Simone Breton

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Simone Breton, née Simone Rachel Kahn le 3 mai 1897 à Iquitos au Pérou et morte le 30 mars 1980 à Paris, première épouse d’André Breton, est une personnalité du groupe surréaliste parisien de 1921 à 1929.

Biographie[modifier | modifier le code]

Simone Kahn est née au Pérou où son père possédait une exploitation de caoutchouc. Ses parents rentrent à Paris en 1899[1]. Elle fait ses études à l'École Villiers puis à la Sorbonne. Elle fréquente la librairie d'Adrienne Monnier et s'intéresse aux artistes d'avant-garde. Elle s'abonne à la revue Littérature créée par Louis Aragon, André Breton et Philippe Soupault en février 1919. Par l'intermédiaire de son amie Bianca Maklès, fiancée à Théodore Fraenkel, elle fait la connaissance d’André Breton au jardin du Luxembourg en juin 1920[2]. Ils se marient le 15 septembre 1921 ; Paul Valéry est le témoin de Breton.

Avec sa cousine et confidente Denise Lévy[3] (future femme de Pierre Naville) vivant à Strasbourg, elle commence une correspondance régulière (1919). Elle la tient au courant de ses rencontres, de ses lectures : « Connais-tu Oscar Wilde ? Connais-tu Stendhal ? Et André Gide ? Et Claudel ? Baudelaire ? Verlaine ? Aimes-tu Nietzsche ? Voilà des mondes, dans ces noms propres [4]! », des publications et des activités des dadas et des surréalistes. De même avec Breton, de sa rencontre à la rupture en 1929, elle aura une relation épistolaire conséquente à chaque fois qu'ils seront séparés[5].

Si sa participation artistique au surréalisme se limite à un seul texte automatique[6] publié dans le premier numéro de La Révolution surréaliste[7], ces échanges de lettres constituent une source irremplaçable de renseignements sur les activités du groupe, l’évolution de la pensée d’André Breton et les relations de ce dernier avec les autres surréalistes.
Contrairement aux autres femmes qui participent aux réunions des surréalistes, seule Simone donne son avis, et Breton la questionne volontiers, « car elle [est] une petite encyclopédie vivante. [...] de tout le groupe, elle [est] la seule à avoir lu Le Capital de Karl Marx en entier[8]. »

Après sa rencontre avec Suzanne Muzard (novembre 1927), André Breton demande le divorce (novembre 1929). Dès lors, Simone Breton rompt avec les surréalistes. Dans les années trente, elle mène une activité politique et fréquente les intellectuels proches de la gauche trotskiste. En 1932, elle rencontre le professeur et sociologue Michel Collinet qu’elle épouse en 1938. Ils militent tous deux au Parti socialiste ouvrier et paysan.

En 1948, elle dirige la galerie Artistes et Artisans, 31 rue de Seine à Paris, puis de 1954 à 1965, la galerie Furstenberg, 2 rue Furstenberg, où elle n'expose que des artistes surréalistes. Elle écrit plusieurs textes sur l'art plastique surréaliste, dont celui d'une conférence[9] qu'elle tient dans plusieurs pays d'Amérique latine, notamment au Pérou (1965). En 1975, pour le catalogue d'une exposition sur le Cadavre exquis organisée à la galerie Schwarz, elle écrit un texte précis et informatif sur l'origine de ce jeu[10].

Dans l'une de ses dernières lettres, elle remercie Sarane Alexandrian pour l'envoi de son ouvrage Le Surréalisme et le rêve :
« [...] je pense qu'il faudrait un langage spécial pour transcrire le rêve. Il met le rêveur en état affectif, en même temps qu'agissant ou subissant. Souvent dans une contradiction simultanée, une atmosphère vague où les choses apparaissent plutôt qu'elles n'existent [...] je trouve que les poèmes et les textes automatiques sont beaucoup plus ressemblants aux rêves que les récits que l'on donne [...][11] »

Une photo de Man Ray de 1922 ou 23, prise pendant la période des sommeils, souvent reproduite, montre le groupe surréaliste[12], penché au-dessus d'une feuille tenue par Robert Desnos, et au milieu de ce groupe, Simone Breton, assise devant une machine à écrire[13].

Louis Aragon : « Elle vient du pays des oiseaux-mouches, ces petits éclairs de musique, elle ressemble au temps de tilleuls. »[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marguerite Bonnet « André Breton, œuvres complètes, tome 1 », Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1988, page 1206.
  • Simone Breton « Lettres à Denise Naville », Joëlle Losfeld, 2005, présenté et préfacé par Georgiana Colvile, ISBN 2-07-078959-4
  • Georges Sebbag « André Breton, l'amour-folie : Suzanne, Nadja, Lise, Simone », Jean-Michel Place, Paris, 2004.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Janine, sa sœur cadette, née le 3 octobre 1904, épousera Raymond Queneau en 1928. G. Colvile, dans S. Breton, op. cit., pp. 46 et 298.
  2. Colvile, préface et note à S. Breton, op. cit., pp. 15 et 41.
  3. Née le 26 juin 1896 à Sarreguemines (en Allemagne à l'époque), morte le 20 janvier 1969 à Paris, Denise Kahn était une alsacienne de culture germanique. Possédant une grande connaissance de la littérature allemande, elle traduira de nombreux textes pour des revues surréalistes. Elle épouse Georges Lévy, médecin, en 1921, quelques semaines avant le mariage de Simone et André Breton, puis Pierre Naville en 1928. Louis Aragon, amoureux malheureux, la prend pour modèle de son héroïne Bérénice dans son roman Aurélien. En 1966, elle rend à Simone toutes les lettres reçues. Colvile dans S. Breton, op. cit., pp. 17, 31, 35 et 299.
  4. Lettre de 1919, p. 35.
  5. En respect de ses dispositions testamentaires, l'ensemble de la correspondance de Breton ne sera disponible qu'à partir de 2016. Les lettres de Simone à Breton, elles, sont portées disparues. Colvile, op. cit., p. 16.
  6. Reproduit dans S. Breton, op. cit., p. 253.
  7. G. Sebbag, op. cit., p. 166.
  8. Youki Desnos, Les Confidences de Youki, Fayard, Paris, 1999, cité par Colvile dans S. Breton, op. cit., p. 17.
  9. Texte reproduit dans S. Breton, op. cit., p. 257.
  10. Reproduit dans S. Breton, op. cit., p. 285.
  11. Lettre du 20 avril 1975, S. Breton, op. cit., p. 291.
  12. De gauche à droite, Max Morise, Roger Vitrac, Jacques-André Boiffard, Paul Éluard, André Breton, Pierre Naville, Philippe Soupault, Giorgio De Chirico et Jacques Baron
  13. Reproduction dans S. Breton, op. cit., p. 4.
  14. « Une vague de rêve », cité dans Bonnet, op. cit., p. 1206.