Cenabum

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Cenabum
Genabum, Aurelianum
Plaque de marbre portant entre autres l'inscription « Cenab » trouvée à Orléans en 1846.
Plaque de marbre portant entre autres l'inscription « Cenab » trouvée à Orléans en 1846.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Province antique Gaule lyonnaise
Coordonnées 47° 54′ 09″ N 1° 54′ 32″ E / 47.9025, 1.90947° 54′ 09″ Nord 1° 54′ 32″ Est / 47.9025, 1.909  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Cenabum
Cenabum
Époque Gaule celtique
Empire romain

Cenabum (parfois orthographiée Genabum) était le nom d'une cité du peuple celtique des Carnutes, située à l'emplacement de l'actuelle ville française d'Orléans. Il s'agissait d'un oppidum et d'une cité commerciale prospère sur la Loire.

La ville, conquise par les armées de Jules César en -52 pendant la Guerre des Gaules, est incorporée à la province de la Gaule lyonnaise. Les actes de résistance des autochtones refusant de se plier à la loi romaine sont réprimés par plusieurs massacres et la destruction quasi totale de la ville.

Au IIIe siècle, après plus de 300 ans à l'état de ruine, la cité est reconstruite à la suite d'une visite de l'empereur romain Aurélien. La ville aurait alors pris le nom d'Aurelianum, nom dont dériverait l'actuelle appellation de la ville.

En 498, la ville est abandonnée par les Romains et rattachée à l'empire du mérovingien Clovis Ier.

Cenabum[modifier | modifier le code]

Les tribus gauloises et leurs principales villes

Époque celtique[modifier | modifier le code]

Durant l'Antiquité (v.-2000-v.500), à l'emplacement actuel de la ville d'Orléans se tenait Cenabum, parfois orthographiée Genabum, une cité commerciale et oppidum des Carnutes, un peuple de la Gaule celtique. La cité, rivale de sa voisine Autricum (Chartres), est décrite comme prospère, du fait de sa situation stratégique sur la Loire[1].

Cenabum possède un pont sur la Loire. Des fossés secs et une palissade de terre la défendent[B 1]. La ville, équipée d'un port, attesté dès avant l'époque romaine[2], constitue le débouché commercial principal des céréales de la région naturelle de Beauce. Strabon, dans sa Géographie[3], qualifie la cité (Κήναβον) d'emporium des Carnutes (τὸ τῶν Καρνούντον ἑμπόριον).

Époque romaine[modifier | modifier le code]

La campagne de Jules César en -52

Pour Jules César, il était impératif de s'assurer le contrôle de Cenabum et de son port, durant sa conquête de la Gaule. Il réussit facilement à établir son protectorat sur les Carnutes, en s'assurant la collaboration du notable gaulois Tasgétios, qu'il rétablit sur le trône de ses aïeux en récompense de services rendus[A 1].

Le port de Cenabum devient un centre d'approvisionnement en grains pour les Romains[4].

En -54, César doit faire face à plusieurs rébellions. À Cenabum, Tasgétios, considéré comme traître, est exécuté par les autochtones. César ordonne alors à Lucius Munatius Plancus de rétablir l'ordre et de punir les responsables[A 1].

Une nouvelle insurrection gauloise intervient en -53 ; elle est menée par Cotuatos et Conconnetodumnos, puis par Vercingétorix. Les négociants romains qui s'étaient établis à Cenabum, l'intendant Caïus Fufius Cita, que César avait installé pour contrôler le commerce et assurer l'approvisionnement en grains des légions, sont tous massacrés ou jetés dans la Loire par les Carnutes qui avaient pénétré dans la cité. Ce soulèvement motive la septième campagne de César[A 2].

En -52, César, accouru d'Italie avec une étonnante rapidité et parvenu à Agedincum (Sens), fond en quelques marches sur Cenabum, dont il n'a pas même besoin de faire le siège. À son approche, la population veut s'enfuir par le pont de bois sur la Loire ; tandis qu'elle s'écrase dans cet étroit débouché, les Romains escaladent les remparts. Tous les habitants sont massacrés et la ville est livrée au pillage et aux flammes[A 3]. Le druide carnute Gutuater, désigné responsable des actes de rébellion gaulois, est exécuté[1].

Au départ de César, Gaius Trebonius et deux légions romaines sont installés pour administrer la ville en ruine, qui est rattachée à la province de la Gaule lyonnaise. Celle-ci restera en l'état jusqu'en 273 et la visite du 38e empereur romain, Aurélien[B 2]. La période est marquée par le pillage de la ville vers 260 par les Alamans puis les Germains[1].

