Anna Anderson
Anastasia Manahan, plus connue sous le nom de Anna Anderson[1],[2] (date de naissance inconnue (1896 ou 5/18 juin 1901 ?) – 12 février 1984) est une femme qui a peut-être voulu se faire passer pour la Grande-Duchesse Anastasia, la plus jeune fille du dernier Tsar de Russie, Nicolas II et de la tsarine Alexandra Feodorovna née le 5/18 juin 1901 (calendriers julien et grégorien).
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[modifier] Suicide raté
Anderson est découverte après une tentative de suicide ratée à Berlin, dans la soirée du 17 février 1920. C'est un policier qui vient alors la secourir de l'eau glacée du Landwehrkanal, canal dans lequel elle s'était jeté. Par la suite, elle expliquera qu’elle avait pris le train et marché jusqu’à Berlin dans l’espoir de rejoindre sa « tante », la princesse Irène de Prusse. Après s’être rendue jusqu’au palais, elle aurait hésité, ayant peur que personne ne la reconnaisse, ou, pire, qu'on apprenne qu’elle avait eu un enfant hors des liens du mariage. Dans un accès de honte, elle tente de s’ôter la vie en sautant d’un pont dans les eaux glaciales du canal Landwehr.
[modifier] Dalldorf
Secourue par un officier, elle passe une nuit à l’hôpital avant d'être admise à l’asile Dalldorf.
D’après son accent de l’Est, ils pensent avoir affaire à une réfugiée russe.
Le corps de la jeune femme porte, selon les médecins, des cicatrices et des lacérations. Elle porte une cicatrice en forme de triangle sur le pied, qui, selon l'examen effectué par les experts en 1960, pourrait correspondre à un coup de baïonnette, semblable à celles qu’avaient utilisées les bolcheviks pour exécuter la Famille impériale.
Comme elle parle peu et refuse de révéler son identité, les infirmières la surnomment Fräulein Unbekannt (Mademoiselle l’inconnue).
Deux années s'écoulent. À l'automne 1921, elle partage une chambre avec une ancienne couturière, Marie Peuthert, qui a travaillé en Russie avant la Révolution et se croit persécutée. Un soir d'octobre, Marie est convaincue de reconnaître sa voisine de chambre sur la couverture d'un numéro du Berliner Illustrierte Zeitung qu'Anna est en train de lire (photographie de trois des quatre grandes-duchesses avant leur exécution). Mais qui est elle ? Tatiana ou Anastasia ?
Les deux dames Tolstoï pensent qu'elle est bien la grande-duchesse Tatiana. La nouvelle se répand parmi les visiteurs. Un certain baron Kleist, ancien chef de police de district russe, et sa femme décident de prendre l'inconnue sous leur aile et la font sortir de Dalldorf. Elle affirme alors être la "grande duchesse Anastasia Nikolaïevna".
Fräulein Unbekannt commence à se faire appeler Anastasia Tchaikovsky ; elle confie à Kleist le nom du soldat polonais qui selon elle l'a sauvée, épousée et dont elle a eu un enfant, Alexander Tchaikovsky.
Toujours selon elle, les tueurs seraient allés se désaltérer mais l'un d’eux, Tchaikovsky, serait revenu sur les lieux du carnage et aurait découvert que l'une des victimes (la plus jeune fille du tsar) respirait encore. Après l'avoir enveloppée dans une couverture, il aurait pris la fuite avec elle et serait parvenu à franchir la frontière, en faisant passer Anastasia pour sa femme. Malheureusement Tchaikovsky avait été tué quelques mois plus tard par des inconnus dans une rue de Bucarest[3].
Anna affirme qu’elle aurait épousé Tchaikovsky et eut un enfant de lui. Il n’y a aucune preuve à ce jour de l’existence d’Alexander Tchaikovsky. Quant à l'enfant, appelé Alexander comme son père, il aurait été envoyé quelques mois après sa naissance dans un orphelinat de Galati. Ce serait plutôt un certain Stanislav Mishkevich, qui, avec son frère Nicolai, auraient emmené la jeune femme en Roumanie.
