French Connection

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French Connection
Image illustrative de l’article French Connection
French Connection - schéma.

Date de fondation Découvert en 1937[1]
Fondé par Paul Carbone (niveau local)
Lucky Luciano (niveau international)
Lieu Marseille, New York et Montréal
Territoire Drapeau de la France France, Drapeau des États-Unis États-Unis,Drapeau du Canada Canada, Drapeau de la Turquie Turquie et Drapeau de l'Indochine française Indochine française.
Année active 1937 aux années 1990
Ethnies présentes Française, italo-américaine et italienne.
Activités criminelles
  • Blanchiment d'argent
  • Trafic de drogues
Alliés Famille Lucchese, famille Gambino, famille Genovese, famille Bonanno, Famille Cotroni, famille Trafficante
Rivaux Autres gangs

La French Connection (litt. « filière française » en anglais), parfois appelée Corsican Connection (« filière corse » en anglais également), est une appellation d'ensemble pour désigner la totalité des acteurs qui prirent part à l'exportation d'héroïne aux États-Unis depuis la France. Malgré les idées reçues, il s'agissait non pas d'une seule et même organisation mais d'une multitude de réseaux et d'équipes implantés pour la plupart à Marseille et Paris, ainsi que dans des villes moins en avant comme Bordeaux ou Le Havre. Importée en France depuis l'Orient (Turquie, péninsule indochinoise, Syrie), la morphine-base était ensuite transformée en héroïne dans des laboratoires installés pour la plupart dans le Sud de la France pour finalement prendre la route des États-Unis et du Canada. Les trafiquants français étaient à cette époque les principaux fournisseurs des organisations criminelles américaines et le crime organisé corse jouait un rôle central.

Avant 1939, la Corsican union (le syndicat corse en anglais) gère les transferts d'opium et d'héroïne entre l'Indochine d'une part, Shanghaï pour la Chine, et Marseille pour l'Europe, comme l'explique Étienne Fiori. Ce système était relayé par les gangsters marseillais Paul Carbone et François Spirito dans les années 1930 à une échelle assez restreinte. Avant que le marché n'explose dans les années 1950 et 1960 avec la structuration du marché par Lucky Luciano et sous le règne d'Antoine Guérini, époque où l'ensemble des réseaux de la French Connection envoyait en moyenne 270 kg d'héroïne mensuels aux États-Unis. En 1970, le trafic de la French Connection était estimé entre 40 et 44 tonnes par an, soit 80 % de la consommation d'héroïne américaine, pure à 98 %[2].

Auguste Ricord, François Spirito, Jean-Baptiste Croce, Joseph Cesari (le « chimiste » pour la préparation de l'héroïne), Paul Mondoloni, Jean-Claude Kella, Jean-Paul Angeletti, Salvatore Greco ou encore Nick Venturi sont quelques-unes des figures marquantes de la French Connection. La French Connection aurait été financée par l'argent de la Carlingue par l'intermédiaire d'Auguste Ricord, agent de Lafont.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine et antécédents historiques de la French Connection : de 1898 aux années 1930[modifier | modifier le code]

En 1898, alors que le Viet Nam fait partie de l'Empire français, le futur président de la République, Paul Doumer, alors gouverneur général de l'Indochine, décide de créer un monopole d'État sur l'opium dans le Sud sous forme de régie générale. C'est donc l'administration qui achète, fait préparer et vend l'opium[3]. Ce qui représente, à l'époque, un tiers des recettes du budget du gouvernement général. À Saïgon, Doumer fait construire une raffinerie d'opium à haut rendement. Cette politique axée sur l'opium fit que le gouvernement enregistra un excédent dans son budget[3]. En 1912, la première Convention Internationale est signée à La Haye, en vue d'éradiquer le trafic d'opium. Malgré cela, les autorités françaises indochinoises continuèrent leurs productions alors qu'officiellement le gouvernement métropolitain menait des actions contre le trafic de l'opium, afin de répondre aux besoins des soldats blessés de la Première Guerre mondiale[4].

