Pierre Drieu la Rochelle

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Pierre Drieu la Rochelle

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Drieu la Rochelle dans son bureau

Activités écrivain
Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 52 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Genres roman, essai, journal

Œuvres principales

Le Feu follet (1931)
Rêveuse bourgeoisie (1937)
Gilles (1939)

Pierre Eugène Drieu la Rochelle, né le dans le Xe arrondissement de Paris[1] et mort dans la même ville le , est un écrivain français.

Ancien combattant de la Grande guerre, romancier, essayiste et journaliste, dandy et séducteur, européiste avant la lettre, socialisant, puis fascisant, il fut de toutes les aventures littéraires et politiques de la première moitié du XXe siècle et s'engagea en faveur de la Collaboration durant l'Occupation de la France par l'Allemagne nazie.

Directeur de La Nouvelle Revue française à la demande de Gaston Gallimard, en remplacement de Jean Paulhan qui devient son assistant et son ami, Drieu sauve la vie de plusieurs écrivains prisonniers parmi lesquels Jean-Paul Sartre, qu'il fait libérer, et Jean Paulhan, qu'il a aidé à s'enfuir.

Très séduisant, son mal-être avec les femmes se manifeste par une sorte d'impuissance à trouver du plaisir. Louis Aragon n'est pas insensible à son charme : malgré leurs opinons politiques qui deviendront opposées par la suite, on retrouve les traits de Drieu dans le personnage de Aurélien de Louis Aragon.

Les œuvres de Drieu ont pour thèmes la décadence d'une certaine bourgeoisie, l'expérience de la séduction et l'engagement dans le siècle, tout en alternant l'illusion lyrique avec une lucidité désespérée, portée aux comportements suicidaires. Le Feu Follet (1931), La Comédie de Charleroi (1934) et surtout Gilles (1939) sont généralement considérés comme ses œuvres majeures.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cité Malesherbes où est installée la famille Drieu la Rochelle

Son père, avocat, est issu d'une vieille famille normande, sa mère Eugénie-Marie Lefèvre est la fille d'un architecte. Installée dans la Cité Malesherbes, la famille est déchirée par les problèmes conjugaux et les questions financières.

Le père est retourné chez sa vieille maîtresse après avoir dilapidé la dot de sa femme. Le père de madame est le seul refuge affectif de l'enfant[2].

Nourri par la lecture de Stendhal et de Barrès notamment, il a très tôt le goût de l'écriture. Il entre à l'École libre des sciences politiques et se destine à une carrière dans la diplomatie. Contre toute attente, il échoue à l'examen de sortie et songe à se suicider.

Le garçon a beaucoup de mal à comprendre les dreyfusards et antidreyfusards, et l'antisémitisme virulent de sa grand mère Lefèvre le fait douter. Il a douze ans lorsqu'éclate le scandale des fiches du général André : le conservatisme de sa famille s'exprime alors très ouvertement[3].

Le combattant de la Grande guerre[modifier | modifier le code]

Il est mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale et vit son expérience au front sur un mode nietzschéen (il a emporté le Zarathoustra avec lui). Blessé à trois reprises, il s'inspirera de cette expérience pour ses premiers textes comme Fond de cantine et, plus tard, La Comédie de Charleroi, recueil de nouvelles publié en 1934.

Il épouse en 1917 la sœur d'un condisciple d'origine juive, Colette Jéramec (1896-1970), dont il divorcera en 1925. Dans ses carnets d’étudiant, il avait écrit : « Deux êtres que je passerai ma vie à découvrir : la femme et le Juif[4]. »

D'abord attiré par le pacifisme, il se mêle aux surréalistes dans les années 1920 lorsque sa femme Colette lui présente Louis Aragon avec lequel il se brouillera en 1925 pour une femme. Il inspirera plus tard à Aragon le personnage d'Aurélien[5]. Son admiration pour Aragon le tient à l'écart de toute tentation d'adhésion à l'Action française. Selon Dominique Desanti, ce n'est que beaucoup plus tard que Drieu sera tenté par les théories nationalistes[6].