[modifier] Anastasia Romanov
La baronne Buxhoeveden, membre de la Cour Impériale russe, est la première à visiter Anna Tchaïkovsky à l’asile pour déterminer si la femme qui prétend être la fille du Tsar Nicolas II dit la vérité. Dès son arrivée, la baronne oblige la malade à se lever et déclare alors qu’elle est « trop petite pour être Tatiana! ». Elle estime et elle n'est pas la seule qu'Anna est un imposteur et n’en démordra pas par la suite.
Anna déclare alors qu’elle n'a jamais prétendu être Tatiana, mais Anastasia. Elle n'en démordra pas non plus. Il est difficile de se prononcer dan l'absolu. Elle n'avouera jamais l'accusation "d'usurpation d'identité".
Après octobre 1928 la famille impériale ne reconnaît pas Anastasia. Pourtant elle cite pour se justifier "l'oncle Ernie" (Ernst de Hesse, frère de l'ex-tsarine) et révèle l'avoir vu la dernière fois en décembre 1916 en Russie. Cette allégation sous-entend un grave secret politique : ce prince allemand, par cette visite clandestine, aurait envisagé de trahir les alliés par une paix séparée avec la Russie. Ernst de Hesse nie farouchement et engage un détective privé Martin Knopf qui assurera que la jeune fille se nomme Franziska Schwanzdowska, une ouvrière polonaise. Mais en 1965 un témoin assermenté, le prince Dimitri Galitzine, confirmera devant le tribunal de Hambourg l'allégation d'Anna Anderson. En 1968, on cesse de voir en elle l'héritière de toutes les Russies. Anna décide alors de se rendre aux États-Unis, où elle se marie avec un certain Jack Manahan, de vingt-et-un ans son cadet, à Charlottesville, le 23 décembre 1968[4]. Elle meurt en 1984 et elle est enterrée avec l'inscription H.I.H.(Her Imperial Highness- Son Altesse Impériale) Anastasia of Russia (5/18 June 1901-12 February 1984). C'est qu'elle a été reconnue comme telle par Tatiana Botkina, la fille du médecin du tsar (assassiné avec la famille impériale) qui publia un an après sa mort un ouvrage sur elle[5]. Elle a été également identifiée par deux cousins germains allemands des cinq enfants de Nicolas II et de l'Impératrice qui défendirent Anna Anderson pendant les procédures des années 1950 et 1960 : les princes Frédéric Ernst de Saxe-Altenbourg (1905-1985) et Sigismund de Prusse (1896-1980). Il faut aussi citer le capitaine Felix Dassel qui en 1916 prit en charge les filles et en 1927, sceptique relativement à sa possible survie, tenta plusieurs fois de la piéger en lui communiquant de fausses informations, qu'elle corrigea aussitôt. En 1958, peu avant sa mort, il re-témoigna sous serment l'avoir reconnue. En France la journaliste du Figaro, Dominique Auclères, couvrit en sa faveur ses recours. En 1967, un témoin oculaire, le tailleur viennois, Heinrich Klebenzelt de sa fuite à Ekatérinbourg se présenta au tribunal, et assura l'avoir cachée -sur demande d'un garde rouge et d'un civil-, blessée, trois jours.[6] Cependant il n'est nullement question d'Alexandre Tchakaikovski : ce sont les deux hommes cités qui l'auraient repris chez le tailleurs pour l'enmener vers une destination inconnue. Après un ultime recours en appel en 1970 ,la Cour de Hambourg admit qu'Anastasia avait peut-être survécu, mais que la réquérante n'avait pu donne la preuve formelle de son identité.
Des analyses ADN auraient démontré qu'Anna Anderson était l'ouvrière et que la grande-duchesse Anastasia a été exécutée sommairement le 17 juillet 1918, par les Bolcheviks à Yekaterinbourg. à l'âge de 17 ans. Cependant le corps d'Anna Anderson ayant été incinéré, la preuve formelle n'a pas été fournie.
Les restes de la famille impériale auraient été retrouvés en 1990. Mais en 1998 il aurait manqué encore deux corps : le fils Alexis, et une des filles sans qu'on sache s'il s'agissait de Maria ou d'Anastasia. Ces corps auraient été enfin identifiés grâce à leur ADN, et en 2008 le laboratoire de la faculté de médecine de l'université du Massachusetts confirma que tous les membres de la famille Romanov avaient bien été exécutés[7].