Vers 1930, Blaise Cendrars mentionne que l'opium clandestin se vend moins cher à Marseille que l'opium officiel en Indochine. L'explication est que les entrepôts de la Régie indochinoise sont régulièrement cambriolés ce qui permet à de nombreux paquets d'opium d'arriver à Marseille cachés dans les bateaux de ligne puis d'être ensuite centralisés dans quelques bars phocéens.

Des années 1930 à la Seconde Guerre mondiale : Structuration du trafic international d'héroïne par Lucky Luciano[modifier | modifier le code]

De gauche à droite, Simon Sabiani, Paul Carbone et François Spirito.
Lucky Luciano en 1936.

Dès le début du XXe siècle des marins corses, en service sur la ligne maritime Saîgon-Marseille, convoyaient discrètement de l'opium demi-raffiné, c'est l'époque des « navigateurs ». Les premiers laboratoires illégaux furent découverts, près de Marseille, en France, en 1937. Ces laboratoires, important l'opium d'Orient (Indochine à travers la Régie française de l'opium, Syrie et Turquie où la culture était légale pour vendre la morphine-base aux laboratoires pharmaceutiques de ce pays, les surplus de production étant exportés clandestinement), furent mis sur pieds par le parrain marseillais de l'époque, d'origine corse, Paul Carbone[5].

Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouverneur d'Indochine nommé par Vichy continuait à tirer une partie importante de son budget du commerce de l'opium indochinois. De 7,5 tonnes en 1940, il passera à plus de 60 tonnes en 1944[3].

Pendant ce temps aux États-Unis, la mafia américaine, Lucky Luciano en tête, se détournait de la contrebande d'alcool moins lucrative au profit des drogues, éliminant les gangs juifs de la Yiddish Connection et les triades chinoises qui détenaient jusque-là le monopole. Luciano incarcéré à la prison de Denamora pour proxénétisme. Les États-Unis entre dans la Seconde Guerre mondiale en 1942. Luciano démontre sa force et ses moyens en ordonnant l'incendie du paquebot Normandie, utilisé comme transporteur de troupe, le 9 février 1942[2]. Cet acte est officiellement attribué aux nazis, officieusement c'est l'œuvre de Luciano. Il lance les négociations. Il décide de se mettre au service de l'armée américaine pour lutter contre les nazis en échange de sa libération[2]. Dans un premier temps l'armée refuse puis elle projette un débarquement en Sicile. Depuis sa prison, Luciano et ses associés font appel à la mafia sicilienne qui se lance dans des travaux de sabotages et servent de guide lors du débarquement des alliés en Sicile en 1943[2]. Pour services rendus, après 10 ans d'incarcération, Luciano est libéré et déporté vers l'Italie en 1946. Il atterrit à Naples et se lance dans des affaires légales qui ne sont en fait que des couvertures. Luciano rencontre Jo Renucci qui a une influence considérable dans les milieux politiques français de l'époque. Ils décident de saisir tous les petits bateaux trafiquant en Méditerranée pour structurer le marché noir. Ils revendent bas nylon, cigarettes, produits de premières nécessités.

Marseille, de par sa position de carrefour de la Méditerranée, servait de port d'entrée pour l'Europe à toutes sortes de trafics de produits illégaux, dont notamment l'héroïne[5].

Intervention des services secrets français : Opération X[modifier | modifier le code]

En 1946, l'Indochine est toujours une colonie française. Sous la pression internationale, la France décide d'interdire la production et la consommation d'opium. Mais les services secrets français ne sont pas d'accords. Ils élaborent l'opération X[3]. Pour contrer les vietminhs communistes, il crée le CGMA (Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés). Ce groupe d'élites forment des tribus des haut-plateaux du Laos à la lutte et aux maquis : sauts en parachute, missions de guérillas en tout genre, maniement d'armes et d'explosifs. Parmi elles se trouvent les Meos[3]. Alors que l'interdiction de production et de la commercialisation de l'opium est décrétée, le CGMA, à travers l'opération X, v acheter l'opium des Meos pour les garder dans le giron français. Mais le CGMA va vendre cet opium à des trafiquants français pour collecter des fonds qui serviront à l'effort de guerre. En 1953, 1500 kilos d'opium sont trouvés dans une cantine du CGMA. C'est considéré comme une activité résiduelle, le trafic est estimé porter sur plusieurs dizaines de tonnes. Le colonel Trinqiuer, expert en contre-guerilla et commandant responsable des maquisards témoigna quelques années plus tard : « l'argent de l'opium finança le maquis de Laos. Un DC-3 acheminait la drogue... L'argent placé servait à réapprovisionner en vivres et en armes les guéillas. Bien sûr, nous taisions ces pratiques. Nous n'en parlions pas aux autorités d'Hanoï, moins encore à celles de Paris»[3].