L'ami des dadaïstes et des surréalistes[modifier | modifier le code]

L'épisode de son adhésion au mouvement Dada en compagnie de Louis Aragon, compagnon de route, avec qui il est alors ami, est très mal connu du grand public[7]. Il assiste aux réunions chaque fois que ses conquêtes féminines lui en laissent l'occasion. En juin 1921, Maurice Martin du Gard brosse un portrait de Drieu qui sait faire « une grâce de sa muflerie », « dont la tendresse sérieuse est gênante », et qui a une « allure de somnambule extralucide ». Martin du Gard est fasciné par ce garçon qu'il emmène dans les bars et les boîtes de nuit. Mais Drieu prouve qu'il n'est pas le dilettante que l'on croit.

Lors du procès de Maurice Barrès, il est présent le vendredi 13 mai 1921 dans la salle des Sociétés savantes louée par les Dadas rue Serpente. Une sorte de procès de Barrès est organisé avec André Breton déguisé en président du tribunal, tandis qu'Aragon joue les avocats et Georges Ribemont-Dessaignes le procureur. Très vite, la pagaille éclate dans la salle où Tristan Tzara chante en roumain, le futuriste Giuseppe Ungaretti proteste en vain. Lorsque André Breton lui demande s'il a été voir Barrès, Drieu répond que oui ; pourtant, il refuse la condamnation demandée par Breton. Après les premières réponses évasives de Drieu, un jeu de questions-réponses s'instaure entre Drieu et Breton. Celui qui régnait déjà sur les dadas surréalistes lui dédicace son livre Clair de terre avec cette phrase : « À Pierre Drieu la Rochelle. Mais où est Pierre Drieu la Rochelle [8]?».

Drieu assiste aussi aux réunions du groupe Littérature, une revue à laquelle le jeune auteur collabore. Il est encore au théâtre de l'Œuvre lorsque Breton apparaît sur scène en homme-sandwich avec le Manifeste DaDa et des vers de Picabia. Toutes ces pantalonnades à but littéraire laissent Drieu amer. Il écrit dans son journal que le statut d'écrivain qu'on lui prête est une imposture puisqu'il n'a publié aucun livre[8].

Le jeune Européen[modifier | modifier le code]

Pour se connaître et se décrire, Drieu confie à Mauriac son projet d'écrire un livre intitulé Histoire de mon corps. Le projet n'aboutira pas, mais l'aspect autobiographique se retrouvera dans État civil en 1921. Il se fait connaître, en 1922, par un essai remarqué sur l'affaiblissement de la France après la Grande guerre, Mesure de la France. Sans se départir complètement d'un nationalisme classique, il y apparaît comme occidentaliste et philosémite[9] : « Je te vois tirant et mourant derrière le tas de briques ; jeune Juif, comme tu donnes bien ton sang à notre patrie[10]. »

Il publie en 1925 son premier roman, L'Homme couvert de femmes, qui comporte une forte part d'autobiographie. Sur le plan politique, il esquisse l'année suivante dans La Revue hebdomadaire le programme pour une Jeune Droite qui se veut au-dessus des partis, républicaine et démocratique, « Car les hommes ne doivent pas compter sur un homme pour se tirer d'affaire, […] il faut que l'élite en France se sauve d'elle-même. » Elle se veut aussi anti-militariste, déiste mais anticléricale, unie, mais ennemie de l'intolérance. Ce programme et le mot droite ne choquent pas son ami André Malraux[11].

Malraux et Drieu se retrouvent souvent chez leur ami commun Daniel Halévy, auquel Drieu avait consacré en 1923 un éloge de son livre sur Vauban[note 1]. Malraux a déjà publié dans la NRF La Tentation de l'Occident qui semble répondre au jeune européen et à l'ensemble des textes publiés sous le titre Genève ou Moscou, que Drieu publie en 1927 dans les Cahiers verts (Grasset) dirigés depuis 1921 par Daniel Halévy. En gros, Malraux et Drieu ont une profonde communauté de dessein, même si les divergences politiques restent sous-jacentes. Ce n'est qu'à partir de 1934 que Drieu saura que l'esprit de Genève est perdu. Il croira alors que le socialisme européen ne peut arriver que par le fascisme[12]. Cependant, il mettra un certain temps à abandonner l'idée de regrouper les jeunes gauches qu'il a conçue avec Gaston Bergery, mais qui ne débouche sur rien de concret.

Malgré les avances des membres de l'Action française qui invitent Drieu à se joindre à eux, le jeune écrivain reste en retrait, d'autant qu'Aragon, avec lequel il va bientôt se brouiller pour une question de femme, le prévient : « Tu sais que je tiens les gens de l'action française pour des crapules[13]. »

Drieu est dans une position impossible, contradictoire, entre l'Action française dont les idées l'attirent d'une certaine manière, le socialisme de Léon Blum, et le conservatisme moderniste de Joseph Caillaux[14].

