Robert Smithson

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Robert Smithson

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Broken Circle, en 2009

Naissance 2 janvier 1938
Passaic, New Jersey, États-Unis
Décès 20 juillet 1973 (à 35 ans)
Texas, États-Unis
Nationalité Américain
Activités Artiste, théoricien du Land art
Formation Art Students League of New York, Brooklyn Museum School et Washington
Mouvement artistique Land art
Mécènes Virginia Dwan (en)

Œuvres réputées

Robert Smithson (2 janvier 193820 juillet 1973) est un artiste américain lié, entre autres, à l'art minimal et au land art.

Auteur de nombreux textes critiques et théoriques[1] largement diffusés par les revues d'art américaines (parfois en collaboration, avec Mel Bochner par exemple), le médium imprimé lui donne la possibilité de développer les aspects discursifs, spéculatifs et documentaires de son travail.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Smithson est né au New Jersey. Il étudie la peinture et le dessin dans la ville de New York. Après avoir eu son diplôme de l'Art Student's League en 1956, il s'inscrit à la Brooklyn Museum School. D'abord orienté vers la peinture abstraite, il la délaisse pour se consacrer, dès 1962, à la sculpture. Celle-ci adopte rapidement des formes géométriques simples, en partie influencées par la cristallographie.

Décès[modifier | modifier le code]

Le 20 juillet 1973, Smithson meurt dans un accident d'avion au Texas tandis qu'il prend des photographies de son œuvre Amarillo Ramp[2], en cours de construction. Cette dernière sera achevée en moins d'un mois[3] par sa compagne Nancy Holt avec l'aide de Richard Serra et Tony Shafrazi[4].

Malgré une mort précoce ne lui permettant pas d'aboutir plusieurs projets importants sur lesquels il travaillait[5], Smithson s'est rapidement imposé dans l'histoire du Land Art au travers de quelques réalisations majeures, peu nombreuses mais dont l'aura est considérable[6]. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'artiste conserve aujourd'hui de fervents émules parmi les artistes contemporains, aux quatre coins du monde.

Ces dernières années, nombreux sont ceux qui lui ont rendu hommage, notamment Tacita Dean, Sam Durant et Renée Green[7], mais aussi Lee Ranaldo, Vik Muniz, Mike Nelson ou encore, parmi tant d'autres, Nikolaj Recke et The Bruce High Quality Foundation. En 2011, une exposition intitulée "The Smithson Effect", et dont faisaient partie la plupart des artistes précédemment cités, a été organisée par le musée des beaux-arts de l'Utah[8].

Les biens de Robert Smithson sont administrés par la James Cohan Gallery.

Œuvres célèbres[modifier | modifier le code]

Asphalt Rundown[modifier | modifier le code]

Cette œuvre a été créée en 1969 à l'aide d'un camion chargé d'asphalte qui s'est rendu aux environs de Rome et qui y déchargea ensuite son contenu du haut d'une colline, donnant ainsi une importance aux qualités d'un matériau qui l'intéressait beaucoup  : l'asphalte. Pour Smithson, ce dernier matériau qu'est l'asphalte représentait une sorte de piège pour capter l'énergie et par conséquent, les routes et les autoroutes avec ce matériau se transformaient en un lieu de passage, en voie entropique qui permet un flux continu de personnes et d'engins. Il y a aussi un rapport direct au dripping de Jackson Pollock dans ses peintures car le dripping pictural de ce peintre le portait à son point extrême de monumentalité. Smithson cherche la désintégration, le glissement, la coulée, l'avalanche, le flot. Le paysage est toujours entropique pour lui parce que son intérêt est fixé sur la localisation des zones industrielles abandonnées et désolées. Son intérêt est particulier pour les mines souterraines ou à ciel ouvert et aux carrières. Les différents matériaux utilisés sont la boue, le fumier, l'asphalte, le béton et la glace parce qu'ils sont très lent lors de leur écoulement, résistent aux traînées faciles et aux taches molles et spongieuses (qui donnent l'idée de paresse) typiques des peintures de New York dans les années 1960.