La première prise significative du côté trafiquant, de l'après-guerre, date du 5 février 1947 avec 3 kg d'héroïne. Elle s'effectua sur un marin corse, arrivé de France[1].

De fait, il devenait clair que le milieu français tentait de s'imposer de plus en plus dans le trafic international de l'opium. Cette intuition s'avéra confirmée par la prise de 13 kg d'héroïne, le 17 mars 1947, sur le paquebot St-Tropez. De même, le 7 janvier 1949, la police saisit plus de 23 kg d'opium et d'héroïne sur le bateau français Batista[1].

Années 1950 : Conquête du port de Marseille et expansion du trafic[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, le milieu corse, ainsi que la mafia sicilienne et napolitaine, collaboraient avec les services secrets américains et français, comme la CIA, et le SDECE. Cette collaboration avait pour but de préserver le port de Marseille de l'emprise des communistes[1],[6].

Vue du vieux port de Marseille.

En novembre 1947, une grève éclate avec les dockers sur le port de Marseille. Les manifestants s'en prennent au biens des Guerini, nouveaux parrains de la pègre marseillaise, qui ont su durant la guerre se retrouver du côté des alliés après avoir travaillé pour la Gestapo[5]. Ils ont remplacé Paul Carbone et François Spirito qui ont, eux, collaboré[5]. Mémé Guerini tue un manifestant qui détruisait une de ses boites de nuit. Les Guerini ne seront pas inquiété au niveau judiciaire. La grève s'étend au niveau national[2]. Le milieu est inquiet car tous leurs trafics sont bloqués. Quant au gouvernement américain, il est lui aussi inquiets, la CIA craint que les communistes ne prennent le contrôle de toutes les activités portuaires et ne viennent bloquer le plan Marshall. La CIA utilise le syndicaliste américain Irving Brown pour scinder le syndicat ouvrier CGT en deux avec la création de Force Ouvrière. Force Ouvrière se veut un syndicat libre, anti-communiste et acquit au plan Marshall. Après 30 jours de grèves et de luttes physiques entre les sbires des Guerini et les dockers, la CIA remporte la partie[2]. Les Guerini s'affirme comme les nouveaux maîtres de la pègre marseillaise. Mais le port n'est pas totalement sous contrôle.

En 1950, les dockers du port de Marseille refusaient de charger les armes pour le combat de l'armée française en Indochine. En représailles, les autorités du port décidèrent de licencier 800 dockers du port. Par solidarité, les syndicats, dont la CGT et les 4 000 dockers se mirent en grève. Ce fut la fameuse grève de 1950, qui débuta le 10 mars. Deux semaines plus tard, 35 000 manifestants bloquent l'ensemble des ports français[2]. Le gouvernement français, la CIA, les Guérini et Lucky Luciano avaient un intérêt commun à faire cesser cette grève. Pour cela, les autorités libérèrent des criminels de prison pour briser la grève. C'étaient des sbires des clans Guérini, Franscisi et Venturi payés par Irving Brown avec l'argent de Thomas Braden, directeur des affaires internationales de la CIA. Au bout de 40 jours, le « milieu » gagna le port[2]. Les politiciens, reconnaissants, laissèrent faire les trafics en tout genre. Luciano s'associa avec les clans corso-marseillais pour reprendre le trafic d'héroïne, notamment avec les Venturi et les Francisi sous la patronage des Guerini. Ses équipes transportaient la morphine-base, issu de l'opium d'Indochine, du Moyen-Orient mais surtout de Turquie jusqu'à Marseille. La transformation était opérée dans des laboratoires clandestins à Marseille et dans ses alentours[2]. L'héroïne marseillaise était réputée pour sa grande qualité, pure à près de 98 % (contre 60 % à 70 % pour les autres productions de l'époque)[1]. Les chimistes du milieu marseillais, notamment Jo Césari et Henri Malvezzi, étaient particulièrement recherchés. Marseille devient le laboratoire d'héroïne des États-Unis où la marchandise est envoyé. La French Connection est vraiment lancée[2],[1]. En 1953, Dominique Venturi dit « Nick » crée une entreprise de travaux public, la CEGM. Il empochera pendant près de 30 ans des marchés publics de la mairie de Marseille. Son frère Jean est responsable de la société Ricard au Canada. Il assure une filière canadienne de l'héroïne[3].

