Fraude fiscale
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La fraude fiscale est le détournement « illégal » d'un système fiscal afin de ne pas contribuer aux charges publiques. À l'inverse, l'évasion fiscale est l'utilisation « légale » de failles du système fiscal afin de réduire le montant de l'imposition. L'OCDE tente actuellement de limiter celle-ci via son « modèle de convention sur l'échange de renseignements en matière fiscale ».
Sommaire |
Préliminaires [modifier]
Définition juridique [modifier]
LA FRAUDE FISCALE : « C’est une infraction à la Loi commise dans le but d’échapper à l’imposition ou bien d’en réduire le montant »
Cette infraction suppose la réunion de 3 éléments :
- Élément Légal (le non-respect du droit fiscal)
- Élément Matériel (l’Impôt éludé)
- Élément Moral (Faute intentionnelle ou non-intentionnelle)
Il s'agit du fait de se soustraire ou tenter de se soustraire, frauduleusement, au paiement total ou partiel de l'impôt. Une définition plus pragmatique est proposée par André Margairaz : « il y a fraude lorsqu'on applique des procédés permettant d'échapper à un impôt alors que le législateur n'avait pas prévu d'échappatoire[1]. » La fraude fiscale suppose une intention délibérée de fraude et des éléments matériels (omission ou insuffisance de déclaration, erreur délibérée, organisation d'insolvabilité ou autres manœuvres, par exemple). Elle ne doit pas être confondue avec la soustraction fiscale.
Histoire [modifier]
Le mécanisme de la fraude fiscale, n'est pas l'apanage des sociétés dites « développées ». Dès qu'une société organisa un système cohérent et centralisé de prélèvement pour elle-même, les mécanismes d'évitements apparurent. Ainsi dans le domaine historique certains mécanismes de fraudes, ou d'évasion dites « fiscales » sont connus par la tradition historique.
Dans le monde grec antique à l'époque d'Alexandre le Grand certaines pratiques d'enrichissement par évitement ou astuces « fiscales » ont été recensées[2]. De même sous le tribunat de Gracques à Rome au IIIe siècle av. J.-C., un phénomène de fausses déclarations foncières qui avaient été établies par les riches propriétaires romains - entre autres les Sénateurs - fut dénoncé. Une fraude fiscale à l'époque très prisée par ces grands propriétaires terriens pour minorer les impôts sur la terre, et les successions[3]. Ce fut un grand mécanisme d'évitement qui joua un rôle dans la crise sociale que subissait l'État romain Républicain, au dire d'Appien.
Droit [modifier]
Fraude fiscale en France [modifier]
| Fraude fiscale | |
| Territoire d’application | |
|---|---|
| Incrimination | art. 1741 du code général des impôts |
| Classification | Délit |
| Amende | 500 000 € |
| Emprisonnement | 5 ans |
| Prescription | 3 ans |
| Compétence | Trib. correctionnel |
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En France, l'infraction de fraude fiscale est principalement prévue par l'article 1741 du code général des impôts. L'auteur ou complice de l'infraction aggravée de fraude fiscale en France encours une peine pouvant aller jusqu'à 1 million d'euros d'amende et 7 ans d'emprisonnement.
D'après les chiffres de la campagne gouvernementale « Frauder c'est voler, celui qui fraude sera sanctionné », en 2010, 16 milliards d’euros ont été rapportés par les opérations de contrôle fiscal, dans leur ensemble[4].
La fraude fiscale est estimée entre 60 et 80 milliards en 2013[5].
