Petite Ourse

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Petite Ourse
Image illustrative de l'article Petite Ourse
Vue de la constellation.
Désignation
Nom latin Ursa Minor
Génitif Ursae Minoris
Abréviation UMi
Observation
(Époque J2000.0)
Ascension droite Entre 0° et 360°
Déclinaison Entre 65,40° et 90°
Taille observable 256 deg2 (56e)
Visibilité Entre 90° N et 10° S
Méridien 20 avril, 21h00
Étoiles
Brillantes (m≤3,0) 2 (α, β)
À l’œil nu 39
Bayer / Flamsteed 23
Proches (d≤16 al) 0
La plus brillante étoile Polaire (1,97)
La plus proche ? (? al)
Objets
Objets de Messier 0
Essaims météoritiques Ursides
Constellations limitrophes Céphée
Dragon
Girafe

La Petite Ourse, ou en latin Ursa Minor et abrégé UMi, est une constellation de l'hémisphère céleste nord. Le « petit chariot » (par contraste au « grand chariot » de la Grande Ourse) est, tout comme l'autre Ourse, formé de sept étoiles principales. Elle est l'une des 48 constellations listées par l'astronome du IIe siècle Ptolémée dans son Almageste, et demeure l'une des 88 constellations modernes. La Petite Ourse a traditionnellement été d'une grande importance pour la navigation, particulièrement pour les marins, parce que Polaris marque le pôle nord céleste.

Polaris, qui est par ailleurs l'étoile la plus brillante de la constellation, est une supergéante jaune-blanche et il s'agit de l'étoile variable Céphéide la plus brillante du ciel ; sa magnitude apparente varie entre 1,97 et 2,00. Beta Ursae Minoris, également connue par son nom traditionnel Kochab, est une étoile âgée qui a gonflé et s'est refroidie pour devenir une géante rouge ; avec une magnitude de 2,08, elle est à peine moins brillante que Polaris. Kochab et l'étoile de magnitude 3 Gamma Ursae Minoris ont été nommées les « gardiennes de l'étoile polaire »[1]. Des exoplanètes ont été découvertes en orbite autour de quatre étoiles, dont Kochab. La constellation héberge également une étoile à neutrons isolée, Calvera, et H1504+65, la naine blanche la plus chaude connue à ce jour, avec une température de surface de 200 000 K environ.

Nomenclature et mythologie[modifier | modifier le code]

Ursa minor, Ursa major et Draco dans une édition des Aratea de Germanicus d’époque carolingienne (ca. 830-840).

Chez les Grecs, Μικρά Ἄρκτος, « la Petite Ourse », est une duplication opérée par Hipparque de la constellation d’Ἄρκτος, la [Grande] Ourse], déjà connue d’Homère, du fait de la ressemblance de l’arrangement des étoiles des deux constellations[2].

On sait par Diogène Laërce que Callimaque de Cyrène (ca. 305-ca. 240) écrit à propos de Thalès de Milet (ca. 625- 620-ca. 548-545) : « C’est lui, dit-on, qui reconnut « la constellation du Chariot [Άμαξα dans le texte] / sur laquelle les Phéniciens règlent leur navigation[3]. C'est la raison pour laquelle elle est surnommé Phoinikē[4],[5].

Le nom le plus ancien de la constellation pourrait être Κυνοσούρα, littéralement « la queue du chien »). L'origine de ce nom est obscure (la Petite Ourse en tant que « queue du chien » impliquerait qu'une autre constellation proche était « le chien », mais une telle constellation n'est pas connue)[6]. Ératosthène (ca. 276 – ca. 194 av. è. c.) relève que, dans ses Naxika, le poète Aglaosthène, qui a vécu au siècle avant lui, dit qu’il s’agit de Cynosura, qui allaita Zeus et faisait partie des nymphes de la grotte d’Ida[7]. C'est pour l'honorer que Zeus lui a dédié une place dans le ciel[8]. L’auteur des Καταστερισμοὶ ajoute que, dans la cité crétoises d’Istes, fondée par Nicostrate, le fils de Ménélas, Cynausa est aussi le nom du quartier qui surplombe le port[9].

