Jacques Rigaut

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rigaut.

Jacques Georges Rigaut, né dans le 7e arrondissement de Paris le [1] et mort par suicide le à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), est un écrivain dadaïste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un cadre du grand magasin Le Bon Marché, il est d’abord un élève brillant au lycée Montaigne, où il obtient un prix de récitation et de français, puis il devient passable et dissipé au lycée Louis-le-Grand où il se fait remarquer par son excentricité.

En décembre 1916, il devance l'appel et s'engage dans l'armée. D'abord affecté au service automobile à Paris, il part au front, en Lorraine, au début de l'année 1918. Après l'armistice, il reste sous les drapeaux jusque fin 1919. De retour à Paris, il commence à fréquenter les milieux littéraires et devient l'ami de Drieu La Rochelle qui en fera le héros de La Valise vide, puis du Feu follet et de L'Adieu à Gonzague. Il rencontre le peintre mondain Jacques-Émile Blanche qui l'engage comme secrétaire.

Ses premiers écrits, Propos Amorphes, sont publiés en 1920 alors qu'il entre en contact avec les membres du groupe Dada.

Dandy désargenté, vivant chez ses parents, il devient un grand consommateur d’opium, de cocaïne et d'héroïne. En 1922, il rejoint Tristan Tzara et quitte les surréalistes.

En 1924, il rencontre Gladys Barber, une jeune Américaine fortunée qu’il suit à New York. Il rentre à Paris peu après, avant de repartir pour New York début 1925. Il épouse Gladys Barber en janvier 1926, mais elle le quitte rapidement, lassée de sa toxicomanie. Il vit misérablement à New York jusqu’en novembre 1928, date à laquelle il revient à Paris et reprend une vie mondaine dans une maison prêtée par le surréaliste Paul Chadourne. Il entreprend une série de cures de désintoxication.

Le 6 novembre 1929, dans une maison de repos de Châtenay-Malabry appelée « La Vallée aux loups », Jacques Rigaut se suicide d’une balle tirée en plein cœur. Il est enterré au Cimetière de Montmartre.

Regard sur l'œuvre[modifier | modifier le code]

Jacques Rigaut est à bien des égards un précurseur d'une forme d'écriture fragmentaire. On le verra notamment dans la publication de ses aphorismes dans la revue Little review en 1923.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Lord Patchogue. La Nouvelle Revue Française n°203, août 1930, Paris. Réédition Les éditions du Chemin de fer, 2011, avec des illustrations de Frédéric Malette et une postface de Jean-Luc Bitton.
  • Papiers Posthumes. Au "Sans Pareil", février 1934, Paris.
  • Agence Générale du Suicide. Jean-Jacques Pauvert, 1959, Paris.
  • Agence Générale du Suicide. Éric Losfeld, Le Terrain vague, 1967, Paris.
  • Écrits. Édition établie et présentée par Martin Kay, N.R.F. Gallimard, 1970, Paris.
  • Et puis merde !, Paul ChadournePierre Drieu La Rochelle - Jacques Rigaut, Les Libraires Entre Les Lignes, 1998, Paris.

Ce cadavre exquis, écrit à six mains, date sans doute de 1926. On le suppose rédigé lors d'une nuit arrosée au Café de Madrid à Guéthary. Dédié au « Chinois Inconnu », ce court texte multiplie provocations et impertinences diverses.

  • Le jour se lève, ça vous apprendra, Cent pages, Coll. "Cosaques", 2009.
  • Lord Patchogue, Editions du chemin de fer, postface de J.-L. Bitton, illustrations de Frédéric Malette, 2011.

Peinture[modifier | modifier le code]

Quoi, Qui, Quand, trois tableaux exposés au salon Dada de 1921.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Emak Bakia. Film 35 mm, noir et blanc. Durée 7 minutes. Cinépoème réalisé par Man Ray. Interprété par Rose Wheeler, Kiki et Jacques Rigaut. 1926.
  • Louis Malle se réfère à Jacques Rigaut lorsqu'il tourne en compagnie de Maurice Ronet le film Le Feu follet. Il le cite comme point de départ de ce premier film vraiment personnel austère et essentiel et résume sa situation en décrivant un adolescent à qui la vie d'adulte est impossible à concevoir et dont le suicide est un choix de vie[2].