Analyse [modifier]
Mesure statistique [modifier]
Les instruments de mesure sont nombreux mais toujours approximatifs, car le mécanisme de la fraude étant caché par principe ne peut qu'être évalué sans une exhaustivité au demeurant impossible. Ces méthodes sont [6] :
L'économie occulte (travail et revenus dissimulés) selon l'estimation dite méthodique doit laisser des traces ou « vestiges » sur les marchés et agrégats économiques (tels monétaires, productifs, de consommations etc..). L'objectif est d'évaluer la distorsion entre les différents revenus nationaux évalués. Ces traces sont alors approchées par étude statistique du marché (ex du travail), en partant d'échantillons dits probants d'acteurs économiques au sein de la population dont la cohérence entre le revenu et la dépense est analysée. Sont aussi utilisés les agrégats de la comptabilité nationale. En France, le Conseil des impôts (actuellement conseil des prélèvements obligatoires) utilisa dès 1972 cette méthode d'estimation[7]. La statistique des contrôles fiscaux qu'élabore le Ministère de l'Économie est rapproché des revenus nationaux. Dans les autres pays, ce mode d'évaluation a été aussi été pratiqué avec régularité par des États membres de l'OCDE tels les États-Unis, la Suède etc. Cette méthode est plus statistique, moins incantatoire, mais imparfaite tant il est difficile de connaitre par extrapolation le montant de la fraude fiscale par l'examen de la différence entre les montants rappelés par le contrôle, de la connaissance d'un état des revenus et richesse en France. Fragilité du calcul qui peut donner selon les paramètres utilisés par les Pays un résultat en indice entre 1 à 5. Néanmoins cette méthode a eu le mérite et l'avantage de mieux baliser en vue du calcul le profil « sociologique » du fraudeur fiscal.
La méthode de l'échantillon représentatif des contribuables est très répandue, car elle intègre l'évaluation par sondage d'une population dite représentative (très à la mode depuis une dizaine d'années), avec les statistiques du contrôle fiscal réalisé chaque année. Concrètement, le sondage s'établit aléatoirement sur 40 000 foyers fiscaux. Cet échantillon est alors réduit par des règles statistiques et mathématiques à 4 165 contribuables dont les revenus sont rapprochés sur une année x, avec les contrôles et rappels d'impôts effectués sur ledit échantillon. Puis on extrapole sur l'ensemble des redevables français les résultats statistiques obtenus sur l'échantillon. Il peut être aussi utilisé dans le calcul des résultats tirés de questionnaires envoyés à une population de personnes (question sur le travail au noir, les connaissances fiscales, le droit etc). Les États-Unis, par ce moyen ont par exemple pu établir en 1979 que sur 65 millions de ménages assujettis, de 6 à 8 % n'avaient fait aucune déclaration. L'avantage de cette démarche a permis d'évaluer la fraude au sens juridique, mais aussi le montant des revenus non déclarés « qui seraient découverts s'il était procédé à la vérification exhaustive de tous les foyers fiscaux imposés[8]. » Néanmoins l'inconvénient de cette méthodologie est qu'elle demeure tributaire des distorsions des sondages (ex sur la représentativité), ou des questionnaires (réponses biaisées, ou sous/ sur estimées de la part des sondés), ou simplement tributaire de l'efficacité des services de contrôles, intimement liée aux moyens déployés par l'administration à cette fin, ainsi que des hommes politiques et de leur clientèle : patronat, acteurs « défiscalisés » et climat social (tel mode ou type de fraude peut être ainsi sous estimé ou sur évalué au travers du prisme de l'attitude implicite des acteurs socio-économiques d'un pays).
Amplitude géographique [modifier]
La fraude fiscale concerne tous les pays du monde sans distinction, à des degrés divers. La situation réelle de fait, rend justice à une idée reçue dont l'origine remonte au théoricien Weber, qui croyait reconnaitre un civisme fiscal dans les pays dits protestants, et une incivilité fiscale dans les pays dits latins. Cette distinction ne résiste pas à l'examen des chiffres recueillis de par le monde. En résumé, même si certains pays n'ont pas établi un délit pénal sanctionnant cette fraude, tous les pays par contre en subissent le poids « social », et budgétaire.
