Perfide Albion

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Perfide Albion est une expression péjorative française courante désignant l'Angleterre et, par extension, la Grande-Bretagne et le Royaume-Uni. Après l'Entente cordiale, de nombreux efforts ont été consentis pour améliorer les relations entre les deux pays, mais sous couvert d'humour, l'expression « perfide Albion » resurgit régulièrement.

Dans le quotidien Le Monde[1], Marc Roche, correspondant à Londres, mentionne l'usage de cette expression par Bossuet au XVIIe siècle.

Beaucoup plus tard, l'expression figure dans un poème écrit en 1793 par Augustin Louis de Ximénès[2]. Elle a surtout été popularisée en France à la fin du XIXe siècle par sa reprise à tout propos dans La Famille Fenouillard de Christophe.

Pourquoi « perfide » ?[modifier | modifier le code]

Dans un de ses sens, « perfide » signifie « qui ne respecte pas sa foi, sa parole ». Autrement dit, une personne ou une entité à laquelle on ne peut pas faire confiance. Mais si l'on remonte au très dévot catholique Bossuet, c'est toutefois à un contexte religieux qu'il faut se référer : « L'Angleterre, ah, la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendait inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abordée. » L'expression a une connotation religieuse que l'on peut rapprocher d'une autre expression qui a fait florès : le « Juif perfide ». Parlant de personne, « perfide » a d'abord le sens de « sans foi, incrédule »[3].

De fait, le terme « perfide » fait déjà partie de la rhétorique politique au XVIIe siècle. Ainsi Madame de Sévigné : « Le roi et la reine d'Angleterre sont bien mieux à Saint-Germain que dans leur perfide royaume. »

L'expression refait son apparition à chaque fois qu'une situation de concurrence ou de tension entre la France et le Royaume-Uni se présente[4].

Arguments employés pour la « perfidie » britannique[modifier | modifier le code]

Vu l'antagonisme quasi permanent des deux pays pendant près d'un millénaire, les arguments servant à établir cette « perfidie » (au sens moderne, non religieux, du mot) britannique sont nombreux.

On cite par exemple des faits de guerre ne respectant pas les usages de l'époque.

  • En 1415, à la bataille d’Azincourt, sur ordre de Henri V, les Anglais achèvent les chevaliers français faits prisonniers, au lieu de les épargner et de négocier une rançon en échange de leur libération.
  • En 1704, une force anglo-néerlandaise commandée par l'amiral George Rooke a pris possession du rocher de Gibraltar. Le traité d'Utrecht en 1713 en a concédé la propriété au royaume d'Angleterre. Cette concession n'était pas un abandon de souveraineté et c'est un abus de la part du Royaume-Uni de continuer à en revendiquer la totale souveraineté.
  • En 1755, sans déclaration de guerre, les Britanniques capturent 300 navires de commerce français et emprisonnent 6 000 marins. Cette action préventive semble avoir eu une grande influence sur l’issue de la guerre de Sept Ans.
  • En 1801, Horatio Nelson sous les ordres de l'amiral Hyde Parker attaque et défait par surprise et sans déclaration de guerre la flotte danoise à la bataille de Copenhague.
  • En 1803, sans déclaration de guerre, le gouvernement britannique fait saisir tous les navires français à sa portée et confisque pour 200 millions de marchandises.
  • En 1815, une épidémie de fièvre jaune a décimé les Anglais de Gibraltar. L'Espagne a alors offert une assistance humanitaire généreuse aux anglais et ils ont profité de la situation pour saisir de nouveaux territoires espagnols.
  • En 1878, les bateaux anglais entrent dans la mer de Marmara en menaçant de s'immiscer pendant la Guerre russo-turque de 1877-1878, et empêchent la prise de contrôle d'Istanbul par les Russes malgré la neutralité garantie auparavant.
  • En 1898 le commandant Marchand se lance dans une expédition périlleuse en direction du Haut Nil. Il occupe au nom de la France la petite bourgade de Fachoda qu'il rebaptise fort Saint-Louis. À cette époque le Haut Soudan est sous la juridiction de l'Égypte et donc indirectement celle de la Sublime Porte à travers Son Altesse le khédive (roi d'Égypte) . En pratique l'Égypte est un protectorat britannique. Lord Kitchener est envoyé sur place par Lord Salisbury, ministre des affaires étrangères britannique du cabinet Disraeli, pour exiger le retrait des troupes françaises. Les deux détachements se font face mais n'engagent pas le combat. C'est la crise de Fachoda. En définitive le gouvernement de la IIIe République cède aux injonctions britanniques, et ce qui est vécu en France comme une profonde humiliation.

Pourquoi « Albion » ?[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Albion.

L'origine du mot viendrait de alba qui signifie blanc (en latin, on trouve l'adjectif albus : blanc) et renverrait à la blancheur des falaises crayeuses de Douvres. Albion est le nom latin de la Grande-Bretagne, que Pline l'Ancien mentionne dans ses écrits : Albion et Albiones[3].

Au début du VIIIe siècle, l'historien anglo-saxon Bède le Vénérable ouvre ainsi son Histoire ecclésiastique du peuple anglais : « La Bretagne est une île de l'Océan qui autrefois se nommait Albion »[5].

Dans le Dictionnaire des expressions et locutions[6], Alain Rey et Sophie Chantreau y ajoutent une autre explication : Albion aurait été donné à l'Angleterre, « fille des mers », par allusion à Albion, nom d'un géant, fils du dieu Neptune. Albion, une ancêtre de Britannia ?

Selon une légende celtique, Albion tiendrait son nom d'Albine, aînée des Danaïdes qui, condamnées à errer en mer pour le meurtre de leurs maris, auraient débarqué sur la côte anglaise[7].

En gaélique, Alba est le nom de l'Écosse.

Quelques citations[modifier | modifier le code]

  • « Frémis, frémis Albion perfide » (Henri Somin, Ode sur la mort du duc de Montebello, 1809).
  • « La perfide Albion qui a brûlé Jeanne d’Arc sur le rocher de Sainte-Hélène. » (Christophe, La Famille Fenouillard)
  • « Et la guerre ? Et les forfanteries de la perfide Albion tournant en eau de boudin ? Farce ! Farce ! » (Gustave Flaubert, Correspondances, 1878)
  • « La perfide Albion devient la chère et loyale Angleterre » (François Crouzet).
  • « Le perfide albion fait tomber les masques » Jean-Pierre Pécau
  • « Quand la perfide Albion / Commande Pénélope / A toutes les deux elles font / Une belle paire de salopes / Elles partirent aux Malouines / En culotte de satin / Pour refiler la chtouille / Aux braves Argentins » Pierre Perret

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde daté du 23 janvier 2007 (page 32)
  2. « Attaquons dans ses eaux la perfide Albion », in L'ère des Français (1793).
  3. a et b Gaffiot, édition 2000
  4. La désignation de Londres pour les Jeux olympiques d'été de 2012 devant la candidature de Paris a, par exemple, donné l'occasion de revoir fleurir l'expression
  5. Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais, Livre I, chapitre 1
  6. Entrée « Albion », dans la collection Les usuels, Édition Le Robert, 2002
  7. D'après l'article « Perfide Albion » Christine Guillou, in Les dossiers de Weblettres, octobre 2005.

Articles connexes[modifier | modifier le code]