Histoire des Fidji

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Classiquement, l'histoire des îles Fidji se découpe en quatre périodes distinctes :

  • Le peuplement de l'archipel et l'époque pré-européenne (1260 av. J.-C.-1643)
  • Les premiers contacts entre Fidjiens et Européens (1643-1874)
  • La période coloniale (1874-1970)
  • Les îles Fidji depuis l'indépendance

Le peuplement de Fidji[modifier | modifier le code]

Selon l'archéologie, le peuplement des îles Fidji par des populations austronésiennes aurait débuté au second millénaire avant notre ère. Des fouilles archéologiques réalisées en 2003 par Patrick Nunn et Sepeti Matararaba ont mis en effet à jour ce qui semble être le plus ancien site d'installation humaine découvert dans l'archipel. Ce site se situe dans la localité de Rove-Bourewa au sud ouest de Viti Levu. Y ont été retrouvées des poteries Lapita remontant d'après la datation au carbone 14 à 1260 avant notre ère. Celles-ci présentent des affinités avec celles retrouvées au Vanuatu, en Nouvelle-Calédonie et à l'est des Salomon, ce qui laisse supposer qu'il s'agit là de l'origine immédiate des premiers Fidjiens. D'autres sites d'habitat situés toujours sud-ouest de l'archipel (Viti Levu, archipel Yasawa, Kadavu) mais postérieurs d'un ou deux siècles[1] ont également été fouillés. Ces premières colonies Lapita présentent un certain nombre de caractéristiques communes, un emplacement littoral, un espace couvrant environ 1 hectare, ce qui permet supposer que ces premières communautés villageoises ne dépassaient pas 200 individus. Néanmoins l'archéologie n'a pu déterminer si ces villages étaient issus d'une diffusion à partir de Rove-Bourewa ou liés à des vagues migratoires successives[2].

Le peuplement de l'intérieur montagneux de Viti Levu semble être quant à lui plus tardif et n'avoir pas débuté avant 500 avant notre ère au plus tôt.

À partir du Xe siècle, la partie orientale de Fidji connut une nouvelle vague migratoire en provenance cette fois-ci de l'est par des populations d'origine tongienne. Celles-ci devaient s'installer dans l'archipel du Lau puis les côtes orientales de Viti Levu et Vanua Levu. Il semble en effet qu'à partir de cette date, il y eut des relations régulières entre Tonga et Fidji, influençant de manière déterminante l'histoire et la culture fidjienne, métissée de traditions mélanésiennes et polynésiennes. Les Fidji se situaient dans la sphère d'influence de l'Empire Tu’i Tonga, qui fut établi au Xe siècle et amorça son déclin à partir du XIIIe siècle. C'est du reste de Tonga que James Cook entendit pour la première fois parler de Viti, nom donné en tonguien aux îles Fidji.

Au XIIe siècle, il est possible que de nouveaux immigrés soient arrivés aux Fidji en provenance de ce qui est aujourd'hui le Vanuatu, en Mélanésie. Le sud du Vanuatu connut une éruption volcanique à cette époque; le style de poterie de cette région y disparut, pour ré-apparaître à la même époque aux Fidji[3].

Des premiers contacts à la colonisation (1643-1874)[modifier | modifier le code]

Les explorateurs européens[modifier | modifier le code]

Charles Wilkes

Le 6 février 1643, le navigateur hollandais Abel Tasman, après avoir découvert la Nouvelle-Zélande, passa à l'ouest de Vanua Levu sans y faire escale. Il baptisa celle-ci l'île du Prince-Guillaume (Prinz Willem). Le second Européen à croiser au large de l'archipel fut James Cook qui, lors de son second périple en 1774 aperçut l'île de Vatoa. Vingt ans plus tard en 1789, le capitaine William Bligh traversa le détroit situé entre Viti Levu et Vanua Levu. Cela eut lieu à la suite de la mutinerie de l'équipage de la Bounty, alors que Bligh et ceux des siens qui lui étaient restés fidèles, tentaient de rallier à bord d'un radeau la ville de Batavia (Jakarta). Son radeau fut poursuivi pendant plusieurs jours par deux pirogues hostiles qu'il finit néanmoins par distancer.

