Henri Langerock

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Henri Charles Langerock
Langerock-par-Alfred-Galien (1870).jpg
Henri Charles Langerock en 1870
(Cliché sur émail à haute température par Alfred Galien)
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 85 ans)
MarseilleVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Henri Charles Langerock (né à Gand le , mort à Marseille le )[1] est un peintre belge cosmopolite qui, formé à l'École des Beaux-Arts de Gand, passa une partie de sa vie en France, principalement à Paris et Marseille, où il fut reconnu comme un maître du paysage, des scènes bucoliques et des atmosphères de sous-bois, mais qui séjourna aussi plusieurs années en Italie, en Afrique et en Amérique du Sud, où il peignit de nombreuses toiles de paysages et de scènes exotiques ou orientalistes[2].

Dans un genre alliant peinture et grand spectacle, son nom est par ailleurs associé à au moins trois Panoramas, dont celui de la Bataille de Tell-el-Kébir, présenté à Londres en 1884[3], et celui de La Ville de Rio de Janeiro, présenté à Bruxelles en 1888, à Paris en 1889 et au Brésil en 1891[4].

On lui doit dans la même veine des Dioramas, tels Village indien de l'Amérique du Sud, exposé en 1889 place Poelaert à Bruxelles[5], et Le continent mystérieux ou Stanley dans les Ténèbres de l'Afrique, une des attractions de l'Exposition Universelle d'Anvers de 1894[6].

Il exerça également comme photographe[7], assistant de Nadar puis successeur de Numa Blanc (de) en son atelier du 29, boulevard des Italiens à Paris. Portraitiste mais aussi photographe de la nature et de l'agriculture, il se signala notamment comme initiateur de la retouche photographique et inventeur du système, breveté en 1865, qui porte son nom[8] : «ce procédé de "portraits peints" photographiques permettait de rajeunir ou vieillir le sujet, de lui prêter un costume et/ou une pilosité différents, voire une occupation spéciale ou un mobilier particulier, le tout ayant absolument l'air, sur un papier immaculé, d'être une simple photographie»[9].

Le style de Langerock[modifier | modifier le code]

À l'École des Beaux-Arts de Gand, le jeune Langerock suivit tout d'abord les enseignements de Hendrik Van der Haert (1790-1846), qui l'initia à la gravure et le sensibilisa à une facture néoclassique du portrait. Il poursuivit ensuite sa formation picturale avec Jean Van der Plaetsen (1808-1857), un maître des scènes de genre, et apprit les techniques de la lithographie auprès d'Auguste Van den Steene (1803-1870) et Théodore Joseph Canneel (1817-1892)[10].

Néanmoins, rêvant de découvrir le monde, il quitta Gand dès l'âge de seize ans, mettant fin à son cursus académique.

Les enseignements pratiques déjà reçus lui permirent de gagner sa vie, dès ses débuts à Paris, dans des ateliers de gravure et de lithographie.

En revanche le style pictural de Langerock devra peu à sa formation initiale : il se personnalisera et s'affirmera au fil des ans à partir de ses propres expérimentations, de sa propension à l'exactitude de l'observation et du rendu, aiguisée par son œil de photographe, et de ses propres goûts esthétiques tel son attrait pour l'œuvre de Corot.

Voici comment l'écrivain et historien d'art brésilien Luiz Gonzaga Duque Estrada (pt)[11] décrit le style du peintre Langerock :

« Le paysage, les costumes et les attitudes des personnages rappelaient les tableaux de Watteau et de Boucher. Et c'était pour ce genre, un tant soit peu modifié par les influences du temps présent, que M. Langerock ressentait une réelle prédilection. Il y avait dans son style, plus gracieux et délicat que proprement maniéré, un je ne sais quoi de ces élégants décorateurs des époques de la Montespan et de la Pompadour. Et néanmoins, au-delà du ton décoratif de sa peinture, une inexprimable et suave poésie transparaissait dans ses travaux, bien caractéristiques d'une personnalité qui ne pouvait se confondre avec le commun des mortels. »

Et voici comment le critique et historien d'art Louis de Fourcaud[12], futur professeur à l'École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, en cerne les caractéristiques, à propos du tableau Les Dénicheurs présenté au Salon de Paris de 1877, dans un texte où transparaissent aussi les goûts et les conceptions artistiques en matière de paysage de cette seconde moitié du XIXe siècle :

