Plasturgie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jusqu'en 1870, les boules de billard étaient en ivoire. Le celluloïd, puis des plastiques plus performants, remplacèrent ensuite définitivement l'ivoire.

La plasturgie est l'ensemble des techniques utilisées par l'industrie du plastique pour la transformation des matières plastiques (polymères). Le terme est dérivé du mot « plastique », associé au suffixe « -urgie » (du grec -ourgos, de ergon : travail, production) : littéralement, la plasturgie est le travail du plastique.

Histoire[modifier | modifier le code]

La plasturgie est une industrie relativement récente si on la compare aux autres industries telles que la sidérurgie avec laquelle elle partage certains points communs (gestion de la fusion, moulage, etc.)[1].

Tout a commencé en 1870 à la suite d'un concours visant à remplacer l'ivoire, de plus en plus cher, des boules de billard. Ce sont les frères Hyatt qui en utilisant le nitrate de cellulose ont contribué à la naissance de la plasturgie[2].

Dès 1930, les laboratoires américains et allemands commencent à créer de nouvelles matières telles le poly(méthacrylate de méthyle) (PMMA) (plexiglas) en 1928 et le polycarbonate (PC) en 1953.

La plasturgie est d'abord un ensemble de techniques qui contribue à substituer une matière plastique à d'autres matières. Ainsi à Oyonnax (Ain, France), la plasturgie s'implante par ce qu'il existait une industrie locale du peigne en écaille[3].

La grande adaptabilité (légèreté, solidité, déformabilité, facilité de nettoyage) des matières plastiques dans de nombreux domaines et l'abondance d'un pétrole très peu couteux a contribué à un large et rapide développement de l'industrie du plastique, et donc de la plasturgie dans la seconde moitié du XXe siècle. Celle-ci s'est appuyée initialement sur l'exploitation des produits dérivés du pétrole, puis du gaz (notamment aux États-Unis où dans quelques États le sous-sol est particulièrement riche en gaz de schiste.

Face à la perspective d'un pétrole et d'hydrocarbures fossiles rares et couteux, et face à une demande d'écomatériaux et produits plus verts, la R&D de cette branche se tourne vers d'autres sources de matière première telles le maïs, des oléagineux[4] comme le colza ou les protéines de lait[5]. Des recherches sont développées également concernant les économies d'énergie[6], des systèmes experts[7] ou une utilisation optimisée des frigories[8],[9],[10], ainsi qu'en direction d'un meilleur respect de l'environnement (biodégradabilité, recyclabilité, étiquetage, substitut au plomb toxique comme additif de certains PVC et retrait du bisphénol A (perturbateur endocrinien) des biberons et de certains jouets, etc.).

La plasturgie est aussi depuis peu confrontée à l'apparition d'imprimantes 3D de plus en plus sophistiquées qui remettent en cause de nombreux savoir-faire et techniques (ex. : plus besoin de moules pour les petites pièces).

Techniques[modifier | modifier le code]

On distingue deux types de matière plastique : les matières thermoplastiques et thermodurcissables.

Polymères thermoplastiques[modifier | modifier le code]

Ces matières sont transformées couramment par les procédés suivants :

Forme de l'objet fabriqué Procédé État physique de la matière première Polymères les plus utilisés Procédé utilisé aussi pour d'autres matériaux : exemples[11]
Pièces de forme / Objets creux Moulage par injection Granulés PE, PP, PS
Moulage par dépression : thermoformage Feuilles et plaques PS, ABS, PE, PP, polycarbonate, PVC, PMMA, polystyrène choc Verre courbé
Moulage par soufflage : injection-soufflage Préformés injectés PVC, PEHD, PET Bouteille en verre
Moulage par soufflage : extrusion-soufflage Granulés PVC rigide, PEHD, polycarbonate
Moulage par rotation : rotomoulage Poudre PE, PVC (plastisol), PP, polycarbonate, polyamides, ABS, acryliques, polyester, PS
Moulage par trempage Plastisol, latex, néoprène, polyuréthanes, silicones époxydes
Moulage par centrifugation
Moulage par coulée
Produits longs (profilés, fils, tuyaux, etc.) et produits plats (films, gaines, plaques, etc.) Extrusion Granulés PVC, PE, PA, PP Profilé d'aluminium
Extrusion-gonflage Granulés PEHD, PEBD, PP, PVC souple
Extrusion-étirage Granulés
Extrusion-calandrage et calandrage seul Granulé et pâtes PVC Papier