À cette époque, on parlait surtout de « French Sicilian Connection », les grands laboratoires de transformation de drogue étant implantés en Sicile sous la coupe de la Cosa nostra avant que des luttes entre clans mafieux favorisent le développement de laboratoires en Provence[7].

Les années 1960 : apogée du trafic[modifier | modifier le code]

Les autorités américaines considèrent que la mafia corse et Cosa Nostra ont beaucoup de similitudes. Aux États-Unis, Cosa-Nostra est divisée en 25 familles. Durant les années 1970, les autorités américaines dénombraient 15 familles mafieuses corses. Mais selon le documentaire French Connection, une histoire de familles, il n'y aurait que 4 familles principales: les Francisci (Marcel), les Orsini (Joseph, ancien de la Carlingue, a monté une filière au Canada)[2], les Venturi (Dominique, dit Nick) et les Guerini (Antoine, le chef et Barthélémy dit Mémé). La mafia corse dispose comme sa cousine Cosa Nostra d'un code d'honneur. Ses membres doivent respecter la loi du silence, la parole donnée est considérée comme sacrée[8]. À noter que les autorités françaises considéraient l'appellation « Union corse » comme un mythe créé par les Américains.[réf. nécessaire]

Les États-Unis comptent 150 000 toxicomanes[2] La première affaire importante, liée à la French Connection, date de 1960. En juin, un informateur fait une révélation à un agent de la lutte contre les stupéfiants. Le 3 octobre 1960, les agents américains anti-narcotiques saisissent 3,5 millions de dollars US d'héroïne et arrêtent 4 trafiquants parmi lesquels Mauricio Rosal, l'ambassadeur guatémaltèque, en poste en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg qui se révèle être un trafiquant d'héroïne entre Beyrouth et Marseille[9]. Les agents de lutte contre les stupéfiants saisissaient environ 90 kg d'héroïne par an. Mais les différents services évaluaient le trafic de stupéfiants, mise au point par les Corses, à 90 kg par semaine. Rosal, seul, en un an, a passé plus de 200 kg d'héroïne en utilisant son seul statut de diplomate[1].

Le rapport, du Federal Bureau of Narcotics de 1960, estimait le trafic annuel d'héroïne entre la France et les États-Unis entre 1 200 et 2 300 kg. Les trafiquants français satisfaisaient la demande de 80 à 90 % du marché[1]. Une note de la CIA datée de 1961 accuse le représentant de Ricard en Amérique du Nord, Jean Venturi d'être aussi le distributeur de la French Connection. Il n'a pas été inquiété, mais a été prié de quitter le territoire des États-Unis en 1967[10].

Jacques Angelvin, animateur de télévision et acteur, fut arrêté à New York, le 21 janvier 1962 pour trafic d'héroïne par Sonny Grosso dans le cadre de la lutte contre la French Connection (la Buick d’Angelvin) en avait été retrouvée chargée, à son insu disait-il. (Gérard Oury reprendra ce thème de la « mule » dans son film Le Corniaud). Un peu auparavant, les agents du BNDD avaient saisi 10 kg de drogue à Brooklyn et arrêté François Scaglia, qui connaissait l'animateur. Ce dernier aurait transporté 52 kg de d'héroïne pure dans sa Buick arrivée par paquebot en échange de 10 000 $, croyant que son statut d'animateur le mettrait à l'abri des soupçons. Il avait acheté la belle américaine d'occasion, sa culpabilité ne fit plus aucun doute. Il plaida coupable pour bénéficier de l'allègement prévu par la législation américaine et fut condamné le 15 septembre 1963, à une peine de six ans de prison[5].