« L'art du paysage se résume en trois formules fondamentales : le terrain, l'arbre et le ciel.
A ce titre, les tableaux de M. Langerock sont particulièrement dignes d'intérêt. Celui-là sait son arbre. Il le connaît non seulement en naturaliste ; mais encore au point de vue de l'anatomie du peintre - je crois pouvoir employer ce terme dans l'ordre général, tant la structure et la physiologie de l'arbre exigent une connaissance spéciale. Ce savoir, M. Langerock le possède d'une manière absolue. Dans la forêt, il est chez lui : le hêtre, le bouleau, le chêne sont ses intimes. Il a observé leurs mœurs en toute saison et son pinceau, d'une incomparable sécurité, ne se trompera jamais dans le sens ou dans la figuration d'une touche quand il s'agira d'une écorce, d'une masse de feuillage, d'une déchirure de lumière dans des embranchements.
Bien que ses ciels soient d'une facture robuste, ils ont toujours leur qualité relative de solidité, leur valeur aérienne, et ce n'est point à lui qu'on pourrait faire la critique d'enrocher ses horizons pour indiquer vaguement ses terrains dans des brumes. Le tableau des Dénicheurs révèle chez M. Langerock la préoccupation des gris lumineux en pleine forêt, et il a remarquablement réussi à rendre les poudroiements de soleil si blonds, si argentés, dont les arbres des jeunes taillis se trempent au printemps.
Il faut savoir gré à M. Langerock d'avoir animé ses paysages par des scènes et des figures que les paysagistes ont depuis trop longtemps le tort de négliger. Ses petits tableaux de genre en pleine forêt sont exquis d'attitude, de justesse et d'esprit. »


Salons et expositions[modifier | modifier le code]

Henri Langerock : Le Passeur (présenté au Salon de Paris 1873 sous le titre : Souvenir des Vosges) . Collection du Musée de Picardie, Amiens. Photo du Musée de Picardie
  • Exposition nationale de Lyon 1854 : première toile achetée 500 francs par la Commission, véritable pied à l'étrier pour le jeune peintre.
  • Expositions à Paris, en Belgique et à Laval, Toulon, Moulins, Bourges, Amiens, Montpellier, Alger, Nevers, Rouen, Chaumont etc. à partir de 1854
  • Salon de Paris 1873, Souvenir des Vosges (H. 1,10 m x L. 1,62 m) acquis en 1876 par le Musée de Picardie sous le titre le Passeur et loué en ces termes par Théodore de Banville[13] :

« Encore un très beau paysage, mais d'arbres et de frondaisons, celui-là, est le Souvenir des Vosges de M. Langerock. Ce sont de vastes, profondes, inextricables feuillées, océans et montagnes de verdures, demi obscures et demi ensoleillées, s'ouvrant sur des lointains clairs et donnant l'idée d'une forêt éternelle qui ne finirait jamais, d'une Brocéliande où nous retiendrait sans espoir le sourire adoré de Viviane ! - Sous les ramures est une eau sombre et transparente sur laquelle, dans un bateau plat, glisse une petite femme à corsage rouge. Bel hymne à ce que le poëte dont j'ai parlé tout à l'heure[14] nommait dédaigneusement : "le végétal irrégulier". »

  • Salon de Paris 1875, La Reine Blanche
  • Salon de Paris 1876, série de dessins, pastels, gouaches
  • Salon de Paris 1877, Les Dénicheurs
  • Salon triennal de Gand 1877 : Les bords de l'Ardèche, Le Pécheur au gué (acquis par le Roi des Belges)
  • Exposition universelle de Paris de 1889 : Médaille d'Or de la catégorie "Applications usuelles des arts du dessin et de la plastique" partagée avec le peintre brésilien Victor Meirelles pour leur œuvre conjointe, le Panorama de la Ville de Rio de Janeiro, gigantesque peinture de 14,50 m de haut sur 115 m de circonférence présentée au public sur la face intérieure d'une rotonde spécialement construite à cet effet au 80, avenue de Suffren[15],[16],[17].
  • Exposition Universelle d'Anvers de 1894 : Diorama Le continent mystérieux ou Stanley dans les Ténèbres de l'Afrique, réalisé à la suite d'un voyage d'exploration au Congo Belge[6].
  • Après ses séjours en Égypte, au Brésil (1878-1885) et en Afrique noire, participation régulière au Salon de Paris jusqu'en 1901.