Il existe de nombreuses autres propositions expliquant le nom de Cynosura. L'une le connecte à une variante du mythe de Callisto, où son fils Arcas y est remplacé par son chien qui est alors placé dans le ciel par Zeus[6]. D'autres ont suggéré qu'une interprétation archaïque de la Grande Ourse faisait d'elle une vache, formant un groupe avec le Bouvier en tant que berger, et avec la Petite Ourse en tant que chien[10]. George William Cox (en) l'explique comme une variante de Lycosura (Λυκόσουρα), compris comme la « queue du loup » mais qu'il étymologisa comme « sentier, ou chemin, de lumière » (c'est-à-dire λύκος « loup » vs. λύκ- « lumière »). Allen le relie par comparaison au nom en vieil irlandais de la constellation, drag-blod « sentier de feu ». Brown (1899) suggéra une origine non-grecque du nom (un emprunt à l'assyrien An‑nas-sur‑ra « en hauteur »)[6],[11]. Un mythe alternatif raconte que deux ourses ont sauvé Zeus de son père meurtrier Cronos en l'abritant au Mont Ida. Ultérieurement Zeus les plaça dans le ciel, mais leurs queues grandirent énormément lorsque le dieu les fit se balancer dans le ciel[12]. La « queue du chien » pourrait enfin évoquer, selon certains, celle du Chien que le musée du Louvre identifie au centre du zodiaque de Denderah, comme on peut le voir sur le panneau explicatif[13].

C'est en Mésopotamie qu'il faut chercher la création de la figue du Chariot. Nous pouvons le lire dans la Série MUL.APIN, le premier traité d'astronomie mésopotamienne, découvert à Ninive dans la bibliothèque d'Assurbanipal et datant au plus tard de 627 av. è. c.: DIŠ mul.MAR.GÍD.DA.AN.NA d.dam-ki-an-na, i.e. « Le Chariot céleste » pour une étoile identifiée à Beta Ursae minoris. Comme toute étoile, celle-ci est associée à un dieu, et c’est en l’occurrence la déesse Damkina, l’équivalent de la sumérienne DAM.GAL.NUN.NA, littéralement « l’Épouse du Grand Prince », ou NINKI, « Dame Terre ». Elle apparaît, dans Enūma Eliš, qui est l’Épopée de la création, compilée et mise en forme à la fin du XIIe av. è. c. à Babylone, quand Marduk , en lequel les Grecs verront l’équivalent de Zeus, conquit la prééminence sur les autres dieux : « Marduk fut mis au monde / Éa, son père, ‖ Et accoucha de lui / Sa mère, Damkina »[14]. ENKI = Éa, est « le Maître de la Terre », le dieu de la Terre et des Eaux, de la Sagesse, de la Fertilité, celui qui a inventé l’écriture, le Gardien des Lois divines et le Créateur des êtres humains. Damkina est la déesse Mère, la mère de Marduk qui est, à cette époque devenu à Babylone le dieu principal dans lequel les Grecs verront[15],[16], qui, dans Enūma Eliš, engendra Marduk avec ENKI = Ea[17]. On comprend la valeur symbolique donnée à cette étoile que son parcours circulaire au sommet de la coûte céleste permet de dominer cette dernière.Les documents qui sont parvenus jusqu’à nous ne nous livrent pas d’autre étoile de la figure de MAR.GÍD.DA.AN.NA = Eriqq samē, qui, selon toute vraisemblance, a pris corps en constellations.

Chez les Romains, on connaît, avec les Aratea, soit les versions latines des Φαινόμενα d’Aratos, Cynesura ou son calque, Cauda canis chez Hyginus, et Plaustrum, le calque latin d'Ἅμαξα, « le Chariot », grec, n'a jamais été utilisé qu'au pluriel, soit Plaustra pour parler des Deux Ourses dans la littérature. La forme qui s’est imposée, et que nous utilisons toujours, est Ursa Minor à partir de Cicéron[18].

Durant l'Antiquité classique, le pôle céleste était quelque peu plus proche de Beta Ursae Minoris que d'Alpha Ursae Minoris, et la constellation était donc prise tout entière comme indicateur de la direction du nord. À partir de la période médiévale, il devint plus aisé d'utiliser Alpha Ursae Minoris (ou « Polaris ») en tant qu'étoile polaire, même si elle était toujours située à quelques degrés du pôle céleste vrai[19],[note 1]. Son nom néolatin de stella polaris fut inventé seulement à la Renaissance.

La figure de الدبّ الأصغر al-Dubb al-Aṣġar, « la Petite Ourse » dans une édition du traité de ᶜAbd al-Raḥmān al-Sūfī al-Ṣūfī XVe s., Metropolitan Museum of Art, New York.