Par la suite durant toute la première moitié du XIXe siècle, de nombreuses expéditions se succédèrent. Les deux plus notables par leur importance sont sans doute celles de Dumont d'Urville qui y fit deux fois escale en 1827 et 1838 et celle de l'Américain Charles Wilkes en 1840. Ce dernier eut des contacts difficiles avec les Fidjiens. Ayant entendu dire que le grand chef de Rewa (sud-est de Viti Levu) était responsable du massacre de l'équipage d'un navire marchand américain en 1834, il le fit arrêter dans le but de le faire juger et emprisonner aux États-Unis. Mais il devait décéder quelques jours avant le retour de l'expédition à New York. Wilkes fit également raser un village sur l'île de Malolo (archipel du Yasawa), à la suite d'un vol d'instruments de bord par ses habitants. Le lendemain, ces derniers attaquèrent à leur tour le bateau. L'assaut fut repoussé faisant plus de 50 morts parmi les Fidjiens.

Santaliers et « beachcombers » (écumeurs de grèves)[modifier | modifier le code]

Les premiers contacts réguliers entre Européens et Fidjiens commencèrent au début du XIXe siècle, après la découverte en 1800 de santal par les naufragés du navire Argo, qui s'était échoué sur Viti Levu. L'exploitation du santal débuta peu après et perdura jusqu'en 1814, date à laquelle les ressources s'épuisèrent. Cela permit l'installation à demeure des premiers papalagi (Européens). L'un d'eux, un Suédois surnommé « Charles le Sauvage », gagna peu à peu en influence sur la grande chefferie de Bau, chefferie qui devait par la suite jouer un rôle important dans l'histoire fidjienne.

Après le santal, les Européens trouvèrent à partir de 1820 une nouvelle ressource à exploiter, le concombre de mer appelé également bêche de mer et dont les Chinois raffolaient. De nouveau cela entraîna une nouvelle vague d'installation d'Européens qui devaient s'assurer la coopération des chefferies fidjiennes, leur procurant en échange armes et munitions.

Les missionnaires[modifier | modifier le code]

La première tentative d'évangélisation de l'archipel revint à la London Missionary Society (congrégationaliste) qui, en 1830, installa deux catéchistes tahitiens sur l'île d'Oneata (Archipel du Lau). Cette première mission ne connut néanmoins qu'un succès mitigé. En 1835, la Wesleyan Missionary Society (méthodiste), qui ne souhaitait pas laisser le champ libre à la LMS avec qui elle se livrait à une guerre d'influence dans la région, envoya sur place deux missionnaires britanniques, William Cross et David Cargill. Ils se firent accompagner d'un Tongien déjà converti[4] espérant jouer sur les relations anciennes entre les deux archipels. Ils s'installèrent sur l'île de Lakeba dont le chef, Taliai Tupou, Tui Nayau (chef de Nayau)[5] était considéré comme le souverain du Lau. S'ils furent accueillis correctement, les Lakebans se montrèrent néanmoins peu intéressés par la nouvelle doctrine. De plus, les deux hommes se rendirent bientôt compte que Tui Nayau craignait s'il se convertissait, des représailles de la grande chefferie Bau, une petite île située à peu de distance, à l'est de Viti Levu, dont le pouvoir n'avait cessé de s'accroître depuis le début du XIXe siècle. Cross s'y rendit en 1838. Il y fut accueilli froidement par son chef (Ratu) Tanoa Visawaqa alors en pleine guerre avec la tribu Rewa (Sud-Est de Viti Levu) pour le contrôle de l'île (voir paragraphe suivant). Ce n'est finalement qu'en 1854 que Seru Epenisa Cakobau, le fils de Tanoa, accepta finalement à contrecœur de se convertir.

Il fallut toutefois attendre les années 1880 pour que l'ensemble des tribus de l'archipel se convertisse et en particulier celle de l'intérieur de Viti Levu, les kai colo (gens de la montagne). La christianisation de ces tribus donna lieu à l'un des épisodes les plus fameux du martyrologe missionnaire, le meurtre du révérend Baker. En 1867, Baker, accompagné de neuf Fidjiens, décida de remonter la vallée de la Sigatoka pour prêcher la « Bonne Parole » aux kai colo. Voyant cette intrusion comme une menace de Cakobau sur leur indépendance, les habitants de Nubutautau[6] les tuèrent, lui et ses compagnons, avant de les découper en morceaux qui furent ensuite en rituel d'alliance, distribués à toutes les tribus de la région[7].