Pour ne prendre qu'une illustration frappante la réputation d'honnêteté fiscal des américains paraît bien être qu'une légende [9], selon le rapport du fisc américain repris en 1983 par le conseil des impôts, pour 1976, un rapport de l' Internal Revenu Service a estimé les revenus non déclarés par les personnes physiques entre 100 et 135 milliards de dollars Soit une perte de recettes de 19 à 26 milliards de dollars d'impôt direct représentant 9 à 12 % du PNB des États-Unis, situation qui ne s'est d'ailleurs pas démentie comme le montre l'affaire dite des comptes suisses de 50 000 résidents américains auprès des établissements bancaires suisse en 2009.
Les principaux pays dit développés ont reconnu la fraude fiscale sur leur sol[10]. Pour ne prendre que quelques exemples, la Suède estime cette fraude entre 3,8 % et 5,5 % du PIB national, le Royaume-Uni établit que la simple fraude concernant les insuffisances déclaratives génèrent au moins 3,5 milliards sterling par an d'évasion fiscale. Au Canada, la fraude fiscale a été estimée à hauteur de 10 % de l'imposition sur le revenu, un chiffre similaire évalué par les USA sur leur propre territoire. Selon un rapport de l'OCDE (2010) : « L’évasion et la fraude fiscales mettent en péril les recettes des États du monde entier. Aux États-Unis, le Sénat estime à 100 milliards USD par an le manque à gagner imputable à l’évasion et à la fraude fiscales et dans un grand nombre de pays d’Europe, les recettes perdues se chiffrent en milliards d’euros. Le phénomène se traduit par une contraction des ressources disponibles pour financer les infrastructures et influe sur les conditions de vie de tous, tant dans les économies développées que dans les économies en développement. La mondialisation offre des perspectives d’accroissement de la richesse mondiale, mais multiplie aussi les risques [11]. »
Dans les pays en voie de développement, les chiffres estimés de la fraude fiscale peuvent paraître parfois énormes. En effet selon une étude dans certains États ce sont « entre 80 à 90 % des recettes fiscales que devraient percevoir les États ne sont jamais récupérés par leurs Trésors Publics[12]. »
Plusieurs facteurs peuvent apporter des éléments pour comprendre l'ampleur du phénomène incluant instabilité économique et /ou militaire du pays, sous-administration chronique (très souvent), parfois absence de réelle légitimité de l'État pour des raisons culturelles ou historiques,* désorganisation des professions et métiers, absence ou maquis anarchique des lois et règlements en matière fiscale, et souvent corruption étatique privilégiant la captation des richesses a des fins privatives. L'exemple du Maroc dans les années 1980 est emblématique. Le volume de la fraude fiscale a été estimé à hauteur de 50 % des rentrées fiscales de l'État[13]. une campagne de contrôle lancée en 1980 révéla que la sous estimation fiscale pouvait atteindre plus de 100 % des bases imposables dans les villes à l'exception de villes dont Rabat. La sous-estimation moyenne sur l'ensemble du pays a été alors calculée à 125 %. Concrètement la dissimulation dans le domaine des BNC (bénéfices non commerciaux) est apparue si répandue que par exemple les 2/3 des médecins en arrivaient à déclarer un chiffre d'affaires ne correspondant en moyenne qu'à trois consultations par jour[14].
Amplitude sociologique [modifier]
L'énoncé public de chiffres spéculatifs relatifs à la fraude fiscale ressort généralement plus de l'affirmation d'une conviction que de l'énoncé de faits objectifs, et ne vise pas tant à informer l'opinion qu'à susciter une émotion publique récupérable à des fins politiques (ex : faire approuver telle loi, réforme ou mesure, obtenir un soutien public pour capitaliser une audience sur un fait, une posture de travail, de revendication etc). En France, ce phénomène traduit la politisation des chiffres financiers des comptes nationaux. Ainsi en 1976, le Directeur Général des Impôts pouvait dire que « en 1983 la fraude fiscale sera un phénomène marginal et sera résorbé en tant que phénomène social[15]. » Or cette même année, le Ministre du budget évaluait la fraude fiscale au montant alarmant de 100 milliards de francs. La prédiction pouvait donc avoir pour objet soit de justifier l'inertie de la répression, soit de préparer l'opinion aux sévérités des vérifications à venir[16].
