Moulin

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Moulin (homonymie).
Moulins à vent (Espagne).
Moulins à vent traditionnels ukrainiens
Moulin mu par une roue à aube (moteur hydraulique).
Une meule à main utilisée pour affuter les outils.
Moulin mu par une roue à aube

Un moulin est une machine à moudre les grains de céréales afin de les transformer en farine et, par analogie, une machine à broyer, piler, pulvériser diverses substances alimentaires, pour seulement les fragmenter ou pour en extraire certains produits (huile, café en poudre, semoules, épices moulues, sel fin, sucre...), ou non alimentaires (plâtre, gypse, fibres textiles, tabac…).

Le moulangeur, amoulangeur ou emmoulageur est le fabricant de meules et par extension le charpentier spécialisé dans la fabrication des moulins[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Du latin molinum issu de mola meule, le moulin désigne une installation pré-industrielle ou semi-industrielle. Il peut être actionné par différentes forces :

  • dans l’Antiquité la force humaine ou animale prévalait, on parle de «moulin à sang»[2].
  • plus tard, l’énergie de l’écoulement de l’eau sur une roue à palettes, à aubes ou l’énergie du vent soufflant sur leurs ailes, animèrent les moulins et fournirent la force motrice des premières industries. Les moulins mus par l'eau constituent un exemple de moteur hydraulique. Ces moulins, basés sur un écoulement à l'air libre comme dans un canal ou une rivière, sont caractérisés par une faible efficacité énergétique. Ils feront l'objet de progrès techniques qui conduiront ultérieurement à l'apparition des turbines.

Le moulin réduit les grains de céréales en farine, ou bien extrait le jus ou le suc de divers produits végétaux (moulin à farine, à huile, à cidre, à tan…).

De nos jours, quelques moulins historiques existent encore [3]; les sites de nombreux anciens moulins ont été reconvertis au XIXe siècle pour fournir de l'énergie à d'autres activités (tissages...) et certains de ces sites sont aujourd'hui équipés pour produire de l’électricité.

Terminologie[modifier | modifier le code]

  • «Molinologie» serait un néologisme inventé en 1965, selon Claude Rivals, par un Portugais qui a organisé le premier symposium européen sur l’histoire des moulins et de leurs techniques.
  • Par extension, le terme désigne l’installation qui anime et abrite le moulin, ou une installation semblable, animant une pompe, un générateur ou tout autre mécanisme rotatif, mu par une force naturelle.
  • Le nom «moulin» est aussi donné à des moteurs hydrauliques animant des foulons, des établissements qui travaillent des végétaux (fibres pour tissus ou papier) ou bien des métaux (martinets), ou encore à d’autres qui assurent l’irrigation.
  • Par analogie avec le mouvement de rotation, le mot «moulin» est aussi utilisé dans le terme «moulin à prières», ainsi que familièrement pour désigner un moteur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période médiévale[modifier | modifier le code]

Le moulin a évolué considérablement durant le Moyen Âge. En effet, dès le Haut Moyen Âge et très nettement à partir du XIIe siècle, on assiste en Europe à une multiplication des moulins à eau. Ces derniers sont utilisés à des fonctions de plus en plus diversifiées et la variété des aménagements hydrauliques qui leur sont associés ne cesse de croître. En majorité destinés aux blés, ils sont équipés de roues horizontales, plus couramment verticales (recevant l’eau au-dessous ou au-dessus). Ces derniers, les plus puissants, sont aussi les plus coûteux du fait de l’engrenage dont ils sont pourvus. Tous sont installés sur la berge d’un bief ou d’un cours d’eau, ou encore sur une embarcation (moulin à nef). Les meules actionnées par la force hydraulique peuvent moudre le blé mais aussi écraser les graines d’œillette, les plantes tinctoriales, broyer le minerai.

À la fin du XIe siècle, plus largement au XIIe siècle, l’usage de plus en plus courant de l’arbre à cames qui transforme le mouvement rotatif en alternatif aboutit à la diffusion des moteurs hydrauliques industriels qui pilent et martèlent : moteurs à foulon, à tan, à fer, puis au cours du XIIIe siècle, à papier. Sur les côtes anglaises et des Pays-Bas au Portugal, les moulins à marée sont fréquents à partir du XIIe siècle. Dans le même temps, la force du vent est maîtrisée pour moudre des céréales dans les moulins sur pivot puis dans des moulins-tours. Pour certaines activités, l'usage du moulin à sang (énergie humaine et animale) domine encore à la fin du Moyen Âge : c’est le cas pour le broyage des olives.

