Histoire de la philosophie française

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L'histoire de la philosophie française désigne l'évolution de la philosophie liée aux institutions françaises, de la philosophie en langue française ou de la discipline scientifique qui les prend pour objet. La philosophie française débute ainsi respectivement :

La philosophie française médiévale[modifier | modifier le code]

La philosophie française moderne[modifier | modifier le code]

La philosophie française prend naissance lorsque René Descartes, avec le Discours de la méthode, répond en français aux Essais de Michel de Montaigne[1]. La naissance de la philosophie française avec Descartes correspond, pour l'histoire de la philosophie, à la naissance de la philosophie moderne. Victor Cousin dit au début de son cours sur l'histoire de la philosophie au XIXe siècle : « Ce n'est pas le patriotisme, c'est le sentiment profond de la vérité et de la justice qui nous a fait placer toute la philosophie, aujourd'hui répandue dans le monde, sous le nom de Descartes. Oui, la philosophie moderne tout entière est l'œuvre de ce grand homme : car elle lui doit l'esprit qui l'anime et la méthode qui fait sa puissance. »[2] Après le déclin de la scolastique, le "bon sens hardi" de Descartes a rendu la philosophie une science humaine comme l'astronomie, la physiologie ou la médecine, soumise aux mêmes incertitudes et égarements, mais capables également des mêmes progrès. Descartes est soumis au scepticisme, mais il est animé par la passion de la vérité. Il soumet toutes ses idées au principe du libre examen afin de n'admettre que l'évidence. Il s'aperçoit que l'existence de sa pensée ne peut être mise en doute et il fonde sa doctrine sur cette vérité. L'étude de la pensée et de l'esprit qui en est le sujet devient le principe général et la méthode de la philosophie moderne[3].

La philosophie française contemporaine[modifier | modifier le code]

Les Ménines de Diego Velázquez (1657). « Mais le rapport du langage à la peinture est un rapport infini (...) Ils sont irréductibles l'un à l'autre: on a beau dire ce qu'on voit, ce qu'on voit ne loge jamais dans ce qu'on dit, et on a beau faire voir, par des images, des métaphores, des comparaisons, ce qu'on est en train de dire, le lieu où elles resplendissent n'est pas celui que déploient les yeux, mais celui qui définissent les successions de la syntaxe. Or le nom propre, dans ce jeu, n'est qu'un artifice: il permet de montrer du doigt, c'est-à-dire de passer subrepticement de l'espace où l'on parle à l'espace où l'on regarde, c'est-à-dire de les refermer commodément l'un sur l'autre comme s'ils étaient adéquats (...) Peut-être y a-t-il, dans ce tableau de Velázquez, comme la représentation de la représentation classique, et la définition de l'espace qu'elle ouvre. » Michel Foucault, Les mots et les choses, introduction.

Au début du XXe siècle, la philosophie française est marquée d'une part par Bergson, qui remet en cause le néo-kantisme, et d'autre part par un courant épistémologique, avec Pierre Duhem puis Alexandre Koyré, qui entre en résonance avec les débats de philosophie des mathématiques. Cette tradition sera poursuivie par Gaston Bachelard et Cavaillès, fusillé en 1943. La Revue de métaphysique et de morale, créée en 1895 en double réaction au positivisme et au mysticisme, deviendra une institution de la philosophie française, fournissant un contre-point à la Revue philosophique de la France et de l'étranger fondée en 1876.

Lors de l'entre-deux-guerres, Emmanuel Mounier et sa revue Esprit, et Jacques Maritain rénovent profondément la pensée catholique, l'orientant vers une critique de l'individualisme libéral et du collectivisme, et permettant le ralliement de celle-ci à la démocratie. C'est aussi l'époque de Georges Bataille, qui dénonce précocement l'appropriation fasciste de Nietzsche (article dans la revue Acéphale, à laquelle collabore Roger Caillois, Pierre Klossowski qui écrira l'un des premiers grands commentaires français de Nietzsche, ou Jean Wahl). En 1946, Bataille fondera la revue Critique.

Après la Seconde Guerre mondiale, la scène philosophique française est marquée par l'existentialisme de Jean-Paul Sartre, influencé, tout comme Merleau-Ponty, par la phénoménologie. Avec Raymond Aron, figure de l'intellectuel de droite, ils fondent Les Temps modernes. Sartre et Albert Camus contribuent à donner une orientation littéraire à la philosophie.

Avec le marxisme, ces deux courants dominent alors la scène, jusqu'à la venue du structuralisme représenté par Claude Lévi-Strauss, Althusser, etc. C'est aussi l'époque de la publication de Descartes. L'ordre des raisons (1953) par Martial Guéroult, qui débat avec Ferdinand Alquié, deux professeurs de la Sorbonne qui influenceront durablement leurs élèves.

La tradition épistémologique continue avec Canguilhem, qui publie La Connaissance de la vie en 1952.

La phénoménologie et le marxisme continuent cependant à alimenter la réflexion, avec des penseurs comme Paul Ricœur, Emmanuel Levinas ou Jean-Luc Marion du côté de la phénoménologie, tandis qu'Althusser - et d'autres - tente de re-penser le marxisme avec ses élèves de l'ÉNS (Balibar, Macherey, Rancière...).

Dans les années 1970, la critique de ces deux courants fournit la base du « post-structuralisme », qui réunit des penseurs aussi hétérogènes que ceux rassemblés sous l'appellation de structuralisme. Foucault, Derrida, Deleuze, Barthes, Baudrillard, Gérard Granel, sont ainsi les penseurs emblématiques de ce que les Américains reconstruiront sous le nom de « French theory », mais qui n'ont de véritablement commun qu'une expérience générationnelle, celle de mai 68.

La philosophie analytique fait alors son apparition, avec Jacques Bouveresse, puis Vincent Descombes, etc.

Élaborée à l'écart des modes, depuis L'Essence de la Manifestation (1963) jusqu'à Paroles du Christ (2002), l'œuvre de Michel Henry (1922-2002), laquelle a procédé au renversement de la phénoménologie[4], tend désormais à s'imposer comme l'une des pensées majeures du vingtième siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Descombes, Le même et l'autre: quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978), Minuit, 1978, p. 11
  2. Victor Cousin, Du Vrai, du Beau, du Bien, 29e édition, Paris, 1904, p. 2. Cette thèse est également partagée par Hegel et Heidegger (Descombes, p. 11).
  3. Cousin, p. 3
  4. Cf. Michel Henry, Incarnation, 2000.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]