Télévision[modifier | modifier le code]

Dans la série télévisée américaine Criminal Minds (en VF "Esprits criminels") - dont tous les épisodes commencent et se terminent par une citation - l'épisode 4 de la saison 1, intitulé "Plain Sight" (en VF "Les Yeux Dans Les Yeux"), commence par cette citation de Jacques Rigaut : "Don't forget that I cannot see myself. My role is limited to being the one that looks in the mirror." (n'oubliez pas que je ne peux pas voir qui je suis, et que mon rôle se limite à être celui qui regarde dans le miroir).

Quelques citations de l'auteur[modifier | modifier le code]

« Le merveilleux n'est pas rare, l'incrédulité est plus forte que les miracles. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« Essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Pensées

« On n'a qu'une chose à soi, c'est son désir. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« Les amours de mes amis sont mes amours. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« La vie ne vaut pas le coup qu’on se donne la peine de la quitter. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« Je serai un grand mort. »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« Il n’y a de progrès, de découverte que vers la mort, il n’échappe à personne que l’adage tous les chemins mènent à Rome est une sorte de calembour, Rome ne pouvant signifier que mort que l’on a retourné . »

— Jacques Rigaut - Extrait des Écrits

« Le suicide doit être une vocation. »

— Jacques Rigaut - Extrait Littérature

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anon, « Jacques Rigaut », La Révolution Surréaliste, n° 12, 15 décembre 1929
  • Jacques-Émile Blanche, « Sur Jacques Rigaut », Les Nouvelles Littéraires, Paris, 11 janvier 1930
  • André Breton, Anthologie de l'humour noir, Sagittaire, Paris, 1940 ; rééd. Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1966
  • Laurent Cirelli, Jacques Rigaut, portrait tiré, Le Dilettante, Paris, 1998
  • Patrice Delbourg, « Jacques Rigaut, Brummell suicidaire », in Les Désemparés – 53 portraits d’écrivains, Le Castor Astral, Paris, 1996
  • Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet (roman dont le héros Alain s'inspire à la fois de Drieu la Rochelle et de Rigaut), Gallimard, Paris, 1931 ; rééd. suivi de Adieu à Gonzague (confession dans laquelle Drieu s'adresse à son ami mort), Gallimard, Paris, 1972
  • Edmond Jaloux, « L'Esprit des livres - Papiers posthumes, par Jacques Rigaut », Les Nouvelles Littéraires, Paris, 16 juin 1934
  • Man Ray, Autoportrait, Laffont, Paris, 1964
  • Maurice Martin du Gard, Les Mémorables, Gallimard, N.R.F., Paris, 1999
  • Jacques Porel, Fils de Réjane, t. II, Plon, Paris, 1952
  • Georges Ribemont-Dessaignes, Déjà jadis ou Du mouvement Dada à l'espace abstrait, Julliard, coll. Les Lettres nouvelles, Paris, 1958 ; rééd. Union générale d’éditions, 10-18, Paris, 1973
  • Romi, Suicides passionnés, historiques, bizarres, littéraires, éditions Serg, 1964
  • Michel Sanouillet, Dada à Paris, Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1965 ; rééd. Flammarion, Paris, 1993 ; CNRS, Paris, 2005
  • Philippe Soupault, Vingt mille et un jours, entretiens avec Serge Fauchereau, Belfond, Paris, 1980
  • Philippe Soupault, Mémoires de l'oubli (1914-1923), t. I, Lachenal et Ritter, Paris, 1981
  • Philippe Soupault, En joue ! (roman dont le protagoniste emprunte des traits à la fois à Jacques Rigaut, René Crevel et Pierre Drieu la Rochelle), Grasset, Paris, 1925 ; rééd. revue et préfacée par l’auteur, Lachenal & Ritter, Paris, 1984
  • Vincent Teixeira, Assez, j'y vais, j'y erre - Arthur Cravan, Jacques Vaché, Jacques Rigaut, trois « gais terroristes » dans les lettres françaises, Fukuoka University Review of Literature and Humanities, XLV/I-II, septembre 2013
  • Alain & Odette Virmaux, Cravan, Vaché, Rigaut, suivi de Le Vaché d'avant Breton : choix d'écrits et de dessins, Rougerie, Mortemart, 1982

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris, état-civil numérisé du 7e arrondissement de Paris, registre des naissances de l'année 1899, acte no 3 du 2 janvier 1899 (vue 1/2 de la numérisation). L'enfant est né le 30 décembre précédent à 2h du matin au domicile de ses parents situé au no 14 du Boulevard Raspail. Il est le fils de Georges-Maurice Rigaut, inspecteur au Bon Marché, et de Madeleine-Berthe Pascal.
  2. Philip French, Conversations avec Louis Malle, Denoël, 1993.

Liens externes[modifier | modifier le code]