Céroplastie

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Modèles anatomiques en cire, La Specola, Florence, Italie

La céroplastie, ou céroplastique, est l'art de modeler la cire.

Elle se développe en tant que sous-discipline de l'anatomie avec les travaux de l'abbé sicilien Gaetano Zumbo, en particulier à compter du moment où il s'associe avec le chirurgien français Guillaume Desnoues. Son essor rapide la conduit à se transformer en proto-industrie à Bologne puis surtout Florence au milieu du XVIIIe siècle. Aidé par des artistes comme Clemente Susini, Felice Fontana y travaille pendant vingt ans à l'établissement de véritables collections qui deviennent une étape obligée des voyageurs de passage dans la ville. Puis, au XIXe siècle, portée par l'engouement de l'époque pour la monstruosité, la céroplastie bascule de la représentation du normal à celle du pathologique, ce qui entraîne finalement sa relégation aux champs de foire, où elle disparaît en tant que filière au début du XXe siècle, à l'exception notoire du musée du docteur Spitzner, dont les collections étaient encore visibles jusqu'au milieu des années 1970, notamment à la Foire du Midi à Bruxelles.

Parmi les céroplastes célèbres, on peut également citer Caspar Bernhard Hardy, les artistes exposés au Musée de la Specola, à Florence : Clemente Susini, Luigi Calamai (1800–1851) et son élève Egisto Tortori (1829–1893), ainsi que Paolo Mascagni (1755–1815).

Histoire des modeleurs parisiens[modifier | modifier le code]

Les modeleurs de cire, ou modeleurs anatomiques réalisaient des pièces anatomiques artificielles : le précurseur fut Jean-Baptiste Laumonier.

André-Pierre Pinson (1746-1828) est connu surtout pour ses cires anatomiques réalisées à la fin du XVIIIe siècle pour le cabinet de curiosité du duc d'Orléans, dont “La femme à la larme” (à voir au Musée de l’Homme). Dans les premières années du XIXe siècle, il façonna plusieurs centaines de champignons en cire. Il est aussi l’auteur de portraits en cire.

Guy aîné, précesseur de Vasseur. Il publia : Guy (aîné naturaliste), Anatomie en cire, anatomie humaine et comparée, phrénologie, histoire naturelle, 1845 : liste des modèles en cire que l'on pouvait voir chez lui.

la maison Tramond, créée vers le milieu du XIXe siècle au 9, rue de l'École de Médecine, spécialisée dans les modèles anatomiques et ostéologiques. P. G. Tramond présenta aussi des bustes moulés sur des types ethniques divers, des squelettes d'animaux… Il travailla avec un dénommé Vasseur (Tramond successeur) 1877, contemporain de Talrich fils.

Louis Auzoux créa de nombreux modèles d’anatomie « clastique » (comportant des pièces démontables). La Maison Auzoux, reprise par la Veuve Auzoux (assistée d’un monsieur Montaudon) était installée 56, rue de Vaugirard et vendit de très nombreuses pièces très utilisées dans l'enseignement secondaire et supérieur (médecine humaine et vétérinaire).

Jules Baretta 40, rue Bichat (dans un angle du jardin de l’hôpital St-Louis) est connu pour des pièces d'anatomie en « pâte plastique » représentant les maladies de la peau. Elles étaient exposées au musée de l'hôpital. Baretta était autorisé à en faire des copies qu'il vendait, notamment à l'étranger, sans doute au musée créé par (en)Erasmus Wilson.

Jules Talrich, 1826-1904 « Modeleur de la faculté de médecine de Paris, » 97 bd St-Germain, réalisa des « modèles d'anatomie et travaux d'art en cire résistante et Staff-Peint ». Il possédait en outre une collection de cires artistiques : bas-reliefs (portraits, dont celui d'Adrienne Lecouvreur, qui pourrait être d'Antoine Benoist, des hauts-reliefs et des figurines.

On peut (ou on a pu) voir des cires anatomiques ici : musée Spitzner, Musée d'anatomie Delmas-Orfila-Rouvière, Musée Dupuytren, Musée d'histoire de la médecine (Paris)


Cires botaniques[modifier | modifier le code]

André-Pierre Pinson (1746-1828) fabriqua des champignons en cire inspirés de gravures dues à Pierre Bulliard (1742-1793).

Plus tard, Louis Marc Antoine Robillard d’Argentelle (1777-1828) rentra de l’île Maurice en 1826, rapportant 112 fruits et plantes tropicaux en cire, en taille réelle, qu’il avait fabriqués dans les années 1803-1826 et qui furent exposés (sous le nom de Carporama) en 1829 au no 2 rue de la Grange Batelière: un catalogue (consultable sur Gallica) des objets exposés fut alors édité.

Né à Pont l'Evêque le 29 avril 1777, de Louis Adrien Robillard d'Argentelle et Anne Renée Le Prevost, il participa aux campagnes d’Italie et y découvrit sans doute les œuvres de céroplastes italiens (c’était l’époque de Clemente Susini). Il participa ensuite à l’expédition (menée par Decaen) qui arriva en septembre 1803, à l’île de France.

René Primevère Lesson, chirurgien et naturaliste à bord de la Coquille, qui rendit visite à Robillard d’Argentelle en octobre 1824, fut admiratif : "... L'exécution de chacun des fruits est telle qu'elle ne laisse rien à désirer au botaniste le plus scrupuleux. L'artiste a su trouver une composition qui joint au brillant, à la fraîcheur, à l'air de vérité que peut prendre la cire, la solidité d'un métal susceptible d'assurer la conservation durable de ces fruits." Et déjà l'auteur émettait le souhait que cette collection aille "décorer les musées de Paris, et servir de modèle aux peintres, et d'objet d'étude aux botanistes sédentaires."[1].

Les botanistes Cassini, La Billardière et Desfontaines (directeur du Muséum national d'histoire naturelle) firent un rapport enthousiaste sur ces plantes « représentées en tout ou en partie, de grandeur naturelle et avec une perfection telle, qu’elle peut faire illusion aux yeux d’un botaniste exercé. Ces plantes artificielles sont très-supérieures à tout ce qu’on connaît en ce genre ; elles sont dignes de figurer honorablement dans toute collection ouverte au public, où elles procureraient facilement la parfaite connaissance d’objets intéressans. » La Revue des Deux Mondes, après avoir cité ce rapport, concluait que : « Les amis de la science et des arts doivent désirer qu’elle soit jointe au Muséum d’histoire naturelle ou au Musée maritime[2]. La collection ne fut acquise par le Museum qu’en 1887.

Robillard d’Argentelle est, par ailleurs, l’oncle maternel du photographe Louis Adolphe Humbert de Molard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. ‘Note sur une collection précieuse de fruits équatoriaux, modelés, avec une composition secrète, par M. Dargentel, de l'Ile-de-France; par M. Lesson’ in Bulletin des sciences naturelles et de géologie: tome 6, Paris, 1825
  2. Revue des Deux Mondes, Période initiale, tome 1, 1830 (p. 521-525) (https://fr.wikisource.org/wiki/Annonces,_1er_trim._1830/02)


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Regard de l'anatomiste. Dissections et invention du corps en Occident, Rafael Mandressi, Éditions du Seuil, Paris, 2003.
  • Le Voyage d'Italie, dictionnaire amoureux (article "Zumbo", p. 663 à 666), Dominique Fernandez, Éditions Plon, Paris, 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]