Voreqe Bainimarama

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Frank Bainimarama)
Aller à : navigation, rechercher
Voreqe Bainimarama
Voreqe Bainimarama en février 2014.
Voreqe Bainimarama en février 2014.
Fonctions
9e Premier ministre fidjien[1]
En fonction depuis le 5 janvier 2007
(&&&&&&&&&&&027647 ans, 6 mois et 26 jours)
Président Ratu Josefa Iloilovatu Uluivuda
Ratu Epeli Nailatikau
Prédécesseur Jona Senilagakali
Président du Grand Conseil des Chefs
18 février14 octobre 2008
(&&&&&&&&&&&&02397 mois et 26 jours)
Président Ratu Josefa Iloilovatu Uluivuda
Prédécesseur Ratu Ovini Bokini
Successeur Ratu Epeli Nailatikau
Président du gouvernement militaire intérimaire fidjien
5 décembre 20064 janvier 2007
(&&&&&&&&&&&&&03029 jours)
Premier ministre Jona Senilagakali
Prédécesseur Ratu Josefa Iloilovatu Uluivuda
(président de la République)
Successeur Ratu Josefa Iloilovatu Uluivuda
(président de la République)
29 mai13 juillet 2000
(&&&&&&&&&&&&&0451 mois et 14 jours)
Premier ministre Laisenia Qarase
Prédécesseur Ratu Sir Kamisese Mara
(président de la République)
Successeur Ratu Josefa Iloilovatu Uluivuda
(président de la République)
Biographie
Nom de naissance Josaia Voreqe Bainimarama
Date de naissance 27 avril 1954 (60 ans)
Lieu de naissance Kiuva (Fidji)
Nationalité fidjienne
Conjoint Maria Makitalena
Religion Méthodisme[2]

Voreqe Bainimarama
Chefs d'État fidjiens
Premiers ministres fidjiens

L'amiral Ratu Josaia Voreqe Bainimarama, auparavant connu sous le nom de Frank Bainimarama (né le 27 avril 1954 sur l'île de Bau[3]), est un homme politique et ancien militaire fidjien. Commandant des forces militaires des Fidji de 1999 à 2014, il a présidé une première fois un gouvernement militaire intérimaire du 29 mai au 13 juillet 2000 après le coup d'État avorté de George Speight, puis du 5 décembre 2006 au 4 janvier 2007. Premier ministre intérimaire depuis le 5 janvier 2007, il a été titularisé à son poste le 11 avril 2009.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bainimarama vient du village de Kiuva dans la péninsule de Kaba, dans la province de Tailevu. Il a deux frères, Ratu Meli Bainimarama et Ratu Timoci Bainimarama, et a épousé Maria Makitalena, dont il a six enfants. Il avoue une passion pour le sport et notamment pour le rugby à XV et l'athlétisme. Il siégea même un temps à la Fiji Rugby Union. Il est de confession chrétienne.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il rejoignit la marine fidjienne le 26 juillet 1975, et obtint le grade de lieutenant en 1984. En 1985 lui fut confié le commandement du navire HMFS Kikau, son premier commandement. En 1986, il fut déployé avec la Force multinationale et observateurs au Sinaï. En 1988, il fut promu commandant de la Division marine fidjienne, et obtint le grade de capitaine en 1995. Le 25 février 1999, il fut nommé à la tête des armées[4].

Le 5 mars 2014, en accord avec la nouvelle Constitution qu'il a faite proclamer, Bainimarama démissionne de ses fonctions de commandant des forces armées, restant à la tête du gouvernement en tant que simple civil afin de pouvoir participer aux élections législatives en septembre. Le général de brigade Mosese Tikoitoga lui succède[5].

Le « héros » de la crise de 2000[modifier | modifier le code]

En mai 2000, le gouvernement démocratiquement élu du premier ministre Mahendra Chaudhry fut renversé par un coup d'Etat civil mené par l'homme d'affaires George Speight. Speight prit le gouvernement en otage et exigea des réformes du système politique, afin de garantir la suprématie politique de la population autochtone.

Bainimarama obtint la démission du Président de la République, Ratu Sir Kamisese Mara, et prit temporairement les pleins pouvoirs afin de résoudre la crise. Il négocia avec Speight, obtint la libération des otages en juillet, puis céda immédiatement le pouvoir à un gouvernement civil de transition, dirigé par Laisenia Qarase. Qarase obtint une légitimité démocratique en remportant les élections législatives de 2001. Speight fut emprisonné.