En 1924, Drieu est encore très lié avec les surréalistes. À Guéthary où il a loué une maison, séjournent ensemble, ou successivement : Philippe Soupault, Paul Éluard, Aragon, Jacques Rigaut, André Breton, Roger Vitrac, René Crevel, Robert Desnos, Max Ernst. Bien que Drieu ne partage pas leurs opinions, il accueille tout le monde[15].


L'homme couvert de femmes[modifier | modifier le code]

Victoria Ocampo, la fidèle amie, femme de lettres argentine.

Dès 1925, Drieu mène une vie mondaine sans répit. Il fréquente les salons avec sa maîtresse, la comtesse Isabel Dato[note 2] et il multiplie les conquêtes féminines. Il assiste d'abord aux dîners NRF auxquels il se rend avec sa maîtresse Isabel Dato. Mais en février 1929, il rencontre chez la comtesse Isabel Dato la femme de lettres argentine Victoria Ocampo, avec laquelle il a une courte liaison. Ils entretiendront par la suite une longue correspondance en dépit de leurs divergences idéologiques[16].

Marié deux fois, il divorce aussi deux fois : son mariage d'intérêt contracté en 1917 avec Colette Jéramec, qu'il n'appréciait déjà plus, prend fin en 1925 (il la fera néanmoins libérer du camp de Drancy en 1943 ainsi que le fils et le frère de celle-ci[17]), et sa seconde union en 1927 avec la fille d'un banquier Polonais ruiné, Olesia Sienkiewicz (1904-2002), se solde par une séparation dès 1929 et un second divorce en 1933. Au milieu des années 1930, il deviendra l'amant de Christiane Renault, l'épouse de l'industriel Louis Renault, et évoquera cette liaison de manière romancée dans Béloukia. Mais cette soif de séduction cache un problème sexuel et psychologique dont on a peu parlé[18], et sur lequel Pierre Assouline donne quelques pistes de réflexion à la lecture des Notes pour un roman sur la sexualité publié chez Gallimard « L’homme que l’on disait couvert de femmes était hanté par l’impuissance, le contact charnel, la souillure féminine, les dangers des débordements sensuels, les caresses, la fellation et une homosexualité difficilement refoulée. Agité de tourments du même ordre, Cesare Pavese se donna la mort, lui aussi, mais non sans laisser, lui, un chef d’œuvre intitulé Le Métier de vivre[19] ». Parmi ses conquêtes se trouve Suzanne Tezenas qui eut une liaison avec Nicolas de Staël[20].

Entre 1929 et 1931, toujours en compagnie d'une de ses maîtresses, Drieu assiste aux dîners de la NRF tantôt chez Paulhan, tantôt chez Arland, et il se retrouve avec le gratin du monde littéraire, notamment André Malraux, Jean Guéhenno, François Mauriac, Georges Bernanos et bien d'autres dont les idées ne vont pas développer le fascisme de Drieu, qui n'est d'ailleurs toujours pas très évident[21].

L'intellectuel qui se cherche[modifier | modifier le code]

Avant le tournant de 1934, il cultive encore des idées républicaines et progressistes. En 1931, il se moque vigoureusement des théories racistes[22]. La même année, il expose une appréciation positive d'André Gide, "plus discrètement, plus profondément, plus raisonnablement français que nos francophiles de France", "un philosophe au sens socratique du mot, ou un honnête homme"[23]. En juin 1933, Bernard Lecache le salue parmi les personnalités qui, au côté de la LICA, mènent le combat contre l’antisémitisme et le fascisme[24],[25].

