Industrie du tabac

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Le tabac est l'une des substances addictives les plus largement utilisées dans le monde. C'est une plante originaire des Amériques et historiquement l'une des demi-douzaine de cultures les plus importantes cultivées par les agriculteurs américains. De 1617 à 1793, le tabac a été l'exportation la plus précieuse de base en provenance des colonies anglaises. Jusqu'aux années 1960, les États-Unis ont été le plus grand pays producteur et exportateur de tabac du monde.

Définition[modifier | modifier le code]

L'industrie du tabac désigne les entreprises engagées dans la production, le marketing et la distribution des produits à base de tabac. Il s'agit d'une industrie mondiale.

L'industrie du tabac au XXe siècle[modifier | modifier le code]

À partir du milieu du XXe siècle, l'industrie du tabac fut pionnière de nombreuses campagnes à gros budget qui ont alimenté la croissance et l'évolution de l'industrie des relations publiques. Cependant, en 1964, les preuves épidémiologiques concluantes des effets mortels du tabagisme ont progressivement modifié l'image du tabac dans l'opinion publique.

Néanmoins les producteurs de tabac ont continué à recevoir des aides publiques, notamment à travers la Politique agricole commune (PAC) dans l'Union européenne. Suite à la réforme de la PAC de 2006, les aides à la production de tabac en Europe ne sont plus liées à la quantité produite mais elles ont cédé la place en France à des aides à la qualité du tabac[1], tandis que l'entreprise de cigares Navarre bénéficie d'un soutien public depuis qu'elle a obtenu le Label Entreprise du patrimoine vivant[2], attribué par le secrétaire d'État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises Frédéric Lefebvre en février 2012[3]. En septembre 2013, neuf ministres de l'agriculture de l'Union européenne, dont le ministre français Stéphane Le Foll, ont plaidé pour la réintroduction des subventions directes à la culture du tabac, sans succès[4].

Parallèlement, les produits du tabac sont désormais fortement taxés et la publicité pour ces produits est restreinte à des degrés divers dans un grand nombre de pays.

L'industrie du tabac au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Les années 2000 sont marquées par une politique anti-tabac et par une campagne de sensibilisation contre les dangers sanitaires du tabac, notamment son implication dans la survenue de cancers. De ce fait, l'industrie du tabac essaye de détourner l'attention des effets mortels de ses produits grâce à la publicité et au marketing. Selon des prévisions, le nombre de fumeurs d'ici à 2025 devrait augmenter de 500 millions, malgré les campagnes de prévention dans le monde. Il y a ainsi déjà 5,5 trillions de cigarettes fumées chaque année dans le monde.

L'industrie du tabac souhaite étendre son marché à certains pays d'Afrique, en ciblant un public jeune, notamment en proposant des paquets pour enfants ou la vente de cigarettes à l'unité[5].

Production de tabac brut[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tabac.

Production moyenne en kg par habitant en 2012 (Sources : production FAOStat, Population World Development Indicators)

Position actuelle de l'industrie du tabac[modifier | modifier le code]

L'industrie du tabac se réfère généralement aux sociétés impliquées dans la fabrication de cigarettes, cigares, tabac à priser, à mâcher et tabac à pipe. La plus grande compagnie de tabac dans le monde en volume est la China National Tobacco Co. Après la fusion vaste et les différentes acquisitions dans les années 1990 et 2000, les marchés internationaux sont dominés par 4 entreprises :

Relations publiques[modifier | modifier le code]

Lobbying auprès des politiques[modifier | modifier le code]

En 2012 et 2013, Philip Morris a établi des documents sur les députés européens en fonction de leur proximité supposée avec l'industrie du tabac et de la nécessité de les rencontrer[6]. Ces documents montrent aussi que les lobbyistes au service de l'industrie du tabac disposent d'un budget de 548 927 euros pour l'organisation d'événements lors desquels des politiques sont invités[7]. Aux Etats-Unis un procès opposant l'administration aux cigarettiers à mis sur la place publique les documents de 30 ans de stratégie commerciale et de lobbying[8].

Financement de la recherche[modifier | modifier le code]

L'industrie du tabac a également financé un certain nombre de chercheurs publics. Le Council for Tobacco Research (CTR) était une officine de l'industrie du tabac, chargée d'allouer des fonds pour la recherche scientifique[9]. Ce CTR a financé les recherches de Jean-Pierre Changeux entre 1995 et 1998 à hauteur de 177 000 euros de 2012. Au total le CTR a financé à hauteur de 282 millions d'euros plus de 1 000 chercheurs, ayant publié environ 6 000 articles scientifiques[9]. Une partie de ces études a servi à entretenir le doute sur les effets du tabac sur la santé. Un tribunal californien a jugé en 1998 que le CTR a été utilisé par l'industrie du tabac pour tromper le public[10]. Le CTR a été dissous à cette époque.

Jean-Pol Tassin, neurobiologiste, a reçu de Philip Morris entre 1989 et 2000 environ 546 000 euros pour ses recherches. Jean-Pol Tassin affirme en 2010 que les cigarettiers n'ont pas volontairement produit l'addiction à la cigarette, il conteste également que l'ammoniac ajouté aux cigarettes le soit pour augmenter la dépendance[9]. Or dès le milieu des années 1960, Philip Morris augmentait le pH de la fumée, à l'aide d'ammoniac, afin d'accroître la proportion de nicotine libre, plus facilement absorbée par l'organisme[11]. Les recherches de Robert Molimard ont également été financées par Philip Morris à hauteur de 700 000 euros entre 1986 et 1998. Philip Morris justifie ce financement, en interne, par le fait que M. Molimard est « considéré en France comme un des experts les plus importants sur le tabagisme ». M. Molimard estime qu'il n'y a pas de dépendance à la nicotine et que l'interdiction de fumer est une « intrusion fascisante »[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) The Tobacco Atlas, World Health Organization, 2002
  • (en) Marketing to the marginalised: tobacco industry targeting of the homeless and mentally ill, 2005

Liens externes[modifier | modifier le code]