En novembre 2000, un petit nombre de soldats partisans de George Speight tentèrent d'assassiner Bainimarama, qui ne leur échappa qu'en sautant par une fenêtre de la caserne où il se trouvait. La mutinerie fut réprimée, mais Bainimarama conserva une hostilité implacable à l'encontre des partisans de Speight; ce facteur allait s'avérer déterminant au cours des années suivantes.

Suite aux évènements de 2000, Bainimarama fut presque unanimement célébré comme héros national, pour avoir résolu la crise et remis le pouvoir à un gouvernement civil. Le journal Fiji Daily Post le nomma « Homme de l’année » en reconnaissance pour ses actes[4].

Après les élections de 2001, Qarase forma un gouvernement de coalition avec l'Alliance conservatrice, un parti fondé par les partisans de George Speight; Speight lui-même avait été élu député depuis sa cellule de prison. L'Alliance conservatrice avait pour objectif avoué d'obtenir l'amnistie pour Speight et pour les autres auteurs du coup d'Etat, ainsi que de faire appliquer ses politiques 'raciales' visant à exclure la minorité indienne de toute participation à la vie politique du pays. Bainimarama exprima publiquement son mécontentement à l'entrée de l'Alliance au gouvernement. En 2005, le gouvernement Qarase annonça un projet de loi visant à amnistier certains auteurs du coup d'Etat de 2000. Bainimarama s'y opposa publiquement, et envoya des représentants de l'armée faire campagne contre le projet de loi dans les villages fidjiens[6]. Il déclara par ailleurs que 'son' armée ne se plierait pas aux ordres d'un gouvernement avec lequel il avait un profond désaccord de principe[7].

Le coup d’État du 5 décembre 2006[modifier | modifier le code]

Le 5 décembre 2006, il réussit un coup d'État et s'empare du pouvoir. Le 4 janvier 2007, il remet le pouvoir au président élu Josefa Iloilo[8], lequel avait donné sa bénédiction aux putschistes en leur promettant l'amnistie. Ce dernier nomme Bainimarama Premier ministre le lendemain malgré les pluies de protestations[9]. Celui-ci, sous la pression des pays voisins, promet des élections libres et démocratiques pour mars 2009[10]. Il ajoute qu'il ne participera pas aux élections[11].

Aux premières heures du 5 décembre 2006, Bainimarama annonça avoir pris le contrôle de l'archipel fidjien. Le coup d'État s'était fait sans effusion de sang. Dans la foulée, Bainimarama limogea le Premier ministre en place, Laisenia Qarase, qui avait préalablement sollicité une intervention australienne pour mettre fin au coup d'État. Or, le Premier ministre australien John Howard refusa d'impliquer son pays dans cette crise. Pour sa part, Bainimarama affirma rendre le pouvoir la semaine suivante et voulait faire pression sur le président Josefa Iloilovatu pour nommer un gouvernement intérimaire et organiser de nouvelles élections. Bainimarama désigna Jona Senilagakali, un médecin militaire retraité, en tant que Premier ministre intérimaire. Il refusa d'instaurer un couvre-feu et appela les Fidjiens à reprendre une vie normale. Peu après, Iloilovatu nomme Bainimarama lui-même Premier ministre.

Les raisons du coup d’État[modifier | modifier le code]

Cela faisait plusieurs mois que Bainimarama menaçait d'effectuer un coup d'État. Il avait sommé le Premier ministre Qarase de mettre fin à deux axes particulièrement controversés de sa politique:

  • la « discrimination positive » qui visait à améliorer l'insertion socio-économique des indigènes, mais négligeait la misère des fermiers indo-fidjiens les plus pauvres, et, aux yeux de Bainimarama, avivait les tensions inter-ethniques
  • un projet de loi qui aurait facilité l'obtention d'un pardon et d'une amnistie pour les complices de George Speight, l'auteur nationaliste indigène du coup d'État de 2000. Bainimarama affirma qu'il ne pouvait tolérer voir des « terroristes » remis en liberté. À noter par ailleurs que Bainimarama avait échappé de peu (en sautant par une fenêtre) à une tentative d'assassinat effectuée par des partisans de Speight en 2000.

Qarase se dit prêt à discuter du projet de loi d'amnistie, mais annonça qu'il ne reculerait pas en ce qui concernait la « discrimination positive ». Les deux hommes tentèrent une négociation, avec l'aide d'une médiation néo-zélandaise, mais sans succès.

