Bernard B. Fall

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fall.

Bernard B. Fall, né le et mort le , est un auteur de référence sur les deux premières guerres d’Indochine, ses travaux n'étant pas de simples détails militaires mais études politologiques et anthropologiques poussées.

Son étude sur l'existence des "hiérarchies parallèles" à l'administration publique est une pièce maîtresse de son œuvre. Cette organisation administrative en "zone occupée", "zone libérée" et "zone contestée" a favorisé la victoire par l'organisation méthodique des ressources et des hommes d'une nation en lutte pour son indépendance.

Politologue de terrain, il a rencontré Hô Chi Minh, son bras militaire Võ Nguyên Giáp et son bras diplomatique Phạm Văn Đồng et tenait ses renseignements de première main. Sa nationalité française lui a permis d’accompagner les troupes françaises au combat, sa position aux États-Unis lui a permis de faire de même avec l'armée américaine. C’est lors d'une sortie avec un détachement d'US Marines qu'il meurt en 1967. Il était un politologue de premier plan durant des guerres d’Indochine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Voir: (en)http://www.geocities.com/bernardbfall/bio.html

Sa jeunesse et la guerre[modifier | modifier le code]

Bernard B. Fall nait à Vienne le 19 novembre 1926 dans une famille juive. Réfugié en France en 1938 à la suite de l'Anschluss, Il acquiert la nationalité française. Après la défaite française en 1940 et l’occupation nazie, son père Léon Fall et sa mère Hannah Seligman rejoignent la Résistance. Son père est arrêté et exécuté et sa mère, arrêtée et déportée, ne revint pas. À 16 ans, en 1942, Bernard marche sur la trace de ses parents et rejoint la Résistance dans les Alpes. À la Libération en 1944, IL s’engage dans l’armée régulière. Il y reste jusqu’en 1946 et reçoit la Croix de la Libération. Après la guerre, Bernard B. Fall travaille comme analyste pour les crimes de guerre au procès de Nuremberg. Il enquête en particulier sur les usines Krupp.

Premier séjour aux États-Unis et la guerre française[modifier | modifier le code]

en 1948, il étudie à la Sorbonne puis à l’Université de Munich jusqu’en 1950. Il reçoit alors une bourse d’études Fulbright pour aller étudier aux États-Unis dans le Maryland. En 1951, il entre à l’Université de Syracuse, NY, où il obtient une maîtrise en science politique. De retour au Maryland, à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore, MD, Bernard B. Fall est encouragé par ses maîtres des Études Internationales à étudier le Viêt Nam. Ne se contentant pas de documents, Fall part au Viêt Nam fin 1952. Sur le terrain de la Guerre d'Indochine, il peut accompagner les troupes françaises au combat en vertu de sa nationalité française. À partir de ses observations sur le terrain tant côté français que côté viet Minh à différents niveaux politiques et militaires, Bernard B. Fall prédit une possible défaite française dès 1953. À la chute de Diên Biên Phu, Fall fait porter aux États-Unis la responsabilité de cette défaite en raison des réticences américaine à apporter une aide suffisante aux français.

Professeur en relations internationales[modifier | modifier le code]

En 1954, Fall retourne aux États-Unis et épouse Dorothy Wiener. l'année suivante, il obtient son doctorat dans l’université de Syracuse, NY, et devint y professeur assistant. En 1956, il devient professeur en relations internationales à l’Université Howard de Washington, DC, est titularisé en 1962 et y enseigne par intermittence jusqu’à sa mort en 1967. Ayant gardé son intérêt pour l’Indochine, il y retourne plusieurs fois (1957, 1962, 1965, 1966 et 1967) pour étudier sur place les développements politiques et sociaux. À l’occasion d'un de ses voyages, Bernard B. Fall reçoit une bourse du SEATO (South-Est Asia Treaty Organization) pour étudier les développements du communisme en Asie du Sud-Est, en particulier les activités communistes croissantes au Laos. Toutefois, il reste intéressé par les tensions entre le Nord et le Sud du Viêt Nam. En 1962, Fall enseigne au Cambodge à l’Institut d’Administration. À l'occasion d'un voyage à Hanoi, il rencontre Phạm Văn Đồng et Hô Chi Minh, qui lui prédit le succès du communisme au Sud dans la décennie suivante.