Collections publiques et privées (peinture)[modifier | modifier le code]

  • Musées : Amiens - Le Passeur ; Mulhouse - Paysage ; Saint-Brieuc - Ruisseau ; Valence - Paysage avec figures ; Rio de Janeiro - Vallée de Valmeront (acquisition de l'Empereur Don Pedro pour le Musée de sa capitale) ; Chambre de Commerce de Saint-Quentin - La route de Malompize et Ferme en Hollande.
  • Collections privées XIXe siècle: Une baigneuse (New-York) ; La mare aux grenouilles (Cour de Russie) ; Un coup de soleil en forêt et Un intérieur en forêt (Comte de Verguière) ; Rivière sous bois ; Carrefour de l'Épine ; Dans la forêt de Fontainebleau ; Vieux moulin dans la Creuse ; Moulin en Hollande ; Lavoir en Sologne ; Gué des Grues ; Sous-bois dans l'Eure ; Plaine de Morbihan en automne ; Troisième jour de noces en forêt .
  • Ventes aux enchères publiques depuis 2000 : La ville d'Ouro Preto, Minas Gerais, Brésil (Huile sur toile, 1888, H. 1,12 m x L. 1,62 m, adjugée 46 100 livres chez Christie's à Londres le 26 septembre 2007) ; Vue du Corcovado, Rio de Janeiro (Huile sur toile, 1881, H. 1,12 m x L. 1,62 m, adjugée 31 000 euros salle Drouot à Paris le 20 juin 2011) ; Une rue à Rio de Janeiro (Huile sur toile, 1880, H. 32 cm x L. 55 cm, adjugée 42 000 euros le 24 mars 2002) ; Jeune femme à l'éventail dans une barque fleurie ; Villa orientale animée ; Crépuscule ; Paysage en automne animé d'un pêcheur au coucher de soleil ; Le retour du cavalier (orientaliste) ; Promenade au parc ; Paysage animé ; Le jeune pêcheur ; La partie de pêche ; Ville d'Afrique du Nord ; Lavandières à Clermont ; Paysage provençal avec ferme ; Orientale assoupie dans un jardin ombragé ; Petit hameau au pied de la colline ; La chasse au lion ; Boers avant l'attaque dans le Transvaal ; Les ramasseurs de fagots au bord de l'étang ; Vieillard à la brouette ; La partie d'échecs ; Paysage campinois ; Bord de rivière ombragé ; Pâturages sous bois, forêt de Vauclair ; Environs du Caire ; Jeune femme avec cage d'oiseau au parc ; Maison du garde forestier au gué des grues de l’Eure ; Elégante au parc ; Scène de bord de mer en Afrique du Nord etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benezit Dictionary of Artists (Oxford Art Online), Henri Langerock, article publié online le 31 octobre 2001
  2. René Chavance, Préface du "Catalogue des Tableaux et Aquarelles par Henri Langerock et provenant de son Atelier", Hôtel Drouot, 19 avril 1920
  3. The Artist and Journal of Home Culture, The Panorama of the Battle of Tell-el-Kebir, London, Vol. II, 1881, page 357
  4. Ralph Hyde & all., Dictionary of Panoramists of the English-Speaking World, University of Exeter, page 275
  5. Eddy Stols, Entrepreneurs belges et luxembourgeois dans la modernisation et l'industrialisation du Brésil (1830-1940), Archives de l'ABPHE, Brésil, page 6
  6. a et b Bram Van Oostveldt & Stijn Bussels, De Antwerpse wereldtentoonstelling van 1894 als ambigu spektakel van de moderniteit, Tijdschrif t voor Geschiedenis - 125e année, numéro 1, p. 4-19
  7. L'Atelier des photographes du XIXe siècle, Henri Langerock successeur Numa Blanc, 3 avril 2010
  8. INPI, Système de photographie dit système Langerock, brevet d'invention n" 69792 (cote 1BB69792) déposé le 28 décembre 1865
  9. Georges Pasteur (arrière-petit-fils de Henri Langerock), Lettre à Bernard Langerock sur la vie et l'œuvre de Henri Langerock, 15 avril 2004
  10. Journal de Gand, Biographie du peintre Henri Langerock, rubrique Variétés, Gand, 14 mai 1888
  11. Pontual, Roberto. Dicionário das artes plásticas no Brasil. Présentation de Antônio Houaiss. Textes de Mário Barata et al. Rio de Janeiro: Civilização Brasileira, 1969.
  12. Louis de Fourcaud, Le Salon du Gaulois (extrait), Journal Le Gaulois, Paris, 25 mai 1877
  13. Théodore de Banville, Le Salon de 1873, Troisième article, Journal Le National, Paris, 23 mai 1873
  14. Charles Baudelaire dans Rêve parisien, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, CXXXII, 1857
  15. Thiago Leitão de Souza, O Panorama : Da representação pictórico-espacial às experiências digitais, Mestrado em Urbanismo, Universidade Federal do Rio de Janeiro, 2007 - 2009
  16. Makowiecky, Sandra, O tempo de Victor Meirelles e a Cidade de Florianópolis, In 19&20 - A revista eletrônica de DezenoveVinte, 2008; III (4).
  17. Coelho, Mário César, Os Panoramas Perdidos de Victor Meirelles: aventuras de um pintor acadêmico nos caminhos da modernidade, Tese de Doutorado. UFSC, 2007, p. 94-120.

Liens externes[modifier | modifier le code]