Élections législatives fidjiennes de 2014

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Élections législatives fidjiennes de 2014
Les 50 sièges du Parlement (monocaméral)
17 septembre 2014
Bainimarama 2014.jpg
Fidji d'abord (en) - Voreqe Bainimarama
Sièges sortants 0
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Parti libéral social-démocrate (en) - Pio Tabaiwalu
Sièges sortants 36
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Parti travailliste fidjien - Mahendra Chaudhry
Sièges sortants 31
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Parti démocrate populaire (en) - Adi Sivia Qoro (en)
Sièges sortants 0
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Parti de la fédération nationale (en) - Dalip Kumar
Sièges sortants 0
Premier ministre
Sortant
Politique aux Fidji
Image illustrative de l'article Élections législatives fidjiennes de 2014

Des élections législatives sont prévues aux Fidji le 17 septembre 2014[1].

Contexte et développements (2006-2014)[modifier | modifier le code]

La République des Fidji est actuellement gouvernée par le chef des armées, l'amiral Voreqe Bainimarama, depuis un coup d'État en décembre 2006. Il s'était engagé à permettre des élections législatives libres et démocratiques en mars 2009[2],[3],[4], suite à des réformes du système électoral, qui auraient pour but officiellement de résoudre l'expression des tensions inter-ethniques à travers les clivages politiques, ainsi que de combattre la corruption[5].

L'ancien Premier ministre Laisenia Qarase, renversé lors du coup d'État, avait indiqué qu'il participerait aux élections. Bainimarama, lui, n'y participerait pas[6]. La condamnation de Qarase à un an de prison pour corruption en août 2012, toutefois, réduit fortement la probabilité qu'il puisse prendre part au scrutin[7].

Le 18 juillet 2008, l'amiral Bainimarama annonça, lors d'une interview à la radio fidjienne, que les élections n'auraient pas lieu en 2009. Il affirma que le délai était trop court pour mettre en place les réformes du système électoral[8]:

« Le système électoral que nous avons depuis dix ans n'est pas bon pour nous, car il engendre une division raciale. Donc nous voulons nous en débarrasser, et nous voulons trouver une autre manière de tenir des élections, afin que les résultats de l'élection amènent la stabilité et l'harmonie. Il faut qu'il y ait une élection ; il y en aura une, et les forces armées, de toutes les organisations, savent à quel point les élections sont importantes, mais nous devons mettre en place des changements avant les élections. »[9]

La date des prochaines élections aux Fidji demeura donc, à cette date, incertaine. La commission électorale fidjienne annonça qu'elles pourraient se tenir fin 2009, ou en 2010[10]. Lors de ses vœux adressés au pays pour le Nouvel An en 2009, Bainimarama déclara : « Concitoyens, nous aurons des élections. Toutefois, ces élections devront se tenir dans le cadre d'un système électoral véritablement démocratique. Ce qui veut dire que la voix de chaque individu doit avoir la même valeur ; vous devez avoir le droit de choisir qui vous voulez, sans être contraints par une catégorisation ethnique »[11].

En avril 2009, le président de la République, Ratu Josefa Iloilo, abrogea la Constitution et conféra anticonstitutionnellement à Bainimarama un mandat pouvant durer jusqu'à cinq ans. Le gouvernement affirme vouloir restaurer la démocratie en 2014 au plus tard; des élections devraient théoriquement avoir lieu d'ici à cette date[12]. En juillet 2009, Bainimarama confirma que des élections auraient lieu en septembre 2014, et qu'elles se dérouleraient en accord avec une nouvelle Constitution, qui éliminerait la catégorisation 'raciale' du système électoral[13].

Fin 2011, le gouvernement indiqua dans le budget ses préparatifs pour l'inscription des électeurs sur les listes électorales. Il ajouta que la nouvelle Constitution stipulerait la nature du Parlement (monocaméral ou bicaméral ?), la durée du mandat des parlementaires et l'équilibre des pouvoirs, suite à une consultation avec le public et les organisations non-gouvernementales. Le droit de vote serait en principe obtenu à l'âge de 18 ans, et non plus 21[14],[15],[16]. Le gouvernement a déjà annoncé que le nombre de sièges au Parlement serait réduit. Il en comptait 71 avant l'élection, ce que les autorités jugent excessif pour un pays de 900 000 habitants[17].