Ils ont été inhumés à Moscou au cours d'une cérémonie solennelle en 1998.
Le tsar et sa famille ont été canonisés par l'Église orthodoxe russe en 2000.
Le débat a cependant pris une tournure inattendue en faveur de sa réhabilitation à partir de 1976 par les travaux d'Anthony Summers Tom Mangold, [8], puis de Marina Grey [9], Marc Ferro [10], un docu-fiction de Jacqueline Monsigny [11] Michel Wartelle (2008) par des éléments qui font redoutablement concurrence aux tests ADN. L'examen de l'intégrale du dossier Sokholov dont seule une petite partie avait été publiée indique qu'il n'y a pas peut-être pas eu de massacre de l'impératrice et de ses quatre filles à Ekatérinbourg mais évacuation des cinq femmes vers Perm où elles ont été vues prisonnières au complet par au moins un témoin oculaire, l'infirmière Natalia Moutnik, en septembre 1918 tandis que de nombreux autres témoins y ont eu connaissance de la fuite et/ou tentative de fuite d'une des filles ...qui se trouvait être Anastasia. L'ouvrière polonaise qu'elle serait et/ou les imposteurs qui la manipulaient pouvaient-ils le savoir ou le deviner ? Anna Anderson qui, aux dires même de Tatiana Botkine, n'a jamais en personne communiqué une version détaillée du massacre, a dit en 1974 à Summers et Mangold : "il n'y a jamais eu de massacre à Ekatérinbourg...mais je ne peux pas en dire plus".[12] En 1982, un certain Alexis Durazzo publia un livre dans lequel il affirma être son petit neveu, le cousin éloigné du prince Frédérik-Ernst de Saxe qui confirma, en même temps que le petit-fils de Maria Romanov, décédée en fait d'un cancer en 1970 ; ainsi que le petit neveu des deux autres soeurs. D'après le testament de sa grand-mère son arrière grand-mère, sa grand-mère et ses trois-grandes tantes ne furent pas tués à Ekatérinbourg en juillet 1918 mais bien évacuées à Perm jusqu'en octobre 1918. [13]Les recherches de Michel Wartelle ont peut-être en grande partie attesté ce pronostic, l'ancien témoignage de Natalia Moutnikh et la confidence d'Anna Anderson : trois pierres tombales italiennes portent ou portaient les noms de trois femmes de la famille Romanov : à Rome S.A.I Maria Nicolaïevna Romanov-Dolgorouri (1899-1970), près du lac de Côme jusqu'en 1995, en allemand "En souvenir d'Olga Nicolaïevna, fille ainée du tsar Nicolas II(1895-1976)" et dans un couvent florentin l'ex-tsarine "Alicia d'Acia (1872-1942)".[14]
[modifier] Notes et références
- Vorres, I, The Last Grand Duchess, p. 19
- Anastasia: The Mystery of Anna, 1986.
- Voir Drames et Tragédies de l'histoire, André Castelot, 1966, dans lequel n'apparaît pas la trace d'un fils de Mme Tchaikovsky avec le soldat polonais.
- (en) The Hook, 5 juillet 2007, « Jack & Anna: Remembering the czar of Charlottesville eccentrics » (Jack & Anna, souvenirs du tsar des marginaux de Charlottesville
- Tatiana Botkine,Catherine Duhamel, Anastasia retrouvée, Paris Grasset, 1985
- Tatiana Botkine,Catherine Duhamel, op cit p.308-309
- DNA Confirms Remains of Czar's Children
- The file of the Tsar, 1976-le Dossier Romanov, Paris, Albin Michel, 1980
- Marina Grey, Enquête sur le massacre des Romanov, Paris Perrin,1987
- Marc Ferro, Nicolas II, Les tabous de l'Histoire (La deuxième mort de Nicolas II)
- Les filles du tsar, Marie ou les tourbillons du destin
- Anthony Summers, Tom Mangold p.238,
- Alexis Durazzo, Moi Alexis, arrière petit-fils de Nicolas II, Paris, 1982
- Michel Wartelle,op cit, p. 95, 97