Victoria de Hesse-Darmstadt

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Victoria de Hesse

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La princesse Victoria

Biographie
Dynastie Maison de Hesse
Nom de naissance Victoria Alberta Élisabeth Mathilde Marie
Naissance 5 avril 1863
Château de Windsor
Décès 24 septembre 1950 (à 87 ans)
Palais de Kensington
Père Louis IV de Hesse
Mère Alice du Royaume-Uni
Conjoint Louis de Battenberg
Enfants Alice, Louise, Georges, Louis

Victoria de Hesse-Darmstadt, née le 5 avril 1863 et morte le 24 septembre 1950, est la fille aînée du grand-duc Louis IV de Hesse et de sa première épouse Alice du Royaume-Uni. Par sa mère, elle est la petite-fille de la reine Victoria, d'après qui elle est nommée.

Sa mère meurt alors que son frère et ses sœurs sont encore jeunes, ce qui la place dans une position de responsabilité dès l'âge de quinze ans. Elle épouse en 1884 son cousin, l'officier de la Royal Navy Louis de Battenberg. Ce mariage d'amour donne naissance à quatre enfants. Victoria suit son mari au gré de ses affectations en Europe, ce qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité intellectuelle.

Durant la Première Guerre mondiale, dans un contexte de forte germanophobie en Grande-Bretagne, le couple abandonne ses titres allemands et la princesse devient Victoria Mountbatten, marquise de Milford Haven. Après la mort de son mari en 1921, elle se retire au palais de Kensington, où elle meurt en 1950.

Victoria est considérée par ses proches comme une personne franche, pragmatique et intelligente, aux opinions libérales. Elle est la grand-mère maternelle du prince Philip, prince consort de la reine Élisabeth II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Les quatre sœurs en 1885 : Irène, Victoria, Élisabeth et Alix.

Victoria, fille aînée du prince Louis de Hesse et de son épouse Alice du Royaume-Uni, naît le 5 avril 1863, jour de Pâques, au château de Windsor, en présence de sa grand-mère maternelle, la reine Victoria. Elle est baptisée dans la foi luthérienne dans les bras de la reine le 27 avril[1]. Elle vit ses premiers mois à Bessungen, non loin de Darmstadt, avant que sa famille s'installe dans le nouveau palais de Darmstadt l'année de ses trois ans. Elle y partage une chambre avec sa sœur cadette Élisabeth jusqu'à l'âge adulte. Elle reçoit une éducation de haute qualité, et reste une lectrice insatiable jusqu'à sa mort[2].

En juin 1866, les troupes prussiennes envahissent la Hesse dans le cadre de la guerre austro-prussienne. Victoria et Élisabeth sont envoyées auprès de leur grand-mère en Angleterre jusqu'à la fin du conflit, qui débouche sur l'annexion de la Hesse-Cassel et d'une partie de la Hesse-Darmstadt par la Prusse[3]. Lors de la guerre franco-allemande de 1870, des hôpitaux militaires sont installés autour du palais de Darmstadt, et Victoria y travaille aux cuisines aux côtés de sa mère. Par la suite, elle se rappelle l'intense froid hivernal, ainsi qu'une brûlure causée par de la soupe trop chaude[4].

Victoria contracte la diphtérie au début du mois de novembre 1878. Élisabeth est rapidement éloignée de leur chambre commune ; en fin de compte, elle est la seule à échapper à l'épidémie dans la famille. La princesse Alice s'occupe des malades elle-même, mais elle ne peut sauver sa dernière fille, Marie, qui meurt le 16 novembre. Alors que la famille commence à récupérer, Alice tombe malade à son tour et meurt le 14 décembre[5]. En tant qu'aînée de ses filles, c'est à Victoria de prendre en charge une partie du rôle de mère auprès de ses frères et sœurs, mais aussi de son père, et ce bien qu'elle n'ait encore que quinze ans[6]. Par la suite, elle écrit : « La mort de ma mère fut une perte irréparable […] Sa mort marqua la fin de mon enfance, car je devins alors l'aînée et la plus responsable[7] ».

Mariage[modifier | modifier le code]

Louis de Battenberg en 1884, année de son mariage avec Victoria.

