La Graufesenque

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La Graufesenque
Ensemble de céramiques sigillées de La Graufesenque.
Ensemble de céramiques sigillées de La Graufesenque.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Protection  Inscrit MH (1951, 1993)
Logo monument historique Classé MH (1995)
Coordonnées 44° 05′ 47″ N 3° 05′ 34″ E / 44.096346, 3.092705 ()44° 05′ 47″ Nord 3° 05′ 34″ Est / 44.096346, 3.092705 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
La Graufesenque
La Graufesenque

La Graufesenque est un site archéologique situé sur la commune de Millau (Aveyron, France) à deux kilomètres de la ville, dans une petite plaine alluviale formée à la jonction des rivières du Tarn et de la Dourbie, sur le territoire du peuples gaulois des Rutènes. Le lieu était appelé Condatomagus (condate = confluent ; magus = marché). En effet son développement est dû pour partie à l'activité économique qui s'y déroulait : une production très importante de céramique inspirée de modèles italiens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les potiers produisaient à La Graufesenque une vaisselle fine, fréquemment marquée d'une estampille (sigillata en latin), appelée céramique sigillée (terra sigillata). Cette vaisselle à vernis de couleur brique, avec ou sans décor moulé a eu un énorme succès dans l'Empire romain, et a été exportée des rives de l'Indus jusqu'à la péninsule ibérique. Les ateliers ont dû fonctionner du Ier siècle av. J.-C. jusqu'au milieu du IIIe siècle. On dispose des bordereaux d'enfournement gravés par les artisans sur des morceaux de terre cuite.

De très beaux exemplaires de vases sigillés sont exposés au musée municipal de Millau : coupes, calices, gobelets, plats, bols, lagènes, etc.

Le site archéologique[modifier | modifier le code]

Une agglomération secondaire existait au lieu dit Canhac (Condatomagus d'après la table de Peutinger), dont on ne connaît que quelques quartiers, parmi lesquels le site de La Graufesenque.

Le site comporte une zone artisanale (fours de potiers, entrepôts...), une aire sacrée (temples), et des habitats, séparés par des ruelles. D'autres bâtiments ont été détectés lors de survols aériens (nymphée, grand bâtiment).

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Dans le très grand four de potier, vue no 1, les artisans de La Graufesenque pouvait cuire jusqu'à 40 000 vases (céramique sigillée, 1 050 °C pendant 3 à 4 jours). Plus gros centre de céramique de l'antiquité, La Graufesenque expédiait sa production dans tout l'Empire Romain.

La vue générale du site de La Graufesenque, vue no 2, montre le très grand four à droite, l'hypocauste (chauffage par le sol) à gauche. Le premier plan était un site de stockage d'argile pour les ateliers de potiers. À l'arrière-plan, on aperçoit les habitats de potiers, convertis en ateliers, où logeaient de nombreux esclaves. Près de 200 comptes de patrons potiers ont été retrouvés.

Le site de La Graufesenque montre, vue no 3, un hypocauste (chauffage par le sol) d'une maison, tel qu'on le trouve dans les thermes gallo-romains.

Il montre également, vue no 4, un fanum gallo-romain (l'un des deux temples de l'aire cultuelle). Ce temple était délimité par un mur d'enceinte, l'entrée se situant au soleil levant. Il comprenait une galerie couverte à charpente de bois, supportée par un mur à balustres. Au cœur se dressait une partie maçonnée de grande hauteur qui constituait la cella, partie sacrée, aujourd'hui perdue.

Historique des fouilles[modifier | modifier le code]

Les premiers sondages eurent lieu à partir de 1862, menés par l'abbé Malzac[1]. De 1880 à 1886 des fouilles furent aussi conduites par l'abbé Cérès. Les fouilles de grande ampleur ne débutèrent toutefois véritablement qu'avec le travail de l'abbé Frédéric Hermet entre 1901 et 1906. Grâce à ses trouvailles Joseph Déchelette pu donner une place importante à La Graufesenque dans son ouvrage de référence sur les vases céramiques ornés de la Gaule romaine[2]. Les fouilles et recherches de l'abbé Hermet furent publiées en deux volumes en 1934[3], constituant « une étape capitale dans l'histoire de la céramologie »[4]. De nouveaux sondages sont réalisés par Alexandre Albenque et Louis Balsan entre 1950[5] et 1954 mais toujours dans des conditions précaires[6]. À partir du milieu des années 1960 les conditions de fouilles changent grâce au soutien actif de la famille Miquel (propriétaire de la ferme la Graufesenque). Des terrains ont ainsi pu être loués puis achetés permettant l'établissement d'une stratigraphie[1], la conservation des bâtiments dégagés, une meilleure étude du mobilier. En 1975 Alain Vernhet succède à Louis Balsan à la tête des fouilles. En 1980 le musée de Millau inaugure ses salles consacrées au site et à sa production[7]. Les graffites retrouvés sur le site furent publiés en 1988 par Robert Marichal[8].