Chez les Arabes, il faut distinguer le ciel traditionnel qui comprend les manāzil al-qamar ou « stations lunaires », et ciel gréco-arabe, c’est-à-dire celui que les astronomes classiques ont repris des Grecs au IXe siècle de notre ère.

En formatant le ciel suivant la méthode des Grecs, les astronomes arabes reprennent d’eux les constellations des Ourses, et en l’occurrence la Petite, Μικρά Ἄρκτος, comme duplication de la Grande, et la nomment الدبّ الأصغر al-Dubb al-Aṣġar, « le Petit Ours ». Quant au ciel traditionnel, il présente plusieurs figures. Nous avons d’abord, comme chez les Mésopotamiens et les Grecs, une correspondance entre Ursa Maior et Ursa Minor. Cependant, comme on appelait déjà, dans le ciel arabe traditionnel, les sept étoiles brillantes du Nord بنات نعش Banāt Naᶜš, « les Filles de Nasch » (voir la Ursa Major), sa duplication devient chez eux بنات نعالصغرى Banāt Naᶜš al-Ṣuġrā, « La Petite [figure des] Filles de Nasch ». Mais ils imaginaient aussi en ce lieu, deux figures auxquelles les Européens ont emprunté des noms d’étoiles, à savoir :

La figure du couple لفرقدين al-Farqadān, « les Deux Gazellons, » dans le ciel arabe traditionnel.

1. الفرقدين al-Farqadān, « les Deux Gazellons » pour βγ UMi, un couple utile pour se guider aussi bien sur mer que sur terre. 2. الجديّ al-Ğudayy, « le Chevreau », qui correspond à la Polaire[20]; al-Ğudayy permet aux musulmans de connaître la qibla, c’est-à-dire la direction de la Mecque vers laquelle ils se tournent pour la prière et vers laquelle ils disposent les mosquées et les tombes des croyants : il suffit de s’écarter d'al-Ğudayy (= Polaris) d’un angle appelé « inclinaison de La Mecque » qui est indiqué par les tables astronomiques et figurait autrefois sur l’astrolabe pour chaque ville importante avec sa latitude et sa longitude, qui contribue à la détermination de la position de La Mecque. En dépit des apparences, ce nom est une épithète divine[21]. Une légende arabe met en scène الجديّ al-Ğudayy: si l’étymologie populaire a très tôt mêlé نعش Naᶜš, la divinité antique, et نعش naᶜš, « la civière », il s'agit des funérailles de نعش Naᶜš, dans laquelle les Sept بنات Banāt, « les Filles » ; déplorent la mort de leur père qu’elles portent sur une civière. Persuadées que le meurtrier est الجدّ al-Ğudayy, qui marque le pôle céleste, elles cherchent désespérement à le rejoindre pour excercer leur vengeance. Mais elles en sont empêchées par الحواجزين al-Ḥawāğzīn, « les Deux Interposés » auxquels la coutume a recours dans les conflits entre tribus, et marqués par les étoiles βγ Ursae Minoris. Ainsi tenu à distance de son but et empêché de l'atteindre, le convoi funéraire est entraîné dans une ronde éternelle autour du pôle céleste[22].

En Europe, les clercs latins connaissaient le nom Ursa Minor par les encyclopédies et les quelques manuscrits des Aratea à leur disposition, mais ils connurent dès l’an mil le nom arabe de cette figure. Si Gérard de Crémone ne donne, dans son Almageste (ca. 1175), que le nom latin, sachant qu’à son époque, on ne lit pas encore le nom grec dans le texte, ce qui n’adviendra qu’à la Renaissance, on peut trouves dans l’Uranometria de Johann Bayer (1603), une liste de noms connus dans les différentes langues, selon l’usage de l’époque, et pour une fois sans le nom grec, en particulier Errucabah, qui est l’arabe الركبة al-Rukaba, introduit autour de l’an mil et appliqué par les clercs latins à la constellation, mais qui s’explique par le déplacement du nom al-Rukba, « le Genou », qui correspond, dans la représentation grecque à l’étoile θ UMa[23]. Ce nom figurera encore dans plusieurs catalogues jusqu’à ce que la nomenclature approuvée en 1930 par l’Union astronomique internationale (UAI) ne chasse définitivement les appellations autres que Ursa Minor, à l’exception du grec Μικρά Ἄρκτος.

Awara, le « Chamelon » des Touaregs.