Après un voyage en Argentine, le 6 janvier 1934, où il est accueilli chaleureusement par Jorge Luis Borges, Drieu peut mesurer l'importance de sa réputation littéraire, notamment celle du Feu follet[26]. Tandis qu'en France la critique est mesurée, à Buenos Aires les articles abondent. Avec son ami Emmanuel Berl et Gaston Bergery, il a l'idée d'un parti qui unirait les jeunes gauches, plus toniques que les socialistes, moins inféodés que les communistes. Drieu mettra longtemps à abandonner tous ces groupes. Il participe à des rassemblements du Mouvement pour l'antifascisme, rassemblement dit Amsterdam-Pleyel auquel assistent également des membres de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires dont Aragon et Malraux sont des membres assidus[27]. À cette époque les hommes de sa génération cherchaient de droite et de gauche un apaisement à leur mauvaise conscience. Bernanos venait de prendre position ouvertement en faveur de l'Espagne républicaine[note 3] Ceux du groupe de Drieu et de Bertrand de Jouvenel cherchent à construire une mythologie complexe et irréaliste (noblesse, chevalerie, amour courtois…)[28]. Il développera plus tard (1941) ces idées dans Notes pour comprendre le siècle, les conversations avec Emmanuel Berl, Bertrand de Jouvenel, Gaston Bergery, Emmanuel d'Astier de La Vigerie.

En 1933, ses amis, Malraux surtout, tentent d'intéresser Drieu au combat contre Hitler qui vient de prendre le pouvoir. L'incendie du Reichstag alimente la légende des terroristes communistes alors que ce sont les SA (sections d'assaut) qui ont propagé l'incendie allumé par van der Lubbe. Drieu, déjà fasciné par les démonstrations de force hitlériennes, ne s'intéresse pas à ces manipulations de l'opinion[29].

Le socialiste fasciste[modifier | modifier le code]

Dans les semaines qui suivent les manifestations du 6 février 1934, il va à Berlin avec son ami Bertrand de Jouvenel, lequel est très engagé dans une amitié franco-allemande, et il souhaite une « renaissance nationale et sociale »[30]. Drieu est invité par le cercle du Sohlberg ; l'homme qui l'accueille, Otto Abetz, admire ses écrits et lui demande une conférence. À la suite de son voyage à Berlin, Drieu cherche à faire admettre le fascisme à ses amis de la gauche, mais il est violemment rejeté. Une succession de scandales ont contribué à rendre l'atmosphère étouffante : l'affaire Marthe Hanau (la banquière des années folles 1928), suivie de l'affaire Stavisky[31]. Les manifestations se sont succédé jusqu'au 6 février 1934. Les jeunes rêveurs Gilles et Aurélien qui faisaient partie de la personnalité de Drieu disparaissent. Drieu se tourne vers les mouvements d'anciens combattants et il se déclare à la fois « socialiste » et « fasciste », voyant dans ce syncrétisme idéologique une solution à ses propres contradictions et un remède à ce qu'il regarde comme la décadence occidentale.

En octobre 1934, il publie l'essai Socialisme fasciste, et se place dans la lignée du premier socialisme français, celui de Saint-Simon, Proudhon et Charles Fourier. Ces textes sont échelonnés de 1933 à 1934. Tout cela le conduit à adhérer en 1936 au Parti populaire français, fondé par Jacques Doriot, et à devenir, jusqu'à sa rupture avec le PPF au début de 1939, éditorialiste de la publication du mouvement, L'Émancipation nationale. Parallèlement, il écrit ses deux romans les plus importants, Rêveuse bourgeoisie et Gilles. Il est membre du Comité de direction de l'Association du Foyer de l’Abbaye de Royaumont. Mais au momentt même où les totalitarismes s'affermissent, Drieu imagine que peu à peu, l'État totalitaire se disloque[32]. Il ne voit plus aucune différence entre mussolinisme, hitlérisme, et stalinisme. Selon Dominique Desanti :

« tout le Drieu de la défaite et de l'Occupation se trouve inclus dans Socialisme fasciste. »

Dès 1934, Drieu sait qu'il n'y a pas de salut pour ceux de son espèce

« Nous autres, les conciliateurs, les faiseurs de nœuds, il y a des balles pour nous aussi, et tant d'injures que c'en est une plénitude[33]. »

Julien Benda, auteur de La Trahison des clercs, applaudit la noblesse d'âme de Drieu, contredisant ainsi les idées qu'il expose dans son livre[34].