Les polymères thermoplastiques peuvent aussi être mis en forme par estampage et par emboutissage.

Polymères thermodurcissables[modifier | modifier le code]

Les principaux procédés de transformation des matières thermodurcissables sont les suivants :

Domaines d'activité[modifier | modifier le code]

Emballage, BTP, automobile[modifier | modifier le code]

  • En Europe, le plastique est le premier matériau utilisé pour l'emballage avec comme premier client le secteur agroalimentaire (65 % des débouchés en Europe). L'emballage représente 35 % des débouchés de la plasturgie. La France est leader devant l'Allemagne.
  • Le BTP, second marché de la plasturgie, représente 20 % des débouchés. On trouve des films pour l'imperméabilisation, des isolants, des profilés de fenêtres, des revêtements de sol, etc.
  • L'automobile, avec le temps a intégré un nombre croissant de pièces de plastique[12]. L'automobile représente 10 % des débouchés de la plasturgie et selon Claude Duval du CNAM, en 2007 « 65 % des pièces techniques réalisées par l'industrie de la plasturgie sont destinées à l'automobile ». La France et l'Allemagne sont leaders sur ce marché[réf. nécessaire]. Le poids du plastique est passé de 3 % jusqu'à 17 % entre 1974 et 2000, générant selon les fabricants 7 % d'économie de carburant soit 12 millions de tonnes de pétrole par an pour l'Europe et 30 millions de tonnes de CO2 en moins [réf. nécessaire].

Médecine, sports et loisirs[modifier | modifier le code]

L'industrie européenne de la plasturgie doit sans cesse faire preuve d'innovation. Ainsi, dans le domaine médical, les plastiques entrant dans la composition de certaines prothèses sont nettement plus performants que d'autres matériaux.

La plasturgie en Europe[modifier | modifier le code]

En 2002, l'industrie de la plasturgie européenne a réalisé un chiffre d'affaires de 140 milliards d'euros. Les deux tiers des débouchés sont constitués par l'emballage, le bâtiment et l'automobile.

Actuellement, l'Europe est au 3e rang mondial pour la production de plastiques, après l'Asie et les États-Unis.

La plasturgie en France[modifier | modifier le code]

Au niveau mondial en 2008, la France se situe au 7e rang pour la production des plastiques (avec 4,7 % des parts de marché), les deux premiers étant l'Allemagne (avec 14,1 % des parts de marché) et la Chine (avec 11 %).

Au niveau européen, la France se situe au 2e rang, juste après l'Allemagne. On compte plusieurs pôles majeurs en France : l'un est situé à Oyonnax avec le Pôle européen de plasturgie (PEP) et la Plastics Vallée, un autre en Alsace-Lorraine avec le Pôle de plasturgie de l'Est et Plastinnov[13].

Le pôle de plasturgie d'Alençon est considéré comme le 2e en France en importance[14].

La plasturgie est également présente dans les territoires d'outre-mer avec près d'une centaine d'entreprises[15].

Le chiffre d'affaires pour 2006 est de 29,6 milliards d'euros pour 5,3 millions de tonnes transformées. Le nombre d'entreprises françaises dans le secteur est de 3 750 pour un effectif de 151 800 employés[16].

En Basse-Normandie se trouve l'Institut supérieur de plasturgie d'Alençon (ISPA) qui est la seule école française uniquement axée sur la plasturgie[17].