Chez les Touaregs, nous trouvons un calendrier stellaire où Awara, un « Chamelon nouveau né [de moins de six mois] » dont une patte est attachée à Tisettītit, le « Piquet » en bois bien enfoncé dans le sol. Ce piquet représente Tatrit ta-n-tasmana, « l’Étoile du Nord », soit la Polaire, autour duquel il tourne en attendant le retour de Talemt, « la Chamelle», sa mère qu’il va téter[24],[25].

En astronomie inuite, les trois étoiles les plus brillantes de la constellation — Polaris, Kochab et Pherkad — étaient appelées Nuutuittut « ne bouge jamais », quoique le terme est plus fréquemment utilisé au singulier en se référant à Polaris seule. À ces latitudes très septentrionales, l'étoile polaire est trop haute pour être utile à la navigation[26].

En astronomie chinoise, les principales étoiles de la Petite Ourse étaient divisées entre deux astérismes : 勾陳 Gòuchén (Place courbe) (incluant α UMi, δ UMi, ε UMi, ζ UMi, η UMi, θ UMi et λ UMi) et 北極 Běijí (litt. Pôle Nord) (incluant β UMi et γ UMi). Ces deux astérismes incarnent le cœur du Palais pourpre, siège du pouvoir suprême[27].

Bibliographie /Nomenclature[modifier | modifier le code]

  • Hermann Hunger & David Pingree, Astral science in Mesopotamia, Leiden / Boston (Mass.) / Köln : Brill, 1999, , 303 p. (ISBN 90-04-10127-6).
  • Paul Kunitzsch, Untersuchungen zur Sternnomenklatur der Araber, Wiesbaden : O. Harrassowitz, 1961.
  • Roland Laffitte, Le ciel des Arabes. Apport de l’uranographie arabe, Geuthner, , 296 p. (ISBN 978-2-7053-3865-7).
  • André Le Bœuffle, Les Noms latins d'astres et de constellations, Paris: Les Belles lettres, , 292+cartes (ISBN 978-2-251-32882-9, ISSN 1151-826X).
  • Otto Neugebauer & Richard A. Parker, Egyptian astronomical texts... 3. Decans, planets, constellations and zodiacs, 2 vol., Providence, R. I. : Brown university press / London : L. Humphries, 1969.
  • Sun Xiachun Sun & Jacob Kistemarker =, The Chinese Sky During the Han, Leiden Köln : Brill, , 240 p. (ISBN 90-04-10737-1).

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La Petite Ourse partage une frontière avec la Girafe à l'ouest, avec le Dragon à l'ouest, et avec Céphée à l'est. Couvrant 256 deg2, cela la classe comme la 56e des 88 constellations modernes en termes de taille.

Les trois lettres de son abréviation adoptées par l'Union astronomique internationale en 1922, sont UMi[28]. Les frontières officielles de la constellation, telles que délimitées par l'astronome belge Eugène Delporte en 1930[note 2] dessinent un polygone de 22 segments. Dans le système de coordonnées équatoriales, les coordonnées d'ascension droite de ses frontières se trouvent entre 08h 41.4m et 22h 54.0m, et leurs coordonnées de déclinaison du pôle nord céleste à +65.40°[30].

Observation des étoiles[modifier | modifier le code]

Localisation de la Petite Ourse[modifier | modifier le code]

Localisation de l'étoile Polaire à partir de la Grande Ourse.

La Petite Ourse se repère généralement par rapport à la Grande Ourse. Une méthode très connue permet de déterminer l'emplacement de α Ursae Minoris : en traçant une ligne de Mérak à Dubhe (les deux étoiles du bord extérieur de la casserole), et en la suivant sur cinq fois la distance entre ces deux étoiles, après avoir passé la queue du Dragon si elle est visible, on tombe sur l'étoile Polaire, qui est la seule étoile brillante de ce secteur[31]. Arrivé sur l'étoile Polaire par cet alignement, le « petit chariot » est à angle droit vers la gauche, dessinant un petit arc de cercle orienté vers la Grande Ourse. Une méthode alternative pour trouver Polaris consiste à partir de la constellation de Cassiopée.

Sa position tout au nord de l'hémisphère céleste nord signifie que la constellation n'est entièrement visible que pour les observateurs de l'hémisphère nord[32],[note 3]

Forme de la constellation[modifier | modifier le code]

Visibilité nocturne de la constellation.