Le directeur de la NRF[modifier | modifier le code]

De 1925 à juin 1940, Jean Paulhan dirige la NRF, principale revue littéraire d'Europe, signant un certain nombre d'articles sous le pseudonyme de Jean Guérin[35]. Mais en 1940, les éditons Gallimard sont mises sous scellés, des livres à l'index : il y a trop de juifs, trop de communistes, trop de francs-maçons selon les autorités allemandes[36]Otto Abetz, ambassadeur allemand ami de Pierre Drieu La Rochelle, propose à Jean Paulhan de continuer à diriger la revue, ce que Paulhan refuse, vu le nombre d'écrivains écartés. Cependant il accepte de collaborer avec Drieu qui sera directeur à sa place. Drieu voit dans la NRF un pis aller. Il prend la direction de la revue avec un contrat confortable et l'assurance de l'appui de Paulhan. Le dandy aux idées « nationales socialistes » dresse la liste des écrivains prisonniers, dont Sartre fait partie, et obtient leur libération. Paul Léautaud découvre avec effarement que Paulhan éprouve une vive sympathie pour Drieu[37] qu'il décrit à Gaston Gallimard comme « un garçon plutôt timide, très droit, très franc ». « Il était déjà antisémite avant la guerre. Il n'y aura plus aucun juif dans la revue dit Paulhan[38] ». Paulhan se dit anti-pacifiste, anti-démocrate, anti-républicain et il n'a aucun goût pour le libéralisme. Son goût du paradoxe va loin, Drieu le trouve surréaliste[39].

En attendant, les deux hommes doivent se battre pour former un comité d'écrivains : Louis Aragon refuse de participer, Paul Claudel demande que soit d'abord évincé ce putois de Montherlant… Et pour couronner le tout, Paulhan est dénoncé à la Gestapo : il devra s'enfuir avec l'aide de Drieu. Toutefois, sa réflexion sur le « fascisme » de Drieu est assez nuancée. Il lui écrit :

« J'en conclus que s'il se révélait, du jour au lendemain, une France, - jusqu'ici secrète par force- mais spartiate, mais « militaire », mais disciplinée, vous cesseriez aussitôt d'être collaborationniste. Puisque vous ne le restez que faute de cette France-là. Si cette France se prépare, à vrai dire, je n'en sais trop rien. Amicalement »

Le collaborationniste désabusé[modifier | modifier le code]

À partir de 1943, Drieu La Rochelle, revenu de ses illusions qu'il expose d'abord dans L'Homme à cheval - une fable sur les rapports entre l'artiste et le pouvoir - puis dans Les Chiens de paille - où il se représente sous les traits d'un ancien anarchiste nommé Constant -, tourne ses préoccupations vers l'histoire des religions, en particulier les spiritualités orientales. Dans un ultime geste de provocation, il adhère pourtant de nouveau au PPF, tout en confiant à son journal secret son admiration pour le stalinisme qu'il compare au catholicisme. Dans ce même journal, il n'évoque pas certains aspects de sa vie privée comme le fait qu'il soit devenu, à la demande de Josette Clotis, la compagne d'André Malraux, le parrain d'un de leurs deux enfants.

À la Libération, il refuse l'exil ainsi que les cachettes que certains de ses amis, parmi lesquels André Malraux, lui proposent. Il tente de se suicider le 11 août 1944 avec du luminal, puis fait une seconde tentative quatre jours plus tard en s'ouvrant les veines. Après deux suicides manqués, il se donne la mort le en avalant du gardénal[40]. Lucien Combelle a été l'un des derniers témoins de son suicide[41]. Drieu est enterré dans le vieux cimetière de Neuilly-sur-Seine.

Postérité[modifier | modifier le code]

Ses œuvres ont été éditées dans la bibliothèque de la Pléiade en avril 2012. Malgré sa réputation sulfureuse qui alimentait les clichés faciles et qui a déchaîné dans la presse des articles outrés (« un collabo au Panthéon[42] » titre une journaliste de Marianne), d'autres plus nuancés[43], Philippe Sollers se demande s'il faut craindre une réhabilitation de Drieu la Rochelle avec cette édition « (...) Faut-il craindre, avec cette Pléiade, on ne sait quelle réhabilitation qui favoriserait le fascisme en France ? Des imbéciles automatiques ne manqueront pas de le dire, mais, à s’en tenir là, on est dans Pavlov, et on sait bien que le silence et la censure ne font qu’aggraver les fantasmes[44]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sauf précision contraire, les œuvres de Drieu la Rochelle ont été publiées par Gallimard, à Paris

