Ready-made

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Le ready-made est un objet trouvé considéré comme un objet d'art. L'attitude du ready-made consiste, initialement, à simplement choisir un objet manufacturé et le désigner comme œuvre d'art. Initiée par Marcel Duchamp, cette démarche a donné naissance à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu'elles s'en réclament ou s'en défendent.

Le ready-made a remis en question un certain nombre de certitudes sur lesquelles reposait l'art, comme les notions de virtuosité et de savoir-faire ou encore d'œuvre, conçue désormais comme résultante de l'exposition et de l'acte de nommer.

Effectivement, les ready-made sont des œuvres d'art qui n'ont pas été réalisées par l'artiste, ce dernier n'intervient en effet que pour les sélectionner, changer leur contexte et leur statut par la désignation (l'affirmation « ceci est une œuvre d'art », entonnée par Marcel Duchamp faisant dès lors acte de redéfinition).

Définition[modifier | modifier le code]

André Breton définit le ready made comme un « objet usuel promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste » (article Ready Made dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme)[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Roue de bicyclette (1645.123) est le premier ready-made (assemblage) réalisé par Marcel Duchamp. Composée d'une roue de bicyclette juchée sur un tabouret, cette œuvre n'est pas un ready-made strict, mais un « ready-made assisté ».

Marcel Duchamp déclarait, lors d'un discours au Museum of Modern Art de 1961 : « Quelques fois j'ajoutais un détail graphique de présentation : j'appelais cela pour satisfaire mon penchant pour les allitérations, « un ready-made aidé » en anglais : ready-made aided. Une autre fois, voulant souligner l'antinomie fondamentale qui existe entre l'art et les ready-made, j'imaginais un « ready-made réciproque » en anglais : reciprocal ready-made) : se servir d'un Rembrandt comme table à repasser ! » (une autre variation proposée par l'artiste est celle de « ready-made malade »). Dans cette optique, Porte-bouteilles (1914) serait, historiquement, le premier ready-made strict de l'artiste.

La carrière de Marcel Duchamp est à appréhender comme stratégie à long terme (les années ultérieures de la vie de l'artiste dévolues à la pratique des échecs venant corroborer cette hypothèse). Fontaine (1917), premier ready-made médiatisé, en est un parfait exemple, à travers la mise en scène radicale et complexe élaborée par l'artiste.

Esthétique[modifier | modifier le code]

Le ready-made, entre démarche conceptuelle et parole performative :

  • On notera, du français à l'anglais, l'omniprésence des distorsions de langage, jeux de mots et tautologies, chez Marcel Duchamp, qui modifie parfois l'intitulé même des objets ou leur signature, comme pour l'urinoir, rebaptisé Fontaine (1917), et portant la mention peinte « R. Mutt 1917 » ou encore sa pelle à neige à l'intitulé plus narratif : « In advance of the broken arm ».
  • Dans le ready-made, le concept prime sur l’œuvre originale et physique, certains ready-made étant même totalement virtuels, que ce soit par accident ou par stratégie : Fontaine (1917) a été médiatisé par l'artiste sous forme de trace photographique, sans que l'objet ne soit retrouvé, et d'autres ready-made ont été perdus par leurs propriétaires. Les œuvres exposées dans les musées étant dès lors des répliques certifiées par l'artiste.
  • Marcel Duchamp ira même jusqu'à démultiplier ses œuvres sous formes de reproductions miniatures combinées, La boîte-en-valise dès 1936, soit un quart de siècle avant qu'Andy Warhol ne devienne la star de la duplication avec ses sérigraphies.
  • Il est l'initiateur d'une recherche complexe portant sur les questions de perception et de sublime au travers de son alter ego Rrose Sélavy (que l'on peut lire Eros c'est la vie), à qui il fit signer bon nombre de travaux relevant de l'art cinétique. Le ready-made est également une facette de cette démarche : Roue de bicyclette est par exemple la source même de ses Roto-reliefs, de son film expérimental Anemic Cinema (en), etc. Dans le même temps, Duchamp écrivait qu’« Il est un point que je veux établir très clairement, c'est que le choix de ces ready-made ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d'indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthésie complète »[2].

Cette exhortation à rencontrer les ready-made dans l’« indifférence esthétique la plus totale » n'est pas une dichotomie ni mais bel et bien une critique acerbe de la qualité perceptive de ses contemporains, un indice de lecture fondamental de son propre travail. Le champ lexical de Marcel Duchamp le confirme de façon précise : depuis l'anémie (qui peut causer des troubles de la vision) associée au cinéma et au cinétique, que l'on peut mettre en parallèle avec la notion d'hypnose jusqu'à l'anesthésie, il s'agît bien là d'un diagnostic clinique adressé au spectateur lui-même, invité à se questionner sur l'écart entre ce qu'il éprouve et ce que l'artiste décrète qu'il doit éprouver.

Marcel Duchamp déclarait que « c'est le regardeur qui fait le tableau ». En ce sens, les ready-made commencent avec le regard, et peuvent à certains égards relever de la performance. Le design contemporain s'est aussi emparé de cette pratique en reconsidérant la fonction d'un objet usuel et banal pour en créer un autre qui devient œuvre. Achille Castiglioni, crée, par exemple, un tabouret à partir d'un siège de tracteur (chaise Mezzadro (1957), Zanotta). Franck Schreiner, lui, transforme un chariot de supermarché en fauteuil de salon (fauteuil Consumer's Rest (1983), Stiletto).

Postérité du ready-made[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui encore, un grand nombre d'expositions prospectives et contemporaines présentent des artistes dont la pratique est héritée, sur le plan formel ou conceptuel, des ready-made « duchampiens » :

  • Dans cette dynamique, on retrouvera des praticiens reconnus tels que Sylvie Fleury, Jeff Koons, etc. qui revendiquent le droit à produire des dispositifs dont la plasticité voire l'esthétisme prévalent sur le fond (ce qui est toutefois contraire à l'esprit de Duchamp)
  • D'autres artistes répondent aux concepts de Marcel Duchamp, comme Bertrand Lavier, dont le travail critique s'attache entre autres à éprouver la distance possible entre désignation et matérialité, ou encore Bruce Nauman, avec des réalisations telles que « Put your hat on your lap, put your head on your hat, put your hand on your head. », qui aborde la question de la déshumanisation.
  • Le sculpteur Remus Botarro et LE CONCEPT BOTARRO (l’artiste né en 1946, en Roumanie, travaille à Vienne et à Paris). Il propose en effet un concept essentiel dans l'histoire de l'art auquel il a donné le nom de « l'Habitat de l'Avenir ». Le Concept Botarro consiste à transformer l'espace immobilier habité en une œuvre d'art unique dans sa création, en harmonie et en relation étroite avec son occupant, lui conférant ainsi une valeur d'exception. En conséquence, chaque objet de la maison, meubles, literie, parquets, robinets, etc. devient une œuvre d’art.
  • Le groupe de musique rock Red Hot Chili Peppers a composé une chanson intitulée Readymade sur son album Stadium Arcadium, sorti en 2006.

« La vérité de l'œuvre d'art, c'est celle de l'artiste et non du sujet représenté. » (Andrew Marbot)

Les ready-made, actes posés par leur initiateur comme une étape transitoire de rupture au sein de l'art, sont donc encore l'objet de multiples échos.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité par Marcel Duchamp, Duchamp du Signe, Flammarion, 1994, p. 49
  2. Marcel Duchamp, texte écrit à l'occasion d'un colloque en 1961, Duchamp du signe, Flammarion, 1994, p. 191-192

Voir aussi[modifier | modifier le code]