En avril 2012, Bob Carr, ministre des Affaires étrangères australien, et Murray McCully, ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, visitèrent les Fidji et s'entretinrent conjointement avec les chefs des trois partis représentés au Parlement dissous en 2006 : Laisenia Qarase pour le Soqosoqo Duavata ni Lewenivanua, Mahendra Chaudhry pour le Parti travailliste, et Mick Beddoes pour le Parti des peuples unis. La discussion porta sur les premiers préparatifs en vue de la nouvelle Constitution, et sur les élections programmées pour 2014. Fut évoquée, entre autres, la rumeur selon laquelle des membres du gouvernement songeraient à la création d'un parti politique militaire pour prendre part à l'élection[18].

Le 21 décembre 2012, la commission présidée par le Kenyan Yash Ghai (en) remet une première ébauche de Constitution au Président Epeli Nailatikau. Ce dernier rappelle que le gouvernement nommera bientôt une Assemblée constituante chargée de finaliser la Constitution. Les dispositions de cette Constitution permettront la préparation des élections[19].

En janvier 2013, dans le cadre de la préparation des élections, le gouvernement publie un décret annonçant les critères pour la reconnaissance de partis politiques[20]. Le décret interdit aux dirigeants d'organisations syndicales, qui constituent l'une des principales forces d'opposition au régime militaire, de prendre part à la direction d'un parti politique. Le décret exclut également toute personne condamnée à peine d'au moins six mois de prison au cours des cinq années précédant l'élection ; Laisenia Qarase, qui purge alors une peine d'un an de prison pour corruption, se voit donc interdire de diriger son propre parti, le Soqosoqo Duavata ni Lewenivanua[21]. Felix Anthony, président du Fiji Trades Union Congress, dénonce une mesure anti-démocratique[22]. Il est également interdit aux syndicats, comme aux entreprises, de soutenir financièrement un parti politique[23]. Pramod Rae, secrétaire général du Parti de la fédération nationale, pointe l'« impossibilité » pour les partis existants de réunir 5 000 membres afin d'être reconnus, et dénonce une volonté du gouvernement d'« annihiler » ces partis[24].

Dans ce cadre, le Soqosoqo Duavata ni Lewenivanua se dissout, et se reforme immédiatement avec un nouveau nom en anglais, se pliant ainsi à l'une des conditions pour sa reconnaissance par les autorités. Il devient le Social Democratic Liberal party (parti Libéral social-démocrate), afin de conserver l'acronyme "SDL"[25]. Peu après, le Parti des peuples unis (UPP) annonce sa dissolution sans refonte, dénonçant les exigences « ridicules » imposées par le gouvernement. Le dirigeant de l'UPP, Mick Beddoes, affirme toutefois qu'il ne compte pas mettre un terme à sa carrière politique, et invite les membres de l'UPP à rejoindre, selon leurs convictions, l'un des autres grands partis[26].

Le SDL (dirigé par Ratu Jone Kubuabola), le Parti travailliste (dirigé par Mahendra Chaudhry) et le PFN (dirigé par Attar Singh) forment à partir de janvier un Front uni pour des Fidji démocratiques (auquel participe également Mick Beddoes malgré la dissolution du PPU) en opposition au régime militaire[27],[28].

Le 21 mars 2013, le gouvernement publie sa propre proposition de nouvelle Constitution, soumise à la consultation populaire avant finalisation par le gouvernement lui-même. Il renonce ainsi à la tenue d'une assemblée constituante[29]. Le lendemain, Bainimarama annonce qu'il sera candidat aux élections, et qu'il compte fonder un parti politique à cet effet[30].

En avril 2013, le Front uni pour des Fidji démocratiques demande au gouvernement un débat télévisé en amont des élections, qui constituerait également un débat sur la proposition de nouvelle Constitution[31].

En mai 2013, un quatrième parti politique est officiellement reconnu et autorisé : le Parti démocrate populaire (PDP), constitué notamment de syndicalistes déçus par le Parti travailliste[32]. La présidente du nouveau parti, Adi Sivia Qoro, indique que son mouvement serait potentiellement intéressé à rejoindre le Front uni[33]. Le Front à cette date entend poursuivre un mouvement de pression pour peser sur les modalités de préparation des élections, et constituer avant le scrutin un gouvernement de coalition nationale intérimaire, en remplacement des autorités militaires[33]. Tupeni Baba, du SDL, indique que le Front pourrait présenter un programme commun et des candidats communs aux élections, afin de rester unis face aux candidats de l'hypothétique parti du gouvernement Bainimarama[33].

Le 5 mars 2014, en accord avec la nouvelle Constitution qu'il a faite proclamer, le premier ministre Voreqe Bainimarama démissionne de ses fonctions de commandant des forces armées, restant à la tête du gouvernement en tant que simple civil afin de pouvoir participer aux élections en septembre. Le général de brigade Mosese Tikoitoga lui succède[34].