Ancien Régime[modifier | modifier le code]

En France, sous l'Ancien Régime, le moulin, comme le pressoir ou le four à pain étaient soumis aux droits banals. Ils étaient construits et entretenus par le seigneur et les habitants (serfs) étaient contraints de l'utiliser, contre paiement de surcroît. C'était une forme de monopole. Dans le droit communal ces biens sont partagés entre les citoyens. C'est la Révolution de 1789 qui abolit ces privilèges seigneuriaux.

Sous le régime seigneurial, au Québec, seul le moulin à farine était soumis au droit de banalité. Ce droit a été aboli en 1854.

Métiers autour du moulin[modifier | modifier le code]

En français, celui qui fait tourner un « moulin » est un « meunier ». Le patronyme correspondant, très répandu (aussi localement Monnier, Lemonnier), connaît des variantes selon les langues régionales : molinièr (prononcer « moulinié » [muli’ɲe] ou molièr prononcer « moulié » [mu’ʎe]) en langue d'oc, müller en alsacien, etc.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la tradition populaire, les meuniers ont une certaine réputation... et la belle qui s’endort au tic-tac du moulin y est une histoire très répandue. Lorsqu’elle se réveille, « son petit sac est plein, elle a la mouture plein la main ». Il y a souvent une vieille qui arrive alors, à qui le meunier refuse le même service[réf. nécessaire].

Meunier tu dors est une chanson traditionnelle française qui évoque les risques liés au moulin qui tourne trop vite (explosion due aux étincelles et aux fines particules, casse des ailes). Elle illustre aussi bien la tâche difficile qui attendait le meunier du moulin à vent : il lui fallait travailler 24 heures sur 24 pour profiter du vent, et il devait surveiller sans cesse les caprices du vent pour changer l'orientation des ailes au besoin.

Calendrier[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Gauvard, Claude (dir.), De Libera, Alain, Zink, Michel, Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Quadrige/PUF, 2002, p. 949-950.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Inventaire des technologies
  • Jean Bruggeman, Moulins, Collection « patrimoine vivant » de l’Union Rempart
    L’auteur aborde ce sujet sous l’aspect technique, architectural, technique et humain
  • Jean Orsatelli, Les Moulins à vent et à eau, Marseille, Lafitte,‎ 1re éd. 1987-4e éd.1995, 196 p.
Hydrologie
  • S. Caucanas, Moulins et irrigation en Roussillon au Moyen Âge, IXe au XVe siècle,‎ , 300 p.
  • P.L. Viollet, L’hydraulique dans les civilisations anciennes, 5 000 ans d’histoire,‎ , 376 p.
Martinets
  • Robert Lapasset, L’industrie du fer dans les Pyrénées Orientales et ariégeoises au XIXe siècle, Conflent n°129,‎
  • E. Peyronnet, Les anciennes forges de la région du Périgord, Bordeaux,‎ , 356 p.
  • Catherine Verna, Les Mines et les Forges des Cisterciens en Champagne méridionale et en Bourgogne du Nord et en Bourgogne, XIIe-XVe siècle, Paris, Vulcain(AEDEH/),‎ , 96 p.
Minoterie
  • Maurice Chassain, Moulins de Bretagne, Spézet (éd. Keltia Graphic),‎
Papier
  • J. -M. Janot, Les moulins à papier de la région vosgienne, Nancy,‎
  • Alexandre Nicolaï, Histoire des moulins à papier du sud-ouest de la France, 1300-1800, Périgord, Agenais, Angoumois, Soule, Béarn, G. Delmas,‎
Autres
  • Le Monde des Moulins éditeur=FDMF,, 32 p. (ISSN 1762-1313)
    magazine destinés aux passionnés des moulins et du patrimoine meulier, trimestriel, format à l'italienne, impression écologique, couleur.
  • Claude Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine, Fédération française des associations de sauvegarde des moulins, route d'Avenay cidex 22, 14210 Evrecy
    coffret 4 fascicules (Moulin à eau, Moulin à vent, Moulin nef, Moulin à marée)
  • Françoise Varenne, Un moulin occitan va devenir centre culturel », Pour protéger la mémoire des meuneries, Figaro,‎
  • Concours départemental de photographie sur le thème : Les moulins dans les Alpes-maritimes (moulins à grains et à huile), Nice, CAUE 06,‎
  • Revue Moulins de France, FFAM, route d'Avenay cidex 22, 14210 Evrecy, 40 p.
    revue spécialisée trimestrielle, pages couleurs


Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Boutet, La France en héritage. Dicitonnaire encyclopédique, Métiers, coutumes, vie quotidienne 1850-1960, Librairie Académique Perrin,‎ 2007, p. 35
  2. Claude Gindin, « Les moulins de la République », Annales historiques de la Révolution française. no 290, 1992. p. 590
  3. Exemple du moulin de Courtelevant dans le Territoire de Belfort[1]
  4. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 29.