Jacques Gréber

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Greber.
Jacques Gréber
Présentation
Naissance 10 septembre 1882
Paris
Décès 5 juin 1962
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Mouvement(s) style Beaux-Arts
Formation École des beaux-arts de Paris
Œuvre
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Entourage familial
Père Henri-Léon Gréber
Compléments
Président de la Societé Française des Urbanistes

Jacques-Henri-Auguste Gréber (10 septembre 1882 à Paris 15e - 5 juin 1962 à Paris 16e[1]) est un architecte français spécialisé dans l’architecture du paysage et dans le design urbain. Il était un ardent défenseur du style Beaux-Arts et un contributeur au mouvement City Beautiful, particulièrement à Philadelphie et à Ottawa, Canada.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du sculpteur Henri-Léon Gréber[1], petit-fils du céramiste Johan Peter Greber, ses oncles étaient céramistes, c’est une dynastie d’artistes installés dans la région de Beauvais. Il est né à Paris le 10 septembre 1882. Il sera admis à l’École nationale supérieure des beaux-arts, section architecture en 1901. Ses études et concours durent 8 ans, il obtient le prix Rougevin en 1906 et son diplôme d’architecte en 1909[2].

Pour compléter ses études, au lieu d’aller à Rome pour faire des relevés de monuments antiques, comme les grand prix de Rome, il s’embarque pour les États-Unis. Il pense qu’il y a plus à apprendre de ce côté de ce nouveau monde. Il a un grand talent de dessinateur, quelques dessins publiés le montrent, et les Américains apprécient beaucoup, à cette époque là le style de rendu des projets français. C’est ce qu’ils appellent le style « Beaux-Arts ». En France, ce terme n’a pas la même signification, il signifie plutôt académisme voire « pompier ». Or, les œuvres d’architecture de Gréber sont bien dans leur temps, il adhère au style moderne dès les années trente, ses réalisations architecturales sont là pour le montrer.

Il commence une carrière très originale d’architecte-paysagiste-urbaniste franco-américain. Sa notoriété est plus grande en Amérique du Nord qu’en France.

Il dessine d’abord beaucoup de jardins privés aux États-Unis pour des clients comme Clarence Mackay (1910, Harbor Hill à Roslyn (Long Island), New York, Joseph E. Widener (1913, Lynnewood Hall avec Horace Trumbauer), et avec Edward T. Stotesbury à Wyndmoor, Pennsylvanie (1914 – 1916).

En 1917, la ville de Philadelphie lui confie la maîtrise d’œuvre du Fairmount parkway. Ce large espace voulu depuis plusieurs années, mélange les circulations aux jardins et aux immeubles autour d’un axe principal, percé en diagonale du plan en damier de la ville, longue de 1,2 km. C’est une de ses œuvres majeures, il se nomme ensuite Benjamin Franklin Parkway. Il relie l’hôtel de ville et la gare au grand parc Fairmount. Le fond de la perspective est occupé par le Musée de la ville (Philadelphia Museum of Art), qui se détache sur les frondaisons du parc. En 1929, avec son confrère français Paul Philippe Cret, ils réaliseront le Rodin Museum sur ce site prestigieux, où la plupart des monuments de la ville sont présents.

Il est chargé de deux missions par le commissariat des affaires de guerre franco-américaines, l’une pour étudier les méthodes et techniques de construction aux États-Unis, l’autre pour l’aide technique. Après 10 années de travail et d’observations, il revient en France et publie en 1920, chez l’éditeur Payot un livre : L’Architecture aux États-Unis. En sous-titre : Preuve de la force d’expansion du génie français, heureuse association de qualités admirablement complémentaires. De nombreuses illustrations donnent une lecture complémentaire de son sujet. Son ouvrage aura du succès, et sera le début de sa renommée en France. Il fera une conférence sur ce sujet à La Société des Architectes du Gouvernement (SADG) à Paris, et développera particulièrement le thème de l'économie de main-d'œuvre par la répétition de modules.