Lors des réunions de famille, Victoria croise souvent son cousin Louis de Battenberg. Issu d'une branche morganatique de la maison de Hesse, il a adopté la nationalité britannique et sert comme officier dans la Royal Navy. Durant l'hiver 1882, ils se retrouvent à Darmstadt et annoncent leurs fiançailles l'été suivant[8]. Leur mariage est célébré le 30 avril 1884 à Darmstadt. Le père de Victoria n'approuve pas cette union avec un prince peu fortuné qui le privera de la compagnie de sa fille. Cependant, la princesse ne se préoccupe guère du mécontentement paternel[9].

Victoria et Louis ont quatre enfants, deux filles et deux fils :

Le couple réside dans une série de propriétés à Chichester, Walton-on-Thames et Jugenheim. Victoria passe également quelques hivers à Malte lors des périodes de service de son mari dans la Mediterranean Fleet[6]. Passionnée de science, elle dessine une carte géologique détaillée de l'île de Malte et participe à des fouilles archéologiques à Malte et en Allemagne[10]. Elle consigne méticuleusement ses lectures, qui incluent notamment des traités de philosophie socialiste[11]. Elle se charge elle-même de l'éducation de ses enfants, et les introduit à des idées et inventions nouvelles[12]. Elle donne des cours à son benjamin Louis jusqu'à ses dix ans. En 1968, celui-ci se souvient de sa mère comme d'« une encyclopédie vivante », et la décrit comme « franche et ouverte d'esprit comme peu de membres de la famille royale », « totalement dénuée de préjugés politiques ou raciaux[13] ».

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le prince Louis est contraint de quitter la marine en raison de ses origines allemandes. Il se retire avec son épouse à Kent House, une propriété de l'île de Wight offerte à Victoria par sa tante Louise, la duchesse d'Argyll[14]. Pour la princesse, c'est le gouvernement (« rares sont ceux qui le respectent réellement ou lui font confiance ») qui est responsable de la démission forcée de son mari[15]. Elle se méfie du Premier Lord de l'Amirauté Winston Churchill, qu'elle juge indigne de confiance depuis un incident mineur : il lui avait emprunté un livre qu'il ne lui avait jamais rendu[16]. L'hostilité de la population incite le roi Georges V à renoncer à ses titres allemands, et Louis et Victoria renoncent également aux leurs le 14 juillet 1917. Ils adoptent le nom de famille Mountbatten, une forme anglicisée de Battenberg[17]. Quatre mois plus tard, le roi confère un nouveau titre à Louis, celui de marquis de Milford Haven.

Veuvage[modifier | modifier le code]

Le 11 septembre 1921, après avoir retrouvé sa femme au Naval and Military Club (en) à Piccadilly, Louis se plaint de douleurs. Victoria le convainc de se reposer dans une salle annexe du club et appelle un médecin. La princesse se rend à une pharmacie voisine pour se procurer les médicaments prescrits par le docteur. En rentrant au club, elle découvre son mari mort[18]. Victoria s'installe alors au palais de Kensington et devient ce que son biographe Richard Hough appelle « une sorte de matriarche des dernières têtes couronnées d'Europe[19] ».

En 1930, sa fille aînée Alice, qui souffre de dépression nerveuse, est diagnostiquée schizophrène[20]. Dans les années qui suivent, Victoria joue un rôle majeur dans l'éducation de son petit-fils Philip, qui garde un bon souvenir d'elle : « J'aimais beaucoup ma grand-mère, elle était toujours serviable. Elle savait s'y prendre avec les enfants […] d'une façon très pragmatique. Elle les traitait de la bonne façon, avec un parfait mélange de raison et d'émotion[21]. »

Durant la Seconde Guerre mondiale, les bombardements chassent Victoria du palais de Kensington, et elle s'installe pour un temps au château de Windsor, auprès du roi Georges VI. Son dernier fils, Louis, et deux de ses petits-fils servent dans la Royal Navy, tandis que des membres de sa famille allemande combattent dans le camp ennemi. Ses années de guerre sont principalement consacrées à la lecture, mais elle s'inquiète beaucoup du sort de ses enfants ; elle n'a aucune nouvelle de sa fille Alice, restée en Grèce occupée, pendant quatre ans[22]. Après la victoire, son fils Louis se voit offrir le poste de vice-roi des Indes. Il l'accepte malgré l'opposition résolue de sa mère, qui connaît les risques et les difficultés liées à cette charge[23].