Métiers, formations[modifier | modifier le code]

Dans un secteur en restructuration presque permanente[18], et les techniques évoluant rapidement (au point que les PME et leurs salariés peinent parfois à s'adapter et cherchent à développer la polyvalence de leurs salariés peu qualifiés pour être plus réactives dans un marché souvent très concurrentiel[19],[20]), la plasturgie est associée à un corpus spécifique de formations techniques[21],[22],[23].

La multiplicité des techniques de fabrication réclame du personnel dans de multiples compétences et niveau de qualification[24]. La plasturgie recrute des personnels du niveau CAP au diplôme d'ingénieurs. Les formations intermédiaires sont le BEP, le bac professionnel plasturgie, le BTS Europlastique, la licence professionnelle PI (Production industrielle) et la licence professionnelle plasturgie et matériaux composites. Quelques laboratoires de recherches se sont spécialisés, au sein des entreprises ou dans des universités ou grande écoles, travaillant par exemple sur les techniques de moulage/démoulage[25], injection, coloration, recyclage (PET recyclé notamment[26]), polymérisation, ou encore sur des modélisations rhéologiques et de la cristallisation des polymères[27].

En 2011, c'est l'un des secteurs où en France les femmes sont encore défavorisées par rapport aux hommes (en termes de salaires) dans les grilles de conventions collectives[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Reynaud, A. et Corson, B. (2010), Métallurgie, plasturgie : une saine émulation…, Fonderie magazine (5), 15-28 (résumé).
  2. Joe Schwarcz et Vanier College, « Boules de billard et cols en plastique » (consulté le 22 avril 2014)
  3. Olivier, B. et musée du peigne et de la plasturgie d'Oyonnax (2007), L'Orient des chevelures : du Levant au Couchant : exposition temporaire, 21 février-15 décembre 2007, ville d'Oyonnax.
  4. Merrien, A., Carre, P. et Quinsac, A. (2012), Des ressources oléagineuses variées potentiellement au service du développement de la chimie verte, Oléagineux, Corps gras, Lipides, 19(1), 6-9.
  5. Prochazka, F. et Assezat, G. (2008), Développement d'un matériau thermoplastique, biodégradable et hydrosoluble à base de protéines laitières.
  6. Guyot H. (1998), Machines de plasturgies : plus précises, plus sobres, Industries et techniques, (797), 50-53.
  7. HAMM, S. (2006), Développement d'un système expert en plasturgie dans l'environnement ProE (Doctoral dissertation, INSA de Strasbourg) (résumé.
  8. Bouland, T., Erraud, L. et Fabrega, A. (1998), Le froid dans la plasturgie : Le froid dans les industries hors IAA, Revue générale du froid, 88(NOV), 37-43 (résumé).
  9. Bouland T., Erraud L. et Fabrega A. (1998), Le froid appliqué aux techniques de la plasturgie et à ses locaux (3e partie), Les Cahiers de l’ingénierie, (67), 16-22.
  10. Briand, M. (2001), Plasturgie : une industrie forte consommatrice de froid, Revue générale du froid, (1015), 42-48.
  11. Serge Ètienne, Laurent David, Émilie Gaudry, Philippe Lagrange, Julian Ledieu et Jean Steinmetz, « Les matériaux de A à Z - 400 entrées et des exemples pour comprendre », Dunod, 2008
  12. Duval, C. (2007), Plastiques et automobile : D'aujourd'hui à demain, Éditions T.I., Plastiques et composites (AM3591) (résumé et notice INISF/CNRS).
  13. http://plastinnov.univ-lorraine.fr
  14. http://www.entreprises.ouest-france.fr/node/44077
  15. http://www.plastalliance.fr/plastalliance_WEB/FR/implantation.awp?P1=7
  16. Fédération de la plasturgie, Chiffres clés de la plasturgie, 2007