La constellation de la Petite Ourse est relativement peu lumineuse. On ne voit initialement (mag. 2) que les deux étoiles à ses extrémités, l'étoile Polaire (α Ursae Minoris) et Kochab (β UMi). Quand les conditions sont un peu meilleures (mag. 4), on distingue la chaîne liant les deux, constituée par α UMi, δ UMi, ε UMi, ζ UMi et Kochab.

Traditionnellement, on voit la Petite Ourse sous la forme d'un « petit chariot », la chaîne étant complétée après Kochab en tournant à droite, par γ UMi (Pherkad) et η UMi. En fait, l'étoile symétrique de γ UMi par rapport à Kochab, 5 UMi, est plus lumineuse que η UMi, et cet alignement de trois étoiles est plus facilement visible que la forme de « casserole ».

Les étoiles qui entourent Kochab à plus grande distance forment la constellation du Dragon.

Étoiles principales[modifier | modifier le code]

Constellation de la Petite Ourse.

Le cartographe allemand Johann Bayer utilisa les lettres grecques alpha (α) à thêta (θ) pour cataloguer les principales étoiles de la constellation. Son compatriote Johann Elert Bode utilisa les lettres de iota (ι) à phi (φ) pour en désigner d'autres. Seules lambda (λ) et pi (π) restèrent en usage, probablement en raison de leur proximité avec le pôle nord céleste[33]. Au sein des frontières de la constellation, on dénombre 39 étoiles dont la magnitude apparente est inférieure ou égale à 6,5[32],[note 4].

Les sept étoiles principales de la Petite Ourse (l'étoile Polaire, Kochab, Pherkad, ζ UMi, η UMi, Yildun (δ UMi) et ε UMi) forment un astérisme comparable à celui de la Grande Ourse, en forme de « chariot » ou de « casserole ». Contrairement à celui de la Grande Ourse, il n'est pas très lumineux, l'étoile Polaire et Kochab mises à part, et il est difficile de le repérer dès lors qu'on se trouve dans une zone affectée par la pollution lumineuse.

α Ursae Minoris (l'étoile Polaire)[modifier | modifier le code]

α Ursae Minoris (l'étoile Polaire) — également nommée « Polaris » — est l'étoile la plus brillante de la constellation de la Petite Ourse, dont elle marque la queue[33]. Il s'agit de l'étoile visible à l'œil nu la plus proche du pôle nord céleste, dont elle est éloignée de 44' 9". Du fait du phénomène de précession des équinoxes, cela n'a pas toujours été le cas : il y a plus de 4 millénaires, vers 2700 avant notre ère, c'était α Draconis (Thuban) qui se trouvait dans sa situation. Et dans un avenir lointain, cet honneur passera à Véga (α Lyrae). L'étoile Polaire se rapproche d'ailleurs en ce moment du pôle et en sera au plus proche en 2102, à 27' 31".

L'étoile Polaire est une supergéante jaune, dont le type spectral varie entre F7Ib et F8Ib[35]. C'est la 52e étoile la plus brillante de la voûte céleste. Elle est assez éloignée, distante de ∼ 432 a.l. (∼ 132 pc) du système solaire[36].

C'est une étoile variable céphéide, évoluant entre la magnitude 1,97 et 2,00 sur une période de 3,97 jours. Cette amplitude a fortement décru durant le XXe siècle pour devenir quasiment nulle de nos jours[35].

L'étoile polaire est en réalité une étoile triple. L'étoile supergéante, qui est l'étoile primaire, possède deux compagnons qui sont des étoiles jaune-blanc de la séquence principale distantes de 17 et de 2 400 UA et qui mettent 29,6 et 42 000 ans respectivement pour compléter une orbite[37].

β Ursae Minoris (Kochab)[modifier | modifier le code]

Traditionnellement appelée Kochab, Beta Ursae Minoris avec sa magnitude apparente de 2,08, est à peine moins brillante que Polaris[38]. Localisée à environ ∼ 131 a.l. (∼ 40,2 pc) de la Terre d'après la mesure de sa parallaxe[36], il s'agit d'une étoile géante rouge — une étoile évoluée qui a utilisé tout l'hydrogène de son cœur et qui est sortie de la séquence principale — de type spectral K4III[38]. Légèrement variable selon une période de 4,6 jours, la masse de Kochab a pu être estimée à 1,3 fois la masse du Soleil à partir de la mesure de ces oscillations[39]. Kochab est 450 fois plus lumineuse que le Soleil et fait 42 fois son diamètre, avec une température de surface d'environ 4 130 K[40]. D'un âge estimé à 2,95 milliards d'années, avec une marge de 1 milliard d'années, Kochab s'est révélée posséder une exoplanète qui fait environ 6,1 fois la masse de Jupiter, bouclant une orbite autour de son étoile en 522 jours[41].

