Auto-immolation

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L'auto-immolation est l'immolation d'une personne par elle-même, autrement dit un suicide, le plus souvent par le feu, dont la motivation peut relever aussi bien du religieux que du politique, sans exclusion ni coexistence systématique des deux domaines : la forme prise va alors du sacrifice à la protestation. L'histoire récente recèle des cas célèbres d'auto-immolation, toujours dans le cadre de fortes tensions politiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant 1960[modifier | modifier le code]

L'auto-immolation est pratiquée depuis plusieurs siècles dans certaines cultures. Depuis le XXe siècle, elle est utilisée comme forme de protestation politique radicale. Ainsi, les chercheurs Michael Biggs et Diego Gambetta ont calculé que 533 auto-immolations ont été rapportées par les médias occidentaux de 1963 à 2002[1].

L'auto-immolation, tolérée[évasif] par le bouddhisme Mahayana et l'hindouisme, est pratiquée depuis des siècles en Inde pour diverses raisons : Sati, protestations politiques, dévotion et renoncement. Certaines cultures guerrières, comme les Charans et les Rajputs, l'ont aussi pratiqué.

Certains bouddhistes chinois, à l'ère médiévale, y ont eu recours[2][réf. insuffisante]. Selon l'historien des religions Jan Yiin-Hua :

« Relying exclusively on authoritative Chinese Buddhist texts and, through the use of these texts, interpreting such acts exclusively in terms of doctrines and beliefs (e.g., self-immolation, much like an extreme renunciant might abstain from food until dying, could be an example of disdain for the body in favor of the life of the mind and wisdom) rather than in terms of their socio-political and historical context, the article allows its readers to interpret these deaths as acts that refer only to a distinct set of beliefs that happen to be foreign to the non-Buddhist. »

— Jan Yiin-Hua, The Self-Immolation of Thich Quang Duc[2][réf. insuffisante]

Durant le raskol de l'église russe, des villages entiers de vieux-croyants se consument dans un acte connu comme le « Baptême de feu »[3].

Certains prêtres font de même au XVIIe siècle afin d'éprouver dans leurs chairs les souffrances du Christ.


Années 1960[modifier | modifier le code]

En 1963, le bonze vietnamien Thích Quảng Đức s'immole en pleine rue de Saïgon pour protester contre les persécutions anti-bouddhistes perpétrées par le président catholique Ngô Đình Diệm.

Auto-immolation du Polonais Ryszard Siwiec qui protestait contre l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Photographie prise en septembre 1968 à Varsovie, Pologne.

En 1969, Jan Palach (suivi par deux autres étudiants), s'immole à Prague afin de protester contre l'invasion de la République tchèque par l'armée soviétique. Vingt ans plus tard, l'interdiction de la commémoration de leurs morts, contribuera à l'effondrement de la dictature à la suite de la Révolution de Velours.

Années 1990[modifier | modifier le code]

En 1998, Alfredo Ormando, écrivain homosexuel sicilien, s'immole sur la place Saint-Pierre afin de protester contre l'attitude de l'église catholique romaine vis-à-vis des homosexuels.

Années 2010[modifier | modifier le code]

Dans les pays arabes[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 2010 et au début de l'année année 2011, une vague d'auto-immolations frappe des pays du Moyen-Orient et Afrique du Nord dans le cadre des protestations et révolutions dans le monde arabe en 2010-2011. Ainsi, au moins 14 cas ont été rapportés, y compris l'auto-immolation de Mohamed Bouazizi, qui aurait été l'étincelle de la révolution tunisienne de 2011[4],[5].

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Un moine tibétain, Tapey, s'immole à Aba en 2009
Article principal : Auto-immolation de Tibétains.

Au Tibet, dans le Sichuan, faisant suite à des tensions dans la région de Aba, un moine du Monastère de Kirti s’immole par le feu en 2009, et depuis mars 2011, plusieurs moines, nonnes et laïcs tibétains se sont immolés.