Lors de son discours prononcé au moment du coup d'État[12], Bainimarama accusa Qarase d'avoir « divisé la nation » en accentuant les clivages inter-ethniques; certains membres du gouvernement de Qarase avaient en effet proféré des propos ouvertement racistes à l'encontre des Indo-Fidjiens (ces « mauvaises herbes », d'après la ministre des Femmes Aseneca Caucau). Il accusa également Qarase d'être corrompu, accusation pour laquelle aucune preuve n'a été avancée à ce jour. Il ajouta que le coup d'État devait permettre de « résoudre la crise » provoquée, selon lui, par la politique de Qarase.

Fin avril 2009, il expliqua au journal The Australian:

« Ma vision pour Fidji est celle d’un pays libéré du racisme. C’est le plus grand problème que nous ayons eu ces vingt dernières années et il faut s’en débarrasser. Ce sont les mensonges dont on alimente les Fidjiens autochtones qui sont la cause de tout ça, particulièrement les mensonges des chefs qui dominent nos vies. Et les politiciens en prennent avantage. Nous devons fondamentalement changer de cap. Nous devons nous débarrasser de Qarase et de tout ce qui a trait au coup d’Etat de 2000, et repartir sur un tout nouveau chemin. »[13]

Premier ministre[modifier | modifier le code]

À la tête d'un gouvernement de transition, Bainimarama a en charge, outre la fonction de Premier ministre intérimaire, les portefeuilles de ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l'Aviation civile, ministre des Finances, ministre du Service public et ministre de l'Agriculture[14],[15].

En 2008, Qarase porte l'affaire devant la Cour suprême, et demande à ce que le gouvernement dirigé par Bainimarama soit déclaré illégitime. En octobre, la Cour déclare que le président Iloilovatu n'a pas outrepassé ses fonctions en nommant Bainimarama à la tête du gouvernement ; le gouvernement issu du coup d'État serait donc juridiquement légitime[16],[17].

Bainimarama s'est fixé pour objectif de mettre fin aux tensions inter-ethniques, en évitant toute politique focalisée sur l'appartenance ethnique, et en remplaçant les listes électorales communautaires par des listes dénuées de distinctions ethniques entre les citoyens. Il a affirmé qu'il est nécessaire de promouvoir l'unité nationale pour éviter de nouveaux coups d'État à l'avenir.

Le 10 avril 2009, la Cour d'appel de Fidji juge illégale le renversement du gouvernement démocratique pendant le coup d'État de 2006 et Bainimarama remet sa démission de Premier ministre intérimaire. Le président Josefa Iloilo annonce alors la suspension de la Constitution et assume les pleins pouvoirs. Le 11 avril 2009, il nomme[18] de nouveau l'amiral Frank Bainimarama Premier ministre.

En septembre 2011, l'Institut Lowy, en Australie, publia un sondage indiquant que 66 % des Fidjiens (dont 60 % des autochtones et 75 % des Indo-Fidjiens) avaient une opinion favorable ou très favorable du travail de Bainimarama en tant que premier ministre ; 8 % en avaient une opinion défavorable ou très défavorable. 65 % estimaient que le pays était sur une bonne voie ; 21 % exprimèrent l'opinion inverse. (Paradoxalement, Laisenia Qarase avait eu un taux d'opinion favorable de 73 % en juin 2006.)[19],[20] Dans un contexte de répression des syndicats et de censure des médias, Felix Anthony, le secrétaire national du Congrès des Syndicats fidjiens, suggéra que les personnes intérrogées s'étaient senties intimidées[21]. Le premier ministre samoan Tuilaepa Sailele Malielegaoi, depuis longtemps le critique le plus féroce de Bainimarama, eut la même réaction[22]. L'Institut lui-même avait affirmé que les participants n'avaient pas semblé inhibés, puisque environ un tiers n'hésitèrent pas à dire que Bainimarama exerçait ses fonctions de manière « moyenne » (25 %), mauvaise (5 %) ou très mauvaise (3 %).

Le 21 mars 2013, le gouvernement publie une proposition de nouvelle Constitution, soumise à la consultation populaire avant finalisation par le gouvernement lui-même. Il renonce ainsi à la tenue d'une assemblée constituante, pourtant promise[23]. Le lendemain, Bainimarama annonce qu'il sera candidat aux élections législatives prévues pour septembre 2014, et qu'il compte fonder un parti politique à cet effet[24].