Autres étoiles principales[modifier | modifier le code]

Portant le nom traditionnel de Pherkad, Gamma Ursae Minoris possède une magnitude apparente qui varie entre 3,04 et 3,09 à peu près toutes les 3,4 heures[42]. Elle et Kochab ont été nommées « les gardiennes de l'étoile polaire »[1]. Étoile géante lumineuse blanche de type spectral A3II-III[42] qui fait environ 4,8 fois la masse du Soleil, 1 050 fois sa luminosité et 15 fois son rayon[43], elle est distante de 487 ± 8 a.l. (∼ 149 pc) de la Terre[36]. Pherkad appartient à un type d'étoiles variables qui sont les variables de type Delta Scuti[42], un type d'étoile pulsante à courte période (six heures tout au plus). Ces variables peuvent être utilisées comme chandelles standards et elles sont parmi les meilleures cibles en astérosismologie[44].

Zeta Ursae Minoris est une étoile légèrement variable qui pourrait également être une variable de type Delta Scuti[45]. C'est une étoile blanche de type spectral A3V[46], mais qui a déjà commencé à se refroidir, à s'étendre et à devenir plus brillante. Il s'agissait en fait probablement d'une étoile de classe B3 lorsqu'elle était sur la séquence principale et elle est désormais sur le point de devenir une étoile géante[45].

Près de Zeta est localisée l'étoile binaire Theta Ursae Minoris. Sa magnitude apparente est de 5,00[47] et elle est localisée à 716 ± 24 a.l. (∼ 220 pc) de la Terre[48]. Il s'agit plus précisément d'une binaire spectroscopique dont les deux étoiles sont sensiblement identiques. Le spectre du système correspond à celui d'une géante rouge de type spectral K5III[49].

Avec une magnitude de 4,95, Eta Ursae Minoris est la plus faible des sept étoiles du petit chariot[50]. Cette étoile jaune-blanc de la séquence principale de type spectral F5V nous est distante de ∼ 97 a.l. (∼ 29,7 pc)[51]. Son diamètre fait le double de celui du Soleil. Elle est 1,4 fois plus massive que lui et brille comme 7,4 soleils[50].

Delta Ursae Minoris, également appelée par son nom traditionnel Yildun[52], et Epsilon Ursae Minoris forment la poignée du chariot. Localisée à un peu plus de 3,5 degrés du pôle nord céleste, Yildun est une étoile blanche de la séquence principale de type spectral A1V et de magnitude apparente 4,35[53]. Elle est localisée à 172 ± 1 a.l. (∼ 52,7 pc) de la Terre[36]. Yildun fait environ 2,8 fois le diamètre du Soleil et est 47 fois plus lumineuse que lui[54].

Epsilon Ursae Minoris est une étoile variable de type RS Canum Venaticorum qui brille à une magnitude moyenne de 4,21[55]. Ce système est la fois une binaire spectroscopique et une binaire à éclipses. Son étoile primaire est une géante jaune de type spectral G5III et son étoile secondaire apparaît être une naine de type A ou F. Leur période orbitale est de 39,5 jours[49].

Étoiles variables[modifier | modifier le code]

La situation très nordique de la constellation signifie que ses étoiles variables sont observables toute l'année pour les observateurs de l'hémisphère nord. Localisée à proximité de Polaris, Lambda Ursae Minoris est une géante rouge de type spectral M1III. Il s'agit d'une variable semi-régulière, dont la magnitude varie entre 6,35 et 6,45[56]. R Ursae Minoris est une autre géante rouge et une autre variable semi-régulière, dont la magnitude varie de 8,5 à 11,5 sur une période 328 jours, tandis que S Ursae Minoris est une variable à longue période de type Mira dont la magnitude varie de 8,0 à plus de 11 sur 331 jours[57].

Localisée au sud de Kochab et de Pherkad, en direction du Dragon[1], RR Ursae Minoris est une géante rouge de type spectral M5III qui est également une variable semi-régulière dont la magnitude varie entre 4,44 et 4,85 selon une période de 43,3 jours[58]. T Ursae Minoris est une autre étoile géante rouge et variable, qui a connu un changement abrupt de type de variation et qui est passée d'une variable à longue période de type Mira passant de la magnitude 7,8 à 15 sur une période de 310–315 jours à une variable semi-régulière[59]. On pense que l'étoile a connu un événement de flash de l'hélium en coquille — un stade où la coquille d'hélium entourant le cœur de l'étoile atteint une masse critique et se met à brûler — caractérisé par son changement abrupt de sa variabilité en 1979[60].