En France[modifier | modifier le code]

Le , une enseignante française s'auto-immole par le feu dans la cour du lycée Jean-Moulin de Béziers. Elle meurt le lendemain[6].

Le , une femme de 68 ans tente de s'auto-immoler par le feu devant le palais de l'Élysée après avoir évoqué ses « problèmes de logement » ; une policière a aussitôt éteint le feu[7].

Le , un infirmier de 51 ans, au chômage, à qui la CAF ne verse plus d'allocation depuis 3 mois, s'auto-immole par le feu dans les locaux de l'agence CAF du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie, alors que « son conseiller » lui réclame pour la quatrième fois des documents qu'il n'a pas. L'homme meurt de ses blessures quatre jours plus tard à l’hôpital Saint-Louis à Paris même si la préfecture des Yvelines avait estimé, le jour de son geste, que ses jours n'étaient pas en danger[8],[9],[10]. Le Mouvement national des chômeurs et précaires a estimé que « la souffrance des chômeurs et personnes en situation de précarité n’est pas prise en compte sérieusement par les pouvoirs publics. » et a fustigé la ministère des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, pour avoir qualifié de « situation personnelle difficile » la cause de ce geste dramatique[8],[11].

Le , un chômeur en fin de droit ayant annoncé ses intentions quelques jours auparavant et devant rembourser des allocations perçues s'est auto-immolé par le feu devant son agence Pôle emploi à Nantes et est décédé le même jour[12].

Le , un cadre d'une agence France Télécom de Pau s'est immolé par le feu à son domicile, et est décédé dans la matinée, à la suite de sa mise à pied temporaire pour présomption de fraude[13].

Un web documentaire interactif de Samuel Bollendorff et Olivia Collo, Le Grand Incendie[14], recense une cinquantaine d'immolations par le feu en France, entre 2011 et 2013. Il revient en détail sur sept de ces cas, tous liés à une problématique centrée sur les conditions de travail (y compris le chômage).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Michael Biggs et Diego Gambetta (dir.), Making Sense of Suicide Missions, New York, Oxford University Press,‎ 2005, PDF (ISBN 978-0-19-929797-9, lire en ligne), « Dying Without Killing: Self-Immolations, 1963–2002 »
  2. a et b (en) « The Self-Immolation of Thich Quang Duc », sur http://www.buddhismtoday.com,‎ 1 juillet 2000 (dernière modification)
  3. Coleman 2004, p. 46
  4. (en) David Rosenberg, « Self-immolation spreads across Mideast inspiring protest », The Media Line et The Jerusalem Post,‎ 25 janvier 2011
  5. (en) Agence France-Presse, « Second Algerian dies from self-immolation: official », sur http://www.google.com,‎ 24 janvier 2011
  6. L'enseignante de Béziers est morte, Le Monde du 14 octobre 2011
  7. Une femme tente de s'immoler par le feu devant l'Elysée, Le Monde du 26 octobre 2011
  8. a et b L'homme qui s'est immolé à la CAF de Mantes-la-Jolie est mort, Libération du 9 août 2012, mis à jour le 13 août
  9. VIDEO. Mantes-la-Jolie : il s’immole par le feu à la CAF, Le Parisien du 08 août 2012
  10. Quand un allocataire du RSA s’immole dans une CAF, sur Actuchomage
  11. Immolation à la CAF: les pouvoirs publics doivent réagir, sur le site du MNCP
  12. Vive émotion après le suicide d'un chômeur à Nantes, Libération du
  13. Suicide d'un responsable local de France Telecom, L'Humanité du
  14. Samuel Bollendorff et Olivia Collo, Le Grand Incendie. Ils se sont immolés par le feu pour se faire entendre, 2013. http://www.francetvinfo.fr/nouvelles-ecritures/le-grand-incendie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) Loren Coleman, The Copycat Effect: How the Media and Popular Culture Trigger the Mayhem in Tomorrow's Headlines, New York, Paraview Pocket-Simon and Schuster,‎ 2004, 320 p. (ISBN 0-7434-8223-9, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]