Ragnar Rylander

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Ragnar Rylander est un chercheur suédois né le 12 septembre 1935 à Stockholm, qui a travaillé à l'Université de Genève tout en étant financé parallèlement par Philip Morris. Ce professeur était sous contrat avec le cigarettier depuis 1972 et il a dirigé des symposiums et produit des recherches minimisant ou niant les effets néfastes du tabac et du tabagisme passif. Il a supervisé pour le compte de Philip Morris le laboratoire INBIFO (Institut für Biologische Forschung) à Cologne, en Allemagne. Ce laboratoire avait été acquis secrètement par Philip Morris en 1972 pour y conduire des recherches que la multinationale « répugnait à faire aux États Unis »[1]. Les liens entre Ragnar Rylander et Philip Morris ont été découverts en mars 2001 par Pascal Diethelm, ancien cadre de l'OMS, et dénoncés publiquement par lui et Jean-Charles Rielle, médecin-responsable du CIPRET-Genève (Centre d'information pour la prévention du tabagisme). Après de nombreuses péripéties judiciaires, le professeur Ragnar Rylander fut reconnu coupable de « fraude scientifique sans précédent, dans le domaine du tabagisme passif » par la Cour de justice de Genève[2],[3].

L'Université de Genève et l'« affaire Rylander »[modifier | modifier le code]

Suite aux accusations de Pascal Diethelm et Jean-Charles Rielle, l'Université de Genève a demandé à trois de ses doyens de faire une enquête. Dans leur rapport, et après une enquête très restreinte, les doyens sont arrivés à la conclusion suivante : « Aucune manifestation de fraude scientifique n’a pu être mise en évidence à l’encontre de Monsieur Rylander. Cela vaut également pour le respect des règles éthiques et de déontologie universitaire »[4]. Cependant, malgré cette conclusion exonérant le professeur Rylander, l'Université déclarait, dans un communiqué de presse du 12 décembre 2001, vouloir prendre ses distances avec l'industrie du tabac[5].

En décembre 2002, à la suite de faits nouveaux mis en évidence par le procès genevois, l'Université de Genève décida d'ouvrir une nouvelle enquête, constatant que le professeur Rylander « a caché ses sources de financement, notamment à la commission d'éthique chargée d'examiner les protocoles de recherche et au rédacteur d'un journal réputé dans le domaine de la santé publique »[6],[7]. Les conclusions de cette nouvelle enquête furent rendues publiques en octobre 2004, soit plus de dix mois après le jugement de la Cour de justice confirmant la fraude scientifique, qualifiée de « sans précédent »[8]. Elles étaient accablantes pour le professeur suédois : « Le Pr. Rylander ne peut être considéré comme un chercheur indépendant par rapport à l’industrie du tabac, car il entretenait des liens durables et largement secrets de consultant de cette industrie. (…) Les études épidémiologiques concernant la fumée passive conduites par le Pr Rylander répondaient à des initiatives de l’industrie du tabac, qui attendait de ces études qu’elles étayent un message sceptique sur les effets de la fumée passive, selon une logique stratégique définie par elle. » Le rapport d'enquête ne laissait aucun doute sur les manquements du professeur Rylander, concluant que « la dissimulation de la portée réelle des liens de dépendance par rapport à l’industrie du tabac et l’alignement de ses activités de chercheur et d’expert dans le domaine de la fumée du tabac sur les objectifs stratégiques de l’industrie constituent une atteinte à l’intégrité scientifique que la population et ses pairs sont en droit d’attendre d’un chercheur universitaire »[9],[10].

Malgré un faux départ dans cette affaire, l'Université de Genève en a tiré les leçons, en se dotant de règles claires pour faire face aux cas de fraude scientifique[11].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Diethelm PA, Rielle JC, McKee M, « The whole truth and nothing but the truth? The research that Philip Morris did not want you to see », Lancet, vol. 366, no 9479,‎ 2005, p. 86–92 (résumé, lire en ligne)
  2. Sophie Malka et Marco Gregori Infiltration: Une taupe à la solde de Philip Morris Georg Éditeur, Genève, 2005 (ISBN 978-2-8257-0914-6)
  3. L'affaire Rylander sur le site du CIPRET-Genève
  4. Conclusions et mesures du rectorat faisant suite à la dénonciation sur l’existence de liens entre l’industrie du tabac et l’Université de Genève Université de Genève, 6 novembre 2001
  5. L’Université de Genève prend ses distances avec l’industrie du tabac Université de Genève, Communiqué de presse, 12 décembre 2001
  6. L'Université de Genève face à l'"affaire Rylander" Université de Genève, Communiqué de presse, 17 octobre 2002
  7. Affaire Rylander: l'Université de Genève tire ses conclusions Université de Genève, Communiqué de presse, 20 décembre 2002
  8. Arrêt de la Cour de justice de la République et canton de Genève 15 décembre 2003
  9. Suite et fin de l'Affaire Rylander - L'Université de Genève tire les leçons Université de Genève, Communiqué de presse, 29 octobre 2004
  10. Rapport d’enquête dans l’affaire du Pr. Ragnar Rylander Université de Genève, Commission d’établissement des faits, 6 septembre 2004
  11. L'Université veut se doter de règles claires en cas de fraude scientifique Université de Genève, Contact, 10 mai 2004