Les vestiges archéologiques bénéficient de multiples protections au titre des monuments historiques[9]:

  • une première inscription le 26 juillet 1951 pour ses vestiges
  • une deuxième inscription le 15 novembre 1993 pour les sols renfermant les vestiges
  • deux arrêtés de classement les 4 août 1995 et 6 novembre 1995 pour d'autres parcelles et d'autres vestiges

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Marichal 1981, p. 244
  2. Joseph Déchelette, Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine (Narbonnaise, Aquitaine et Lyonnaise), Paris, Picard,‎ 1904
  3. Hermet 1934
  4. M. Feugère, « Comptes rendus d'ouvrages : Frédéric Hermet, La Graufesenque (Condatomago). I, Vases sigillés ; II. Graffites », Revue archéologique du Centre de la France, vol. 20, no 2,‎ 1981, p. 95-96 (ISSN 1951-6207, lire en ligne)
  5. Raymond Lantier, « Note sur la reprise des fouilles de La Graufesenque (Aveyron) », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres « 94e année », no 4,‎ 1950, p. 420-422 (ISSN 1969-6663, lien DOI?, lire en ligne)
  6. Marichal 1981, p. 245
  7. Marichal 1981, p. 246
  8. Marichal 1988
  9. « Site archéologique de la Graufesenque », base Mérimée, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Marichal, « Nouvelles fouilles et nouveaux graffites de La Graufesenque », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres « 125e année », no 2,‎ 1981, p. 244-273 (ISSN 1969-6663, lien DOI?, lire en ligne)
  • Colette Bémont, « L'écriture à La Graufesenque (Millau, Aveyron) : les vaisselles sigillées inscrites comme sources d'information sur les structures professionnelles », Gallia, no 61 « L'écriture dans la société gallo-romaine. Éléments d'une réflexion collective »,‎ 2004, p. 103-131 (ISSN 2109-9588, lien DOI?, lire en ligne)
  • Colette Bémont (dir.) et Jean-Paul Jacob (dir.), La Terre sigillée gallo-romaine : lieux de production du Haut-Empire, implantations, produits, relations, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, coll. « Documents d'archéologie française » (no 6),‎ 1986, 1 vol. 21×30 cm, 124 fig., 291 p. (ISBN 2-7351-0170-3 et 978-2-7351-0170-2, ISSN 0769-010X, lien notice BnF?)
  • Colette Bémont, Alain Vernhet et Françoise Beck, La Graufesenque, village de potiers gallo-romains : exposition itinérante, 1987-1989, Paris, Ministère de la culture et de la communication,‎ 1987, 8 p. de pl. en coul. : ill., couv. ill. en coul. ; 21 cm, 69 p. (lien notice BnF?)
  • Ariane Bourgeois, « L'empreinte de Rome dans les Gaules : l'apport de La Graufesenque (Millau, Aveyron) », Cahier du Centre Gustave Glotz, no 6 « L'empreinte de Rome sur les Gaules »,‎ 1995, p. 103-138 (lien DOI?, lire en ligne)
  • Frédéric Hermet, La Graufesenque, Condatomago : I, Vases sigillés ; II, Graffites, Paris, librairie Ernest Leroux,‎ 1934, 2 vol. (XXIX-379 p., 23 p.-[146 p. de pl.]) : ill. ; 33 cm (lien notice BnF?)
  • Robert Marichal, Les graffites de la Graufesenque, Paris, Éditions du CNRS, coll. « Supplément à « Gallia » no 47 »,‎ 1988, ill., couv. ill. en coul ; 28 cm, 286 p. (ISBN 2-222-03864-2 et 978-2-222-03864-1, lien notice BnF?)
  • Daniel Schaad (dir.), Jean-Charles Balty, Paul-André Besombes, Anne Bouquillon et al., La Graufesenque (Millau, Aveyron), vol. I : Condatomagos, une agglomération de confluent en territoire rutène : IIe s. a.C. - IIIe s. p.C., Pessac, Fédération Aquitania, coll. « Études d'archéologie urbaine »,‎ 2007, 14 f. dépl.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 33 cm + 1 plan. dépl., 378 p. (ISBN 978-2-910763-09-1 et 2-910763-09-9, ISSN 1631-395X et 2295-7989, lien notice BnF?)

Liens externes[modifier | modifier le code]