Cette même année 1920, il est appelé à enseigner à l’École des hautes études urbaines, qui deviendra en 1924 l'Institut d'urbanisme de Paris. Il enseignera jusqu’à sa mort à 80 ans. Toujours en 1920, il gagne le concours d’embellissement et d’extension de Paris pour l’aménagement des terrains de la ceinture fortifiée, et avec son confrère Cordonnier, il gagne le concours pour le plan d’aménagement et d’extension de la ville de Lille.

En 1922, il participe comme architecte paysagiste à l’ordonnancement de 4 cimetières américains en France : Fère-en-Tardenois (Aisne), Bois-Belleau (Aisne), Suresnes (Hauts-de-Seine) et Romagne-sous-Montfaucon (Meuse). En 1924, il est nommé Rapporteur de la Commission supérieure d’aménagement et d’extension des villes.

Il a atteint une grande maîtrise dans l’art des jardins. Entre les deux guerres, il aura l’occasion d’exercer ce talent dans plusieurs propriétés. Il sait aussi bien restaurer des jardins anciens, celui de la villa Marlia en Toscane, en créer de nouveaux sur la Côte d’Azur : ceux de la villa Altana pour la famille Wesweiller à Antibes, à Grasse les jardins du château de Malbosc et ceux de la bastide Saint-François, une reprise des jardins de la villa Eilen roc au cap d’Antibes, et les jardins de la villa Espalmador au cap Ferrat[3]. Au Portugal, pour la Casa de Serralves à Porto, il crée un jardin très moderne, exemple de jardin de la période Art Déco, très lié à l’architecture de Marques da Silva, les parties minérales sont traitées en rose dans la même couleur que la villa, les aménagements intérieurs sont confiés aux meilleurs artistes de l’époque, Lalique pour les verreries, Leleu pour la décoration, et Rulhmann pour le mobilier. L’ensemble montre une parfaite intégration des Arts de construire dans un style commun[4].

Sa manière d’appréhender l’urbanisme est originale. Il tient compte de ce qu’il a appris aux États-Unis qui mettent toujours des parcs, des jardins dans les extensions urbaines. C’est une tradition anglo-saxonne. Il étudie minutieusement la ville existante, son climat, sa géographie, son histoire, le caractère de ses habitants, son paysage et propose des extensions en les reliant à l’existant, par des parcs, et des promenades. C’est une méthode appliquée souvent aujourd’hui. Il est à l’opposé des urbanistes français, adeptes de la charte d’Athènes qui veulent tout détruire pour faire neuf. En France, après la Seconde Guerre, il n’a pas participé aux plans de reconstruction et à partir des années soixante, on a construit avec ces principes, sur des terrains à l’extérieur des villes, des groupes d’habitations importants, compacts, sans lien avec la ville, générant des problèmes de transport, d’équipements urbains, et d’isolement. Ce sont aujourd’hui nos banlieues.

Son activité continue d’urbanisme en France, ne l’empêche pas de répondre à d’autres commandes. En 1931, il est chargé de section américaine de l’Exposition coloniale à Paris. Il compose le plan d’urbanisme de la ville de Saint-Joseph dans le Missouri aux États-Unis, il est conseiller au Plan régional de 3 États : Delaware, Philadelphie et Pennsylvanie.

Il publie, en 1935, chez l’éditeur Edari à Strasbourg, Quelques réalisations de Jacques Gréber avec 58 Illustrations.

1937, il est l’architecte en chef de l’exposition internationale des Arts et Techniques à Paris. Cette exposition, comme les autres expositions universelles, laissera des traces importantes dans la ville. Le Trocadéro récemment reconstruit par l’architecte Carlu, s’ouvre largement sur la vue de la tour Eiffel. Les jardins du Trocadéro, descendent de part et d’autre de grandes fontaines, vers la Seine seront dessinés par Gréber. La couverture du train d’Orsay à Versailles, devient une promenade arborée sur 2 km appelée aujourd’hui « la promenade d’Australie ». Les jardins du Champ de Mars gagneront 10 hectares en déplaçant d’anciens bâtiments du mobilier National, qui seront reconstruit aux Gobelins par l’architecte Perret. Plus tard, Gréber dessinera devant ce bâtiment le Parc Kellermann. Perret construira aussi le Palais des Travaux Publics place d’Iéna. Le musée d’Art Moderne sera construit par l’architecte Dondel sur le quai de Tokyo[5].