La situation politique fidjienne durant la première moitié du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, l'ensemble de l'archipel fidjien était divisé en sept chefferies principales.

  • Rewa, Verata et Bau se partageant la partie littorale de Viti Levu et l'archipel du Lomaiviti[8]
  • Cakaudrove, Macuata et Bua sur Vanua Levu.
  • La confédération Lau

À cela s'ajoutait une multitude de tribus indépendantes à l'intérieur de Viti Levu.

Levuka (île d'Ovalau) en 1838, expédition de Dumont d'Urville

Parmi ces sept grandes chefferies, Bau bénéficia très vite d'un atout de taille puisqu'elle contrôlait la ville de Levuka, sur l'île d'Ovalau, que les Européens avaient choisi comme principal port d'attache pour leurs santaliers, navires de commerce et baleiniers. Ces derniers fournissaient en particulier aux Bau, des dents de cachalot (tabua), monnaie d'échange traditionnelle entre les chefferies fidjiennes. À cette suprématie économique s'ajoutait un appui logistique et en armes à feu, grâce auxquels le grand chef de Bau, Tanoa puis son fils Cakobau qui lui succéda en 1852, prit en un peu plus d'un demi-siècle le contrôle de l'archipel. En 1808, Tanoa, aidé des armes fournis par « Charles le Sauvage », soumit les Verata. Dans les années qui suivirent, par le jeu d'alliances matrimoniales, Vanua Levu passa également sous son contrôle. Finalement, après des années de conflit larvé, Cakobau défit la chefferie Rewa lors de la bataille de Kaba, le 7 avril 1855. À la suite de cette victoire, il s'autoproclama Tui Viti (roi de Fidji). Néanmoins l'intérieur de Viti Levu lui restait hostile. Quant à l'archipel du Lau, il était dominé depuis 1847 par Enele Ma'afu que son cousin Taufa'ahau Tupou (de son nom de baptême George Tupou Ier), le Roi de Tonga, avait envoyé à Lakeba pour défendre les intérêts de ses amis missionnaires. La conversion de Cakobau en 1854 sur les conseils insistants du roi de Tonga permit aux deux hommes de vivre en bonne intelligence, Ma'afu dépêchant même deux mille guerriers tongiens à Kaba pour assister son allié dans sa lutte contre les Rewa.

Le règne de Cakobau et la prise de possession britannique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1850, l'installation croissante d'Européens venus exploiter le coprah, aiguisèrent les appétits des puissance étrangères :

  • Le Royaume-Uni, qui nomma en 1858 un certain William Thomas Pritchard[9] consul britannique auprès de Cakobau.
  • La France de Napoléon III, qui cherchait alors une île exploitable pour fonder un bagne, envoya sur place au début des années 1850 plusieurs navires de guerre. Son choix se porta finalement sur la Nouvelle-Calédonie.
  • Les États-Unis, auprès desquels Cakobau s'était endetté en achat de fusils. En 1858 ceux-ci lui réclamèrent 45 000 dollars, le menaçant d'exil s'il n'honorait pas sa dette. Cakobau se tourna alors vers les Britanniques et leur consul Pritchard, à qui il proposa de céder 80 000 hectares de terre en échange du remboursement de sa dette. Après quatre années de tergiversations, Londres refusa finalement la proposition de Cakobau, doutant de sa véritable légitimité sur les terres proposées.
Seru Epenisa Cakobau, Tui Viti de Fidji

La Guerre de Sécession américaine (1861-1865) et l'augmentation des prix du coton qui s'ensuivirent, accrut chez les Européens leur intérêt pour l'archipel où le climat favorable et l'abondance de terres offrait des opportunités pour cultiver cette plante. Cela entraîna une nouvelle vague de migrations, cette fois-ci essentiellement d'origine australienne et néo-zélandaise. Ces derniers employèrent pour travailler sur leur plantation des engagés salomonais et néo-hébridais (voir l'article blackbirder). Prenant une part de plus en plus active dans les affaires fidjiennes et souhaitant la mise en place d'un pouvoir fort et centralisé, ces colons papalagi réussirent en 1871 à convaincre Cakobau de promulguer une constitution de type monarchique avec pour capitale Levuka (île d'Ovalau). Cakobau fut nommé roi tandis que Ma'afu qui régnait sur la confédération Lau obtint le titre de vice-roi en échange de son ralliement. Parallèlement fut mis en place une système parlementaire bicaméral composé d'un nombre égal de Fidjiens et d'Européens.