  17. ISPA - Les missions
  18. MS Blanchet (2001), La restructuration de l'industrie canadienne de la plasturgie dans le contexte de l'ALENA, thèse de doctorat.
  19. Sulzer, E. et Lozier, F. (2007), Les PME de la plasturgie face aux contraintes de marché : développer la polyvalence des salariés non qualifiés.
  20. Lozier, F. et Sulzer, E. (2006). Tension entre spécialisation des entreprises et polyvalence des opérateurs: le cas de la plasturgie. Revue internationale sur le travail et la société.
  21. Andréani, P. (1995). La plasturgie peaufine ses qualifications.
  22. Agulhon, C. (1997), Les relations formation-emploi, une quête sans fin : les formations à la plasturgie, Sociologie du travail, 321-345 (résumé).
  23. Cadet, J.-P. (1996), Formations en plasturgie : Une construction locale négociée : Autonomie des établissements, Formation emploi, (56), 89-107 (résumé)
  24. Lacomblez, M., Ribeiro, T., Dryon, P. et Martinez, E. (1996), La formation professionnelle des salariés peu qualifiés dans le secteur de la plasturgie, Bruxelles, Point d'Appui TEF, université libre de Bruxelles.
  25. Charmeau, J.-Y., Tixier, M., Roux, D., Barthez, J.-M., Durand, V., Gazonnet, J.-P., … et Haudin, J.-M. (2000), Défauts d'aspect des pièces moulées par injection : Exemple de l'influence de la surface du moule sur les défauts de vagues, Matériaux et techniques, 88, 39-43 (résumé).
  26. Linz C. et Douchain C. (2000), PET recyclé : une nouvelle résine pour la plasturgie, Caoutchoucs & plastiques, (790), 36-45.
  27. Zinet, M. (2010), Modélisation de la cristallisation des polymères dans les procédés de plasturgie : quantification des effets thermiques et rhéologiques (Doctoral dissertation, INSA de Lyon).
  28. Barrat, O. et Meurs, D. (2011), Les écarts de rémunération homme-femmes : un positionnement défavorable des femmes dans les grilles de conventions collectives.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Agassant J.-F., Avenas P., Sergent J.-P., Vergnes B. et Vincent M. (2014), Mise en forme des polymères : Approche thermomécanique de la plasturgie, p. XVII-844, Lavoisier-Tech & Doc (résumé).
  • Autrusson A. (1994), Un playdoyer pour la filière plasturgie en France, L'Enseignement technique (161), 24-31.
  • Drumare J. (2001), Quand téléphonie rime avec plasturgie, Caoutchoucs & plastiques, (793), 36-37.
  • Favier L. (1998), Recherche et application d'une méthodologie d'analyse de l'information pour l'intelligence économique : application à un centre technique du secteur de la plasturgie, ANRT, université de Lille III.
  • François E. (1993), Bilan de la certification en plasturgie, Caoutchoucs & plastiques, (721), 32-34.
  • Le Toullec M. (1989), Démocratiser la plasturgie assistée par ordinateur, Plastiques modernes et élastomères, 41(4), 50-54.
  • Maugard, E. (2003), Plasturgie allemande, une industrie à maturité, Caoutchoucs & plastiques (816), 32-35 (résumé).
  • Magdelena, J.-P., Ducros, J.-P., Drouot, M. et Durand, M. (1992), Forces et faiblesses de la plasturgie française (rapport du groupe Plasturgie), Rapport no GSIC-GP - 92-01 (Notice Inist/CNRS)
  • Négroni, P., Aslanidès, M., Hervé, J.-B. et Étienne, P., Compréhension et méthodes de prévention pour limiter les lésions musculo-squelettiques liés aux gestes répétitifs dans une entreprise de la plasturgie.
  • Paturle E. (1998), Fédération de la Plasturgie : Transformation, la profession doit-elle se réorganiser ?, Plastiques modernes et élastomères, 50, 5-5.