Aurelianum[modifier | modifier le code]

portrait de l'empereur romain Aurélien sur une de ses monnaies

Au IIIe siècle (273-274), Aurélien relève la ville de ses ruines, reconstruit son enceinte, la détache du pays des Carnutes ; elle prend alors le nom d'Aurelianum ou Aureliani[5], dont l'actuel nom d'Orléans serait issu[6]. De nouvelles murailles et un fossé sec entourent la ville ; au sud, la muraille est baignée par la Loire[B 3]. Le périmètre de la nouvelle enceinte est estimé à 1 100 mètres[7].

Accompagnés des Vandales, les Alains franchissent la Loire en 408. Un de leurs groupes, dirigé par Goar, accepte de se joindre aux forces armées romaines. Aetius l'installe sur la Loire et à Orléans vers 440. Selon Constance de Lyon, cette installation est destinée à châtier une rébellion locale[8]. Ces Alains, turbulents, sont très mal perçus par les autochtones[9]. Leur installation se traduit par des confiscations de terres et des expulsions de propriétaires[10],[11]. Goar s'installe à Orléans même, tandis que de de nombreux Alains s'installent entre Seine et Loire et en particulier dans le nord de l'Orléanais. On retrouve dans le nom de nombreuses localités de l'Orléanais un rappel de l'installation de ce peuple : Allaines, Allainville, Alaincourt[12],[13].

Attila assiège Orléans en 451, et y est défait par la coalition d'Aetius, de Mérovée et de Théodoric[14]. En 451, le roi des Alains est toujours installé à Orléans ; il s'agit alors de Sangiban. Sous son commandement, les Alains se joignent aux forces d'Aetius qui s'opposent à Attila, lequel avait envahi la Gaule, et prennent part à la bataille des Champs catalauniques. Toutefois, selon Jordanès[15], Sangiban aurait d'abord cherché à trahir et aurait envisagé de livrer Orléans à Attila. La réalité de cette intention est cependant discutée[16].

Représentation de Saint-Euverte sur un vitrail de l'hôtel Groslot à Orléans

Aignan d'Orléans meurt en 453, après avoir contribué à défendre la ville des invasions barbares. Il deviendra par la suite le saint patron de la ville. La chute de l'Empire romain correspond à une période de crise économique et à la christianisation de la population. Euverte d'Orléans est l'un des premiers évêques de la ville[1].

La domination romaine sur Aurelianum s'achève en 498, lorsque la ville est rattachée à l'Empire de Clovis Ier, roi des Francs, issu de la dynastie des Mérovingiens[B 4]. Un important concile s'y tient en 511[17].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Orléans a porté durant l'Antiquité les noms successifs de Cenabum, ou Genabum, puis d'Aurelianum.

Le premier nom, également orthographié Genab, a également été attribué à la ville voisine de Gien, sur la Loire, plus à l'est. Plusieurs étymologies ont été proposées : celle le faisant dériver de mots latins, genius, le génie, et bund, le fond, pour fondement du génie ; une deuxième hypothèse emprunte au celtique gen, pointe ou tête, et au persan ab, eau, pour ville dominant un cours d'eau[C 1].

Une plaque de marbre portant entre autres l'inscription « Cenab » est découverte en 1846, lors de la construction d'une ligne de chemin de fer, dans le faubourg Saint-Vincent à Orléans. Le lieu correspond à une ancienne voie romaine reliant la ville à Lutèce[18]. La découverte permet d'étayer la thèse selon laquelle Cenabum était située à Orléans, et non à Gien.

Le nom d'Aurelianum pourrait être issu du nom d'empereurs romains : Marc Aurèle, qui aurait fait embellir la ville en 163, ou Aurélien, qui la fit rebâtir en 273. Selon une autre hypothèse, la ville tiendrait son nom de la mère de Jules César, Aurelia Cotta[C 2]. Une étude de Jacques Soyer relègue ces hypothèses au statut de légende, Aurelia descendant, d'après ses recherches, du nom de la gens Aurelia, qui possédait des terres à Cenabum[19].