Très vite, le régime dut néanmoins faire face à une opposition croissante de la part du consul britannique, qui voyait son influence sur Cakobau décliner au profit du pouvoir grandissant des colons, mais également d'un certain nombre de chefs fidjiens qui refusaient la suprématie de Cakobau auxquels tous y compris Ma'afu finirent par se rallier. À cela s'ajoutaient des conflits fonciers de plus en plus violents entre planteurs et Fidjiens. Face à cette anarchie croissante et afin de conserver ce qui lui restait de pouvoir, Cakobau se résolut en désespoir de cause à se tourner vers Londres. Le 10 octobre 1874 fut signé le « Traité de Cession » entre la couronne britannique, représentée par le gouverneur de Nouvelle-Galles-du-Sud, Sir Hercules Robinson, le Tui Viti Cakobau, Ma'afu et 11 autres chefs fidjiens. En signe de soumission, Cakobau offrit à la reine Victoria sa massue de guerre.

Fidji colonial (1874-1970)[modifier | modifier le code]

Homme en costume traditionnel, photographié vers 1890 par Thomas Andrew

Le règlement du problème foncier et l'arrivée des « Kai India »[modifier | modifier le code]

Sir Hercules Robinson, qui était venu en 1874 signer le traité de cession, fut nommé gouverneur par intérim avant d'être remplacé l'année suivante par Sir Arthur Gordon. L'historiographie a conservé du personnage l'image d'un gouverneur éclairé quelque peu romantique, ayant sincèrement œuvré pour la défense des intérêts fidjiens. Pour faire cesser l'aliénation foncière des Fidjiens par des Européens à l'appétit grandissant, il fit ainsi voter en 1880 le « Native Lands Ordinance », loi par laquelle la vente de terres à des particuliers était désormais interdite, remplacée par un système de location dont le terme ne pouvait excéder 21 ans.

Pour sortir l'archipel de la situation de crise économique liée à la chute des prix du coton, il eut également l'idée d'introduire dans l'archipel l'industrie sucrière. Toutefois son développement posait un problème de main d'œuvre dont cette industrie était très consommatrice. Les Fidjiens étaient peu enclins à l'effort physique qu'imposait le travail dans les champs de cannes à sucre. Ceux qui s'y essayèrent abandonnèrent rapidement au profit de la culture du coprah et de la banane plus rentable sur le court terme. Gordon décida alors de faire appel à des engagés d'origine indienne[10]. Il s'agissait de contrat de cinq ans au bout desquels le contractant était libre de rentrer en Inde à ses propres frais ou de signer un nouveau contrat de cinq années supplémentaires. Ce n'est qu'après ces dix années passées à travailler dans les champs de cannes à sucre, que ces Indiens étaient autorisés à s'installer définitivement aux Fidji en achetant des terres à la couronne britannique ou en les louant aux propriétaires coutumiers.

En 1879, un premier navire, le Leonidas, arriva à Suva débarquant 500 de ces travailleurs. En tout jusqu'en 1916 date à laquelle prit fin ce système contractuel, ils furent 61000 à venir tenter leur chance aux Fidji transformant de manière durable la structure démographique du pays. Assez rapidement les premières tensions se firent sentir avec les Fidjiens de souche que les Indiens désormais indo-fidjiens surnommaient les « jungali ». Toutefois, ces tensions n'opposaient pas seulement Mélano-fidjiens et Indo-Fidjiens, mais étaient également présentes au sein même de cette communauté indienne et ce pour plusieurs raisons. Le ratio de 40 femmes pour 100 hommes engagés que les autorités britanniques s'étaient promis de remplir ne fut jamais respecté, entraînant de nombreux conflits parmi la population masculine indienne. À cela s'ajoutait une origine géographique, religieuse et culturelle diverse. Une partie venait du Nord de l'Inde ou du Bengale[11], d'autres de langue Tamoul ou Télougou du Sud de l'Inde[12]. On estime sur un plan religieux que 85 % de ces Indiens étaient de confession hindou, 14 % Musulmane, le pourcent restant chrétienne ou Sikh.

Les Indo-fidjiens s'installèrent majoritairement sur la côte ouest de Viti Levu et Vanua Levu où se concentrait l'industrie sucrière et furent à l'origine du développement urbain de villes telles que Sigatoka ou Ba.

