Pierre Michel (juge)

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Pierre Michel
Naissance
Saint-Amans-Soult (Tarn, France)
Décès (à 38 ans)
Marseille (Bouches-du-Rhône, France)
Diplôme
Profession
Activité principale
Conjoint
Jacqueline Michel
Descendants
Emmanuelle et Béatrice Michel

Pierre Michel, né le à Saint-Amans-Soult (Tarn) et mort assassiné le à Marseille (Bouches-du-Rhône), est un juge d'instruction français. Il est, après François Renaud en 1975, le deuxième juge assassiné en France depuis l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille de notaires et d'avocats de Metz, son père Georges tenant une étude de notaire mais, par indépendance, il refuse de rejoindre le cabinet d'avocat de son frère aîné Bernard. Il a deux enfants.

En 1965, il est professeur de sciences naturelles dans un lycée à Jarny où il rencontre sa future femme, Jacqueline, professeur d'histoire-géographie. C'est pour suivre Jacqueline mutée à Marseille en 1973 qu'il se retrouve dans cette ville. D'abord auditeur de justice, apprenant beaucoup auprès de René Saurel, il deviendra le premier juge anti-drogue de la ville et fera tomber la French Connection[1].

En tant que stagiaire, il a affaire à des cas d'adolescents drogués. Un de ses amis stagiaires affirme qu'il en avait été marqué[2]. Après avoir obtenu son doctorat en droit, il entame sa carrière en 1974 et est nommé juge d'instruction le à Marseille[3] où il s'occupe d'abord d'affaires de mineurs, puis de stupéfiants (notamment les règlements de compte liés à la drogue comme la tuerie du Bar du Téléphone[4] ou l'affaire du « pouf » de Calvi[5]). En 1977, on lui demande de remplacer un collègue chargé du grand banditisme, mais cet intérim se prolonge et il hérite finalement du poste. Premier juge d'instruction au tribunal de grande instance de Marseille, nommé par la presse « le justicier » ou le « cow-boy », il secoue la police marseillaise qu'il ne juge pas assez motivée, réalisant lui-même certaines filatures[6].

Quelques affaires traitées[modifier | modifier le code]

Début 1975, alors qu'Ilda Di Marino est devenue juge au siège, il est chargé de clore le dossier d'instruction de Christian Ranucci, inculpé de l'enlèvement et du meurtre d'une fillette, et de le transmettre à la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Il aurait confié à propos de cette affaire à son ami et procureur adjoint Étienne Ceccaldi : « C'est un dossier de merde ! Mais il est coupable. » Voulant effectuer des actes supplémentaires afin de clarifier ce qu'il perçoit comme des zones d'ombre, il en aurait été empêché par sa hiérarchie et pressé par elle de clore le dossier[7]. Par la suite, il assiste à l'exécution de Ranucci (condamné à mort en ), le [8].

Il a dans sa carrière instruit des dossiers contre le proxénétisme, le trafic d'armes ou les violences aux personnes[2]. Mais il est surtout connu pour sa lutte acharnée contre le trafic de drogue dans Marseille, alors considérée comme la capitale mondiale de la drogue. Il a démantelé six laboratoires de transformation d'héroïne et a arrêté soixante-dix trafiquants en sept ans. Assisté des commissaires Gérard Girel et Lucien Aimé-Blanc, il est en première ligne dans le démantèlement de la French Connection en utilisant des méthodes inédites pour l'époque, comme celle d'arrêter les compagnes des trafiquants de drogues.

Mort et enquête[modifier | modifier le code]

Le , à Marseille, le juge Michel rentre chez lui à moto, une Honda 125 Twin[9], pour déjeuner avec son épouse et ses deux filles[10]. Il est suivi depuis son départ du palais de justice par deux tueurs circulant sur une moto Honda CB900F Bol d'Or rouge. À 12 heures 49, alors qu'il ralentit à une intersection sur le boulevard Michelet, il est abattu de trois balles de mm Parabellum par le tireur assis sur le tansad de la moto. Une balle pénètre dans l'épaule, une autre dans le thorax, perforant le cœur et le poumon, une autre à la base du cou, sectionnant la moelle épinière[11]. La mort est instantanée.

L'enquête est confiée au juge Patrick Guérin. La moto du crime est retrouvée, 48 heures après l'assassinat, sur le parking d'un immeuble de l'avenue Clot-Bey, près du parc Borély, grâce à un témoin qui relève en partie son numéro d'immatriculation[2]. Elle est volée un an auparavant, vraisemblablement par une équipe spécialisée dans le vol et le recel de motos. Une empreinte digitale retrouvée sur un autocollant apposé sur la calandre arrière permet de retrouver le propriétaire de la moto, Charles Giardina. La surveillance de ce mécanicien dans un garage permet de remonter à deux de ses relations, les truands Gilbert Ciaramaglia[12] et Daniel Danti, qui sont sous la coupe du parrain de Marseille Gaëtan Zampa. Interpellés, les trois comparses sont remis en liberté faute de preuves matérielles[6]. D'autres pistes sont étudiées, comme celles de Cosa nostra et de la Camorra. C'est finalement par hasard, lors d'une arrestation de trafiquants français en Suisse, le , que les commanditaires et les assassins sont « balancés » par François Scapula en échange de sa non-extradition en France. Le procès a confirmé les révélations de Scapula : le tueur était François Checchi[13], sur une moto conduite par Charles Altiéri, les commanditaires étant François Girard[14] et Homère Filippi[15], truands associés à la French Connection[16],[17].