Constitution et système électoral[modifier | modifier le code]

Le 22 août 2013, le gouvernement transitoire issu du coup d'État militaire de décembre 2006 publie la Constitution qui encadrera les élections de septembre 2014. Parmi les changements notables[35],[36] :

  • les circonscriptions électorales sont abolies, faisant place à un système électoral à la proportionnelle, pour encourager tous les partis à se soucier de l'ensemble de la population ;
  • les listes électorales ethniques, et la répartition des sièges selon des critères ethniques, sont abrogées ;
  • le Sénat est aboli, en faveur d'un parlement monocaméral ;
  • le droit de vote est désormais acquis à l'âge de 18 ans, au lieu de 21 ;
  • le nombre de sièges au parlement est réduit à 50 ;
  • les Fidjiens expatriés obtiennent le droit de vote, à condition de n'avoir que la nationalité fidjienne ;
  • les forces armées ont pour rôle de garantir « la sécurité, la défense et le bien-être » du pays et de ses habitants.

La campagne électorale devra cesser quarante-huit heures avant l'ouverture des bureaux de vote, et la publication des sondages cessera une semaine avant le vote[37].

Partis politiques[modifier | modifier le code]

En décembre 2013, le Parti de la fédération nationale indique qu'il présentera des candidats à l'élection sous sa propre étiquette, et non sous l'étiquette de la coalition du Front uni pour des Fidji démocratiques, coalition dont il demeure néanmoins membre. Le président du parti, Raman Singh, explique qu'il continue d'entretenir de bonnes relations avec les autres membres de la coalition, et qu'un gouvernement de coalition est envisageable, mais qu'étant donné que l'élection s'effectue par le biais d'une représentation proportionnelle, il est souhaitable que son parti présente ses propres candidats[38].

Début juin 2014, il y a cinq partis politiques enregistrés et reconnus[39],[40] :

Campagne électorale[modifier | modifier le code]

À la mi-juillet, le Parti démocrate populaire est le premier à annoncer son programme. Mettant l'accent sur la démocratie, les droits de l'homme, « la compassion pour les pauvres » et la justice sociale, il promet notamment la gratuité de l'accès à l'eau, et l'exemption de la taxe sur la valeur ajoutée sur l'électricité pour les pauvres. Il prône également le rétablissement du Grand Conseil des Chefs[41].

Le Parti libéral social-démocrate (Sodelpa, ancien SDL au pouvoir avant le coup d'État) annonce lui aussi son programme politique en juillet, et le fonde sur les politiques mises en oeuvre avant le coup d'État. Il argue que le gouvernement Bainimarama s'est attaqué aux droits de la population autochtone, et promet de restaurer le projet de loi de 2006 visant à transférer aux autochtones la propriété des plages, terres côtières et fonds marins près des côtes. La Banque foncière instaurée par le gouvernement Bainimarama pour encourager les propriétaires des terres autochtones à les louer pour les faire fructifier serait abolie. La Constitution introduite en 2013 serait « amendée ou abrogée ». Le Grand Conseil des Chefs serait rétabli. Le christianisme serait à nouveau déclaré religion d'État, comme cela avait été le cas dans les années 1990 suite aux premiers coups d'États nationalistes ; la plupart des Fidjiens autochtones sont chrétiens, tandis que la plupart des Fidjiens d'origine indienne sont hindous ou musulmans. Une aide alimentaire serait introduite pour lutter contre la pauvreté ; les entreprises embauchant des jeunes en premier emploi bénéficieraient de nettes réductions d'impôts. L'impôt sur les plus-values serait abrogé, et, de manière plus générale, des mesures de déréglementation économique seraient introduites[42].

Sondages[modifier | modifier le code]