Article détaillé : Indiens de Fidji.

Les évolutions institutionnelles jusqu'en 1960[modifier | modifier le code]

Le traité de cession de 1874 avait prévu la mise en place d'un Conseil Législatif composé de six Européens nommés par le gouverneur. Parallèlement le Conseil des chefs (taukei) était chargé de gérer les affaires considérées comme strictement fidjiennes. En 1904, une réforme du Conseil Législatif ouvrit celui-ci à deux représentants fidjiens nommés par le Conseil des Chefs.

Ce n'est qu'à partir de 1910 que la communauté indienne commença à réclamer la possibilité d'être représentée au Conseil Législatif. Face au refus des autorités britanniques, les indiens fondèrent la "British Indian Association". Pour défendre leurs intérêts, ils firent appel à Gandhi, alors jeune avocat soutenant la cause des indiens d'Afrique du Sud. Celui-ci leur envoya en 1912 Manilal Maganlal, avocat également d'origine indienne né sur l'île Maurice. Ce n'est néanmoins qu'en 1916 que celui-ci réussit à faire plier les autorités britanniques, celles-ci acceptant qu'un indien nommé par le gouverneur, intégrât le conseil législatif. Le premier représentant indien fut Badri Maharaj, fervent soutien de l'Empire britannique mais peu populaire parmi les siens.

À partir des années 1920, la communauté indienne se fit de plus en plus revendicative. De nombreuses grèves furent organisées, réclamant une amélioration des conditions de travail, l'abolition de certaines lois discriminatoires ainsi que toujours plus de représentativité. Cela aboutit à une première réforme en 1927, permettant au représentant indien de n'être non plus nommé mais élu par ses pairs. Puis en 1937, une nouvelle réforme réorganisant totalement le conseil Législatif fut mise en place. Celui-ci se composait désormais de 16 membres :

  • le gouverneur
  • 5 issus de la communauté européo-fidjienne (3 élus et 2 nommés)
  • 5 issus de la communauté mélano-fidjienne (tous nommés et issus du Conseil de chefs)
  • 5 issus de la communauté indo-fidjienne (3 élus et 2 nommés)

En 1946, l'archipel bascula démographiquement. À partir de cette date, le nombre d'Indiens avec 46 % de la population dépassait désormais celui des Fidjiens de souche qui ne représentait plus que 45 % du total, les 9 % restants étant composé majoritairement d'Européens et d'une petite communauté chinoise[13]. Ce fait ainsi que le refus des indiens sur les recommandations de Gandhi de participer à la Seconde Guerre mondiale et ce contrairement aux Fidjiens[14], accrut le fossé entre les deux communautés renforçant d'autant l'alliance objective entre ces derniers et la communauté européenne de Fidji.

Désormais majoritaires, les Indiens commencèrent à réclamer des évolutions vers plus de démocratie et la mise en place d'un système électoral reposant sur le suffrage universel. Ils furent renforcés en cela par le soutien à l'ONU de l'Inde devenue indépendante en 1947. C'est à cette époque qu'émergea comme leader de cette communauté un certain Ambalal Dahyabhai Patel, brillant avocat né en Inde installé aux Fidji depuis les années 1930.

Malgré ces revendications de plus en plus pressantes, les autorités britanniques soutenues en cela par une majorité de Fidjiens refusaient toutes évolutions qui pourraient leur être défavorables. Pour le grand chef de Bau, Ratu Lala Sukuna, leader naturel de la communauté fidjienne, le partage des rôles devait se faire ainsi : "La terre aux Fidjiens, le travail aux Indiens et le business aux Européens"

Ce n'est qu'à partir de 1960, à la veille de l'indépendance des Samoa occidentales que le Royaume-Uni pressé par l'ONU, engagea un processus de décolonisation. Celui-ci mit dix ans avant d'aboutir.

La marche vers l'indépendance (1960-1970)[modifier | modifier le code]

En 1960, le gouverneur britannique Derek Jakeway fit savoir au Conseil législatif que le Royaume-Uni comptait à terme se désengager de l'archipel. Dans l'immédiat celui-ci proposa une nouvelle série de réformes institutionnelles inspirées du modèle anglais, à savoir une chambre haute, le Conseil des chefs, et une chambre basse, le Conseil Législatif. Celui-ci était élargi à 38 membres.