En octobre 1964, la police française arrête Joseph Cesari, le chimiste le plus célèbre de la French Connection[11].

Des producteurs du sud-est asiatique, turcs et syriens en passant par les laboratoires de raffinage de Marseille en France jusqu'aux marchés de distribution qu'étaient les États-Unis[8]. Dans les années 1970, les autorités américaines considéraient la mafia corse plus dangereuse et plus secrète que la Cosa Nostra. Ceci venait du fait que le FBI et la CIA arrivaient à obtenir des informations sur les familles mafieuses américaines sur leurs territoires mais rien sur celles corses. L'exemple le plus frappant est celui d'Antoine Rinieri. Ce dernier fut arrêté en possession de 247 000 $. Les autorités américaines le suspectaient d'avoir reçu cette somme après avoir effectué une livraison de drogue. Durant son interrogatoire, il refusa d'expliquer la provenance de cet argent et alla jusqu'à refuser de donner son nom. Son silence eut pour résultat qu'il fut envoyé 6 mois en prison. À la fin de sa peine, il fut extradé vers la France. Et comme le lien entre l'argent et le supposé trafic de stupéfiants ne fut pas établi, le gouvernement fut obligé de restituer la somme, plus les intérêts[8].

Années 1970 et coopération entre les autorités américaines et française et fin des quatre familles[modifier | modifier le code]

En 1970, la consommation aux États-Unis d'héroïne était estimé à 49 tonnes. Le , Richard Berdin, un trafiquant français, est arrêté à New-York, il attendait la réception d'une voiture contenant 90 kg d'héroïne pure. Berdin dénonça son réseau, constitué de 40 personnes, et bénéficia de la protection des témoins.

La French Connection chuta lorsque les autorités françaises arrêtèrent un certain nombre de trafiquants, à la suite des injonctions, le 17 juin 1971, de l'administration Nixon qui accusait les autorités françaises de laxisme voire de complaisance, la jeunesse française n'étant alors pas touchée par cette drogue[5]. Santo Trafficante Jr, Parrain de la famille de Tampa, en Floride, est soupçonné d'avoir joué un rôle dans le démantèlement de la French Connection en ayant fait jouer ses réseaux auprès de Richard Nixon. Nixon décréta la toxicomanie ennemie publique no 1, à la suite des 250 000 toxicomanes recensés et de la mort de 14 100 Américains par surdose aux États-Unis en 1970. Suite aux accusations de John Cusack, directeur du Narcotic Bureau - Europe (BNDD), les autorités françaises se rendirent compte que la drogue était aussi distribuée en France. Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur de l'époque, décida de renforcer la coopération de la police française avec les agents du BNDD et d'allouer des crédits supplémentaire provenant des fonds secrets à la lutte contre les stupéfiants : 300 policiers furent affectés aux brigades des stupéfiants des cinquante sûretés urbaines dirigées par le commissaire François Le Mouël[12], successeur de Marcel Carrère à la tête de l'OCRTIS. L'effectif de la brigade des stupéfiants de Marseille passa de 8 en 1969 à 77 en 1971 et plusieurs milliers de fonctionnaires furent formés à la lutte contre le trafic des stupéfiants[11]. Les autorités américaines décidèrent de s'aider d'enregistrements vidéo dès les années 1960 et d'appliquer la loi du « repenti » qui consistait à alléger la peine de l'informateur si celui-ci collaborait et donnait toutes les informations sur les réseaux à sa connaissance. De plus, à l'issue de sa condamnation allégée, il bénéficiait d'une nouvelle identité.

L'action simultanée du BNDD américain, des dangerous drug et des autorités françaises permirent de saisir 50 kg d'héroïne à l'aéroport de Paris. Cette saisie permit d'arrêter deux trafiquants corses, Jean-Baptiste Croce et Joseph Mari, à Marseille[1].