  • Interrogation, 1917. (recueil de 17 poèmes)
  • Fond de cantine, 1920. (recueil de 25 poèmes)
  • État civil, 1921. (récit autobiographique)
  • La Valise vide 1921; (nouvelle, contenue dans Plainte contre inconnu)
  • Mesure de la France, préface de Daniel Halevy ; Grasset, coll. « Les Cahiers verts », 1922. (essai)
  • Plainte contre inconnu, 1924. (recueil de 4 nouvelles)
  • L'Homme couvert de femmes, 1925. (roman)
  • La Suite dans les idées, 1927. (essai)
  • Le Jeune Européen, 1927. (essai)
  • Genève ou Moscou, 1928. (essai)
  • Blèche, 1928. (roman)
  • Une femme à sa fenêtre, 1929. (roman)
  • L'Europe contre les patries 1931. (essai)
  • Le Feu follet 1931, réédité en 1964 avec un court texte inédit retrouvé après sa mort : Adieu à Gonzague. (roman)
  • Drôle de voyage, 1933. (roman)
  • Journal d'un homme trompé 1934. (recueil de 12 nouvelles)
  • La Comédie de Charleroi 1934. (recueil de 6 nouvelles)
  • Socialisme fasciste, 1934. (essai)
  • Béloukia, 1936. (roman)
  • Doriot ou la Vie d'un ouvrier français, Éditions du PPF, Saint-Denis, 1936. (essai)
  • Avec Doriot, 1937. (essai)
  • Rêveuse bourgeoisie, 1937. (roman)
  • Gilles, 1939 (roman, censuré, la version intégrale paraît en 1942).
  • Ne plus attendre, Grasset, Paris, 1941. (essai)
  • Notes pour comprendre le siècle, 1941. (essai)
  • L'Homme à cheval, 1943. (roman)
  • Chroniques politiques (1934-1943), 1943. (essai, chroniques)
  • Charlotte Corday. Le chef., 1944 (théâtre)
  • Les Chiens de paille, 1944 (roman, pilonné, reparaît en 1964).
  • Réédition sous coffret de Une femme à sa fenêtre, Le Feu Follet, suivi de Adieu à Gonzague et de la Valise vide , et Drôle de voyage suivi de La Voix, édité par le Grand Livre du mois 1999

Publications posthumes[modifier | modifier le code]

  • Mémoires de Dirk Raspe, 1944
roman inachevé, publié en 1966
  • Le Français d'Europe, Balzac, 1944
essai, pilonné, réimprimé en 1994
  • Récit secret, suivi de Journal 1944-1945, et d'Exorde, 1951.
  • Histoires déplaisantes, 1963
recueil de cinq nouvelles
  • Sur les écrivains, 1964
essais critiques réunis, préfacés et annotés par Frédéric Grover
  • Journal. 1939-1945. Publié en 1992 chez Gallimard.
Texte fourni par son frère Jean, mort en 1986
  • Révolution nationale, Éditions de l'Homme libre, 2004.
articles parus dans Révolution nationale, faisant suite à ceux publiés dans Le Français d'Europe
  • Notes pour un roman sur la sexualité, suivi de Parc Monceau, Gallimard, 2008.
  • Textes Politiques 1919-1945, Éditions Krisis, 2009
présentation par Julien Hervier, édition établie et annotée par Jean-Baptiste Bruneau
  • Lettres d'un amour défunt : Correspondance 1929-1945, Bartillat, 2009,
correspondance avec Victoria Ocampo. Prix Sévigné 2010[45]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