Le nom moderne de la ville semble être issu d'une corruption du mot Aurelianum[C 3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Baudouin Eschapasse, « Dossier : Orléans. Orléans : reine de Loire », sur www.historia.fr, SA Sophia Publications,‎ 1er octobre 2007 (consulté le 2 décembre 2010)
  2. Roger Dion, « Orléans et l'ancienne navigation de la Loire », Annales de Géographie, no 266,‎ 1938, p. 128
  3. Strabon, Géographie, V, 2, 3. Traduction française en quatre volumes d'Amédée Tardieu, Paris, Hachette, 1867.
  4. Patrick Villiers et Annick Senotier, Une histoire de la marine de Loire, Brinon-sur-Sauldre, Grandvaux,‎ 1997 (ISBN 2-909550-11-7), p. 17
  5. Le dictionnaire Gaffiot français-latin, édition 1934, Hachette, page 192, donne également pour la ville les noms de Aureliana civitas ou civitas Aureliani
  6. « Orléans », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 vol., 1863-1890 [détail de l’édition].
  7. Adrien Blanchet, « Villes de la Gaule romaine aux Ier et IVe siècles de notre ère », Comptes-rendus des séances de l'académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 50, no 3,‎ 1906, p. 192-196 (lire en ligne)
  8. Constance de Lyon, Vie de Saint Germain d'Auxerre, VI, 28
  9. L. Pietri, La ville de Tours du IVe au VIe siècle: naissance d'une cité chrétienne, Rome, 1983, p. 100
  10. Chronica Gallica, 127
  11. L. Pietri, La ville de Tours du IVe au VIe siècle: naissance d'une cité chrétienne, Rome, 1983, p. 99-100
  12. B.S. Bachrach, « The Alans in Gaul », Traditio, XXIII, 1967, p. 476-489
  13. R. Borius, « Les Alains de l'Orléanais au Ve siècle », Actes du 93 congrès des Sociétés savantes (Tours, 1968), Paris, 1970, p. 313-319
  14. A. Loyen, « Le rôle de saint Aignan dans la défense d'Orléans », CRAI, 1969, 113-1, p. 64-74 Lire en ligne
  15. Joardanès, Getica, 37
  16. O. Devillers dans Jordanès, Histoire des Goths, Les Belles Lettres, Paris, 1995, p. 177, note 101
  17. Adolphe-Charles Peltier, Dictionnaire universel et complet des conciles tant généraux que particuliers, des principaux synodes diocésains et des autres assemblées ecclésiastiques les plus remarquables, t. 2, Paris, Jacques-Paul Migne,‎ 1847 (lire en ligne), p. 179-183
  18. Dufaur de Pibrac, « Inscription romaine du faubourg Saint-Vincent, relative à Genabum », Bulletin de la société archéologique de l'Orléanais, vol. 4, no 47,‎ 1865, p. 234-243 (lire en ligne)
  19. Jacques Soyer, « La légende de la fondation d'Orléans par l'empereur Aurélien », Mémoires de la société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, vol. 73, no 73,‎ 1912, p. 130 (lire en ligne)
  1. a et b Livre 5, chapitre 25.
  2. Livre 7, chapitre 3.
  3. Livre 7, chapitre 11.
  1. p. 1
  2. p. 2
  3. p. 3
  4. p. 4
  1. p. 111
  2. p. 112
  3. p. 114

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bimbenet, « Rapport au nom de la section des belles-lettres sur le mémoire Orléans et ses panégyristes au XVIe siècle par Baguenault de Viéville », Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, vol. 3,‎ 1857, p. 108-122 (lire en ligne)
  • Jules César (traduction Théophile Baudement), La Guerre des Gaules in Salluste, Jules César, C. Velleius Paterculus et A. Florus, Paris, Didot,‎ 1865 (lire en ligne)
  • Jacques Debal, « De Cenabum à Orléans », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 6, no 45,‎ 1975, p. 263
  • Jacques Debal, Cenabum, Aurelianis, Orléans, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Galliµ civitates »,‎ 1996, 152 p. (ISBN 978-2-7297-0554-1)
  • Léon Dumuys, « Puits funéraires de Cenabum », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 18,‎ 1884, p. 177-208
  • Jules Loiseleur, « Essai d'interprétation de l'inscription trouvée à Orléans où figure le mot Cenab », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 4, no 47,‎ 1865, p. 244-255
  • Denis Lotin, Recherches historiques sur la ville d'Orléans : depuis Aurélien, l'an 274, jusqu'en 1789, dédiées à ses concitoyens, Orléans, Imprimerie d'Alexandre Jacob,‎ 1836 (lire en ligne)
  • Jacques-Léon Pons, « César et le toponyme de Cenabum », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 13, no 104,‎ 1994, p. 42
  • Jacques Soyer, « À propos d'une variante des commentaires de César : de l'emplacement du pont gaulois de Cenabum », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 19, no 221,‎ 1922, p. 320-326
  • « Découverte d'une seconde inscription donnant le nom de Cenabum », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 9, no 71,‎ 1986, p. 43
  • « La question de Cénabum », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, vol. 1, no 8,‎ 1960, p. 399-400

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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