux impacts indirects.

  • Dérangement de la faune.
  • Perturbation du cycle de l'eau et destruction des écosystèmes aquatiques.
  • Création de pistes.
  • Vols d'hélicoptères et/ou avions (bruit, besoin de pistes, risques liés aux carburants, à l'entretien, aux accidents, etc.).
  • Rejets de déchets divers.
  • Pollution par le plomb, source de saturnisme : Pour des raisons pratiques, les clandestins dispersés dans la jungle consomment beaucoup de viande de brousse chassée au moyens de balles ou grenaille de plomb, souvent par des chasseurs professionnels peu préoccupés par la toxicité des munitions qu'ils utilisent ou par le fait que certaines espèces soient rares, menacées ou protégées par la loi. Cette chasse peut se faire au détriment des ressources des Amérindiens, lorsque ceux-ci sont encore présents sur les sites ou à proximité. En France métropolitaine, le plomb est au moins interdit dans les zones humides.
  • Abandon de déchets et matériaux par les clandestins.

Projet Cambior [modifier]

Dans un contexte de projet de parc national, un grand projet de mine à ciel ouvert, avec bassin de produits cyanurés, déposé par la société Cambior a suscité beaucoup de réactions négatives, de la part d'ONG, d'associations locales et d'élus locaux (vote négatif à l'unanimité du Conseil Régional le 21 juillet 2006, et motion du CESR (Conseil économique et social régional) de Guyane (1er septembre 2006), avec également un avis défavorable du Comité syndical du Parc naturel régional de Guyane (5 mai 2006). Des raisons techniques ont également suscité un avis négatif du commissaire enquêteur lors de l'enquête publique. L’administration a tardivement reconnu l'« éventualité de l’illégalité de l’acte de vente » du terrain (acte signé le 5 août 2005, qui omettait la clause de restitution gracieuse à l’État en fin d’exploitation, pour un prix de vente de 200 €/hectare, n'ayant pas tenu compte de la valeur de l'or présent, et ne correspondant par ailleurs qu'au prix de 7 ans de location… alors que l’article 38 du code minier rappelle qu’une concession minière crée un droit immobilier diffèrent de celui du sol[4]. Suite à une décision de N. Sarkozy[réf. souhaitée], le projet est pour le moment rejeté (mai 2008).

Perspectives [modifier]

Le président Nicolas Sarkozy[5] a annoncé devant la Chambre de commerce et d'industrie de Cayenne, pour 2008, un « schéma départemental d'orientation minière et d'aménagement » qui doit « définir le cadre d'une exploitation de l'or respectueuse des richesses de la biodiversité » et « des zones ouvertes à l'exploitation minière […] et des zones interdites à l'exploitation minière », pour « construire une filière exemplaire en Guyane ».

Le gouvernement devant augmenter la redevance minière pour l'indexer « sur la valeur de l'or des marchés mondiaux ». « Une partie du produit de cette redevance devra d'ailleurs être réservée au financement d'un conservatoire écologique de la Guyane », a ajouté le président.

Le président a aussi promis le déploiement de 1 000 hommes, dont du GIGN, dès la semaine du 17 février 2008, pour une « opération exceptionnelle de sécurisation du territoire ». Une modification du Code minier, du Code des douanes et du Code de procédure pénale devraient accompagner ce dispositif pour renforcer la lutte contre l'orpaillage clandestins (3 000 orpailleurs clandestins selon les statistiques officielles, 8 000 selon les ONG [réf. nécessaire]). [réf. souhaitée] Il s'agit aussi de protéger l'environnement et la santé des Amérindiens. Plus de 70 % [réf. nécessaire] des enfants amérindiens wayana du Haut-Maroni sont déjà victimes d'une contamination mercurielle très supérieures aux normes de l'OMS. En un seul vol de reconnaissance, le 10 février 2008, avec la députée Christiane Taubira, le WWF (World Wildlife Funds) a estimé à 500 le nombre de chantiers d'orpaillage [réf. nécessaire], et, côté surinamien, la situation est pire encore. Les camps sont mieux cachés sous les arbres et les chantiers plus éparpillés selon le WWF. Depuis 2010, on observe une augmentation de l'exploitation clandestines dans l'or primaire. D’après le rapport IEDOM 2011, « un nombre plus important de puits (exploitant l’or primaire) ont été découverts : 172 en 2011 contre 67 en 2010 ». Les exploitation clandestines dans le primaire ne nécessite pas d'ouverture de grands bassins car ils creusent des galeries. Il travaillent donc sous la canopée et sont difficilement détectable par reconnaissance aérienne.


Firmes d'orpaillage [modifier]

Petites entreprises [modifier]

  • CBJ-France [6]
  • Sands Ressources[7]

Grosses compagnies [modifier]

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. 5000 à 8000 selon les estimations les plus courantes, selon un communiqué de Reuters du 8 mars 2008 « Mille hommes engagés en Guyane contre l'orpaillage clandestin »
  2. Créé en février 2007 sur 3,4 millions d'hectares
  3. Guyane française l'or de la honte, Axel May, publié chez Calmann-Lévy en 2007.
  4. Rapport relatif au projet de la Sté CBJ Caïman - Cambior à Roura (Guyane) (Conseil général des Mines et Inspection générale de l'Environnement, 11 octobre 2006)
  5. Discours prononcés lors de sa visite en Guyane du 11 au 12 février 2008, dont devant la CCI et à Camopi
  6. Arrêté du 6 mai 2009 prolongeant la validité et autorisant la mutation d'un permis de recherches de mines en Guyane, JORF, 20 mai 2009
  7. Arrêté du 6 mai 2009 accordant un permis exclusif de recherches de mines d'or en Guyane, JORF, 20 mai 2009.