Partially Buried Woodshed[modifier | modifier le code]

Fait à l'université d'État de Kent dans l'Ohio, en janvier 1970. Vingt camions chargés de terre se sont déchargés sur une cabane abandonnée jusqu'à ce que la poutre centrale cède sous le poids de la terre. L'idée est que la nature reprend ses droits de façon complète sur l'homme, sur ses constructions par la destruction de quelque chose d'humain. L'idée de Smithson était de soumettre une colline déjà existante à la pression d'une coulée de boue, mais comme il faisait moins de dix degrés Celsius l'expérience a échoué. L'œuvre a depuis été démolie, ne laissant derrière elle que quelques restes de béton.

Spiral Jetty[modifier | modifier le code]

Spiral Jetty en 2006.
Article détaillé : Spiral Jetty.

Spiral Jetty a été créé dès avril 1970 à Great Salt Lake dans l'Utah. Il a utilisé 292 automoteurs à dix roues (de Parsons Asphalt inc. d'Ogden) qui ont porté la charge jusqu'au lac. 625 personnes ont déplacé 6 783 tonnes de terre. Les Caterpillar modèle 955 ont posé les roches déversées et les ont tassées dans les lignes directives de Smithson. Il y avait 500 mètres (1 500 pieds) du sommet de la crête jusqu'au bout de la boucle et environ 5 mètres (15 pieds) de large[9]. Le remplissage a été assuré par 3 500 yards de grosses pierres et de terre pour faire la digue. La forme du travail a été influencée par le site, la forme en spirale de la jetée a été dérivée de la topographie locale, en relation avec un tourbillon mythique au centre du lac. La spirale reflète également la formation circulaire des cristaux de sel qui recouvrent les rochers. Au fur et a mesure elle s'efface sur la plage et dans une dizaine d’années elle ne sera plus visible.

Smithson était initialement attiré par ce site à cause de la couleur rouge du lac salé. Elle fut engloutie par une brusque montée des eaux en 1972[9]. Le travail a été donc changé par son environnement, reflétant la fascination de Smithson pour l'entropie, l'inévitable transformation des forces de la nature. De temps en temps, Spiral Jetty émerge de l'eau, cette monumentale structure est un témoignage de la dominance de la nature sur l'homme. Spiral Jetty a été construit à l'aide de cristaux de sel, de roche et de boue.

Broken Circle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Broken Circle/Spiral Hill.
Broken Circle

Cette œuvre se situe aux Pays-Bas, à Emmen. Elle a été commandée pour l'exposition internationale temporaire « Sonsbeek 71 ». Smithson ayant pris conscience qu'il était préférable de ne pas déranger l'agriculture dans un pays aussi densément peuplé, il obtient de construire son œuvre sur une carrière désaffectée. Cela correspond d'ailleurs à son penchant pour les lieux dits entropiques.

Pendant les travaux pour aplanir le terrain, Smithson extrait un énorme rocher. Il prévoit d'abord de s'en débarrasser car il constitue un point focal indésirable à l'œuvre. Mais l'entreprise se révèle compliquée par la masse du rocher. Ce n'est qu'un peu plus tard que Smithson décide de conserver le rocher qui confère à l'œuvre une dimension temporelle puisqu'il est un témoin d'un âge reculé de la terre. Par ailleurs, il contribue à faire coïncider l'œuvre avec son environnement puisqu'on trouve dans la région des tombes primitives, nommées « lits des Huns », construites avec de tels rochers.

Broken Circle est une avancée de terre positive, tournant dans le sens des aiguilles d'une montre. Le Cercle brisé est une sorte d'impossibilité puisque le ciel se réfléchit sur la terre. Smithson est d'ailleurs fasciné par les miroirs, leur dédoublement et leur redoublement.

L'œuvre fait référence aux digues construites par les hollandais et devrait correspondre au site et à son inscription dans le pays ainsi qu'à sa mémoire. En effet, en 1953, la Hollande, dont le plat pays est situé sur le delta de trois fleuves, est durement touchée par un raz-de-marée doublé d'une tempête, faisant près de 1 800 morts et recouvrant 150 000 hectares de terre. Le « plan Delta » est alors mis en œuvre afin de reconstruire les digues et de protéger le pays.