  • 19 étaient élus au suffrage universel classique, sans tenir compte des critères ethniques.
  • 12 (4 pour chaque communauté) étaient élus au suffrage particulier ou communautaire, c’est-à-dire par un corps électoral divisé en trois sur des critères ethniques.
  • 4 (2 Indiens et 2 Européens) étaient nommés par le gouverneur,
  • 2 étaient nommés par le Conseil des chefs
  • Le gouverneur

Les élections eurent lieu en 1963. Pour la première fois les femmes quelle que soit leur ethnie purent voter. La même année une double résolution dénonçant d'une manière générale les tergiversations britanniques en matière de décolonisation et demandant pour Fidji l'accès immédiat à l'indépendance fut votée par l'Assemblée Générale de l'ONU. La victoire travailliste aux élections de 1964 et l'arrivée aux affaires de Harold Wilson favorable à un désengagement britannique complet à l'est de Suez, devaient aller dans ce sens. Signe de ce changement, le Colonial Office" fut absorbé par le "Foreign Office and Commonwealth Office". Paradoxalement, les plus farouches adversaires de l'indépendance fidjienne étaient les Fidjiens eux-mêmes tout au moins sa communauté mélanésienne et son nouveau leader Ratu Kamisese Mara[15], qui craignaient en raison des évolutions démographiques de perdre tout pouvoir au profit de la communauté indienne en cas d'indépendance. Chacune des communautés s'organisa bientôt en un parti politique structuré. D'un côté l'Alliance Party créé en 1964 par Kamisese Mara, défendait les intérêts mélano-fidjiens auquel s'étaient ralliés une majorité d'Européens; de l'autre le National Federation Party (NFP) de Patel représentait les intérêt d'une majorité d'Indo-fidjiens[16]

Pour tenter de rapprocher les points de vue et accélérer le processus, le Cabinet Wilson convoqua en 1965 à Londres une Conférence Constitutionnelle sur la question fidjienne. Mara et Patel échouèrent à s'entendre, chacun campant sur ses positions quant au mode de scrutin et les liens d'un éventuel Fidji indépendant avec la couronne britannique. Mara souhaitait un suffrage communautaire et que Fidji reste au sein du Commonwealth tandis que Patel était favorable à un suffrage universel complet et des institutions républicaines. Les deux hommes se mirent tout de même d'accord en 1967 sur la mise en place d'un exécutif autonome dont Kamisese Mara prit la tête.

La situation devait néanmoins rester bloquée jusqu'en 1969 date à laquelle décéda Patel. L'arrivée à la tête du NFP, de Sidiq Koya, plus souple et ayant de meilleures relations avec Mara permit de trouver une solution de compromis sur la question de la constitution. Les négociations mirent toutefois quelques mois avant d'aboutir et ce n'est qu'en octobre 1970 que Fidji devint officiellement indépendant lors d'une cérémonie à laquelle assista le Prince Charles, représentant sa mère Elisabeth II.

Fidji depuis l'indépendance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Politique des Fidji.

Le régime démocratique fut interrompu par deux coups d'État militaires en 1987, car le gouvernement était perçu comme dominé par la communauté indienne.

La Constitution de 1990 favorisa le contrôle par les indigènes mélanésiens des Fidji mais provoqua une émigration importante de la population indienne. La perte de population eut comme conséquence des difficultés économiques, mais assura la majorité aux Mélanésiens. Les amendements décrétés en 1997 rendirent la constitution plus équitable. Les élections libres et paisibles de 1999 permirent de constituer un gouvernement mené par un Indo-Fidjien, Mahendra Chaudhry, mais celui-ci fut renversé en 2000 lors d'un troisième coup d'État mené par George Speight, un homme d'affaires qui s'appuya sur une rhétorique nationaliste indigène. Speight, soutenu par une milice privée, prit Chaudhry en otage et réclama de nouvelles institutions qui établiraient la suprématie politique des indigènes, et interdiraient à nouveau (comme l'avait fait la Constitution de 1990) l'accès au sommet de l'État à tout Indo-Fidjien. La crise fut désamorcée à travers les efforts de médiation menés par le chef des armées, Frank Bainimarama. Speight fut finalement arrêté et condamné à la prison à perpétuité. Chaudhry demeura néanmoins écarté du pouvoir; le banquier et homme politique indigène Laisenia Qarase dirigea un gouvernement de transition, avant d'être élu par la voie démocratique en 2001. Il fut réélu en 2006.