Tensions régionales et controverses[modifier | modifier le code]

Le 21 janvier 2007, suite aux interdictions de séjour imposées par la Nouvelle-Zélande à plusieurs sympathisants de Bainimarama, et notamment à Parmesh Chand, un responsable exécutif fidjien, Bainimarama menace la Nouvelle-Zélande de manière voilée, indiquant que « Fidji n'écarte pas la possibilité d'une riposte si la Nouvelle-Zélande continue de mépriser et frustrer l'administration par intérim[25] ». Bainimarama menace notamment de renvoyer dans leur pays les nombreux travailleurs néo-zélandais qui vivent aux Fidji.

Fin mars 2008, Bainimarama fait parvenir une lettre au gouvernement chinois indiquant son soutien à la politique menée au Tibet. Ce positionnement, dû à l'aide chinoise dont bénéficie Fidji, crée un émoi dans la classe politique de l'archipel[26].

Monarchisme[modifier | modifier le code]

Bainimarama affiche dans son bureau un portrait d'Élisabeth II, reine du Royaume-Uni et ancienne reine des Fidji. Il se déclare monarchiste : « Je suis toujours loyal envers la Reine. Beaucoup de personnes le sont aux Fidji. L’une des choses que je voudrais faire serait de la voir redevenir notre monarque, qu’elle soit Reine des Fidji à nouveau »[13]. En 2012, il réitéra qu'il espérait qu'elle redeviendrait Reine des Fidji après les élections législatives de 2014, lorsque le pays serait redevenu une démocratie et qu'il serait accepté à nouveau au sein du Commonwealth des Nations[27].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par intérim du janvier 2007 au 10 avril 2009.
  2. (en) "Bainimarama blames Rudd’s ‘Pacific neglect' for regional power vacuum", Pacific Media Centre, 25 février 2012
  3. "The Fiji military and ethno-nationalism: Analyzing the paradox", Stewart Firth et Jon Fraenkel, in Jon Fraenkel, Stewart Firth et Brij V. Lal, The 2006 Military Takeover in Fiji: A Coup to End All Coups?, avril 2009, ISBN 978-1-921536-51-9
  4. a et b "The Fiji military and ethno-nationalism: Analyzing the paradox", op.cit.
  5. (en) "Military command handover marks end of era, says Bainimarama", Radio New Zealand International, 5 mars 2014
  6. "The Fiji military and ethno-nationalism: Analyzing the paradox", op.cit.
  7. "The Fiji military and ethno-nationalism: Analyzing the paradox", op.cit.
  8. Fidji : Frank Bainimarama restitue ses pouvoirs au président Iloilo Wikinews, 4 janvier 2007.
  9. Fidji: la nomination de Frank Bainimarama au poste de Premier ministre très critiquée. Radio Australie, 8 janvier 2007.
  10. (en) Fiji commander commits to March 2009 elections, Audrey Young, New Zealand Herald, 17 octobre 2007
  11. (en) Fiji’s PM opts out of Politics, Radio Fiji, 23 octobre 2007
  12. (en) Discours de Bainimarama.
  13. a et b (en) "Despot for diversity", Graham Davis, The Australian, 1 mai 2009
  14. (en) 2009 New Year Message - PM Bainimarama, site web du gouvernement fidjien, 1 janvier 2009
  15. (fr) Un ministère de plus pour Frank Bainimarama, ABC Radio Australia, 6 janvier 2009
  16. (en) Fiji braced for protests after court ruling backs hardline leader, The Times, October 9, 2008
  17. (en) President acted within power says Court, Fiji Broadcasting Corporation, October 9, 2008
  18. (en) Commodore Bainimarama sworn in as Prime Minister Portail du gouvernement fidjien
  19. (en) Jenny Hayward-Jones, "Fiji at home and in the world: public opinion and foreign policy", Institut Lowy, septembre 2011
  20. (en) "New poll shows Fijians back Bainimarama", New Zealand Herald, 7 septembre 2011
  21. (en) "Questions raised over legitimacy of Fiji poll", ABC Radio Australia, 7 septembre 2011
  22. (en) "Regional leaders question Fiji poll", ABC Radio Australia, 8 septembre 2011 (vidéo)
  23. (en) "Draft constitution out", Fiji Times, 21 mars 2013
  24. (en) "PM to contest 2014 election", Fiji Times, 22 mars 2013
  25. Détérioration des relations entre Fidji et la Nouvelle-Zélande Radio Australie, 21 janvier 2007.
  26. (fr) Le soutien de Fidji à la Chine a créé un certain émoi, Radio Australia, 31 mars 2008.
  27. (en) "Bainimarama steaks out", entretien avec le journaliste australien Graham Davis (vidéo), Pacific Media Centre, février 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]