En février 1972, un sergent de l'armée américaine se vit offrir 96 000 $ pour passer en contrebande 109 kg d'héroïne, d'une valeur de 5 millions de dollars, par des trafiquants français. Le sergent les dénonça à son supérieur qui informa le Bureau of Narcotics and Dangerous Drugs (BNDD). Les investigations de ce dernier permirent l'arrestation de cinq hommes à New-York et de deux en France et la saisie de 120 kg d'héroïne. Le 29 février 1972, les douaniers français arraisonnent au large de Marseille le chalutier Caprice des temps, en partance pour Miami, et opèrent une saisie record de 425 kg d'héroïne[1]. Ce trafic était orchestré par Jean-Claude Kella et Laurent Fiocconi avec l'argent de Francis le Belge. La même année, cinq laboratoires sont découverts, soit plus qu'au cours de la dernière décennie[3].

Saisie de 20 kilos d'héroïne le à Paris issue des réseaux de la French Connection. À l'extrême gauche, l'agent spécial Pierre A. Charette, suivi de l'agent spécial Kevin Finnerty et à l'extrême droite, le commissaire François Le Mouël, chef de l'OCRTIS de 1971 à 1981.

Sur une période de 14 mois débutant en , six laboratoires majeurs de transformation de morphine-base en héroïne sont démantelés dans la banlieue de Marseille, le juge Michel envoyant derrière les barreaux un grand nombre de trafiquants. Le plus célèbre est celui découvert à Aubagne, connu sous le nom de « Labo Césari » du nom de Joseph Césari qui se fait arrêter pour la deuxième fois et qui se suicidera pour échapper à une très lourde condamnation. Les arrestations liées au stupéfiant montent en flèche, passant de 57 en 1970 à 3 016 en 1972[1].

Une partie des investigations concernait l'équipe de Vincent Papa, incluant Anthony Loria Sr et Virgil Alessi. Ces deux poids lourds de la French Connection faisaient partie de la French aux États-Unis et de la famille Lucchese. Pour cela, des membres de cette famille avaient corrompu un grand nombre de policiers de la New York City Police Department. Même de nos jours, on n'est toujours pas arrivé à mesurer le degré de cette corruption. Mais ce qui est sûr, c'est que ce sont des policiers en uniforme qui avaient accès aux saisies de plusieurs centaines de kilogrammes de drogue provenant de la French Connection, au 400 Broome Street. Les trafiquants les remplaçaient par de la farine pour brioche. Le subterfuge fut découvert lorsque des policiers non corrompus découvrirent des insectes mangeant les colis de fausse héroïne. Les autorités estimèrent que le vol avait pu s'élever à une valeur à la revente d'environ 70 millions de dollars. Certains gangsters furent condamnés à des peines de prison, dont Papa (Papa sera plus tard assassiné dans le pénitencier fédéral d'Atlanta, en Géorgie). Le témoignage de Frank Serpico devant la Commission Knapp de la DEA confirma les faits.

En 1973, il y eut une saisie record de 95 kg d'héroïne d'une valeur de 3,8 millions de dollars.

La French Connection aurait été financée par l'argent de la Carlingue par l'intermédiaire d'Auguste Ricord, agent de Lafont, arrêté en septembre 1972, jugé et condamné aux États-Unis.

Seule 5 à 15 % de la marchandise fut saisie. 90 % de l'opium marseillaise provenait de Turquie à cette époque. John Cusack eut l'idée de faire pression sur la Turquie pour qu'elle en interdise la production. À la suite des pressions des États-Unis, suite au processus qui avait commencé en 1967, le , le gouvernement turc accepta de stopper complètement sa production d'opium. La consommation d'héroïne a été en régression aux États-Unis durant plusieurs années[3]. La French Connection se réapprovisionna au Vietnam. Avec la mondialisation du trafic, d'autres canaux d'approvisionnements se créèrent tenus par d'autres organisations criminelles[3]. Ce qui met en difficultés les quatre familles. La première à sombrer est celle des Guerini avec l'assassinat d'Antoine en 1967. Durant l'enterrement, la villa de Barthélemy est cambriolé par Claude Mondroyan et un espagnol. Mémé fait convoquer Mondroyan, le tue et va s'en débarrasser au Cap Canaille. Le cadavre de Mondroyan est découvert et tous le clan Guerini est arrêté. Pour Marcel Francisci, il est assassiné sur le parking de sa résidence en 1982 lors d'une « guerre des jeux »[13]. Dominique Venturi dit « Nick » est impliqué dans une affaire de fausses factures et de marchés truqués en 1985. Joseph Orsini a fait 10 ans de prison dans les années 1950 aux États-Unis avant de s'installer en Espagne pour rendre des services à d'autres réseaux.