Le , la cour d'assises d'Aix-en-Provence condamne François Checchi et François Girard à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 18 ans. Charles Altiéri[18], et Homère Filippi sont condamnés par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône le [19]. En , François Checchi, âgé de 65 ans, sort de détention sous le régime de semi liberté[20],[21]. Début , c'est au tour de Charles Altiéri d'être placé en libération conditionnelle sous bracelet électronique[22].

Le juge Pierre Michel repose au cimetière de l'est à Metz, dans le caveau familial. La ville de Metz, dont il est originaire, a honoré sa mémoire en donnant son nom à une rue située tout à côté du Palais de justice. Une salle d'audience du palais de justice de Marseille porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Pontaut & Éric Pelletier, Qui a tué le juge Michel ?, Michel Lafon, 2014, p. 47.
  2. a b et c Faites entrer l'accusé, présenté par Christophe Hondelatte, « L'assassinat du juge Michel », .
  3. « L'assassinat du juge Michel », Affaires sensibles, présenté par Fabrice Drouelle, France Inter, .
  4. La tuerie du Bar de Téléphone au Canet.
  5. Le « pouf » dans le jargon des soldats, traduction allemande du BMC, est un foyer culturel. En 1974, l'enquête sur le foyer du 2e régiment étranger de parachutistes révèle l'existence d'une véritable maison d'abattage. Il aboutit au procès de dix-sept inculpés, tous proxénètes, mais le juge Michel doit renoncer à inculper le commandant du camp Philippe Erulin pour proxénétisme.
  6. a et b Alain Tourre, Histoire de l'Évêché. La police judiciaire marseillaise, éd. Jacob-Duvernet, 2011.
  7. Yann Le Ny, « Sur les pas du juge Michel », sur Medium.com (consulté le ).
  8. « Plongée dans les années de plomb où le juge Michel fut tué », Corse-Matin, (consulté le ).
  9. Photographie du juge abattu sur sa moto, France 3, .
  10. « Marseille se souvient du juge Michel, assassiné il y a 30 ans », sur lepoint.fr, Le Point, .
  11. Jean-Marie Pontaut , op. cit., p. 121.
  12. Assassiné par deux hommes à moto le , son rôle exact n'a pu être déterminé.
  13. « François Checchi, le tueur du juge Pierre Michel, se livre », La Provence, 20 juin 2010.
  14. Inculpé par le juge Michel et emprisonné à l'époque, il a organisé l'assassinat depuis la maison centrale de Clairvaux grâce à son épouse chargée de faire passer ses ordres à l'extérieur. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1991, il a bénéficié en 2005 d'une suspension de sa peine pour raison médicale. Il est alors remis en liberté, tout en restant interdit de séjour à Marseille, où il est néanmoins localisé en 2009, avant d'être réincarcéré en à la suite d'une affaire de stupéfiants leParisien.fr, 9 mai 2011.
  15. Lieutenant du parrain Gaëtan Zampa, il a disparu depuis et a été condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en 1991.
  16. Altieri condamné à la réclusion à perpétuité », L'Humanité, .
  17. À l'époque, le bruit avait couru dans la ville de Marseille que le juge Michel avait été tué la veille du jour où il devait interroger une personne, proche de l'équipe municipale, qu'il soupçonnait fortement d'être en contact avec la pègre locale.
  18. Évadé de sa prison suisse de Bochuz le , il est arrêté à Chypre en .
  19. Jacques Follorou, Vincent Nouzille, Les Parrains corses. Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections, Fayard, , p. 287.
  20. « Exclusif : l'assassin du juge Michel a été libéré », La Provence, .
  21. « L'assassin du juge Michel en semi-liberté », Le Figaro, .
  22. «  Le co-assassin du juge Michel en liberté conditionnelle », La Provence, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Laville, Le Juge Michel. Pourquoi est mort celui qui allait révéler les secrets de Marseille, Presses de la Cité, Paris, 1982.
  • Thierry Colombié, La Mort du juge Michel, contre-enquête sur l'assassinat d'un incorruptible, Éditions de La Martinière, 2014.
  • Jean-Marie Pontaut et Éric Pelletier, Qui a tué le Juge Michel ?, Michel Lafon, 2014.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Émission radiophonique[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]