Annexes [modifier]
les résultats du contrôle fiscal en France [modifier]
les chiffres officiels du contrôle fiscal réalisé en France
montants en nombre, et en Milliards d'euros. ( M€ ) des droits nets et pénalités rappelés chaque année en France. source : rapport d'activité annuel, année 2011 de la DGFIP.[1]
| type de contrôle | année 2009 | année 2010 | année 2011 |
|---|---|---|---|
| contrôle sur place | 9,935 M€ | 10,400 M€ | 10,815 M€ |
| contrôle sur pièces | 5,215 M€ | 5,602 M€ | 5,594 M€ |
| poursuites pénales pour fraude fiscale | 939 | 981 | 966 |
précision : le controle sur place est effectué en entreprise, le controle sur pièce est établi du bureau de la DGFIP sans verification sur place.
Articles connexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Jean-Claude Martinez, La Fraude Fiscale, PUF, collection Que sais-je ? (n°2180), Paris, 1990
- Chanoine Jacques Leclercq, La conscience chrétienne devant l'impôt, in La Revue Nouvelle, 15 février 1954.
- Jean-Pierre Thiollet, Beau linge et argent sale : Fraude fiscale internationale et blanchiment des capitaux, Anagramme éditions, Paris, 2002. ISBN 2 914571 17 8[17]
- Élisabeth Eckert, http://www.tdg.ch/actu/suisse/paradis-fiscaux-londres-etats-unis-rois-2009-03-19 Paradis fiscaux : Londres et les États-Unis sont les rois, in Tribune de Genève, 20 Mars 2009.
Notes et références [modifier]
- Margairaz in la fraude fiscale et ses succédanés 1972 p. 28.
- Pseudo Aristote ( Théophraste ? ) les économiques livre II éd. Vrin.
- APPIEN les guerres civiles édition la Roue à Livre
- Ministère de l'économie, « Frauder c'est voler, celui qui fraude sera sanctionné », Campagne contre la fraude, 2011. Consulté le 18 janvier 2013
- La fraude fiscale coûterait 80 milliards d'euros.
- J.C Martinez (professeur de Droit Paris II) la fraude fiscale page 14 est suiv. QSJ n°2180
- J.C Martinez op cité QSJ N°2180 page 16.
- J.C Martinez op cité QSJ n°2180 page 19
- J. Cosson dans Les industriels de la fraude fiscale. Éd. seuil 1971.
- J.C Martinez op. cité QSJ n°2180 page 22
- [PDF] PROMOUVOIR LA TRANSPARENCE ET L’ÉCHANGE DE RENSEIGNEMENTS À DES FINS FISCALES, note succincte de référence de l'OCDE, 21 avril 2010
- P. Ngaosyvathn in la fraude fiscale dans les pays du tiers monde Problème économique 19 mars 1975 n)1414 p. 19.
- M. Rahj. La fiscalité dans la stratégie de développement du Maroc. Thèse à Paris. V. 1982? page 388.
- M Rahj. La fiscalité.. op cité.
- Cité par P. Courtois dans Face au fisc. Éd. Stock. 1970.
- J.C Martinez op cité QSJ N°2180. page 15.
- http://books.google.fr/books?id=CgLyQ8dDNdgC&printsec=frontcover&dq=inauthor:%22Selçuk+Altindag%22&hl=fr&sa=X&ei=SLNuUcvhK4Kr7AaVo4CYDg&redir_esc=y#v=snippet&q=argent%20sale&f=false [archive]