Z Ursae Minoris est une étoile variable peu lumineuse qui a brusquement perdu 6 magnitudes en 1992 et qui a été identifiée comme l'une des rares étoiles variables de type R Coronae Borealis[61].

Les variables à éclipses sont des systèmes stellaires qui varient en luminosité non pas parce que la luminosité (ou la magnitude apparente) de l'un ou l'autre membre varie, mais parce qu'elles s'obscurcissent mutuellement. W Ursae Minoris est l'un de ces systèmes, sa magnitude variant entre 8,51 et 9,59 sur une période de 1,7 jour[62]. Le type spectral combiné du système est A2V, mais les masses propres de ses deux composantes sont inconnues. Une légère variation de la période orbitale observée en 1973 suggère qu'il existe une troisième composante au sein de ce système d'étoiles — très probablement une naine rouge — avec une période orbitale de 62,2 ± 3,9 années[63]. RU Ursae Minoris est un autre exemple de binaire à éclipses, variant de la magnitude 10 à 10,66 sur une période de 0,52 jour[64]. Il s'agit d'une binaire semi-détachée, où l'étoile secondaire est en train de remplir son lobe de Roche et transfère de la matière à l'étoile primaire[65].

RW Ursae Minoris est une variable cataclysmique qui connut une éruption telle qu'elle devint une nova en 1956, atteignant la magnitude 6. En 2003, elle était toujours de deux magnitudes plus brillante que sa magnitude de base, diminuant à un taux de 0,02 magnitude par an. Sa distance a été calculée à 5 000 ± 800 pc (∼16 300 al), ce qui la localiserait au sein du halo galactique[66].

Étoiles avec exoplanètes et naines brunes[modifier | modifier le code]

En plus de Kochab, on a découvert quatre autres étoiles autour desquelles des exoplanètes orbitent. 11 Ursae Minoris est une géante rouge de type spectral K4III à peu près 1,8 fois plus massive que le Soleil. Âgée d'environ 1,5 milliard d'années, elle était à l'origine une étoile de type A de la séquence principale avant de se refroidir et de s'étendre. Distante d'environ ∼ 390 a.l. (∼ 120 pc), elle brille à une magnitude apparente de 5,04. Une planète d'environ 11 fois la masse de Jupiter a été découverte orbitant l'étoile en 2009, avec une période orbitale de 516 jours[67]. 8 Ursae Minoris est une autre géante rouge de type spectral K0, 1,8 fois plus massive que le Soleil et distante d'environ 159 pc (∼519 al). Il lui a été découvert en 2015 une exoplanète qui fait 1,5 fois la masse de Jupiter et qui orbite autour de son étoile en 93 jours à une distance de 0,49 UA[68]. HD 120084 est une autre étoile évoluée, cette fois une géante jaune de type spectral G7III, d'environ 2,4 fois la masse du Soleil. Elle possède une planète qui fait 4,5 fois la masse de Jupiter et qui a la particularité d'avoir une orbite très excentrique (avec une excentricité de 0,66). Elle a été découverte en 2013 en mesurant précisément les variations de la vitesse radiale de l'étoile[69].

HD 150706 est une étoile similaire au Soleil de type spectral G0V localisée à ∼ 89 a.l. (∼ 27,3 pc) du système solaire. On a d'abord cru qu'elle possédait une planète aussi massive que Jupiter orbitant à une distance de 0,6 UA, mais cette découverte a été remise en cause en 2007[70]. Une étude ultérieure de 2012 a toutefois montré que l'étoile possède un compagnon de 2,7 fois la masse de Jupiter qui effectue une révolution en environ 16 ans et à une distance de 6,8 UA de son Soleil[71].

WISE 1506+7027 est une naine brune de type spectral T6. C'est l'une des plus proches voisines du Soleil, à une distance de 11,1+2,3
−1,3
années-lumière de la Terre[72]. Objet faible de magnitude 14, elle a été découverte par le Wide-Field Infrared Survey Explorer (WISE) en 2011[73].