Le juge Michel, de 1974 à 1981, a démantelé cinq laboratoires.

Dans les décennies 1980 et 1990, la mafia sicilo-américaine a réimplanté ses laboratoires en Sicile[7]. De nombreux laboratoires furent découverts, de nombreuses mafias se sont mis au trafic de drogues. Elles se sont plus sophistiquées jouant des différentes législations européennes et de l'ouvertures des frontières[3].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (en) « History of the DEA: 1970-1975 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur DEA Museum (consulté le 26 avril 2005)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l https://www.youtube.com/watch?v=ljsYxOzRSEE.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k https://www.youtube.com/watch?v=ljsYxOzRSEE&t=1417s
  4. http://www.france-amerique.com/articles/2012/10/21/la_french_connection_1.html
  5. a, b, c, d, e et f Alain Bauer, Christophe Soullez, La criminologie pour les nuls, Editions Générales First, , 463 p. (ISBN 2754031626)
  6. http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,910391-2,00.html.
  7. a et b Thierry Colombié, Beaux voyous, Fayard, , 320 p. (ISBN 221363128X).
  8. a, b et c http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,910391-1,00.html
  9. (en) Jonathan Marshall, The Lebanese Connection : Corruption, Civil War, and the International Drug Traffic, Stanford University Press, (lire en ligne), p. 44
  10. http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,910391-3,00.html
  11. a et b « Drogue : le F.B.I. contre Marseille », sur Le Nouvel Observateur,
  12. Notice biographique de François Le Mouël.
  13. (en) « Marcel Francisci Shot Dead; Tied to 'French Connection' », The New York Times, .
  14. http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/26533_1
  15. a et b https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2014/12/08/l-histoire-vraie-de-la-french-connection_4536617_1655027.html

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Lamour et Michel R. Lamberti, Les grandes manoeuvres de l'opium, Editions du Seuil, 1972.
  • (en) Henrik Krüger, The Great Heroin Coup, South End Press, 1976. (ISBN 0-89608-031-5)
  • (en) Newsday, The Heroin Trail, Souvenir Books, 1974.
  • Charles Gillard, Échec aux rois de la drogue, Buchet Castel, 1970.
  • Alain Peyrefitte, La Drogue : ce qu'ont vu, ce que proposent médecins, juges, policiers, ministres, Plon, 1970.
  • Alain Jaubert, D... comme drogue, Éditions Alain Moreau, 1974.
  • Patrick Chairoff, B... comme barbouzes, Éditions Alain Moreau, 1975.
  • Alfred W.McCoy, La Politique de l'héroïne - L'implication de la CIA dans le trafic des drogues, Éditions du Lézard, 1979, (ISBN 2-910718-16-6)
  • Alfred W. McCoy, Marseille sur héroïne, Esprit Frappeur, (ISBN 2-84405-078-6)
  • Vincent Nouzille et Jacques Follorou, Les Parrains corses, Fayard, 2004.
  • (en) Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia, The Washington Monthly Company, 1972. (ISBN 0-06-131942-2)
  • (en) Douglas Valentine, The strength of the pack, the personalities, politics and espionage that shaped the DEA, Trine Day, 2009.
  • Thierry Colombié, La French Connection, les entreprises criminelles en France, Non Lieu/OGC, 2012 (ISBN 235270121X)
  • Yvonnick Denoël, Le livre noir de la CIA, Nouveau monde éditions, 2007, (ISBN 2290017159).
  • Alexandre Marchant, French connection, entre mythes et réalité, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 115, juillet-septembre 2012, p. 89-102.
  • Jean-Pierre Hernandez, Quand j'étais gangster, 2014 (ISBN 2081352796)