Smithson montre un grand intérêt pour les problèmes d'échelle. Broken Circle, de même que Spiral Hill, ou que Spiral Jetty avant elles, supposent un point de vue en surplomb pour être vues dans leur ensemble. « La taille détermine un objet, mais l’échelle détermine l’art. (…) L’échelle dépend de la capacité de chacun à prendre conscience des réalités perceptives. Quand on refuse de dégager l’échelle de la taille, on reste avec un objet ou un langage qui apparaît certain. Pour moi l’échelle agit grâce à l’incertitude. » (Smithson). On remarque le jeu entre Broken Circle, invisible de loin pour qui se trouve à son niveau, et l'élévation de Spiral Hill.

Bien qu'elle ait d'abord été construite pour être temporaire, la population locale demande à ce qu'elle devienne permanente. Smithson rédige alors une série de recommandations afin que son œuvre survive correctement à l'épreuve du temps. Toutefois, elle n'a aujourd'hui plus la forme d'autrefois. L'eau du lac recouvre plus ou moins la jetée, alors que la colline de Spiral Hill est quant à elle recouverte de plantes persistantes.

Spiral Hill[modifier | modifier le code]

Spiral Hill

C'est une parodie de la tour de Babel. Elle a été faite à Emmen, pendant l'été 1971, en même temps que Broken Circle, auquel elle est intimement liée. Elle fait 23 mètres de diamètre à sa base. Les principaux matériaux qui la constituent sont : la terre, la terre arable noire et le sable blanc pour le chemin en spirale. La terre, matériau principal, est choisie pour sa charge symbolique archaïque. « Aussi le retour à la terre nourricière indique-t-il la résurgence d’un sentiment très archaïque. » Robert Smithson

Œuvres posthumes[modifier | modifier le code]

Amarillo Ramp[modifier | modifier le code]

La forme est celle d'un serpent qui se mord la queue, la forme d'un cercle fermé. C'est sa femme qui termina cette œuvre car Robert Smithson meurt dans un accident d'avion au Texas.

Floating Island[modifier | modifier le code]

Floating Island, pour voyager autour de Manhattan Island, 2005

Hommages (sélection)[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Smithson, The Collected Writings, University of California Press,‎ 1996 (ISBN 978-0520203853)
  2. (en) « NTSB Identification: FTW74AF004 », National transportation safety board
  3. (en) Suzan Boettger, Earthworks: Art and the Landscape of the Sixties, University of California Press, 2002 (ISBN 0520241169), p.234
  4. Jean-Paul Brun, Nature, art contemporain et société : le land Art comme analyseur du social, volume 3, L'Harmattan, 2007 (ISBN 2296037712), p.246
  5. On pense aux dizaines de dessins qu'il a laissé à la postérité, mais surtout au Land Reclamation Art dont il est l'une des grandes figures sinon l'inventeur. Cf. Adeline Lausson, Le Land Reclamation Art : idées artistes projets des années 1960 aux années 2000, université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, 2006 ou encore Adeline Lausson, L’Enjeu écologique dans le travail des Land et Reclamation Artists, Cybergeo, 2009 Article en ligne
  6. En témoigne le succès planétaire de Spiral Jetty, plus de quarante après sa construction, récemment classée troisième œuvre du XXe siècle par David Galenson Spiraljettyvsgreedzilla
  7. (en) Alex Coles, Revisiting Robert Smithson in Ohio: Tacita Dean, Sam Durant and Renee Green, Parachute, 2001, lire en PDF
  8. (en) The Smithson Effect, 10 mars - 3 juillet 2011, Utah Museum of Fine Art, Salt Lake City Site officiel
  9. a et b Collectif, Histoire de l'art, du Moyen Âge à nos jours, Baume-les-Dames, Larousse,‎ 2006 (ISBN 2035833205), p. 872

Liens externes[modifier | modifier le code]

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