ouvrages biographiques
  • Pierre Andreu, Drieu, témoin et visionnaire, Grasset, coll. « Les Cahiers verts », Paris, 1952.
  • Pierre Andreu et Frédéric Grover, Drieu la Rochelle, Hachette, Paris, 1979 ; réédition à la Table ronde, Paris, 1989.
  • René Ballet, Deux hommes dans le tournant : Roger Vailland et Drieu La Rochelle, Les Cahiers Roger Vailland, 1994.
  • Marie Balvet, Itinéraire d'un intellectuel vers le fascisme : Drieu La Rochelle, PUF, coll. « Perspectives critiques », Paris, 1984.
  • Jean-Baptiste Bruneau, Le cas Drieu. Drieu la Rochelle entre écriture et engagements. Débats, représentations et interprétations de 1917 à nos jours, Paris, Eurédit, 2011
  • Cahier de l'Herne spécial Drieu la Rochelle, collectif, Éditions de l'Herne, Paris, 1982.(Pas d'ISBN)
  • Dominique Desanti, Drieu La Rochelle ou le séducteur mystifié, Paris, Groupe Flammarion,‎ 1978, 476 p. (ISBN 9782080641229) réédition 1992 sous le titre Drieu La Rochelle, du dandy au nazi.
  • Pierre du Bois de Dunilac, Drieu La Rochelle. Une vie, « Cahiers d'histoire contemporaine », Lausanne, 1978.
  • Pierre du Bois de Dunilac, « Des causes et de la nature de l'engagement politique de l'écrivain Pierre Drieu La Rochelle », Cadmos (cahiers trimestriels de l'Institut universitaire d'études européennes de Genève et du Centre européen de la culture), 1978, p. 39-63.
  • Dominique Fernandez, Ramon : mon père ce collabo, Paris, Le Livre de poche,‎ 2010, 768 p. (ISBN 225312964X)
  • Bernard Frank, La Panoplie littéraire, Julliard, 1958 ; Flammarion, 1980.
  • Frédéric Grover, Drieu la Rochelle, Gallimard, coll. « Idées », Paris, 1979.
  • (en) Frédéric J. Grover, Drieu la Rochelle and the fiction of testimony, Berkeley, University of California Press,‎ 1958, 275 p. (lire en ligne)
  • Jean Bastier, Pierre Drieu la Rochelle, Soldat de la Grande Guerre 1914-1918, Albatros, 1989.
  • Arnaud Guyot-Jeannin, Drieu la Rochelle, antimoderne et européen, éd. Remi Perrin, Paris, 1999.
  • Julien Hervier, Deux individus contre l'histoire : Drieu la Rochelle et Ernst Jünger, Klincksieck, Paris, 1990.
  • Solange Lebovici, Le Sang et l'Encre : Pierre Drieu la Rochelle, une psychobiographie, Rodopi, Amsterdam, 1994.
  • Jacques Lecarme, Drieu la Rochelle ou le bal des maudits, PUF, "Perspectives critiques", 2001.
  • Bernard-Henri Lévy, Les Aventures de la liberté, Grasset, 1991 (deuxième partie : « Le temps du mépris »).
  • Jean-Louis Loubet Del Bayle, L'illusion politique au XXe siècle. Des écrivains témoins de leur temps, Economica, Paris, 1999.
  • Victoria Ocampo, Drieu, préface de Julien Hervier, Paris, Bartillat, Paris, 2007 (ISBN 2841004126).
  • Reck (rima D.), Drieu La Rochelle and the picture gallery novel. French modernism in the interwar years ; Baton rouge, Louisiana State U.P., 1990.
  • Jacques Cantier, Pierre Drieu La Rochelle, Librairie Académique Perrin, collection Biographies, 2011, 315p
Dictionnaires de référence