En mai, le nouveau parti politique de Voreqe Bainimarama, Fidji d'abord, étant en cours de validation auprès des instances électorales, un sondage le donne largement gagnant en terme d'intentions de vote. 56 % des sondés auraient indiqué leur intention de voter pour le parti Fiji d'abord, 8 % pour le Parti social-démocrate libéral (SODELPA, conservateur), 3 % pour les Travaillistes, 2 % pour le Parti démocrate populaire (issu des syndicats), et 1 % pour le Parti de la fédération nationale. 19 % demeurent incertains, et 9 % refusent de répondre[43]. Les partisans de Bainimarama soulignent la sécurité accrue sous son gouvernement, la gratuité de l'éducation, la gratuité des transports publics pour les enfants, le contrôle des prix des denrées alimentaires, et un accès à l'eau et à l'électricité dans des régions rurales pour la première fois[44].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) "Fiji sets September 17 for elections", AFP, 27 mars 2014
  2. (en) "Commodore Bainimarama reaffirms elections commitment", Fiji Times, 12 avril 2008
  3. (en) "Fiji's 2009 general election to go ahead", Xinhua, 6 février 2008
  4. (en) "Fiji coup leader promises democracy by March 2009", Reuters, 17 octobre 2008
  5. (en) "Elections no magic solution - Bainimarama", Michael Field, Fairfax Media, 27 mars 2008
  6. (en) "Fiji’s PM opts out of Politics", Fiji Broadcasting Corporation, 23 octobre 2007
  7. (en) "Conviction rules Qarase out of 2014 Fiji election", Radio New Zealand International, 3 août 2012
  8. (en) "No Elections in Fiji in 2009 says Bainimarama", Fiji Broadcasting Corporation, 18 juillet 2008
  9. (en) Voreqe Bainimarama, cité in: "Elections a must, only after electoral reform", Fiji Times, 19 juillet 2008
  10. (en) "Fiji Electoral Commission confirms poll delays", Radio New Zealand International, 25 juillet 2008
  11. (en) "2009 New Year Message - PM Bainimarama", site web du gouvernement fidjien, 1 janvier 2009
  12. (en) "PM Bainimarama - Address to Senior Civil Servants", site web du gouvernement fidjien, 17 avril 2009
  13. (en) "PM Bainimarama - A Strategic Framework for Change", site web du gouvernement fidjien, 1 juillet 2009
  14. (en) "Fiji: Should we believe in promises?", Lowy Institute, 29 novembre 2011
  15. (en) "450K for new Constitution", Fiji Times, 28 novembre 2011
  16. (en) "2012 National Budget Address by the Prime Minister Commodore Voreqe Bainimarama", gouvernement fidjien
  17. (en) "Fiji interim attorney general promises fewer MPs in next election", Radio New Zealand International, 8 décembre 2011
  18. (en) "Fiji concern over speculation of military political party", Radio Australia, 3 mai 2012
  19. (en) "H.E. RATU EPELI NAILATIKAU - ADDRESS WHILE ACCEPTING FIJI'S DRAFT CONSTITUTION", gouvernement des Fidji, 21 décembre 2012
  20. (en) "Fiji decree restricts political participation", The Australian, 16 janvier 2013
  21. (en) "Fiji's military regime cracks down on political rivals", TVNZ, 16 janvier 2013
  22. (en) "Fiji unions regard party decree as regime fear of workers", Radio New Zealand International, 16 janvier 2013
  23. (en) "Strict terms", Fiji Times, 16 janvier 2013
  24. (en) "Fiji’s NFP says regime has sinister plan to kill off all parties", Radio New Zealand International, 16 janvier 2013
  25. (en) "SDL alive", Fiji Times, 26 janvier 2013
  26. (en) "Fiji United Peoples Party winds itself up", Radio Australia, 28 janvier 2013
  27. (en) "Political Parties Form Democratic Alliance In Fiji", Fijilive, 2à janvier 2013
  28. (en) "United Front for Democratic Fiji says regime’s draft perpetuates dictatorship", Radio New Zealand International, 28 mars 2013
  29. (en) "Draft constitution out", Fiji Times, 21 mars 2013
  30. (en) "PM to contest 2014 election", Fiji Times, 22 mars 2013
  31. (en) "Fiji government challenged to televised debate", Radio Australia, 22 avril 2013
  32. (en) "Fourth political party gains registration in Fiji", Radio New Zealand International, 29 mai 2013
  33. a, b et c (en) "United Front in Fiji vows to carry on its fight", Radio New Zealand International, 11 juin 2013
  34. (en) "Military command handover marks end of era, says Bainimarama", Radio New Zealand International, 5 mars 2014
  35. (en) "Fiji Government releases final version of constitution, paving the way for 2014 elections", Australian Broadcasting Corporation, 22 août 2013
  36. (en) "New Fiji constitution a mixed bag says academic", ABC Radio Australia, 22 août 2013
  37. (en) "Fiji regime provides election explanation", Radio Australia, 31 mars 2014
  38. (en) "Fiji opposition to fight election under its own name", Radio Australia, 30 décembre 2013
  39. (en) "Registered political parties", Bureau électoral fidjien
  40. (en) "FijiFirst registered", Fiji Times, 31 mai 2014
  41. (en) "PDP launches manifesto", Fiji Broadcasting Corporation, 14 juillet 2014
  42. (en) "Fiji's Sodelpa promises poverty relief in manifesto", Radio New Zealand International, 21 juillet 2014
  43. (en) "Voters tell of their intent at the ballot", Fiji Times, 24 mai 2014
  44. (en) "Fiji's Frank Bainimarama appears to have widespread support ahead of elections", Australian Broadcasting Corporation, 28 mai 2014