Au cours de l'été 1950, la princesse, fumeuse depuis l'âge de seize ans, contracte une bronchite chez son fils Louis à Broadlands, dans le Hampshire. Elle rentre au palais de Kensington, affirmant qu'« il vaut mieux mourir chez soi[24] », et s'y éteint le 24 septembre, à l'âge de 87 ans. Quatre jours plus tard, elle est enterrée à Whippingham, dans l'île de Wight[6].

Postérité[modifier | modifier le code]

Les mémoires de Victoria, rédigés avec l'aide de sa dame de compagnie Sophie Buxhoeveden, sont conservés aux archives Mountbatten de l'université de Southampton. Ils constituent une source précieuse pour les historiens de la monarchie[6]. Une partie des lettres adressées par la reine Victoria à sa petite-fille ont été éditées en 1975 par Richard Hough[25].

Le fils de Victoria, Louis, se souvient d'elle comme étant « vive d'esprit, très loquace, déterminée et ergoteuse. Elle aiguisait l'intelligence des autres avec son merveilleux esprit[26] ». Sa petite-fille Pamela la trouvait « impressionnante, mais jamais intimidante » : « une femme d'une grande honnêteté, pleine de bon sens et de modestie[27] ». À la fin de sa vie, Victoria elle-même déclare à son fils : « L'histoire se rappelle les bonnes actions que l'on fait, & cela n'a rien à voir avec le rang ou les titres […] Je n'aurais jamais pensé qu'on ne se souviendrait de moi que comme ta mère. Tu es tellement célèbre à présent et personne ne me connaît, et c'est très bien ainsi[28]. »

Ascendance[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hough 1984, p. 28.
  2. Hough 1984, p. 30.
  3. Hough 1984, p. 29.
  4. Hough 1984, p. 34.
  5. Hough 1984, p. 46-48.
  6. a, b, c et d Vickers 2004.
  7. Hough 1984, p. 50.
  8. Hough 1984, p. 57.
  9. Ziegler 1985, p. 24.
  10. Hough 1984, p. 169.
  11. Hough 1984, p. 213-214, 372, 375.
  12. Hough 1984, p. 177.
  13. Cité dans Terraine 1980, p. 6.
  14. Hough 1984, p. 274.
  15. Vickers 2000, p. 113.
  16. Terraine 1980, p. 10.
  17. (en) Marlene A. Eilers, Queen Victoria's Descendants, Genealogical Publishing Co,‎ 1987 (ISBN 978-0-938311-04-1), p. 187.
  18. Hough 1984, p. 333.
  19. Hough 1984, p. 338.
  20. Vickers 2000, p. 200-205.
  21. Cité dans Hough 1984, p. 354.
  22. Hough 1984, p. 375, 382.
  23. Ziegler 1985, p. 359.
  24. Ziegler 1985, p. 506.
  25. (en) Richard Hough, Advice to a Grand-Daughter: Letters from Queen Victoria to Princess Victoria of Hesse, Heinemann,‎ 1975 (ISBN 0-434-34861-9).
  26. Cité dans Hough 1984, p. 339.
  27. Cité dans Hough 1984, p. 373.
  28. Cité dans Hough 1984, p. 387.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Richard Hough, Louis and Victoria: The Family History of the Mountbattens, Weidenfeld and Nicolson,‎ 1984, 2e éd. (ISBN 0-297-78470-6).
  • (en) John Terraine, The Life and Times of Lord Mountbatten, Arrow Books,‎ 1980 (ISBN 0-09-922630-8).
  • (en) Hugo Vickers, Alice, Princess Andrew of Greece, Hamish Hamilton,‎ 2000 (ISBN 0-241-13686-5).
  • (en) Hugo Vickers, « Mountbatten, Victoria Alberta Elisabeth Mathilde Marie, marchioness of Milford Haven (1863–1950) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004.
  • (en) Philip Ziegler, Mountbatten, Collins,‎ 1985 (ISBN 0-00-216543-0).