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « M. Daniel Halévy appartient à l'école libérale et en pensant à lui on peut redonner à ce mot de la vigueur ou forcer sa signification. Son libéralisme, en effet, a su se retremper dans l'étude des époques où il fut la manifestation de la vie et d'autre part il l'incline à comprendre des doctrines qui ne promettent que peu de place à la liberté, comme le socialisme ou l'autoritarisme d'Action Française (…). Il fut dreyfusiste avec des précautions et des scrupules qui ne paraissent pas de mise dans un parti. L'apologie pour notre passé indigna un partisan comme Charles Péguy. La position de ces deux hommes l'un par rapport à l'autre est à noter. Péguy est le grand médiateur entre les deux France, entre la France révolutionnaire du XVIIIe et du XIXe siècle et la France réactionnaire du XIXe et du XXe siècle. »lire la suite
  2. deuxième duchesse de Dato, de nationalité espagnole, qui mourra sans être mariée
  3. « Ainsi, l'un des plus grands romanciers et pamphlétaires français - le grand conteur de l'enfance perdue et de la sainteté introuvable, l'écrivain catholique qui dénonça le premier les crimes franquistes et qui, vivant au Brésil depuis 1938 avant d'être rappelé en France par de Gaulle, ne cessa de s'opposer à Hitler, à Mussolini et à Vichy - se trouve réduit, si l'on ose dire, à sa plus simple expression. Citons d'abord les phrases exactes de Bernanos : «Il y a une question juive. Ce n'est pas moi qui le dis, les faits le prouvent. Qu'après deux millénaires le sentiment raciste et nationaliste juif soit si évident pour tout le monde que personne n'ait paru trouver extraordinaire qu'en 1918 les alliés victorieux aient songé à leur restituer une patrie, cela ne démontre-t-il pas que la prise de Jérusalem par Titus n'a pas résolu le problème ? Ceux qui parlent ainsi se font traiter d'antisémites. Ce mot me fait de plus en plus horreur, Hitler l'a déshonoré à jamais. Tous les mots, d'ailleurs, qui commencent par "anti" sont malfaisants et stupides.» Et plus loin : «Je ne suis pas antisémite - ce qui d'ailleurs ne signifie rien, car les Arabes aussi sont des sémites. Je ne suis nullement antijuif (.) Je ne suis pas antijuif mais je rougirais d'écrire, contre ma pensée, qu'il n'y a pas de problème juif, ou que le problème juif n'est qu'un problème religieux. Il y a une race juive, cela se reconnaît à des signes physiques évidents. S'il y a une race juive, il y a une sensibilité juive, une pensée juive, un sens juif de la vie, de la mort, de la sagesse et du bonheur.Bernanos et les bien pensantslire l'article» »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l’état civil de Paris en ligne, 10e arrondissement, acte de naissance no 73, année 1893.
  2. Desanti 1978, p. 33
  3. Desanti 1978, p. 48
  4. Pierre Andreu et Frédéric Grover, Drieu la Rochelle, Paris, éd. Hachette, 1979, p. 67.
  5. Aurélien (préface de l'auteur) : « On a dit que [Aurélien] était moi et c'est moi qui ai dit que c'était Drieu la Rochelle. »
  6. Desanti 1978, p. 127
  7. Desanti 1978, p. 159
  8. a et b Desanti 1978, p. 165
  9. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 247.
  10. Pierre Drieu la Rochelle, Mesure de la France, Paris, éd. Grasset, 1922, p. 13.
  11. Desanti 1978, p. 245
  12. Desanti 1978, p. 254
  13. Desanti 1978, p. 221
  14. Desanti 1978, p. 220
  15. Desanti 1978, p. 207
  16. Philippe Lançon, « Drieu, Ocampo, chevaux d'orgueil », Libération,‎ 20 septembre 2007 (lire en ligne)
  17. "Sans-papiers : L'autre M. Tchernia", L'Express, 4 décembre 2008.
  18. Desanti 1978, p. 15
  19. réflexions sur Notes pour un roman sur la sexualité
  20. Laurent Greilsamer, Le Prince foudroyé, la vie de Nicolas de Staël, Paris, Fayard,‎ 2001, 335 p. (ISBN 2-213-59552-6), p. 230
  21. Fernandez 2010, p. 79
  22. Robert Soucy, « Le fascisme de Drieu la Rochelle », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, avril 1967, p. 66.
  23. « Enquête sur André Gide », Latinité, janvier-avril 1931, p. 103-106.
  24. Bernard Lecache, Le Droit de vivre, juin 1933.
  25. comble du paradoxe : en 1933, l'écrivain est salué par la LICA (ancienne LICRA) pour ses prises de position, bien loin des théories racistes de l'époque
  26. Desanti 1978, p. 279
  27. Desanti 1978, p. 281
  28. Desanti 1978, p. 282
  29. Desanti 1978, p. 283
  30. Desanti 1978, p. 288
  31. Desanti 1978, p. 290
  32. Desanti 1978, p. 303
  33. Desanti 1978, p. 306
  34. Desanti 1978, p. 307
  35. La Pléiade sous l'œil de la NRF dans La Lettre de la Pléiade n⁰ 36, avril-mai 2009, p. 4
  36. .Desanti 1978, p. 358
  37. Desanti 1978, p. 364
  38. Desanti 1978, p. 365
  39. Desanti 1978, p. 371
  40. Jean-Marc Proust, « Comment Pierre Drieu la Rochelle est entré dans la Pléiade », Slate,‎ 9 avril 2012 (lire en ligne)
  41. Il évoque le suicide de Drieu dans son livre Liberté à huis clos.
  42. Aude Lancelin, « Un collabo au Panthéon », Marianne,‎ 28 janvier 2012 (lire en ligne)
  43. L'écrivain talentueux au parcours honteux s'interrogeait sur sa postérité. Il repose désormais, mais pas en paix, sur papier bible
  44. lire l'article entier
  45. « Le prix Sévigné honore Drieu La Rochelle », sur http://www.magazine-litteraire.com,‎ 3/02/2011 (consulté en 6/02/2011)