En 1938, il est promu officier de la Légion d'honneur, En 1939, il sera nommé Architecte Conseil de l’Exposition internationale de New-York.

1945 – 1950. Il est appelé une nouvelle fois par le Premier Ministre canadien pour dessiner le plan de la capitale Ottawa, ainsi que le plan directeur régional. C’est une grande œuvre. Gréber a laissé des plans mais aussi une méthode originale de leur application. Il participe à la création d’un Comité d’aménagement de la capitale, une instance de dialogue sur l’application et l’évolution du plan, indépendante du pouvoir des élus locaux[6].

1950 – 1960. Il est nommé urbaniste – Conseil pour le réaménagement des villes de Québec et Montréal. Son fils Pierre, architecte, lui succède, ensemble ils construiront le premier immeuble de bureaux du quartier de la Défense pour la compagnie ESSO, en 1961. Cet immeuble de verre en murs-rideaux de 12 étages, proche du CNIT sera le premier à être démoli pour céder la place à des tours beaucoup plus hautes posées sur une grande dalle.

Gréber a laissé des archives à la SADG (Société des Architectes du Gouvernement). Ses œuvres sont toujours là pour témoigner de son activité, des documents dans les villes où il a travaillé, il a écrit quelques livres, et de nombreux articles. Dans les revues spécialisées, l’Architecture d’aujourd’hui ou Urbanisme, beaucoup d’articles traitent de son travail et de sa pensée. La base de données Mérimée, dépendante de la conservation et de l'inventaire du patrimoine, sous la Direction du ministère des Affaires culturelles a rédigé 61 fiches concernant ses œuvres en France.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Il est surtout connu pour le plan directeur du Benjamin Franklin Parkway à Philadelphie, en 1917, pour son travail de maître architecte de l’Exposition internationale des Arts et Techniques dans la Vie moderne de Paris en 1937, et pour les plans d’Ottawa et de la Région de la capitale nationale (Canada) sur lesquels il a travaillé de 1937 à 1950 (avec une interruption durant la guerre). Il a été aussi l'idéateur au début des années 1950 du concept de l'avenue McGill College, artère prestigieuse de Montréal (Canada).

En France, il a travaillé entre autres sur les plans urbains de Lille, de Belfort, de Marseille (1930), d’Abbeville et de Rouen, entre les deux guerres, mais il n’est pas aussi connu aujourd’hui en France qu’en Amérique du Nord.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives de Paris, état civil, acte de naissance no 15/2190/1882 (acte du 11 novembre précisant : né le 10 septembre courant) ; avec mention marginale du décès
  2. Colette Felenbok et André Lortie, « Jacques Greber, Architecte Urbaniste », in GREBER, catalogue de l’exposition : les Greber, une dynastie des artistes, à Beauvais en 1994, édité par le Musée départemental de l’Oise, avec le Vorarlberg Landesmuseum, Bregenz – pages 325 à 395 (ISBN 2-901290-10-8) - Dans cet ouvrage, les deux chercheurs proposent, en fin d’ouvrage, une liste d’articles et de publications de Jacques Gréber et sur Jacques Gréber.
  3. Albert Laprade, « Les jardins de Jacques Gréber », in L’Architecture, vol. 47, juillet 1934, p.241 - 254
  4. Patrick Bowe et Nicolas Sapieha, Parcs et Jardins des plus belles demeures du Portugal, Menges, 1990
  5. l’IILLUSTRATION – Numéro spécial EXPOSITION 1937 – 29 mai 1937
  6. Jacques Gréber, L’Architecture aux États-Unis, éditions Payot, Paris, 1920 - introduction au second volume p.9

Liens externes[modifier | modifier le code]