Autres étoiles[modifier | modifier le code]

Pris à partir du chef des bandits dans Les Sept Mercenaires, Calvera est le surnom donné à une source de rayons X désignée comme 1RXS J141256.0+792204 dans le catalogue ROSAT All-Sky Survey Bright Source Catalog (RASS/BSC)[74]. Cette source a été identifiée comme provenant d'une étoile à neutrons isolée, qui est l'une des plus proches de la Terre[75]. La Petite Ourse héberge également deux naines blanches énigmatiques. H1504+65 est une étoile faible (de magnitude 15,9) qui possède la température de surface la plus chaude connue à ce jour — 200 000 K  — pour une naine blanche. Son atmosphère, composée à peu près à moitié de carbone, à moitié d'oxygène et de 2 % de néon, est dépourvue d'hydrogène et d'hélium, et sa composition n'est pas explicable par les modèles actuels d'évolution stellaire[76]. WD 1337+705 est une naine blanche plus froide qui montre du magnésium et du silicium dans son spectre, ce qui suggère un compagnon ou un disque circumstellaire l'orbitant, même si aucune preuve pointant vers l'un ou vers l'autre n'existe[77].

Objets célestes[modifier | modifier le code]

NGC 6217.

La constellation de la Petite Ourse est relativement pauvre en objets du ciel profond, mais contient cependant plusieurs galaxies : NGC 3172, NGC 5034, NGC 5144, NGC 5939, NGC 6071, NGC 6324 et NGC 6331. La galaxie naine de la Petite Ourse, qui est une galaxie naine sphéroïdale, a été découverte par Albert George Wilson à l'observatoire Lowell durant le Palomar Sky Survey en 1955[78]. Son centre est distant d'environ ∼ 225 000 a.l. (∼ 69 000 pc) de la Terre[79]. En 1999, Kenneth Mighell et Christopher Burke ont utilisé le télescope spatial Hubble et ont confirmé qu'elle a connu un unique sursaut de formation d'étoiles qui a duré environ 2 milliards d'années et qui a eu lieu il y a environ 14 milliards d'années[80], et que la galaxie est probablement aussi ancienne que la Voie lactée elle-même[81].

NGC 6217 est une galaxie spirale barrée distante d'environ ∼ 67 millions d'a.l. (∼ 20,5 Mpc)[82], qui peut être détectée dans un télescope de 10 cm au moins comme un objet de onzième magnitude situé à environ 2,5° au nord-ouest de Zeta Ursae Minoris[83]. Il s'agit d'une galaxie à sursauts de formation d'étoiles, ce qui signifie qu'elle connaît actuellement un taux anormalement élevé de formation d'étoiles comparé au taux observé dans une galaxie typique[84].

NGC 6251 est une radiogalaxie elliptique géante localisée à plus de ∼ 340 millions d'a.l. (∼ 104 Mpc) de la Terre. Elle possède un noyau galactique actif de type Seyfert 2, et c'est l'un des exemples les plus extrêmes de galaxie de Seyfert. Cette galaxie pourrait être associée à la source de rayons gamma 3EG J1621+8203, qui émet des rayons gamma de haute énergie[85]. Elle est également connue pour son jet radio unilatéral — l'un des plus lumineux connus — et découvert en 1977[86].

Essaims météoriques[modifier | modifier le code]

Les Ursides, une importante pluie d'étoiles filantes dont le radiant est situé dans la Petite Ourse, culmine entre le 18 et le 25 décembre. Son objet parent est la comète 8P/Tuttle[87].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La position du pôle nord céleste se déplace en raison du phénomène de la précession des équinoxes terrestre, de telle sorte que dans environ 12 000 ans, Véga deviendra l'étoile polaire[19].
  2. Eugène Delporte propose à l'Union astronomique internationale de standardiser les frontières des constellations. Celle-ci accepte et lui confie la tâche[29].
  3. Bien que certaines parties de la constellation se trouvent au-dessus de l'horizon pour des observateurs entre l'équateur et le 24e parallèle sud, les étoiles situées seulement quelques degrés au-dessus de l'horizon sont en pratique inobservables[32].
  4. Les objets de magnitude 6,5 comptent parmi les plus faiblement lumineux visibles à l'œil nu dans le ciel nocturne de la transition rural/périurbain[34].

Références[modifier | modifier le code]

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  11. Brown remarque que Aratus décrit convenablement « Cynosura » comme « en hauteur » (« à la fin de la nuit, la tête de Cynosura s'élève très haut », κεφαλὴ Κυνοσουρίδος ἀκρόθι νυκτὸς ὕψι μάλα τροχάει v. 308f).
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