Les Fidji ont été à plusieurs reprises un membre important des missions de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies dans diverses régions du monde.

Un nouveau coup d'État militaire, le 5 décembre 2006, voit l'accession au pouvoir du chef des forces armées, le commodore Frank Bainimarama, et le renversement du gouvernement Qarase, jugé coupable par Bainimarama d'avoir attisé les tensions entre les deux principales communautés ethniques (Fidjiens indigènes et Indo-Fidjiens). Le gouvernement de Qarase avait mené une politique de "discrimination positive" favorisant les indigènes, et certains membres du gouvernement avaient tenu des propos racistes et incendiaires à l'encontre des Indo-Fidjiens. La ministre des Femmes, Asenaca Caucau, avait ainsi annoncé devant le Parlement : « Nous devons surveiller de près les Indo-Fidjiens, car ils sont comme des mauvaises herbes. Ils ont tendance à pousser, à saisir et à s'approprier les terres et la nation ». Bainimarama, lui-même indigène, reproche également à Qarase d'être corrompu et d'avoir préparé une législation qui faciliterait l'amnistie pour les complices de Speight. Qarase dément toute accusation de corruption (aucune preuve n'a été trouvée à ce jour), et dénonce le refus de Bainimarama de désamorcer la crise par le dialogue plutôt que par un coup d’État.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ceux-ci ont été datés entre 1100 et 900 avant notre ère
  2. Carte animée du peuplement Lapita des îles Fidji : http://www.grographics.com/fiji/fiji-timeline/index.html
  3. (en) "Fidjian Culture & Tradition", site web du gouvernement des Fidji
  4. La WMS était déjà bien implantés aux îles Tonga
  5. Titre porté par le chef de la confédération Lau
  6. anciennement appelé Naqaqadelavatu
  7. Cet incident dont les versions varient selon les récits, est toujours très présent dans la mémoire collective fidjienne, comme semble le démontrer l'article suivant [1]
  8. Chapelet d'îles à l'est de Viti Levu (Ovalau, Koro, Gau …)
  9. Né à Tahiti, il est le fils de George Pritchard, missionnaire de la LMS qui s'était déjà fait expulser de Tahiti après s'être opposé à la prise de possession française
  10. Gordon fut inspiré en cela par le modèle mauricien où il avait séjourné plusieurs années
  11. Appelés les « Calcuttas » ou « Calcutta Wallahs »
  12. Appelés de manière générique les « Madrasas »
  13. La tendance se confirma au recensement de 1956 les trois communautés représentant respectivement 49 %, 43 % et 8 % du total)
  14. Un contingent important de Fidjiens combattirent au sein des troupes australo-néo-zélandaises aux nombreuses batailles de la guerre du Pacifique (Guadalcanal…)
  15. Mara avait succédé dans ce rôle à son cousin Ratu Lala Sukuna après son décès en 1958. Contrairement à Sukuna, Mara n'était pas le ratu (grand chef) de Bau mais de la confédération Lau (Tui Nayau), les deux grandes chefferies étant de toute manière liées par une alliance politique ancienne et de nombreux intermariages, l'un allant souvent avec l'autre dans les chefferies océaniennes
  16. Certains indiens regroupés au sein l'Indian Association choisirent de s'associer à l'Alliance Party. Leur crédibilité au sein de la communauté indienne était néanmoins faible, étant généralement considérés par les leurs comme des "traîtres" s'alignant sur les positions de l'Alliance Party pour des raisons opportunistes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Huffer, Elise "Grands Hommes petites îles", ORSTOM, Paris, 1993.
  • William, Thomas & Calvert, James, "Fidji and the Fidjians", 2 volumes, Londres, 1858.
  • K., L., Gillion, "Fidji's indian migrants", Melbourne, 1962
  • Lawry, Walter, "Missions in the Tonga and Feejee - Islands, as described in the journals of Rev. Walter Lawry", New Yor, 1852.
  • Ravuvu, Asesela D., "The Fidjian ethos", Suva : Institute of Pacific studies, University of the South Pacific, 1987.
  • Nordon, Robert, "Chiefs for the Nation: Containing Ethnonationalism and Bridging the Ethnic Divide in Fidji", in "Pacific Studies", Vol. 22, No. 1 (mars 1999)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Organisation coutumière fidjienne