Fall soutenait la présence américaine au Sud Viêt Nam, pensant qu’elle pouvait empêcher la réunification du pays sous le joug communiste.

La guerre américaine[modifier | modifier le code]

En revanche, Fall est très critique quant au régime de Ngô Đình Diệm soutenu par les États-Unis. Il critique aussi les tactiques employées par l'armée américaine au Viêt Nam. Comme le conflit s’intensifie dans les années 1960, Fall devient de plus en plus pessimiste quant aux chances de victoire américaine, prédisant qu’ils perdraient s'ils ne tiraient pas de leçons de la défaite française. Fall publie beaucoup d’articles, fait des conférences développant son analyse de la situation au Viêt Nam. Les recherches de Fall sont alors considérées comme exceptionnelles par beaucoup de diplomates et de militaires américains, mais ses opinions défavorables n’ont pas été prises au sérieux. En 1964, Fall conclut à la défaite militaire des États-Unis au Viêt Nam. Ces conclusions attirent l’attention du FBI qui commence à surveiller ses activités. En 1967, accompagnant un peloton d'US Marines, sur un terrain qu'il avait parcouru avec les troupes françaises, Fall saute sur une mine et meurt en laissant une veuve et trois orphelines.

Hommage[modifier | modifier le code]

Bernard B. Fall n’avait jamais pris la citoyenneté américaine. À l’annonce de sa mort, les membres du Congrès des États-Unis et de l’Assemblée nationale de France lui rendirent un hommage debout.

Son livre le plus connu et le plus important est certainement “Street Without Joy” (1961), (Rue sans joie) qui détaille son expérience et son analyse de la première Guerre d’Indochine. La “rue sans joie” était le surnom donné par les troupiers du CEFEO (Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient) à la ligne de chemin de fer trans-indochinoise et à la Route Coloniale 1 ou RC1 dite "Route manandarine"de Saigon à Hanoï : en effet, les trains et les convois d'automobiles étaient régulièrement attaqués, causant de nombreuses pertes et démoralisant les soldats et les autorités politiques et militaires. C’était le combat du tigre et de l’éléphant voulu par Ho Chi Minh dès 1946.

Bibliothèque et archives de Bernard B. Fall au "John Fitzgerald Kennedy Présidential Library & Museum" offerts par Dorothy Wiener, sa veuve [1].

Ses œuvres majeures[modifier | modifier le code]

  • “The Vietminh Regime” (1954), “Le Vietminh” (1960, traduction française, Colin)
  • “Street Without Joy” (1961), “Rue sans joie”
  • “The Two Vietnams” (1963), “Les deux Viêt Nam” (1962, traduction française, Payot)
  • “Indochine” 1946-1962 (1962, Laffont) et j'ai lu leur aventure A88/89
  • Vietnam Witness, 1953-66” *1966)
  • “Hell in a Very Small Place: The Siege of Dien Bien Phu” (1966), “Dien Bien Phu, un coin d’enfer” (1968, traduction française posthume, Laffont)
  • “Anatomy of a Crisis: The Laotian Crisis of 1960-1961” (publication posthume 1969).
  • Guerres d'Indochine - France 46/54 - Amérique 54… Éditions J'ai lu L'Aventure aujourd'hui N°A88/89

Conclusion[modifier | modifier le code]

Au Viêt Nam et au Cambodge, Bernard B. Fall est considéré comme un grand intellectuel, honnête et loyal. L’enfant juif de Vienne formé à la "communale", fut toujours reconnaissant envers ses pays d’accueil et les servant fidèlement : d'abord dans la Résistance française, puis au sein de l’armée française et enfin dans les universités américaines.

Liens externes[modifier | modifier le code]